TdF 2017 - profil 14e étape

Après 2 journée extrême…ment plates, longues et ennuyeuses, le Tour changeait de nouveau de dimension avec une très longue étape, la 2e plus longue depuis le début, et certainement la 2e plus difficile (celle de dimanche était folle). La 2e sur les 3 au programme cette année avec arrivée au sommet. Elle s’annonçait décisive car extrêmement dure dans sa 2nde partie avec un col de 2e catégorie (le Col des Ares) puis un de 1ère catégorie (le Col de Menté), une longue descente, un petit bout de vallée et 60 derniers kilomètres horriblement difficiles en commençant par le Port de Balès (H.C.) dont la descente s’achève au pied du Col de Peyresourde pour finir, après une petite descente, par un mur final si pentu que les 2,8 kilomètres jusqu’à l’altiport de Peyragudes ont été classés en 2e catégorie. La course allait lancée par une centaine de kilomètres relativement faciles permettant la création d’une échappée.

La pluie qui tombait à Pau lors du départ n’allait à l’évidence pas refroidir les ardeurs de nombreux attaquants, qu’il s’agisse de garçons visant la victoire d’étape, de grimpeurs intéressés par le maillot à pois tel Warren Barguil (SUN), assez nettement en tête au classement et qui avait ouvertement annoncé sa volonté de jouer devant (il y avait 51pts à prendre), ou encore d’équipiers envoyés à l’avant pour servir de relais à des leaders plus tard au cours de l’étape, voire même de garçons pas du tout montagnards ayant pour idée de prendre de l’avance sur le peloton afin de terminer tranquillement sans craindre la mise hors-délais.

Comme à chaque fois depuis la 2e étape, les premières offensives se sont produites au kilomètre zéro. Lars Bak (LTS) n’a pas attendu, suivi par des tas d’autres coureurs. La première heure s’annonçait particulièrement animée jusqu’à la création de l’échappée. Guillaume Van Keirsbulck (WGG), Marcus Burghardt (BOH) et Michael Gogl (TFS), lourdement tombé hier, ont à leur tour tenté le coup. Les Sunweb ont vite réagi, les AG2R voulaient aussi mettre du monde devant, ils ont donc donc relancé. Barguil s’est montré dès la 3e accélération. Adrien Petit (DEN) avec un Markel Irizar (TFS) et Jay McCarthy (BOH), ont été les suivants, ils sont restés quelques dizaines de mètres devant la meute pendant un petit bout de temps malgré les nouvelles accélérations en tête de peloton, ceci jusqu’à épuisement.

La première côte bien pentue a provoqué un nouveau regroupement… et de nouvelles offensives de garçons aux qualités plus en adéquation avec le profil de l’étape, à savoir Tim Wellens (TJS) et Barguil – encore lui – chassés par des Thibaut Pinot (FDJ), Sylvain Chavanel (DEN) ou encore Alessandro De Marchi (BMC). Il fallait sprinter en côte pour se détacher. Un gros groupe s’est d’ailleurs formé, Barguil et Pinot se donnaient à fond mais le peloton, en file indienne, a recollé. Ça allait très vite sur des routes désormais sèches, c’était la guerre, ceux qui ont pris le risque de se mettre dans le rouge pour attaquer payaient déjà l’addition, ils se faisaient lâcher. Les AG2R restaient très présents, tout comme les Cannondale et à vrai dire les membres de beaucoup d’équipes. Les courageux ne manquaient pas. Tony Gallopin (LTS), Chavanel… Personne n’y arrivait. Dès qu’un groupe – ou un homme – se détachait de quelques mètres, d’autres sprintaient pour recoller. La lutte était si intense que de temps en temps tout le monde se calmait afin de reprendre son souffle avant de repartir pour un tour. Thomas De Gendt (LTS) en a remis une couche, un nouveau groupe (8 hommes) s’est formé. La Sky filtrait en tête de peloton dans l’espoir de laisser partir une échappée ne présentant aucun danger réel, seulement il fallait que suffisamment d’équipes soient représentées à l’avant pour calmer les velléités offensives des coureurs n’ayant pu sortir. Ce n’était pas encore le cas, d’où de nouvelles relances.

