Abandons : Timo Roosen (TLJ), Ondrej Cink (TBM).

TdF 2017 - profil 19e étape

222,5km (plus ceux du défilé avant le départ réel, comptez plus de 230 bornes) très vallonnés – au moins en première partie d’étape – sous le cagnard… en fin de Tour, après une série de journées harassantes en montagne. Les pauvres… Y’a des jours comme ça où les cyclistes méritent autant de compassion que d’admiration ! Compte tenu de la fatigue et du nombre de sprinteurs ayant dû quitter le peloton, il était probable qu’un groupe se détache et que peu d’équipes trouvent la motivation et/ou les ressources physiques pour contrôler une échappée conséquente. On s’attendait à retrouver devant les hommes les plus frais, ceux déjà aux avant-postes ces derniers jours.

On annonçait évidemment à un début d’étape très rapide fait de multiples attaques et relances car nombre de formations savaient jouer leur dernière carte pour une victoire d’étape. Comme tous les jours, le départ réel a donné lieu aux premières attaques. Julien Vermote (QST), alias "le tueur d’échappées", a été le premier attaquant du jour. Beaucoup tentaient de sortir, dont plusieurs Belges en leur jour de fête nationale, notamment Guillaume Van Keirsbulck (WGG), puis encore Vermote et bien sûr l’inévitable Thomas De Gendt (LTS), une indication que les Lotto-Soudal ne misaient pas sur Greipel. J’ai envie de vous épargner les détails car on arrive en fin de Tour et je fatigue.

De multiples contre-attaques plus tard, un duo formé de Julien Simon (COF) et Jasha Sütterin (MOV) s’est détaché. Ils ont été rejoints par un groupe, ce qui a provoqué un ralentissement du peloton… d’où de nouvelles accélérations de ceux craignant d’être en train de manquer le bon coup. Les Sky et les Sunweb ont décidé de mener et d’accélérer, provoquant ainsi un nouveau regroupement. On est reparti pour un tour jusqu’à la création d’une nouvelle échappée comprenant cette fois 8 hommes, à savoir Pierre Rolland et Dylan Van Baarle (CDT), Marcus Burghardt (BOH), Michael Albasini (ORS), Maxime Bouet (TFO), Adrien Petit (DEN), ainsi que les Belges très motivés déjà passés à l’offensives auparavant, Van Keirsbulck et Vermote. N’ayant personne devant, Movistar et Katusha relançaient. L’écart s’est stabilisé autour des 20 secondes. Rien n’était donc fait, les nouveaux contres ont échoué en raison de la bonne entente à l’avant et de la volonté claire de la Sky de calmer le jeu en occupant toute la largeur de la route. Seulement, trop de formation ne comptaient aucun membre dans l’échappée. Ce n’était donc pas terminé. Imanol Erviti (MOV), Tsgabu Grmay (TBM), Olivier Le Gac (FDJ), un BMC, un Orica et un Emirats Arabes Unis ont tenté de rejoindre le premier groupe. On ne voyait donc aucun membre des équipes de sprinteurs tenter de fuir.

Les 8 de tête ne comptaient que 30 secondes de marge au pied de la première difficulté recensée de la journée, le Col de Lebraut (3e C.), long de 4,4km. Cette ascension s’est avérée décisive dans la mesure où elle a fait comprendre à plusieurs équipes de sprinteurs que leur seule chance de victoire serait d’attaquer. Alexander Kristoff (KAT) a craqué très rapidement, André Greipel un peu plus tard, d’autres se sentaient à la limite et n’auraient manifestement pas les jambes pour un sprint final.

Alessandro De Marchi (BMC) s’est mis à la barre en tête de peloton pour ramener tout le monde. Efficace, il a presque effectué la jonction malgré l’insistance des hommes de tête. Chacun devait se mettre à fond, Petit n’a pu conserver sa place à l’avant, Carlos Betancur (MOV) a pris la sienne après avoir été lancé par Nairo Quintana en personne. Mais là encore, de multiples contres rendaient la course trop incontrôlée au goût de la Sky. Chris Froome a empêché en personne le départ d’un AG2R. Il devenait presque urgent de calmer tout le monde. Brice Feillu (TFO) et Tony Gallopin (LTS) sont ressortis, le chantier n’en finissait décidément pas.

