On a constaté un redoux relatif dans le district de Pyeongchang. Au lieu de faire -20°C, il doit faire -10°… Youpi. Condamnés à se les geler, les privilégiés – terme à relativiser – présents à la cérémonie d’ouverture ont assisté à un réchauffement, adoucissement, maquillage provisoire… Je ne sais exactement comment qualifier la façon dont la Corée du Sud et la Corée du Nord ont renoué des relations spécialement pour ces JO. Ceux du Sud avaient peur que Kim Jong-un leur bousille leurs JO en se montrant menaçant et belliqueux, alors ils ont accepté des trucs vraiment farfelus (comme dégager la moitié de leur équipe de hockey féminin pour les remplacer par des Nord-Coréennes) pour s’assurer une paix olympique avec leur frère ennemi. Défiler ensemble derrière un drapeau de la Corée unie, inclure des envoyés du Nord à différents moments clés de la cérémonie… En fait, le dictateur a imposé à l’autre Corée sa volonté de dictateur et doit bien kiffer la situation. Il leur aurait dit « je veux que les médailles soient à mon effigie », les organisateurs auraient dit non. Il aurait ajouté « j’ai la bombe atomique », ils lui auraient demandé de lui-même designer les médailles…

  • Ski freestyle : ski de bosses.

Pour rappel, seules les épreuves individuelles classiques sont au programme des JO, pas les épreuves en parallèles, dont Perrine Laffont est championne du monde en titre (elle est vice-championne du monde de l’épreuve olympique).

Lors de cette première manche de qualification, les 10 meilleurs obtenaient directement leur place pour la finale programmée dimanche (en bosses la finale se déroule en plusieurs temps)… Les autres auront une 2nde chance d’y accéder, ça se déroulera le jour-même de la finale, on conservera les notes pour ne retenir la meilleure prestation des 2 manches. Les 10 mieux classés rejoindront alors les 10 déjà qualifiés.

Les conditions ont commencé à légèrement se dégrader avant les qualifs des filles. La neige se mettant à tomber, la visibilité risquait de fortement diminuer, or elle est importante pour bien voir les bosses et se repérer dans l’espace lors des figures. Heureusement, il s’agissait d’une fausse alerte. Pour la plupart, les concurrentes ont pu pratiquer une piste illuminée pas le soleil, les conditions étaient donc presque idéales avec surtout une très bonne piste. Rien à voir avec l’an dernier lors de la préolympique.

Auteur d’un excellent temps, le meilleur de toutes les concurrentes, Perrine Laffont (3e mondiale) n’a en revanche pas brillé avec un premier saut très perfectible (plus un 372° qu’un 360°) et elle n’a pas forcément donné une impression de relâchement. Elle était très stressée et a eu de très mauvaises sensations… d’où son étonnement en se voyant en tête au classement. Elle ne l’imaginait pas en passant la ligne. Sa performance la qualifiait sans aucun doute, elle lui a même permis de remporter cette qualification (79.72, devant la Canadienne Andi Naude, 2e mondiale). Comme quoi il ne faut pas toujours se fier à ses sensations !

L’autre Française, Camille Cabrol, pas très attendue, a fait un premier saut sans grande amplitude, elle n’est pas allé très vite – limite lentement – par rapport aux meilleures, néanmoins son run était plutôt propre et fluide. 16e de cette première manche de qualification, elle devra améliorer sa note pour être certaine de passer le premier tour.

Les hommes se lançaient un peu plus tard. Les 3 Français engagés sont tous des outsiders si on se fie aux résultats de la saison, 2 figureraient parmi les favoris si on tenait surtout compte de leur palmarès. Pourtant, le seul à s’être directement qualifier est le 3e, le moins attendu.

