Je comprends parfaitement que plusieurs formations se soient présentées sur ce Tour en misant beaucoup sur des sprinteurs à cause du nombre inhabituellement élevé d’étapes propices à un sprint massif. Mais à un moment, ne serait-il pas intelligent de s’adapter à la situation en changeant de stratégie ? Il y a pire que la loose, on appelle ça la bêtise. Tu sais que tu n’as aucune chance de battre Kittel au sprint tant il domine, mais jour après jour tu bosses pour lui permettre de t’humilier. Au lieu de mettre un homme en tête de peloton pendant toute la journée pour contrôler la course, pourquoi ne pas envoyer ce gars dans l’échappée ? Au pire, le peloton reviendra et Kittel fessera cul-nu ton sprinteur qui gardera une chance si infime soit-elle de jouer la victoire, au mieux l’équipier envoyé en éclaireur pourra se battre avec une poignée de concurrents pour lever les bras à l’arrivée. Si les Lotto-Soudal, les Cofidis, les Dimension Data et les Katusha adoptaient cette tactique, la Quick Step serait seule à rouler derrière, on assisterait donc à une grosse baston qui pénaliserait Kittel dans le final, ses équipiers disponibles – n’oublions pas qu’il a perdu Trentin et que Dan Martin est protégé pour le général – s’épuiseraient avant le final, augmentant légèrement les chances des autres formations de prendre leur revanche au sprint.

Non-partant : Rafal Majka (BOH), victime de ses blessures… et 13e victime de l’étape de dimanche en comptant les éliminés car hors-délais.

TdF 2017 - profil 10e étape

Normalement, les étapes de transition sont, comme leur nom l’indique, le moyen de faire la transition entre deux massifs. Mais là, après avoir quitté Chambéry dimanche, les coureurs ont passé la journée de repos dans le Périgord pour ensuite se diriger vers les Pyrénées. Long transfert plus longue transition, ça fait beaucoup de transit, il s’attendait à se faire chi*r… Mais pour les coureurs, mieux vaut reprendre doucement. Et pour une fois l’étape était relativement – j’insiste sur cet adverbe – courte, moins de 180km au lieu de plus de 200m.

Yoann Offredo (WGG), invité du Vélo Club sur France 2, a été… le seul attaquant du kilomètre zéro. Le pauvre… Il a attendu un peu devant le peloton pour en inciter d’autres à revenir. Cette attitude a provoqué des contres plutôt timindes. Un autre coureur s’est alors détaché pour le rejoindre, un jeune Français, Elie Gesbert (TFO), premier partant lors du clm d’ouverture, et surtout benjamin de l’épreuve. D’autres ont hésité à y aller mais sachant que l’effort fourni allait beaucoup plus leur coûter que leur rapporter, ils ont préféré calmer le jeu et laisser ce duo prendre le large.

Il s’agissait d’une journée parfaite, avec des températures supportables, d’abord nuageuse puis ensoleillée. On se serait endormi s’il y avait eu ces paysages absolument magnifiques. Les châteaux, églises, bastides et autres monuments principalement médiévaux, la Vézère, la Dordogne, les gorges, les points de vue, les ponts, les falaises… Cette région est absolument incroyable. Plutôt que d’aller végéter à la plage, allez visiter le Périgord (le noir surtout), c’est tellement mieux ! Je pense que cette étape carte-postale aura donné à beaucoup de monde l’envie de suivre ce conseil… Perso, mon château préféré au monde est celui de Beynac (où ont été tourné beaucoup de films).

Quelques kilomètres avant Beynac était jugée la première difficulté du jour, la côte de Domme (4e C.), très joli village moyenâgeux, Gesbert a pu tranquillement prendre le point et la prime en passant son relais. Les 2 échappés tournaient tranquillement sans se donner à fond même si leur avance un temps proche des 6’ (assez tôt) se réduisait fortement en raison du contrôle opéré par plusieurs équipes. Le départ de Démare fait que la FDJ – ou ce qu’il en reste – ne participe plus au train, mais les Cofidis (pour Nacer Bouhanni), les Quick Step (pour Marcel Kittel), les Katusha (pour Alexander Kristoff), les Lotto-Soudal (pour André Greipel), les Sunweb (pour Michael Matthews) ou encore les Dimension Data (pour Edvald Boasson Hagen) restent décidés à se jouer les sprints.