Elie Gesbert (TFO), Pierre Rolland et Julien Vermote ont encore tenté le coup, ça ne fonctionnait pas car Jan Bakelants (ALM) et Quintana figuraient parmi les premiers poursuivants. Rolland a continué avec Gesbert et Romain Sicard (DEN), passé en tête au sommet. Ils ont insisté dans la descente où la tête de course semblait s’être recomposée avec le retour du peloton. Gesbert a réessayé avec Lilian Calmejane (DEN).

Le duo a en réalité pu maintenir une petite avance jusqu’à voir revenir 18 hommes. Cette descente a donc été le théâtre de la création de la grande échappée du jour. Il manquait plusieurs équipes mais tant pis pour elles, la Sky a dit stop. En outre, le vent de face rendait de nouveaux contres trop difficiles.

On trouvait 20 coureurs au sein de cette échappée, dont 9 Français, les 2 tiers concentrés dans les équipes les mieux représentées, à savoir Direct Energie (Romain Sicard, Lilian Calmejane et Sylvain Chavanel) et Fortuneo (Elie Gesbert, Romain Hardy et Pierre-Luc Périchon). Lotto-Soudal a aussi pu intégrer ses 2 hommes les plus en vue lors de ce Tour (Thomas De Gendt et Tony Gallopin), Orica parvenant aussi à être doublement représenté (Michael Albasini et Jens Keukeleire). La moitié des échappés allaient devoir manœuvrer finement faute d’équipier pour les épauler. Dans le lot, on trouvait quelques garçons très rapides au sprint à commencer par Edvald Boasson Hagen (DDD), favori logique en cas de sprint, ou encore Daniele Bennati (MOV), Ben Swift (UAD) et Nikias Arndt (SUN), voire Gianluca Brambilla (QST). Julien Simon (COF), Jan Bakelants (ALM), Bauke Mollema (TFS), Rudy Molard (FDJ) et Robert Kiserlovski (KAT) complétaient ce groupe qui était assurément la bonne. Personne n’allait rouler derrière, hormis les Sky, bien décidés à contrôler de façon à créer un écart dissuasif pour les piégés mais insuffisant pour relancer le classement par équipes, la réticence à laisser partir un AG2R venant de ce classement où la formation anglaise devançait sa rivale française d’un quart d’heure seulement.

On a laissé passer les voitures dans la 2e difficulté du jour, la Côte de Bréziers (3e C.), où Hardy a surpris De Gendt. La cagnotte de Fortuneo est assez maigre, c’était le moment où jamais de sauter sur une opportunité comme celle-ci.

Il aura donc fallu environ une heure pour créer cette échappée. Ensuite… Rideau. A l’évidence, on allait désormais s’ennuyer pendant un looooooong moment ! Et oui, on s’est emm*rdé. L’écart s’est progressivement accru, presque tout le monde a pu rentrer par l’arrière mais pas tout le monde. Timo Roosen (TLJ) a dû rendre les armes. Lâché très tôt et loin derrière, Ondrej Cink (TBM) a fait de même.

La Sky a laissé jusqu’à 8’, elle a commencé à revenir un peu trop vite, puis a ralenti pour retrouver ces 8’. Ils ont fini tranquillement pour permettre à tous les membres du peloton – et en particulier à Froome – de récupérer avant le clm décisif de samedi.

Au sprint intermédiaire, personne n’a pu embêter De Gendt même si Gesbert a essayé. Le chasseur de primes a encore frappé… Puis R.A.S. jusqu’à environ 60km de l’arrivée où Keukeuleire a tenté la première attaque. Un coup pour rien, peut-être pour tester ses adversaires…

On s’attendait à voir les coureurs les moins rapides au sprint tenter de casser le groupe dans la difficulté de la fin d’étape (la dernière répertoriée du Tour), le Col du Pointu (3e C.) qui débutait à 51km de l’arrivée. Ces 5,8km à 4,1% de moyenne, étaient trop roulants. Sicard a bien tenté d’attaquer (France 2 était encore une fois en pub, dès qu’il se passe un truc en somme), malheureusement le vent défavorable rendait la mission impossible. Le grimpeur de Direct Energie a insisté, Gesbert a essayé à son tour de façon assez franche. Kiserlovski est ressorti pour aller se mettre dans les roues. On se regardait un peu en tête du groupe, si bien que Bakelants a voulu contrer, la réaction de Brambilla a provoqué un regroupement à 17. Tout ça pour rien ou presque. Seul Gallopin coinçait (après avoir trop donné dans l’Izoard).