Champion du monde en 2015, Anthony Benna devrait être candidat à la médaille, seulement il a connu une saison difficile. 8e provisoire avec 76.28, il avait peu de chances de rester dans les 10 mais s’est placé en vue de la 2nde qualification. Sacha Théocharis lui a succédé sur la piste. Victime d’une petite entorse il y a 2 jours, il était par conséquent encore moins attendu, mais n’en reste pas moins capable d’un coup, d’autant qu’il est en pleine progression. Sa prestation a été correcte, sans plus, il était un peu trop assis. Avec 76.55, il s’est classé 8e juste devant Benna et ne pensait pas rester dans les 10. Pourtant, il a bel et bien terminé 10e. La mauvaise nouvelle – relative dans la mesure où il n’y a rien de rédhibitoire – est venue de Benjamin Cavet. Le vice-champion du monde en titre n’est pas allé très vite, il semblait assez crispé, pas très fluide. Avec sa notre de 72.74, il s’est classé 21e…

Benna était plutôt content, il s’est fait plaisir, a ski relâché. Maintenant qu’il a vaincu ses problèmes de blessures et a obtenu sa qualification olympique, il se sent forcément beaucoup mieux. Il n’a plus ce poids à supporter. Même quand il pensait devoir passer par la 2nde manche de qualification, Théocharis est apparu assez content, surtout par rapport à l’approche de l’événement. On lui a dit beaucoup de choses concernant les JO, il semblait un peu appréhender. Par conséquent cette première manche est une bonne chose de faite, il est entré dans la compétition.

Au final Théocharis s’est donc qualifié directement en 10e position, Benna échouant de peu, 12e… Peut-être assez pour ne pas avoir besoin d’améliorer sa note lors de la 2nde manche, contrairement à Cavet, 21e.

  • Patinage artistique.

La compétition par équipes de patinage artistique a été créée il y a 4 ans pour assurer à la Russie un titre supplémentaire dans le sport d’hiver qu’elle domine traditionnellement. 4 ans plus tard, nous ne sommes plus à Sotchi, la Russie n’est plus représentée en tant que nation, même si une équipe d’Athlètes Olympiques de Russie est engagée. Ce qui met peut-être le mieux en évidence la perte d’influence de la Poutinie est peut-être… l’horaire des compétitions de patinage. La télé américaine paie très cher, le CIO a cédé à ses demandes, les épreuves ont lieu le matin en Corée pour être diffusés en prime-time sur la côte est des Etats-Unis. Ceci dit, ce pays est sans doute un des rares à s’intéresser à cette compétition qui, à ma connaissance, n’existe qu’aux JO (et ne sert à rien, à part à vendre des tickets et faire des programmes pour la télé).

Ces horaires très matinaux risquent de chambouler la donne dans plusieurs disciplines car les patineurs de ce niveau n’ont pas du tout l’habitude de se lever en pleine nuit, de s’entraîner à l’aube et de devoir être au taquet physiquement entre 10h du matin et midi. Dans un sport où la moindre erreur peut couter excessivement cher, cette anomalie assez grotesque et regrettable a déjà fait preuve de tout son potentiel destructeur. Les hommes puis les couples représentant chacun des 10 pays engagés ont disputé leur programme court, on a assisté à une hécatombe. Ils ont quasiment tous commis des fautes, et beaucoup ont chuté, y compris les meilleurs, et parfois à plusieurs reprises. Les cartes ont complètement été rebattues.

Les Canadiens ont vu Chan exploser en vol, puis les Ricains ont vu Chen faire de même (alors qu’il fait partie des favoris pour l’épreuve individuelle)… même s’il a été surnoté (au passage j’ai remarqué sur les 7 membres de l’équipe des Etats-Unis présents dans le kiss and cry, on trouvait 5 patineurs d’origines asiatiques)… puis le Russe de la fameuse équipe estampillée OAR s’est vautré plusieurs fois dans la foulée. Joli festival de chutes ! Le Japonais, qui passait en dernier, a retourné un quadruple et posé les mains sur la glace, sinon il a réussi son programme, c’est à peu près le seul. Le Français Chafik Besseghier a terminé 10e sur 10 faute d’avoir su envoyer ses sauts. Il a tout fait au rabais, a loupé un saut… Il fallait faire beaucoup mieux pour laisser espérer à l’équipe une qualification pour la finale. OK, en réalité personne n’a jamais cru la qualification possible, elle est devenu complètement impossible (la première place rapporte 10pts à l’équipe, la 10e n’en rapporte qu’un, à la fin on additionnel les points obtenus par chaque équipe, les 5 meilleures disputent la finale avec cette fois les programmes libres).

Dans la compétition des couples aussi les erreurs n’ont pas manqué.

Vanessa James et Morgane Ciprès avaient l’occasion de se montrer pour rappeler aux juges qu’il ne faudra pas les oublier, mais il y a eu des erreurs lors du saut en parallèle (elle n’a fait qu’un double). 68.49, c’est à 7 points de leur meilleure performance. Ils ont pris la 6e place. La motivation leur manquait pour donner le meilleur d’eux-mêmes, ils savaient patiner sans réel enjeu.