Le peloton a un peu temporisé avant le sprint intermédiaire cette fois remporté par Offredo, toujours en passant simplement son relais. Ils avaient logiquement décidé de partager, le sprint pour l’un, les grimpeurs pour l’autre. Evidemment, les concurrents intéressés par les points – ou les primes – ont disputé ce sprint. Greipel a devancé Kittel, Kristoff, Haller et Matthews, lancé trop tôt, un peu enfermé, et qui a donc vu son retard au classement croitre légèrement alors qu’il est le dernier à réellement espérer prendre le maillot vert à Kittel (pas à fond lors de ce sprint en voyant que l’Australien était derrière lui).

Après cet épisode, l’écart s’est stabilisé un moment à environ 2’30. Manque de bol pour le duo de tête, on empruntait désormais de longues lignes droites avec vent défavorable la plupart du temps. Cette configuration était très favorable à un peloton toujours mené par un Katusha, un Cofidis, un Quick Step et un Lotto-Soudal. Comme prévu, Gesbert a pris la prime de 200 euros au sommet de la Côte du Buisson-de-Cadouin (4e C.), ce qui faisait 1400 euros dans la cagnotte de son équipe sur la journée contre 1500 pour celle de Wanty-Groupe Gobert. J’ai rarement vu un public aussi nombreux dans une côte de 4e catégorie !

Les échappés avaient prévu de se mettre à fond après la descente. Au début de leur duel à mort avec le peloton, leur marge atteignait péniblement les 2’20. Cet écart a rapidement fondu, passant sous la minute en quelques kilomètres malgré la faible implication des équipes de sprinteurs qui tournaient toujours avec les 4 mêmes hommes puis à 3 quand le Cofidis a coupé son effort.

Le duo s’est arraché pour tenir aussi longtemps que possible. Les équipes de sprinteurs étaient un peu gênées par celles des leaders qui voulaient restés placés à l’avant à cause de la tension perceptible. Le vent de face et les aménagements urbains assez nombreux pouvaient éventuellement poser des problèmes.

L’aventure a pris fin à 7km de l’arrivée. Les 2 Français ont pris le temps de se saluer avant de se disparaître. En tête de peloton se trouvait alors… les Direct Energie, qui avaient désigné Thomas Boudat pour sprinter (il est de la région). La Lotto-Soudal et la Katusha ont pris les devants, les Direct Energie ont ressurgi au milieu de la route. Le placement s’annonçait primordial en raison des 2 virages dans le dernier kilomètre. Il ne restait déjà plus grand monde, beaucoup de coureurs ayant laissé filer. Kittel se trouvait très en retrait à 500m (au dernier virage), Kristoff et Bouhanni étaient bien placés, mais quand le maillot vert a accéléré depuis la 10e position, il a détruit tout le monde ! Fort, beaucoup trop fort. 4e victoire cette année pour les grosses cuisses de Quick Step, sa 13e sur le Tour, une de plus qu’Erik Zabel, avec lequel il co-détenait le record de victoire allemandes sur le Tour. Celle-ci ne souffre d’aucune contestation. Il n’y a rien à faire, il est trop puissant. Il serait temps que les autres formations s’en rendent comptent et changent de stratégie. Le plus amusant est que parmi les équipes qui ont travaillé pour Kittel au cours la journée, aucune n’a vu son sprinteur réellement se mêler à la bagarre.

John Degenkolb (TFS) a pris la 2e place devant Dylan Groenewegen (TLJ) et Rüdiger Selig (BOH), ce qui fait 3 Allemands dans le top 4. Bouhanni a fini 5e en étant totalement hors du coup, Kristoff 6e. Greipel s’est perdu à la 12e entre Boudat (11e) et Matthews (13e).

Le seul classement impacté par cette étape est celui du maillot vert. Sauf accident, voire accidents, c’est plié : Kittel a 275pts, Matthews 173, Greipel 150 !

Offredo, à la fois premier attaquant et plus actif des 2 hommes de tête, méritait d’être de nouveau récompensé avec le trophée du combatif du jour… mais le jury a récompensé le jeune Gesbert. Etonnant. Peut-être s’agissait-il plus d’une récompense pour l’équipe Fortuneo, très souvent à l’attaque sans voir le moindre de ses hommes monter sur le podium en fin d’étape. J’ai bien apprécié ses déclarations à l’issue de l’étape. Il a sensiblement le même avis que moi, ne comprenant pas pourquoi les équipes manquent tant de sens de l’initiative. Faute de motivation elles acceptent cette situation sans rien essayer, du coup tout le monde s’emm*rde. Au moins, il a pu profiter de sa journée, du public et des monuments. C’est sa seule satisfaction.

Demain, on remet exactement la même… mais avec comme seuls paysage de très longues lignes droite au milieu des forêts de pins. Préparez les oreillers et mettez le réveil à 17h20, la sieste promet d’être excellente.