De Gendt était accompagné de Julien Simon (COF), Nils Politt (KAT), Koen De Kort (TFS), Cyril Gautier (ALM), Stephen Cummings (DDD), Jack Bauer (QST), Stefan Küng (BMC). Ça sentait tout de même le bon coup, les autres devaient réagir immédiatement pour éviter de le manquer. Michael Matthews (SUN) y est allé, Marcel Kittel (QST) n’a pas voulu le laisser faire malgré son énorme avance au classement par points. L’un et l’autre avaient à l’esprit le sprint intermédiaire du 94e kilomètre. Imanol Erviti (MOV) et Diego Ulissi (UAD) ont aussi pu intégrer l’échappée. Ils étaient donc 12 en tête (dont 2 Quick Step, seule équipe surreprésentée) mais ça manquait terriblement de grimpeurs français. Le coup était parti. Quelle misère !

Bien qu’en file indienne, le peloton a laissé l’écart croitre assez rapidement pour attendre les 3’. Quelques coureurs qui trainaient à l’arrière du peloton – dont Contador (TFS), qui naviguait dans les dernières positions depuis le début – ont été retardé par un passage à niveau. Sans conséquence. La pluie a fait son retour, les Sky contrôlaient en faisant jeu égal avec les hommes de tête sur le plat et en levant le pied quand la route s’élevait afin de préserver leurs forces en vue de la 2nde partie de l’étape.

Sans grande surprise, De Gendt – le chasseur de primes – a accéléré pour passer en tête en haut de la Côte de Capvern (4e C.). Pour l’anecdote, Kittel et Matthews ont pu se faire le petit plaisir de se disputer le sprint intermédiaire, lancés par Bauer. L’Australien a résisté in extremis à l’Allemand. Il lui a donc repris 3 points et n’en compte plus que… 130 de retard.

Le GPS annonçait un écart maximum de 6’45, en réalité on a dû attendre 6 grosses minutes, ce qui ne changeait pas grand-chose. Le Col des Ares (2e C.), très roulant, a coûté une partie de cette avance aux échappés, clairement pas encore à fond. Ils s’entendaient bien, mais tout le monde pouvait suivre sans aucun souci. De Gendt a anticipé le sommet, il a attaqué, Matthew a suivi pour protéger le maillot de Barguil sans pouvoir battre le Belge, toujours très loin au classement du meilleur grimpeur. L’Australien s’est ensuite amusé dans la descente malgré la route mouillée, il est resté devant sans prendre de gros risque. De Kort l’a rejoint, suivi par les 10 autres. La route étant très bonne, le seul danger venait de la pluie. La situation s’est rétablie comme avant cette première véritable difficulté, on a retrouvé les 6’ à 6’20 de marge, écart stabilisé.

On attaquait enfin le gros de la journée avec d’abord le Col de Menté (1ère C.), ascension de 11km, même si les premiers ne sont pas comptabilisés officiellement car moins pentus que 7 derniers à plus de 8% de moyenne. Forcément, Kittel n’a pas tardé à passer par la fenêtre. Il ne se passait rien, le peloton semblait calquer son rythme par rapport à celui des hommes de tête. Si quelqu’un en son sein espérait remporter l’étape, il était peut-être temps de bouger. Il ne s’est rien passé. Aux différents échelons de la course, tout le monde roulait pépère. La seule bagarre s’est produite au sommet, Matthews profitant de sa puissance de sprinteur pour dominer De Gendt et ainsi protéger le maillot de Barguil.

