• 14ème étape : de Blagnac à Rodez, 181,5km.

Abandon : Fabio Felline (TFS).

TdF 2017 - profil 14e étape

Enfin ! Enfin une étape ouvert à – presque – tous les profils de coureurs, mais en particulier les baroudeurs, les vrais, ceux qui n’ont pas peur de se lancer dans de longues échappées, de rouler comme des bœufs pendant toute la journée pour ensuite jouer au plus malin ou au plus costaud avec leurs compagnons de voyage ! Les 2 côtes de 3e catégorie n’étaient que la mise en relief d’un parcours qui n’en manquait pas. Très vallonné, il se prêtait parfaitement à la formation et au développement d’une échappée. Les équipes de sprinteurs allaient probablement être dissuadées de rouler par les 500 derniers mètres en côte. Allez, j’arrête… Je rêvais éveillé. You may say I’m a dreamer… but I was not the only one… En réalité, ce qui aurait pu être idéal pour les baroudeurs l’était aussi pour les puncheurs, souvent membres de ces mêmes équipes – Quick Step, Lotto-Soudal, Sunweb ou encore Dimension Data – qui visaient la victoire avec selon les cas leurs leaders/sprinteurs habituels s’ils passent bien les côtes ou des puncheurs spécialistes des classiques.

On a vite compris quel serait le scénario du jour.

Thomas Voeckler (DEN) a attaqué au kilomètre zéro. Sans surprise. Thomas De Gendt (TLS) est tout de suite sorti en contre. Sans surprise. Un Fortuneo aussi (Maxime Bouet). Sans surprise. Timo Roosen (TLJ) les accompagnait. A vrai dire, la seule surprise était de ne trouver aucun Wanty-Groupe Gobert à l’avant… Etrangement, le peloton a très rapidement capitulé, la bagarre pour être devant n’a pas eu lieu. On pouvait légitimement espérer et même imaginer un coup de 8 à 15 coureurs et une journée assez tranquille pour tout le monde au sein du peloton, mais à 4, pas la peine de se faire d’illusion sur les chances de l’échappée, absolument nulles. Quelle tristesse ! Les BMC et Greg Van Avermaet et les Sunweb de Michael Matthews affichaient leur ambition, celle de finir sur un sprint en côte.

Son sprinteur n’ayant aucune chance de disputer la victoire sur une arrivée de ce type, Reto Hollenstein (KAT) a réagi. Il l’a fait totalement à contretemps en partant seul avec déjà 1’30 de retard, mais il était fort probable que le quatuor accepte son retour par la suite si le peloton lui laissait suffisamment de marge pour le permettre. Pas de chance, les BMC et Sunweb n’ont pas attendu pour contrôler. Qui plus est, la route – souvent de longues lignes droites – était balayée par un fort vent défavorable. Déprimant ! On a même vu un Bahrain se joindre à ces 2 formations pour Sony Colbrelli…

Les hommes de tête ont néanmoins clairement attendu le Suisse, ils ont décidé de se relever pour le récupérer. Avec son gabarit et ses qualités de rouleurs, il ne pouvait qu’être utile, y compris pour servir d’abri aux autres. Malheureusement, les équipes précitées prenaient trop au sérieux le quintette, ils ont eu droit à une marge comprise entre 1’30 et 2’20 pendant des dizaines de bornes (on n’a jamais atteint les 3’, même avant la phase de temporisation pour attendre le Suisse).

Evidemment, De Gendt a fait en sorte de remporter le sprint intermédiaire, il y a mis une attaque pour prendre la prime (Bouet est passé 2e, il est le seul à avoir suivi). Certains font des échappées publicitaires, le Belge est plus chasseur de primes dans l’âme (même s’il gagne régulièrement les courses). En tête de peloton Kittel s’est permis de battre Matthews pour augmenter sa marge au classement du maillot vert sachant qu’elle se réduirait forcément à l’arrivée.

A la sortie du ravito – où Fabio Felline (TFS) a abandonné – le vent commençait à souffler un peu plus fort, les échappés ont donné l’impression d’appuyer un peu plus sur les pédales. Leur avance a un peu augmenté après être descendue à 1’30.

Roosen a crevé au mauvais moment, à moins de 55km de l’arrivée, juste avant le pied de la Côte du Viaduc de Viaur (3e C.). Ayant moins d’1’40 d’avance, il était difficile pour les échappés de l’attendre. De Gendt a même décidé de hausser le rythme en imposant son train. Le Néerlandais a dû se dépouiller – et s’aider des voitures avec en plus une manœuvre irrégulière en se ravitaillant – pour réintégrer le groupe de tête. De Gendt a mené pendant toute la côte et fait le forcing pour aller chercher la plus grosse prime (et les 2 points, car il est bien placé au classement du meilleur grimpeur)… Comme d’habitude.