Rappelons que l’Allemagne jouera le titre individuel des coupes avec un Français, Bruno Massot, qui a obtenu la nationalité en novembre dernier. Il patine avec Aljona Savchenko, ancienne Ukrainienne, qui dispute ses 5e JO avec son 3e partenaire. Il y a eu de grosses boulettes, la pauvre "mamie" a bouffé de la glace… Les Russes Tarasova et Morozov ont fait péter leur record personnel.

Je n’ai même pas regardé les classements avant les femmes et la danse. Parce que ça ne m’intéresse pas franchement.

  • Ski alpin.

Avec ce vent, comment voulez-vous organiser un entraînement de descente ? Galère… On l’a amputé de tout le haut, soit une vingtaine de secondes en moins, mais surtout la partie où on prend la vitesse. Forcément, ça change pas mal la donne. Surtout avec le vent différent pour chacun qui poussait ou ralentissait et représentait ainsi un réel danger. On a par exemple vu Brice Roger se faire souffler dans le dos sur le gros saut et aller trèèèèèèèès loin.

Cette fois Pintu a fait beaucoup mieux qu’Hirscher tout en donnant l’impression de se relever avant la fin et sans réussir une énorme perf. D’ailleurs, aucun Français n’a brillé, contrairement à Jansrud, plus que jamais favori pour la titre (2e à 0.01) et Innerhofer, qui aime quand c’est bien glacé. Encore une fois, il faut vraiment tout relativiser à cause du vent. Victor Muffat-Jeandet a encore envoyé, il a pris des risques et a claqué ce que je qualifierais d’excellent temps pour un slalomeur.

  • Cérémonie d’ouverture.

Le stade en pentagone – 5 côtés, comme les 5 anneaux olympiques – a été créé uniquement pour les 4 cérémonies olympiques et paralympiques, il sera ensuite démonté.

Je dois l’avouer, ce style de cérémonies n’est pas trop mon délire, a fortiori quand il s’agit d’une culture très éloignée de la mienne et pas hyper attirante. Oui, désolé, pour moi, la Corée, c’est un autre monde, d’ailleurs ce pays a longtemps été excessivement renfermé sur lui-même, sur ses traditions, peu accueillant pour les étrangers d’après ce que j’en sais. Culturellement, j’ai beaucoup de mal à accrocher, ne serait-ce qu’à cause de la langue, de son écriture absolument indéchiffrable, de sa musique pas souvent mélodieuse à mes oreilles (y compris la K-pop balancer à fond dans le stade pendant le défilé des athlètes… et notamment le célèbre Gangnam Style, auquel on n’a pu échapper). Pour l’anecdote, le défilé des délégations s’est déroulé comme toujours selon l’ordre alphabétique local. Donc celui de l’alphabet coréen… Euh… On aurait tiré au sort, c’était pareil.

Le défilé a été expédié… Dans un stade habituel d’athlétisme, si on fait faire un tour de piste aux délégations, ça dure une plombe (d’autant plus l’été avec le double de pays, et certainement 5 à 8 fois plus d’athlètes et d’encadrants présents à la cérémonie, là on avait 92 pays, un record, mais avec au max 50 à 100 personnes pour les plus gros). Là, le chemin à parcourir semblait assez court, on voyait chaque délégation pendant une poignée de secondes, il fallait souvent se contenter de reconnaître le porte-drapeau quand il s’agissait d’un athlète connu.