D’autres accélérations et contre-attaques ont émaillé l’ascension, dont une de… Gallopin, qui semble avoir décidé de se sacrifier pour De Gendt en ramenant tout le monde car l’entente était bien meilleure au sein du trio qu’entre les chasseurs. Boasson Hagen a aussi tenté sa relance, suivi par un Orica. La pancarte…

Le trio s’arrachait toujours, surtout Sicard, mais c’était sans espoir, De Gendt a fait le forcing pour provoquer la jonction. Très limite, Gallopin a perdu quelques mètres, il a dû s’accrocher puis s’employer pour revenir dans la descente où Mollema a tenté de partir pour faire un coup comme au Puy-en-Velay. Tout le monde se méfiait aussi de lui. Résultat, ça n’a pas fonctionné.

Ce col n’a donc véritablement servi à rien, sa descente non plus, il allait falloir se faire la guerre sur le plat. Il en restait 30 bons kilomètres. Chacun observait ses concurrents, ils relayaient à peu près tous mais clairement pas à fond. Preuve du niveau de fatigue généralisé, personne n’a rien tenté jusqu’à 22 bornes de l’arrivée. Ça a alors enfin bougé, Calmejane a voulu, avec le vent de face il n’a pas vraiment pu. Pour casser le groupe, il fallait une succession d’accélérations jusqu’à ce que certains en aient marre de répondre… ou n’en aient plus la force.

Keukeleire a attaqué sous le panneau des 20km en profitant d’un faux-plat. Une attaque franche qui, sans surprendre l’ensemble du groupe, a provoqué une cassure. On a un peu coupé l’effort car Boasson Hagen était là. Il fallait au contraire relancer encore et encore. Les équipes en supériorité numérique avaient tout intérêt à contrer systématiquement en l’obligeant à lui-même aller chercher le fuyard, quitte à bluffer ou à prendre le risque de se faire piéger soi-même. Il n’y avait aucun autre moyen de l’empêcher d’être présent dans le final. Même très fort, un coureur obligé de multiplier les efforts violents pendant 10 ou 15 bornes finit par s’épuiser. Sagan a souvent été battu parce que ses adversaires avaient su le forcer à se dépouiller ainsi.

Seulement, quand le groupe s’est scindé en 2 parts égales (avant que Calmejane ne se fasse décrocher de la première partie), ceux présents à l’avant étaient trop contents d’avoir évité la cassure pour penser à se débarrasser de Boasson Hagen. A 2, les Orica croyait probablement pouvoir profiter de leur supériorité numérique. Les 9 hommes de tête (De Gendt, Boasson Hagen, Bakelands, Bennati, Arndt, Chavanel, Gesbert, Keukeleire et Albasini) roulaient beaucoup plus fort que les 11 autres, nettement moins frais. Pas de chance, 7 des 11 Français de l’échappée ont été écartés du jeu. Le plus dingue était de voir les 2 Fortuneo piégés ne pas rouler et Gesbert participer à l’avant. Ils n’ont pas compris que le surnombre constituait leur seule chance… Que Chavanel ait attendu avant de se décider à collaborer me semble plus logique dans la mesure où Sicard et Calmejane ne pouvaient plus rien espérer sur ce type de final.

