La France avait décidé de miser un de ses jokers sur les -60kg. Elle a choisis d’engager 2 hommes dans cette catégorie, à savoir les jeunes Cédric Revol et Walide Khyar, âgés de 22 ans.

Le premier nommé s’est fait sortir d’entrée par Gusman Kyrgyzbayev… qui est kazakh, pas kirghiz, contrairement à ce que son nom semble indiquer. Il a pris waza-ari puis ippon sur un violent ura-nage qui lui bien impacté le dos. Ça a duré 1’43, il n’y a pas eu photo, ce contre a été permis par une erreur de Revol.

Khyar est un des plus grands espoirs du judo français, champion d’Europe 2016 avant de se faire piéger aux JO en se montrant trop offensif… et de passer une bonne partie de la saison à ronger son frein à cause d’une blessure. Comme par hasard, après avoir fait abandonner un représentant du Swaziland au premier tour en moins d’une minute sur une clé de bras, il retrouvait au 2e tour le Mongol Boldbaatar Ganbat, un vrai baatar… puisque c’est contre lui que le Français s’est blessé il y a quelques mois. Cet ancien champion du monde (en 2014) lui rappelait de mauvais souvenirs et malheureusement il a remis ça. Alors que son adversaire trainait une pénalité depuis un moment, alors qu’il dominait physiquement, le Khyar s’est de nouveau fait piéger bêtement. Au golden score bien sûr, donc au moment où la moindre erreur se paie très cher. Une attaque un peu moisie, assez facile à contrer, et c’était fini. Dur, mais au moins, il ne peut s’en prendre qu’à lui. Déjà malchanceux avec cette blessure qui a ruiné sa saison, il a hérité d’un tirage pourri avec ce Mongol au 2e tour, il aurait ensuite eu droit à un Japonais (qui a éliminé le mec d’Automne Pavia au 1er tour), puis à l’Ouzbek, puis à l’Azerbaïdjanais… 3 des 4 médaillés sont sortis de sa moitié de tableau, 2 de son quart de tableau. Mais au final, le titre est revenu à l’autre Japonais, Naohisa Takato.

Ça a failli mieux se passer chez les -48kg pour Mélanie Clément, 25 ans, qui disputait son premier grand championnat sans avoir eu une préparation optimale puisqu’en parallèle du judo elle a passé la saison à l’IUFM pour devenir professeur des écoles. Elle a fait son entrée en lice au 2e tour contre Taciana César, une ancienne Brésilienne qui combat désormais pour la Guinée Bissau, a été sacrée de nombreuses fois championne d’Afrique et compte pas mal de podiums dans les tournois internationaux (y compris du grand prix, du grand chelem…). Ça a duré, il a fallu attendre le golden score pour en finir en provoquant l’abandon de César au terme d’un super travail au sol. Au tour suivant, elle a eu droit à une Cubaine, Melissa Hurtado Munoz, qui vient de la caté supérieure mais n’a aucune référence. Là aussi, il a fallu en passer par un golden score. La 3e pénalité est tombée à l’encontre d’Hurtado après 2’12 de prolongation. Il aura fallu attendre 4’40 entre la 2e et la 3e… Clément s’est montrée moins active après avoir eu ses 2 pénalités d’avance et a même failli se faire avoir en concédant un waza-ari sur une espèce de technique de sacrifice. En continuant comme lors des 2 premières minutes, elle aurait abrégé le combat, ce changement d’attitude est donc difficilement compréhensible. Il lui a fallu remettre beaucoup d’activité pour enfin venir à bout de cette inconnue (la 2nde fausse attaque grossière a été sanctionnée). Si l’issue a été favorable dans la mesure où elle a obtenu sa place en quart de finale, la fatigue engendrée par cette prolongation s’est payée contre la Mongole Urantsetseg Munkhbat, classée n°2 de la catégorie et ancienne championne du monde (2013). La Française a tenu 2 minutes tant bien que mal… puis a pris cher au sol après avoir d’abord bien défendu sur une première séquence : waza-ari sur une immobilisation dont elle a pu se sortir (c’est parti d’une tentative de clé de bras), puis un 2nd sur un mouvement ultrarapide enchaîné au sol, avec un début d’immobilisation vite interrompu en bloquant la jambe mais poursuivi par un nouveau travail de clé assez dingue pour provoquer l’abandon (clé de bras tout en bloquant le genou pour avoir plus de levier)… Clément s’est battue, elle a beaucoup résisté, s’est démenée lors de chaque séquence au sol pour s’en sortir, ça n’a pas suffi.