Les hommes de tête ont basculé avec 5’ d’avance. Matthews s’est encore amusé dans la descente pas très difficile et en plus sur route sèche. On était trop loin de l’arrivée pour lancer la grande offensive. Le peloton a néanmoins accéléré, il y a eu des cassures, il s’est remis à pleuvoir dans la vallée, où la marge des échappés s’est réduite pour atteindre environ 4’20 au pied du Port de Balès (H.C.), une ascension de 12,5km avec des pentes irrégulières, du très dur et du plus roulant. On y attendait de la baston.

Maxime Bouet et Brice Feillu (TFO) ont osé ! Ils sont partis pour un contre à 2 en anticipant les premières rampes de la difficulté principale de la journée. Leur attaque – qui n’a pas fait bouger une oreille aux Sky – a été lancée dans des parties en faux-plat. Il restait environ 45km, c’était le moment ou jamais. Néanmoins, on pouvait regretter de ne voir personne les accompagner. A 4 ou 5 coureurs de ce niveau ou encore meilleurs grimpeurs, on aurait vraiment pu croire la course relancée.

Le groupe de tête a perdu Matthews dès le pied. Les désormais 10 hommes possédaient alors 2’35 d’avance sur le duo sorti en chasse-patates et 4’10 sur le peloton. Küng a voulu relancer le rythme, ce qui devenait nécessaire – voire indispensable – s’ils espéraient résister jusqu’au bout. L’échappée s’est disloquée assez rapidement. Ça s’est fait au train. De Gendt, Bauer, Küng, Simon, Gautier et Cummings ont pu se détacher, certains en serrant les dents. Les Sky avaient déjà sérieusement commencé à accélérer, provoquant une nette réduction de l’écart et la perte de grosses grappes de coureurs n’ayant rien à jouer et/ou pas les moyens de suivre, dont Thibaut Pinot et Esteban Chaves (ORS).

Chris Froome (SKY) restait précédé de 5 de ses hommes, les Cannondale et les AG2R trustaient aussi la première partie du peloton. Le duo de poursuivants ne reprenait plus rien, il bloquait à 2 grosses minutes de la tête. Bouet a dû laisser Feillu continuer seul. Sur ces pentes, personne ne pouvait tricher, car se mettre dans le rouge pour suivre se payait rapidement. Le rythme imposé par De Gendt a ainsi fait craquer Simon puis Bauer. Le Belge a fini par attaquer pour lâcher ses 3 compagnons de route et s’élancer seul vers la victoire… mais avec moins de 3’ de marge à plus de 35km de l’arrivée (et à plus de 5km du sommet).

Cummings, qu’on imaginait être le plus fort mais qui montrait des limites depuis la création de l’échappée, a amorti l’accélération du rouleur de Lotto-Soudal pour revenir seul dans sa roue. Gautier s’accrochait, espérant rester suffisamment en amont du peloton pour pouvoir assister Bardet en cas d’attaque. Il se servait d’avoir le duo de tête en point de mire pour se motiver et finalement perdait peu de terrain au milieu des brumes portuaires.

Dans le peloton, ceux qui y parvenaient se contentait de suivre les Sky. Blessé mercredi dans une chute (petites fractures au coude et au poignet), Jakob Fuglsang (AST) était en train de lâcher sa 5e place au général, il n’allait pas non plus pouvoir aider Fabio Aru. L’élastique qui tenait aussi Pierre Rolland (CDT) a cassé (le Français était là pour aider Rigoberto Uran).

A l’avant, Cummings avait bluffé, son attaque a largué De Gendt très facilement. Ses chances de victoires restaient très minces, d’autant que Barguil puis Contador, pas menaçants au général, ont attaqué sur le Port de Balès. Feillu était en train de se faire reprendre… Les Sky ont dû accélérer, ce qui a réduit l’écart à 2 grosses minutes. Henao a alors craqué avant même d’avoir pu travailler. Le groupe maillot jaune s’est réduit à seulement quelques éléments, le grand ménage était déjà fait. Bien sûr, le trio Barguil-Contador-Feillu a rapidement dû rentrer dans le rang.