Gesbert, plus jeune coureur du peloton, a attaqué à moins de 9km de l’arrivée. Arndt et un Orica sont allés le chercher, De Gendt a ramené les autres, provoquant un contre d’Albasini, marqué par Boasson Hagen. Cette fois un autre Belge a ramené tout le monde, en l’occurrence Bakelants. A mon sens les Orica ont couru à l’envers : quand Chavanel a essayé de fuir à 5,5km de l’arrivée, Keukeuleire a fait l’effort, suivi par tous les autres, puis au lieu de contrer immédiatement avec Albasini, ils ont accepté que ça temporise, c’est alors que Gesbert y est allé, obligeant Keukeuleire à de nouveau faire le travail. Quand Albasi s’est enfin décidé à passer à l’offensive, il n’a surpris personne, Chavanel et Boasson Hagen ont sauté dans sa roue avant que le Norvégien ne contre lui-même, obligeant Albasini à faire l’effort avec Chavanel sur le porte-bagage. De Gendt a de nouveau attaqué, provoquant la réaction des Orica, la plupart du temps en défense au lieu de profiter de leur supériorité numérique pour mener le jeu. Ils restaient tous les 9 présents à 4 puis 3km de la ligne quand Bennati y est allé à son tour, toujours sans succès.

On se dirigeait donc vers un sprint à 9 que Boasson Hagen allait certainement remporter. Et pourtant, il a choisi une autre voie. Au sens propre comme au sens figuré. L’ancien très grand espoir – pour ne pas dire prodige – gâché par la Sky pendant plusieurs années a été le plus malin. Ayant bien mieux repéré l’arrivée – ou été mieux renseigné – que ses concurrents. Lui et Arndt sont les seuls à avoir pris à droite sur un rond-point, ce qui leur a permis de faire moins de chemin tout en ayant moins besoin de ralentir pour tourner. Ils ont ainsi pu créer un écart impossible à combler en un peu plus de 2km. Albasini a eu beau tout donner, il s’était lui-même épuisé en faisant du marquage.

A vrai dire, même sans surprendre 7 de ses 8 adversaires grâce à ce raccourci, probablement le Norvégien aurait-il gagné quand même. Il était le plus fort. J’en veux pour preuve la manière dont il s’est débarrassé d’Arndt juste après avoir faussé compagnie aux autres. S’ils avaient une chance de le battre, elle était passée depuis bien longtemps. Leur attentisme les condamnait.

Cette victoire 6 ans après son doublé sur le Tour ne pouvait être plus méritée. Pour rappel Boasson Hagen a été arnaqué par les chronométreurs dont la lecture de la photo-finish il y a quelques jours à Nuits-Saint-Georges relève plus de l’arbitraire que de l’objectif. Il a en outre terminé plusieurs fois dans le top 3 sans s’imposer. Tactiquement, sa journée a été parfaite, il a su intégrer le bon coup en comprenant bien qu’être à l’avant constituait une absolue nécessité lors de cette étape, le sprint massif dont il aurait pu sortir vainqueur n’ayant aucune chance de se produire. Réussir à l’emporter en solo malgré la gigantesque pancarte accrochée au-dessus de sa tête relève de l’exploit. Au passage, il remonte à la 2e place au classement par points.

Arndt est resté intercalé, il a pris la 2e place, Keukeleire a ensuite réglé le reste du groupe pour finir 3e. Notons la 6e place de Chavanel et la 7e de Gesbert. Périchon a aussi terminé dans le top 10 en anticipant le sprint des 11 premier piégés.

Je vous propose la fin d’étape en intégralité.

La présence de Bakelants dans l’échappée a permis à AG2R de revenir à 3’08 au classement par équipes (le peloton s’est classé à 12’27, soit 12’10 derrière Bakelants). La Sky n’a rien à craindre, elle dominera nettement lors du contre-la-montre. Pour info, la 3e équipe, Trek, est à 1h42^^

Le peloton a vraiment connu une journée hyper tranquille, son arrivée frisait même le ridicule. A la place de Bardet, j’aurais peut-être tenté une attaque au kilomètre pour reprendre 2 secondes… Chacune peut compter à la fin…

Les Belges n’ont pas tout perdu aujourd’hui, Keukeuleire a été élu combatif du jour. Il s’agit de la 4e fois qu’un Belge monte sur le podium à l’issue d’une étape, à chaque fois pour recevoir ce prix. Pas la moindre victoire d’étape, pas le moindre maillot distinctif porté. On comprend mieux pourquoi Eddy Merckx n’a pas aimé ce Tour de France.