Néanmoins, il lui restait une chance de médaille en passant par les repêchages. Malheureusement, ça s’est là aussi mal passé face à la Russe Irina Dolgova, pourtant dans ce nouveau golden score disputé avec une pénalité chacune, les débats étaient très équilibrés… jusqu’à une erreur stupide. La Française a lancé une attaque qui n’a rien donné… et a connu un instant de relâchement. Trainée au sol par son adversaire, laquelle n’a pas hésité à se mettre sur les femmes sur la hisser sur elle pour mieux la retourner, elle a laissé faire. En un rien de temps, Clément se retrouvait immobilisée sur le dos.

Pour info, le titre est revenu à la Japonaise Funa Tonaki, vainqueur de Munkhbat en finale, dont l’adversaire en demi-finale, l’autre nipponne, Ami Kondo, n°3 à la ranking list a remporté une des médailles de bronze, l’autre ayant été obtenue par Otgontsetseg Galbadrakh, autre Mongole… naturalisée kazakh, qui arrivait en n°1 mondiale. On a donc retrouvé les 3 meilleures mondiales sur le podium… devancée par la Japonaise présumée la moins forte. Le Japon compte désormais 2 championnes du monde de 22 ans dans cette catégorie. Oui, c’est flippant.

Les 3 défaites du premier jour ont toutes résulté d’une erreur bête bien exploitée par l’adversaire expérimenté du Français moins expérimenté. On remettait ça mardi avec 2 nouvelles catégories. On est encore resté sur notre faim, cette fois en gardant un petit goût amer dans la bouche dans un des cas. Les Italiens aussi ont connu ça, notamment à cause du tirage au sol du tableau.

Au 3e tour, on a eu le remake de la finale olympique chez les -66kg (ça s’est joué à rien au bout de 4’ de golden score après toute une série de fausses attaques que les arbitres n’osaient pas sanctionner, le Coréen An Baul a fini par gagner après un énième plongeon de l’Italien Fabio Basile qui réclamait sans cesse des cartons… pire que Verratti ce type !)… et chez les filles en -52kg (là ça n’a pas duré, l’Italienne Odette Giuffrida a été croquée par Majlinda Kelmendi).

Après une entrée en lice au 2e tour où elle a dominé l’Ukrainienne Lyudmila Pliieva en marquant au bout de 10 secondes sur son mouvement d’épaule favori puis géré à peu près correctement, Amandine Buchard a foiré sa journée. Elle n’y était vraiment pas, elle manquait d’agressivité, elle n’osait pas imposer son judo. Elle a été mangée physiquement. Les coups de poing et de pied reçus de la Portugaise Joana Ramos lors du 3e tour lui ont fait mal. Certes, un mouvement un peu limite comptabilisé après utilisation de la vidéo lui a permis de se qualifier à l’arrache pour les quarts, mais ensuite elle paraissait timorée au moment où, n’ayant d’autre alternative que de réaliser un exploit, il lui fallait se lâcher. La phénoménale Majlinda Kelmendi, championne olympique, double championne du monde et triple championne d’Europe, a très vite pris le dessus sur la Française, punie d’un waza-ari au bout de 12 secondes puis d’un autre à mi-combat, la star de la catégorie n’ayant plus eu ensuite qu’à contrôler quitte à prendre 2 pénalités lors des 40 dernières secondes. Notons qu’un peu plus tard, la Kosovare qui semblait injouable… a été battue en demie par la Japonaise Ai Shishime après 5’30 de golden score ! Hallucinant ! D’autant qu’elle était en avance aux pénalités.