On a par exemple vu Svendsen pour la Norvège puis Frenzel pour l’Allemagne.
Plusieurs pays avaient pour porte-drapeau un Français, notamment celui du Timor oriental, puis celui du Maroc – du moins il est moniteur de ski en France, je pense qu’il a la double nationalité, pour me faire excuser de de l’approximation, je vous informe qu’il a déjà fait les JO en ski alpin et revient cette fois en ski de fond, et peu après la Maltaise (de grand-père maltais).
La plus grosse délégation était celle des Etats-Unis, elle défilait derrière une lugeuse qui a été désignée à pile ou face – oui, c’est très sérieux – après un vote qui la donnait à égalité avec un patineur de vitesse afro-américain… qui a très mal pris le résultat du tirage au sort, c’est tout juste s’il n’a pas accusé la pièce de racisme.
Les 3 Bermudiens – évidemment en bermuda – ont dû se geler… le porte-drapeau avait le nez complètement rougi par le froid !
Je poursuis toujours dans l’ordre du défile – oui, je ne me suis pas fait chi*r, j’ai pris des notes, je les retravaille au minimum.
Le Brésil a beaucoup plus de monde qu’on pourrait l’imaginer.
Dario Cologna défilait en tête de la délégation suisse.
Veronika Velez-Zuzulova participera au slalom avec ses ligaments croisés non-opérés. Tenter le coup pour finir sa carrière, c’est osé ! Je lui souhaite de faire une Pierre Vaultier. En attendant, elle gardera le souvenir d’avoir porté le drapeau de la Slovaquie, une belle récompense bien méritée.
J’ai eu très envie de réchauffer la demoiselle qui portait le drapeau estonien…
L’Australie n’a pas de montagne mais une grosse équipe de sports d’hiver, on le sait.
La belle Anna Veith (ex-Fenninger) a été choisie pour l’Autriche.
Juste après l’Autriche, les Athlètes olympiques de Russie, en gris avec une écharpe blanche portant les anneaux olympiques, et bien sûr derrière le drapeau olympique porté par un enfant, le drapeau russe étant interdit.
Pour l’Ukraine, Olena Pidrushna une des biathlètes championnes olympique du relais il y a 4 ans en pleine conflit entre la Russie et l’Ukraine (alors que le sprint féminin se dispute la nuit prochaine).
Une patineuse de short-track pour l’Italie…
On aurait pu imaginer que le Japon – voisin et ennemi – soit sifflé, mais avec cette musique dégueu diffusée à fond…
Eva Samkova pour les Tchèques… en espérant que les Françaises lui prennent sa place sur le podium du snowboardcross.
Le Canada a mis… Virtue et Moir (manifestement au Canada c’est la femme qui tient le manche). Faut-il y voir une tentative pour influencer les juges de la danse sur glace ? Ces Canadiens sont capables de tout !
Le taekwondoïste tongien qui s’est qualifié en ski de fond a défilé comme à Rio… en pagne, avec le corps huilé… Même les ultras russes les plus alcoolisés auraient du mal à tenir torse nu par ce froid ! Il a bien obtenu le buzz escompté.
La France (avec 48 de ses athlètes dont Tessa Worley) a défilé derrière Martin Fourcade. Et on a dû les voir 10 secondes. Le principal enseignement de tout ça est que "France" est très proche de la fin dans l’ordre alphabétique coréen.
On attendait beaucoup le défilé de la Corée unifiée derrière un drapeau représentant le territoire des 2 pays en bleu sur fond blanc (avec 2 porteurs de drapeau, une femme du Sud et un homme du Nord… ou l’inverse, j’ai oublié)… On parle d’un pays divisé en 2 depuis la 1ère guerre mondiale et toujours officiellement en guerre après des périodes de véritable conflit armé (la situation est stabilisée territorialement avec le 38e parallèle comme frontière), mais les JO permettent de calmer le jeu au moins pendant quelques jours. On a même vu la dirigeante nord-coréenne envoyée par Kim Jong-un – sa sœur… jusqu’au jour où il décidera de la tuer – et les dirigeants sud-coréens se serrer la main.

Une fois tous les athlètes – au moins ceux qui avaient prévu de rester – installés dans la tribune réservée, le spectacle a pu reprendre avec une vidéo, une très vieille chanson, des projections vidéo servant de décors au spectacle. Bref, du très classique depuis plusieurs JO, les cérémonies reprennent toutes ce principe du sol servant d’écran. De mon point de vue, après le défilé des 2 Corées, une dans s’imposait… avec une belle choré(graphie). La paix était la thématique centrale, mais alors Imagine de John Lenon chanté par des vedettes coréennes qui te réinterprètent ça à leur sauce avec leur accent… Comment dire ? C’était trop pour moi.

La flamme a été apportée conjointement jusqu’à la vasque par 2 Coréennes, une du nord et une du sud. Puis la star du patinage artistique – volée ? – à Sotchi, Kim Yu-na, a allumé la vasque. J’ai préféré vous passer les discours et les serments en coréen.

Allez, c’est parti, que la fête commence vraiment