Les relances de De Gendt et Voeckler, manifestement plus forts que les autres, ont fait beaucoup de mal à leurs partenaires, y compris avec du vent dans le dos. Le train du peloton, calqué sur celui des échappés, a aussi causé des dégâts, ça allait très vite en tête, on risquait d’avoir des cassures, voire des bordures. Le rythme emmené par les 3 équipes qui contrôlaient depuis le début désormais assistés par les Dimension Data d’Edvald Boasson Hagen, a provoqué des inquiétudes, voire un début de panique. Tout le monde a essayé de remonter pour s’abriter. En revanche Marcel Kittel a lâché prise. Il restait 45km, il allait manifestement devoir finir avec les autres attardés. La Quick Step a fini par faire décrocher Sabatini pour l’assister. Ils ont même pu revenir dans une descente (avant de lâcher de nouveau dans la difficulté suivante).

Bouet, qu’on avait déjà vu coincer plut tôt, a explosé dans l’autre difficulté répertoriée du jour, la Côte de Centrès (3e C.). Hollenstein a subi le même sort. Roosen était aussi dans le rouge, il n’a pu résister au train imposé par De Gendt, que seul Voeckler pouvait suivre. Le Belge a encore basculé en tête 1’50 avant le peloton. En insistant, il a fini par se débarrasser du Français. A vrai dire, le premier me fait penser à ce qu’était le second il y a quelques années, un vrai baroudeur capable de faire des coups en montage et très régulièrement scorer quand il prend l’échappée. Pour son dernier Tour, le quadruple vainqueur d’étapes et double porteur du maillot jaune aimerait triompher une dernière fois mais il est bien conscient de ne plus avoir les mêmes jambes qu’à son top. En l’occurrence, si De Gendt s’est mis en évidence en se montrant supérieur à ses compagnons de route, sa victoire restait très peu probable. Il avait du vent favorable, seulement il lui restait 1’30 de marge à 30km de la ligne, soit pas grand-chose. On a alors vu les AG2R se mettre à rouler en tête, probablement par peur du vent, il était important de s’assurer un bon placement. Le vent ¾ dos et la chasse lancée à très vive allure rendait tout le monde très nerveux. Le peloton, déjà bien réduit, continuait à perdre des éléments par l’arrière.

Le Belge résistait bien mais les Sunweb et les BMC ne se ménageaient pas. S’il a un temps stabilisé l’écart juste sous la minute, son avance s’est de nouveau fortement érodée dans une longue côte non répertoriée – elle aurait mérité de l’être – très roulante. De Gendt, qui devra se consoler avec les primes et le prix assez rémunérateur de combatif du jour, a été repris au sommet… mais par le contre de Tony Martin (KAT) et de Tony Gallopin (LTS). Ce contre a fait long feu même si le rouleur allemand a insisté. Le vent étant défavorable, le terrain qui en principe se prêtait à des offensives n’offrait finalement pas d’opportunité de prendre la fuire. Maurits Lammertink (KAT) est sorti après la côte sur un faux-plat montant, Damiano Caruso (BMC) lui a sauté dans la roue sans vouloir relayer. Un Sunweb (Nikias Arndt) est sorti pour aller se mettre dans leurs roues et contrôler pour son leader. Pierre-Luc Périchon (TFO) a fait l’effort d’aller les chercher mais avec 2 hommes sur 4 pas prêts à relayer, le coup était voué à l’échec. Le Français a relancé malgré tout.

Plus personne ne roulait en tête de peloton… hormis les Sky, et ceci dans un but unique, assurer à Froome un placement idéal. Ils ne menaient pas pour reprendre le quatuor. Ce coup à 4 ou plutôt à 2+2 aurait pu fonctionner contre toute attente si d’autres équipes n’avaient réagi en se replaçant (toujours sans réellement mener la chasse). Caruso et Arndt se faisaient emmener tranquillement… si bien que Périchon a encore contré à 8km de l’arrivée. Caruso a fait l’effort pour ramener tout le monde. Un Dimension Data s’est alors dévoué à l’avant du peloton pour condamner le quatuor vérolé de l’intérieur. Périchon et Lammertins ont malgré tout insisté autant que possible. Le dernier contre désespéré du Néerlandais ne servait à rien, la tête du peloton l’a repris à moins de 4km de l’arrivée.