Confrontée à la Russe Natalia Kuziutina, une référence de la catégorie, le combat a été prolongé d’1’36. "Bubuche" a alors été sanctionnée une 3e fois (contre zéro), une issue plutôt logique tant la Russe a dominé physiquement, se montrant plus agressive et meilleure tactiquement (en attaquant tout le temps en premier, même si rarement très franchement). On ne sentait vraiment pas la Française dans le coup. Elle a donc échoué à la 7e place pour ses premiers ChM dans cette catégorie après une saison 2016 blanche.

Kuziutina a ensuite pris le bronze pour la 3e fois de sa carrière aux ChM, l’autre petite finale ayant opposé la n°1 et la n°2 à la ranking list (la Brésilienne Erika Miranda a piégé Kelmendi qui s’est réveillée trop tard, à mon sens la Brésilienne aurait mérité 4 pénalités lors des 30 dernières secondes pour un mélange de fausses attaques et de sorties de tapis, elle n’en a pris que 2). La finale entre Japonaises coiffées au bol. Ai Shishime s’est imposée contre Natsumi Tsunoda. Battre Kelmendi en demie et manquer l’or aurait fait tache… moins que ne pas finir sur le podium, je vous l’accorde, puisque les 4 combattantes japonaises ont obtenu une médaille. Les Mongols Ganbat et Munkhbat – qui ont battu respectivement Khyar et Buchard – sont les seules à avoir battu les représentants du pays d’origine du judo (qui, à 7, s’en sortent avec 4 titres, 1 médaille d’argent et 1 de bronze).

On espérait nettement moins de Kilian Le Blouch que de "Bubuche", pourtant les -66kg a été bon. Avec 71 combattants dans le tableau, il y avait 4 tours avant d’atteindre les quarts et une possibilité de repêchage. Le Français entrait au 2e contre le Canadien Antoine Bouchard. Il l’a battu aux pénalités après 1’34 de golden score en faisant valoir sa caisse physique impressionnante. On l’a vu accélérer à environ 1’ au chrono et étouffer son adversaire en le mettant en permanence sous pression. A défaut d’être spectaculaire, ça a payé. Il a remis ça au 3e tour contre le Brésilien Charles Chibana, après 2’40 de prolongation. Mené aux pénalités, il a vu le 2e carton de son adversaire être annulé, puis, toujours en adoptant la même attitude étouffante, a fini par faire exploser Chibana physiquement, d’où les 2 sanctions qui ont fait basculer la décision en sa faveur.   

L’Ukrainien – ancien Géorgien – Georgii Zantaraia, double champion d’Europe et quintuple médaillé mondial (dont un titre en 2009), a pris le dessus grâce à un mouvement d’épaule à 1’40 de la fin. Le Blouch a donc dû accélérer sans attendre la dernière minute. Il a mis une énorme pression… mais l’arbitre – nulle – n’a pas sanctionné Zantaraia comme elle aurait dû le faire. Il n’a été pénalisé que 2 fois (en réalité 3 mais une péna a été annulée), quand il a passé sa tête sous le bras la sanction normalement automatique n’est pas tombée… Si bien qu’au lieu de prendre 3 cartons et d’être disqualifié, l’Ukrainien a obtenu sa qualification pour les quarts, le Français se retrouvant la queue entre les jambes, vraiment pas récompensé de ses efforts et assez dégoûté.

