• 11ème étape : d’Eymet à Pau, 203,5km.

Abandon : Dario Cataldo (AST).

TdF 2017 - profil 11e étape

Annoncé non-partant, Andrey Amador (MOV) se trouvait bien dans le peloton. Il n’en a pas bougé, mais à vrai dire OSEF, ce n’est pas lui qu’on attendait aujourd’hui. J’espérais tant une réaction des équipes de sprinteurs autres que Kittel… Mais pour réagir, une prise de conscience s’imposait. Manifestement, beaucoup se voient encore la face et refuse de concevoir l’évidence : Kittel est beaucoup plus fort que chacun de ses derniers rivaux encore sur le Tour (rappelons que Cavendish, Sagan et Démare ont disparu). Pour remporter une étape de plat, il ne faut surtout pas chercher à provoquer un sprint massif, car tous les scenarii avec sprint massif à l’arrivée se terminent par une victoire du maillot vert allemand. Mais bord*l, bougez-vous ! Tentez ! Envoyez des hommes à l’avant de la course au lieu de les faire travailler en tête de peloton pour vous assurer de vous faire encore fesser ! D’un jour à l’autre on change légèrement le contenu et le décor, pour le reste c’est répétitif à l’extrême avec le même début de course (les premiers attaquants forment l’échappée du jour dès le départ réel), le sprint intermédiaire où Kittel se contente du minimum, le retour du peloton et la victoire de Kittel en accélérant depuis la 6e et la 12e place pour doubler tout le monde.

Cette fois, on a eu 3 chutes au cours de la journée et un échappé est reparti seul pour résister jusqu’à 200m de l’arrivée. Sinon, tout pareil qu’hier…

Aujourd’hui, ils étaient 3 à prendre le large, dont aucun Français : Marco Marcato (UAD), Maciej Bodnar (BOH) et Frederik Backaert (WGG), un habitué. On les laisse partir. Les masochistes de Lotto-Soudal et de Katusha ont encore fait le jeu de la Quick Step en travaillant pour limiter puis réduire l’écart sur des routes déprimantes, d’interminables lignes totalement droites avec du vent défavorable (même si elles traversaient la forêt). A mourir d’ennui.

La chute au ravitaillement a rompu avec la monotonie de la course. Elle a eu des conséquences. Si Dario Cataldo (AST) a dû abandonner à cause d’une blessure au poignet, son coéquipier Jakob Fuglsang (5e au général) a pu reprendre la route mais avec aussi un souci au poignet et au coude (aux dernières nouvelles il a 2 petites fractures). Parmi les accidentés on citera John Degenkolb (TFS), plusieurs AG2R dont Matthias Frank et Axel Domont mais aussi Romain Bardet, Perrig Quéméneur et semble-t-il Thomas Voeckler (DEN), au moins un Orica, mais aussi Olivier Le Gac (FDJ), qui a cassé sa tige de scelle et a dû faire 5 bornes sans pouvoir s’asseoir (comme tous les sprinteurs après chaque arrivée avant dissipation des effets de la fessé infligée par Kittel^^).

R.A.S. au sprint intermédiaire, Marcato a pris la plus grosse prime en passant son relais. Malgré l’énorme écart au classement du maillot vert on a vu Alexander Kristoff (KAT) et Michael Matthews (SUN) se disputer quelques points. Kittel s’est contenté de les suivre sans faire d’effort particulier. Il gère tranquillement tout en conservant un maximum de forces pour le final.

Backaert a pris le point de la Côte d’Aire-sur-l’Adour (4e C.), toujours sans combattre. C’est alors qu’une chute a bloqué l’arrière du peloton. Rudy Molard (FDJ) venait de tenter de partir en contre-attaque, ce que le peloton n’a pas voulu le laisser faire. Le peloton s’était fracturé en raison de cette cassure. Le plus attardé a été Arthur Vichot (FDJ), très mécontent, il a mis du temps à repartir et est vite allé voir le service médical. Sony Colbrelli et Yukiya Arashiro (TMB), Michael Valgren (AST) ou encore Michael Matthews figureraient aussi parmi les victimes de cette chute. Romain Bardet y a encore eu droit, on l’a ensuite vu remonter dans les voitures après un changement de vélo.