De Gendt ayant coincé, Gautier a pu le rejoindre avant le sommet. Ils sont bientôt devenus les dernier intercalés, tous les autres étant rentrés dans le rang un à un… et bien souvent lâchés. Barguil avait donc des points à prendre, il a de nouveau placé une petite attaque pour aller en chercher le maximum en passant 4e. De Gendt a basculé 2e en laissant Gautier derrière lui… Avec 100m de plus, je pense même que Barguil aurait doublé son compatriote. 10 points de plus au classement de la montagne, ça restait très bon à reprendre.

La descente s’annonçait périlleuse en raison de la vitesse par moments très élevée, du revêtement granuleux et du brouillard. Heureusement – ou malheureusement, c’est selon – celui-ci n’était pas trop important sur ce versant de la montagne et la route était sèche. Les nuages sont restés bloqués d’un côté de la montagne. Ça n’a pas empêché Gautier s’aller tout droit à l’intérieur d’un virage, il a sauté le trottoir et foncé dans le talus pour finir… dans la terre. Plus de peur que de mal, mais il est reparti derrière le peloton. Il n’aura donc absolument pas servi à Bardet.

Cummings a eu beau prendre de gros risques, il perdait du temps ou n’en gagnait que très peu malgré les efforts consentis pour gratter quelques secondes supplémentaires. De Gendt a été repris, tout comme Barguil, qui a préféré ne pas insister seul. Etrangement, Bardet n’était même pas aux avant-postes du peloton, il a laissé les Sky gérer la descente à leur rythme.

Au sein du peloton maillot jaune on trouvait 4 Sky (dont Froome), 3 AG2R (Latour et Gautier de retour pour mieux exploser ensuite) et pour le reste, uniquement des hommes seuls. Au lieu de mettre la pression, les Sky ont clairement temporisé et offert à l’échappé britannique une bonne quarantaine de secondes supplémentaires. On était même en droit de se demander s’ils ne souhaitaient pas offrir la victoire à un Britannique malgré les différends ayant opposé Cummings à certaines figures de cette formation dont il était membre il y a quelques saisons.

Le Tour aurait pu basculer au pied de la descente, qui était aussi le pied de l’ascension du Col de Peyresourde (1ère C.) : Mikel Nieve (SKY) a tiré tout droit et est parti dans le décor, il a fini entre 2 camping-cars. Froome et Aru, qui suivaient, ont commis une erreur d’inattention et de pilotage, ils ont aussi tiré tout droit et ont du coup été retardés. Il ne s’agit pas de la première erreur de ce genre commise par le Britannique, il en a déjà commis une dans une autre descente en tirant déjà tout-droit (lors de l’étape des Rousses). Bien sûr, personne n’est tombé, néanmoins il y a eu perte de temps. Que s’est-il alors passé ? Rien. Ou plutôt si, il s’est passé quelque chose de déprimant, tout le monde a décidé d’attendre. MAIS POURQUOI ? Qu’on n’attaque pas sur ennui mécanique me semble normal, qu’on n’attaque pas sur une chute provoquée par un élément extérieur (un spectateur, un animal, une voiture ou une moto), je trouve ça fair-play. Seulement, ici, il s’agit bien d’une erreur individuelle des coureurs concernés. Dès lors, non seulement les attendre ne s’imposait pas, mais j’ai presque dire que faire le maximum pour les faire payer leur faute de pilotage s’imposait, même s’il s’agissait d’erreurs non provoquées par les autres concurrents. Les AG2R étaient 3, Latour et Gautier auraient dû rouler pour au moins obliger les retardataires à se fatiguer pour rentrer. Au moins, les 2 équipiers de Bardet auraient servi à quelque chose, car là, on laissant les Sky reprendre la direction de la course en toute quiétude, Latour et Gautier se condamnaient à exploser au train dans les 5 à 10 minutes. Si on pardonne les erreurs dans un Tour où le général se joue à une poignée de secondes, on va finir par voir des absurdités. Un gars a un coup de fringale parce qu’il a oublié de se ravitailler ? Attendons-le, donnons-lui des gels ! Un autre a besoin d’uriner ? Arrêtons-nous dans le dernier col pour la pause-pipi ! Par pitié, arrêtons de confondre fair-play et bêtise !