Zantaraia a ensuite été éclaté par le monstre japonais, Hifumi Abe, 20 ans, qui a fumé tout le monde pour se frayer un chemin sur la plus haute marche du podium (le Russe Mikhail Puliaev a pris un beau pion en finale), mais a tout de même disputé la médaille de bronze (après avoir sorti An en repêchage)… Pour finalement s’incliner au golden score en se faisant contrer par le n°1 mondial, l’Israélien Tal Flicker, alors qu’il était devant aux pénalités. Le Géorgien Vazha Margvelashvili s’est emparé de l’autre médaille de bronze.

Sincèrement, j’ai beaucoup de mal à apprécier ces Championnats du monde, du moins pour le moment. Hormis dans les duels très déséquilibrés, on voit globalement très peu de spectacle. Le judo marche sur la tête : on a changé les règles et notamment réduit la durée du combat pour les hommes, on a annoncé vouloir privilégier les actions qui marquent (faire tomber, mais aussi le travail au sol), seulement on se retrouve bien souvent dans des situations où personne n’ose avant le golden score, voire pire, où un combattant mène puis ne fait que de l’anti-judo sans être sanctionné comme il devrait l’être car les juges veulent privilégier celui qui a marqué sur une action (ou un contre). En outre, seule la 3e pénalité est coûteuse avant d’être dans le golden score, raison pour laquelle beaucoup de combattants adoptent une attitude défensive ou "trichent" pour repousser l’échéance et tout miser sur la prolongation. Résultat, les fausses attaques et batailles de garde interminables se multiplient, les ippons se raréfient, au lieu de durer 4’, les combats en durent souvent entre 5 et 8, voire plus. Comme le 3e carton jaune vaut carton rouge, les arbitres hésitent souvent à mettre le 2e, a fortiori le 3e… Quand les 2 judokas en ont déjà 2, la situation se bloque, ça peut devenir très moche, durer un siècle, car l’arbitre – et ceux à la table – attendent 2 ou 3 fausses attaques ou une domination évidente sur la durée pour prendre leurs responsabilités… Si on avait encore le koka et le yuko, si le waza-ari awazate ippon existait toujours, les techniques de judo qui provoquent des chutes – même sur les fesses – seraient réellement mises en valeur, on inciterait réellement à prendre des risques pour faire tomber. Avec ces nouvelles règles en bois, c’est tout au contraire, mieux vaut limiter au maximum la prise de risque et ne se lancer que quand on est sûr de soi. Le but est essentiellement de ne pas tomber – ou de tomber d’une façon qui ne marque pas – car il est très difficile de renverser une situation défavorable, la chance principale de le faire étant… en golden score, où il vous suffira alors bien souvent de provoquer une sanction pour emporter la décision.

J’ai beaucoup de mal à comprendre la raison de la fusion entre yuko et waza-ari. Suis-je le seul choqué qu’en finissant 2 fois sur le dos (ce qui valait 2 fois waza-ari et donc ippon il y a quelques mois), en prenant 2 pénalités et en ayant enchaîné 3 fausses attaques non sanctionnées incapable de prendre ses responsabilités, vous puissiez encore gagner un combat ? Il vous suffit de faire tomber 2 fois votre adversaire sur le côté (vous auriez marqué 2 fois yuko jusqu’aux nouvelles règles) pour atteindre le golden score où tout devient possible.

Cette prévalence du waza-ari nouvelle formule sur les pénalités a trop d’effets pervers, la tendance des arbitres à ne pas pénaliser celui qui truque même grossièrement pour conserver son avantage fait mal au judo. Le Bloch et Kelmendi en ont été les victimes, c’est arrivé aussi à pas mal d’autres.

Toujours est-il que même mauvaises, les règles sont celles-ci, il faudra faire avec, j’espère que les Français y parviendront et atteindront vite les combats pour les médailles, car n’en voir aucun dans le bloc final alors que pour une fois l’intégralité des championnats du monde est diffusé en clair à la télé en étant sûr de ne rien manquer, sans avoir besoin de jongler sur Youtube pour ne pas louper les combats des Français… j’appelle ça du gâchis d’exposition médiatique.