Tout est rentré dans l’ordre en quelques minutes, ceci à environ 50km de l’arrivée. Seulement, au lieu de continuer à contrôler, le peloton a fortement accéléré, notamment sous l’impulsion des équipes de leaders comme Movistar. En raison du vent latéral, tout le monde craignait un mauvais coup. R.A.S. en réalité.

Bodnar a profité d’une partie avec vent favorable pour ressortir seul. Il lui restait 28km à rouler. Seul avec 25 à 30 secondes d’avance sur le peloton… J’ai cru à une opération folklorique pour décrocher le prix de combatif du jour. En réalité, il était vraiment fort et a bluffé tout le monde. En surprenant le peloton, il est parvenu à reprendre un peu de champ. Rien de suffisant en principe, mais au moins il pouvait espérer aller jusqu’aux 10 derniers kilomètres et s’assurer de monter sur le podium pour recevoir son petit trophée puis arborer demain un dossard rouge. En réalité, il n’est pas allé jusqu’aux 10 derniers kilomètres mais… jusqu’aux 200 derniers mètres.

Alberto Contador (TFS) est alors tombé - sa 3e chute cette année - avec son coéquipier Michael Gogl, bien amoché. 3 chutes lors d’une journée au cours de laquelle il ne se passe rien… Outch ! Mais en réalité ça n’a rien d’illogique car les gars sont à la fois plus fatigués et moins vigilants, moins lucides, moins réactifs. Il lui a fallu l’aide de Jarlinson Pantano – obligé de faire demi-tour, ce qui est en principe interdit – et des voitures pour réintégrer le peloton.

Après avoir mis Julien Vermote à la barre pendant la majorité de l’étape, Quick Step faisait rouler Philippe Gilbert et seulement lui. Du coup, il s’agissait d’un 1 contre 1, le Polonais résistait parfaitement, il conservait ses 40 secondes. De plus en plus d’équipes ont fait rouler leurs hommes, y compris… la Sky à un moment, mais ça ne revenait pas vraiment avant les 8 derniers kilomètres où on a enfin vu cette marge se réduire lentement. Bodnar a résisté tel un forcené, les parties droites le pénalisaient, les virages et autre sens giratoires l’aidaient. On a vu les Sunweb puis les Direct Energie prendre la tête du peloton, puis les Dimenson Data… Les Quick Step ont remis un homme à la planche (Zdenek Stybar) et forcément, ce qui devait arriver arriva, le Polonais a été repris… après la flamme rouge… après le dernier virage… à 250m de l’arrivée… Son grand numéro n'a pas suffi.

Et bien sûr, Kittel a réglé tout le monde en partant de derrière (Fabio Sabatini ayant fini de l’aider bien avant la ligne). Normal. Sa 5e victoire cette année, sa 14e sur le Tour. Mais quand les autres équipes comprendront-elles ? Il peut même lever le bras loin de l’arrivée tant il domine. Il faut dire que toutes les équipes bossent pour lui…

Quand vous regardez le classement avec de nouveau Dylan Groenewegen (TLJ) encore sur le podium (2e), Boasson Hagen 3e, Matthews 4e, Dan McLay (TFO) 5e, Davide Cimolai (FDJ) 6e alors qu’il est le dernier rescapé du train de Démare, Greipel seulement 7e et très loin des premiers en ayant fait travailler ses gars pendant 200 bornes, Bouhanni 8e (au moins, à défaut de tenter de prendre une échappée, les Cofidis n’ont pas roulé), Kristoff 12e malgré le gros travail de la Katusha pour permettre un sprint massif, comment ne pas avoir envie de vous moquer ?

Et je n’évoque même pas le classement du maillot vert où Kittel (335pts) compte désormais 133 points de plus que Matthews (202) et quasiment le double de Greipel (171)…

Jeudi, grosse étape de montagne dans les Pyrénées. J’annonce une grosse première heure de course pour créer l’échappée. Les grimpeurs qui ne jouent pas le général vont tous vouloir être devant. J’aimerais un groupe de 20 avec Barguil, Rolland, Pinot, Feillu, G. Martin et un maximum de leurs équipiers. Avoir 2 ou 3 AG2R pour servir de relais à Bardet serait idéal.