Les leaders sérieux étaient informés de la nécessité de rester très bien placés avant ce final naturellement générateur de cassures. Chris Froome a donc fait le nécessaire pour rester dans le top 10 alors que Fabio Aru s’en est montré incapable. N’ayant aucun équipier pour l’aider, l’Italien a dû lui-même fournir un gros effort pour tenter de se replacer. Pour ne rien arranger, en plus des quasiment 10% de déclivité des 600 derniers mètres, les coureurs devaient négocier pas mal de virages. Ce final très tortueux a causé des dégâts. Les AG2R étaient bien organisés mais Oliver Naesen a accéléré – on peut même parler d’attaque – trop hâtivement. Lancer le sprint de si loin était une mauvaise idée, ça a contribué à créer les cassures en tête de groupe. L’idée était d’autant plus mauvaise que le champion de Belgique avait Philippe Gilbert (QST) dans la roue. Ce dernier l’a repris et doublé puis est resté un moment en tête malgré le retour de Van Avermaet, un 3e Belge, prêt à le sauter, mais qui attendait sans doute le dernier moment à cause du vent de face. Surgissant soudain sur la droite, Matthews leur a donné une leçon digne d’un Peter Sagan. Sa victoire ne souffre d’aucune contestation.

Il y a 2 ans, lors de l’arrivée jugée au même endroit, Van Avermaet s’était imposé, Matthews n’avait pu jouer sa chance à cause d’un gros carton subie au cours de l’étape (côtes cassées et plaies un peu partout). Cette fois, l’Australien a été protégé toute la journée et savait exactement quoi faire grâce à la reconnaissance effectuée… en regardant à plusieurs reprises l’arrivée de 2015. Le moment précis de son attaque relève de la stratégie préparée avant la course, il ne s’agit pas d’improvisation. Ce succès de Sunweb est le 2nd en 2 jours après celui de Warren Barguil, avec qui il partage sa chambre. Matthews s’était déjà imposé l’an dernier sur le Tour lors de l’étape conclue à Revel.

S’agissait d’une arrivée en côte et non d’un sprint massif sur du plat, elle rapportait moins de points au classement du maillot vert (30 au lieu de 50 pour le vainqueur), si bien que Kittel garde 99 unités d’avance par rapport à Matthews sans même avoir disputé le sprint. En outre, on prenait en compte les écarts réels pour le classement général. D’où l’impact au général… Si les 4 premiers de l’étape étaient les 4 plus attendus sur ce type d’arrivée, à savoir Van Avermaet 2, Boasson Hagen 3e, Gilbert 4e, seul le champion olympique a été classé dans la même seconde que le vainqueur. Les 7 suivants ont fini à 1". Parmi ces 7, Chris Froome, 7e, mais aussi Dan Martin (QST) 8e et Rigoberto Uran (CDT), 9e. Pourtant bien emmené par ses hommes, Romain Bardet (ALM) a fini 11e et premier Français, mais 2e d’un petit groupe classé à 5 secondes. Il a été pris dans une cassure avec Simon Yates (ORS). Remarquez, ça aurait pu être pire, Mikel Landa (SKY) a terminé à 15 secondes, Nairo Quintana (MOV), Alberto Contador (TFS) et George Bennett (TLJ) à 22, Louis Mentjes (UAD) et Fabio Aru à 25. TdF 2017 - _Classement de la 14e étape

TdF_2017__classement_apres_la_14e_etape.jpg On parle là de quelques secondes, ce qui pourrait sembler anecdotique. Sur ce Tour, chaque seconde compte ! Ces erreurs de placements et le manque de soutien de la part de leurs équipiers – qui ont obligé ces coureurs à fournir trop d’efforts pour se placer, d’où un manque de forces en arrivant dans la côte finale où ils ont coincé – ont pratiquement causé autant de dégâts que le véritable mur qui attendait les cadors à Peyragudes au terme de l’étape reine des Pyrénées. Il ne devait pourtant s’agir que d’une étape pour baroudeurs, presque une étape de transition, mais ces 600m à 9,6% ont chamboulé le classement. Aru a perdu son maillot jaune au profit de Froome, on trouve désormais 4 hommes en 29 secondes au classement général, ils sont 6 en moins d’1’30 (dont Dan Martin qui a presque tout concédé à cause de la chute de Porte dans la descente du Mont du Chat). Toute certitude est désormais interdite.

J’ai mis le résumé mais aussi la fin d’étape en intégralité si ça vous tente.

Voici la fin de l’étape en intégralité.

Dimanche, de la moyenne montagne est au programme avec tout de même 2 difficultés de première catégorie, une en première et une en dernière partie d’étape. Enfin une journée pour les baroudeurs, les vrais ?