Petit aparté… Cet incident s’est produit lorsque France 2 était parti en pub, tout comme la chute de Gautier et, il y a quelques jours, la chute de Richie Porte (leader de la BMC) et Dan Martin (QST). On sent que dans le car de France Télévisions les mecs sentent la course. (^^)

Le soleil était au rendez-vous pour cette fin d’étape. Cummings a entamé le Col de Peyresourde (1ère C.) avec une marge de 2 grosses minutes… mais après la mésaventure de Froome, elle s’est accrue. Sur un coup assez roulant, les qualités du pistard britannique pouvaient lui permettre de l’emporter. Ça dépendait évidemment de lui, mais aussi des Sky et des leaders. Allaient-ils oser bouger ou se plier à la volonté affichée par la formation du maillot jaune, à savoir contrôler jusqu’à l’arrivée ? A vrai dire, la réaction de ces cadors réels ou supposés au moment de l’erreur du duo Froome-Aru annonçait la couleur. Tout le monde avait peur des Sky, peur de s’exposer et de subir un retour de manivelle ou d’exploser comme un lapin en plein vol (Thierry Roland, tu nous manques !). Pour gagner le Tour de France, il faut prendre le risque de le perdre ! Personne n’a pris ce risque.

Pour être franc, je m’attendais à voir Froome flanquer une fessée à tout le monde à l’arrivée à l’image de celle que Kittel met à ses concurrents dans les sprints. Chacun accepte l’issue connue de tous à l’avance et se déculotte pour être sûr d’avoir les plus belles marques sur le postérieur au lieu de chercher la parade pour éviter de finir avec le cucul rouge. On était bien parti pour. Gautier a rapidement craqué, Latour et Quintana (MOV), Caruso (BMC) puis Barguil (après avoir fait l’élastique… mais sa journée était déjà réussie avec les 10 points pris pour le maillot du meilleur grimpeur).

L’avance de Cummings a commencé à se réduire. Il restait toujours 4 Sky, personne d’autre que Froome ne disposait d’équipier. Ces coureurs isolés étaient Aru, Bardet, Uran, Contador, D. Martin, ainsi que Mentjes (UAD), Bennett (TLJ) et Yates (ORS). Une fois que Kwiatkowski a fini son travail, il restait encore Nieve et Landa pour emmener le groupe. Carbo, Cummings a complètement craqué, le groupe l’a facilement doublé à 8,6km de l’arrivée, le pauvre garçon était collé à la route. Evidemment, personne ne pouvait ou n’osait bouger. On s’ennuyait ferme en attendant une éventuelle sélection par l’arrière. Et effectivement, on a fini par perdre Contador peu avant le sommet où, bonne nouvelle pour Barguil, personne n’a sprinté pour prendre les points. Nieve est passé devant Landa et Froome en poursuivant son travail d’équipier.

On basculait dans la petite descente avant la montée finale qui devait permettre une explication façon Planche des Belles Filles. Cette côte extrême menant à l’Altiport de Peyragudes (2e C.) a été goudronnée il y a quelques semaines spécialement pour le Tour. Le but est d’en faire un classique de l’épreuve. Bardet était le premier à la reconnaître suite à la pose du revêtement.

Ayant fait son travail, Nieve s’est écarté. Landa a pris la suite, les 9 hommes restaient en file indienne, il ne se passait toujours rien, Martin a décidé de se replacer dans la roue de Froome juste avant la flamme rouge avec pour ambition manifeste de jouer la victoire d’étape et de compter uniquement sur les bonifications accordées aux 3 premiers pour reprendre du temps. Ils partageaient tous cette ambition minimaliste. Bennett s’est montré plus courageux que les autres en attaquant à 800m de la ligne. Personne n’a sauté dans sa roue, en revanche Landa a roulé fort pour ramener tout le monde aux 500m. Bardet restait tranquillement à l’abri à l’arrière. Ensuite, calme plat jusqu’aux 300 derniers mètres. Aru s’est lancé, Martin a voulu y aller, Bardet s’était replacé 3e, il a remonté Aru et s’est arraché jusqu’à la ligne, franchie en vainqueur. Concentré sur Bardet, je n’avais pas remarqué à quel point Froome peinait. Scotché sur le bitume dans la partie la plus pentue, il n’avançait plus. Landa ne l’a peut-être pas non plus remarqué car l’Espagnol a laissé son leader derrière lui pour finir 4e. Il n’a donc même pas privé un adversaire de bonifications (de 10, 6 et 4 secondes)… et s’est fait pourrir en public par le patron sa future ex-équipe (il pourrait être tenté de jouer les francs-tireurs sachant qu’il ne sera pas conservé par Sky). Les 3 premiers, qui sont aussi les 3 adversaires directs de Froome pour la victoire finale, lui ont repris des secondes des 2 manières possibles en finissant aux 3 premières places : Bardet devant Uran et Aru, classés à 2", Landa a donc terminé 4e à 5", Mentjes 5e à 7" (20 secondes devant Yates qui le précède au classement du meilleur jeune), Martin 6e à 13", Froome seulement 7e à 22", puis suivent Bennett et Yates à 27". Un 3e Sky s’est classé dans le top 10 (Nieve, à 1’28, puis il faut aller chercher à plus de 2’ de Bardet pout retrouver les suivants,  Quintana 11e à 2’04, Barguil 12e, Contador 14e à 2’15. On trouve pas mal de Français dans le top 20 (Latour 15e à 2’59, G. Martin 16e à 4’20, Vuillermoz 19e à 4’36 et Feillu 20e à 4’56). TdF 2017 - Classement de la 12e étape

Voici le résumé de l’étape.

Ou si vous préférez, toute la fin d’étape en intégralité. Vous avez le droit d’avancer jusqu’à la flamme rouge.

TdF_2017__classement_apres_la_12e_etape.jpg Ces quelques secondes d’écart entre les meilleurs ont changé beaucoup de choses. Aru a hérité du maillot jaune pour 6 secondes, Bardet est 3e à 25" de l’Italien, Uran 4e à 35". Martin est désormais 5e à 1’41, Yates 6e à 2’13, Landa 7e à 2’55. Les 3 suivants (Quintana, Bennett et Meintjes) pointent à plus de 4’, Contador est 11e à 7’14. Il y a donc encore de très gros clients départagés par rien du tout.

On a aussi et surtout vu une grosse faiblesse chez Froome qui n’était même pas le meilleur Sky du jour. Hormis une fois en 2015 où il avait laissé Tony Martin le lui prendre en début de Tour, il n’avait encore jamais été dépossédé de son maillot jaune sur le Tour. Cette défaillance soudaine pourrait donner des idées à ses adversaires, mais aussi des regrets. En attaquant plus tôt, n’aurait-il pas pu lui faire perdre le Tour ? S’il s’agissait d’un jour sans, les autres ont commis une énorme erreur en le laissant les mener en bateau avec son équipe qui a pu le porter tranquillement jusqu’au 300 derniers mètres. Peut-être toute initiative aurait-elle abouti à un échec, seulement si personne n’ose le tester, comment voulez-vous battre Froome ? Etait-il pendu à cause du pourcentage, d’un coup de fringale ou en raison de sa forme très moyenne ? On ne le saura peut-être jamais. Des indices pouvaient pourtant inciter les autres formations à passer à l’offensive. Je pense d’abord aux déclarations annonçant l’intention de préserver ses quelques secondes d’avance jusqu’au clm de Marseille au lieu de chercher à prendre le large. La tactique de vouloir cadenasser la course sans imposer un train "meurtrier" permettant à Froome de mettre le coup de grâce en était un autre. D’habitude, il utilisait la méthode GrosBras en tuant la concurrence lors de la première grande arrivée au sommet. Cette année, il s’en est montré incapable.

Une chose est déjà certaine, la Sky n’aura pas réussi à conserver le maillot jaune du début à la fin du Tour. La maigre marge d’Aru et la faiblesse de son équipe me font penser que cette situation est transitoire. Le champion d’Italie aura bien du mal à résister suite à la perte de Cataldo et à celle de plus en plus probable de Fuglsang, encore en course mais blessé.

Bardet a vraiment fait forte impression sur ce mur 24 heures après être allé 2 fois au sol. Puisse cette 3e victoire d’étape sur le Tour en 3 ans lui donner des idées et du courage. Pour s’emparer du maillot jaune, il doit se montrer opportuniste et offensif. S’il a peur, il n’arrivera à rien.

Outre Bardet et Aru, le dernier récompensé du jour est Cummings plus combatif de l’étape. Rien de bien étonnant… même s’il n’a pas fait grand-chose avant de partir seul, il avait surtout tendance à suivre le groupe.

Au classement du meilleur grimpeur Barguil a 70pts, De Gendt 32, Roglic 30, Froome est 5e à 24 (donc pas menaçant). S’il reste beaucoup de points à distribuer, la forme du Français et sa motivation ont de quoi rendre confiant quant à sa capacité à le ramener à Paris.

Pour le 14 juillet, ASO espère un feu d’artifice, d’où le choix d’une étape très courte avec 3 ascensions de première catégorie. Je crains malheureusement que l’arrivée après la descente ne nous prive encore de la baston espérée entre les grands leaders du Tour. Ceci dit, je suis prêt à l’échanger contre une belle victoire française.



Après l’étape, les commissaires de l’UCI ont pénalisé Uran de 20 secondes de pénalité pour ravitaillement interdit (à environ 5km de l’arrivée alors que la limite avait été fixée à 12km au lieu de 20 habituellement). Bardet aussi a pris une bouteille, seulement il s’agissait d’une bouteille donnée par un spectateur. C’est très risqué de faire ça mais c’est en principe toléré. Seulement, si le spectateur est malveillant et a mis un produit interdit dans la bouteille, tu prends 2 ans de suspension.^^

Bennett (dans le top 10 au général) et Pauwels – qui se fout totalement de son classement général – ont eu droit à la même sanction alors que le premier avait pris une bouteille d’un spectateur au même moment que Bardet. On le voyait boire sur la même vidéo. Le patron de l’équipe d’Uran s’est insurgé sur Twitter de cette sanction et de la bienveillance dont avait bénéficié le Français. Il a ensuite reconnu la faute de son équipe, son coureur ayant été ravitaillé par un employé de Cannondale. La situation n’est donc pas comparable. De ce fait, Uran est repoussé à 55 secondes d’Aru au lieu de 35. Forcément, quand les écarts sont si faibles, ça pique.

Reste à comprendre pourquoi Bennett a été sanctionné. L’absence de sanction à l’encontre de Bardet s’expliquerait par le manque de clarté de la vidéo : on l’y voit prendre une bouteille mais pas ce qu’il en a fait. S’est-il aspergé d’eau ou a-t-il bu ? S’il avait été pris sur le fait en train de boire, il y aurait eu droit malgré ce que dit le règlement.



Updade : les commissaires ont annulé toute les pénalités vendredi matin suite à la polémique engendrée par ces sanctions et la différence de traitement entre les coureurs. Uran méritait sans doute la sienne, pas Bennett, qui y avait pourtant eu droit. Que Bardet s’en sorte mettait en porte-à-faux le jury, lequel s’est acheté la paix en sortant une justification bidon – bidon… désolé(^^) – pour autoriser rétroactivement ces ravitaillements dans les derniers kilomètres. L’ardoise a été effacée au prétexte que le ravito n’avait pu se faire normalement avant la limite à cause des conditions particulières de course, des problèmes de circulation des voitures… Bah voyons !