Le hockey est complètement sans intérêt pour 4 raisons :
-là aussi, pas d’équipe de France, qui a pris une belle carotte avec le mode de qualif ;
-même pas les meilleurs joueurs du monde, tous retenus par la NHL pour des raisons purement financières, si bien que les équipes qualifiées grâce à leurs joueurs NHL n’auraient rien à foutre là en leur absence, et que les gros chocs du style Canada-USA seront des chocs en toc ;
-le hockey sur glace est sans aucun doute un des PIRES sports à regarder à la télé… parce que les ¾ du temps on ne voit pas le palet (sans parler des subtilités de certaines règles qui rendent le truc compliqué) ;
-il y a un tournoi féminin, un tournoi masculin, des poules, et là encore, ça dure 100 ans… au max, on se tape la finale.

Donc là, on récupère déjà pas mal de temps pour dormir.

Tant qu’à faire, dans la mesure où j’ai commencé en évoquant des sports de glace, autant continuer. Il y en a 3 autres familles, le patinage artistique, le patinage de vitesse (sur piste longue et sur piste courte), ainsi que toute la famille luge/skeleton/bobsleigh.

Ça ira vite pour ce 3e groupe dans la mesure où la France ne sera représentée que chez les hommes par un bob à 4 et un bob à 2. L’objectif est de bien figurer en bob à 4, ce qui ne signifie pas pouvoir jouer le podium, sauf énorme exploit assez difficilement imaginable.

Abordons un peu plus en profondeur les autres disciplines.

  • Patinage artistique.

La dernière médaille française date d’il y a… 16 ans ! Il s’agissait du titre en danse sur glace. Il y a 4 ans à Sotchi, une carotte russe avait privé la France (Péchalat-Bourzat) du bronze. Mais dans la foulée, un très jeune couple ébloui tout le monde et balayé la concurrence pendant toute l’olympiade, décrochant 2 titres mondiaux, 4 titres européens, et... une grosse carotte en argent l’an dernier lors des Mondiaux, le couple canadien Moir-Virtue, champion olympique à domicile en 2010 puis vice-champion en 2014, qui faisait son retour à la compétition dans l’optique de PyeongChang. Devant cette injustice, on a craint pour Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, mais cette saison, ils la hiérarchie juste s’est de nouveau installée, les Français ont repris le dessus en battant le record du monde (la meilleure note jamais attribuée avec le système actuel) à chaque sortie. Les Canadiens ont de surcroît été pris dans une affaire de cadeaux offerts aux juges, provoquant un petit scandale dans le milieu. Etre accusé de vouloir corrompre les juges n’est jamais positif…

Je n’ose même pas imaginer que cette médaille d’or leur échappe. Il faudrait une gigantesque et improbable arnaque ou qu’ils se chi*nt dessus – ce qui ne leur ressemble vraiment pas – pour qu’une telle cata se produise.

Mais ce n’est pas tout. En couples, Vanessa James et Morgan Ciprès peuvent espérer la médaille de bronze… en cas de programmes absolument parfaits. Ils ont de l’expérience, patinent ensemble depuis 8 ans, n’ont cessé de progresser et espéraient même être champions d’Europe cette année. C’était très bien parti après le court, ils ont étrangement rétrogradé à la 4e place derrière… 3 couples russes (en Russie), dont un a été recalé par le CIO. Ne nous voilons-pas la face, malgré ses podiums cette saison dans les Grands Prix ISU auxquels ils ont participé, il faudrait un concours de circonstances pour les retrouver sur le podium olympique. Depuis 5 éditions, ils sont 8, 9 ou 10e aux ChM, donc un top 6 en Corée semble l’objectif le plus réaliste.

La France sera aussi représentée par d’autres danseurs, ainsi que chez les hommes et les femmes, mais ils ne patinent clairement pas dans la même catégorie. On le retrouvera dans l’épreuve par équipes où une qualification pour la finale était trop hors de portée pour y inscrire Papadakis et Cizeron.

La grosse incertitude concerne l’horaire des compétitions. Pour faire plaisir à la télé US, les épreuves ont lieu très tôt, chose très inhabituelle. Patiner en compétition à 10h du matin n’a rien de naturel et d’habituel. Etre à 100% physiquement et mentalement avec en plus la pression des JO sera très compliqué pour beaucoup de monde.

=>Bilan envisageable : 1 à 2 médailles, dont 1 titre.
=>Bilan attendu : 1 titre.

  • Short-track.

Aussi appelé patinage de vitesse sur piste courte (dans une patinoire de patinage artistique ou de hockey, pratiqué en petits groupes).

Si les relais Français n’ont malheureusement pu se qualifier, Thibaut Fauconnet et Sébastien Lepape seront engagés sur les 3 distances, Véronique Pierron et Tifany Huot-Marchand seront présentes sur 500 et 1500m mais une seule disputera le 1000m. Le max était de 3 par pays (pour cela il fallait être qualifié en relais). Pierron a récemment eu une grosse frayeur car, victime d’un vol à l’aéroport de Barcelone, elle se retrouvait privée de ses patins de compétition. Le voleur semble avoir entendu son message sur les réseaux sociaux, il a rendu cet outil de travail très important. Qui sait si l’histoire ne pourrait finir de très belle manière ?

Bon, très sincèrement, si les représentants français ont un très bon niveau, ils ne seront qu’outsiders et prévoir une médaille serait plus que présomptueux. Par le passé, les Français sont régulièrement arrivés aux JO avec des ambitions, ils n’ont jamais été en réussite. Je dirais même qu’ils ont souvent été victimes d’une poisse chronique, d’une spirale négative et/ou de décisions arbitrales très discutables. Malgré tout, rien n’est impossible tant la part d’aléa pèse dans cette discipline : vous pouvez tomber, être bousculé, être disqualifié pour avoir fait tomber ou avoir gêné un adversaire même si en réalité vous l’avez à peine touché à cause d’un concurrent qui vous a tassé.

=>Bilan envisageable : 0 à 2 médailles.
=>Bilan attendu : 0 médaille.

  • Patinage de vitesse.

On parle ici du patinage sur un anneau de 400m, c’est de l’effort solitaire sauf dans une épreuve (la mass-start). Alexis Contin, 4e et 6e à Vancouver, complètement à plat à Sotchi à cause d’une maladie de la thyroïde, sera le seul Français engagé. Il nourrit de réels espoirs et, sincèrement, j’aimerais beaucoup qu’il décroche cette médaille olympique, lui qui a déjà réussi des podiums en Coupe du monde et a obtenu une médaille mondiale… mais n’a même pas de piste pour s’entraîner en France.

=>Bilan envisageable : 1 médaille d’argent ou de bronze.
=>Bilan attendu : 0 médaille.

J’en ai déjà fini avec les sports de glace, dont la fédé DOIT rapporter un titre après une très longue disette. Bredouille en 2006, 2010 et 2014, toutes épreuves confondues, ça fait mal. Finir à 2 médailles serait fantastique, au-delà, on sort le pic à glace directement sur la patinoire et on met ça dans les verres pour fêter ça pendant une semaine à grand renfort de cocktail alcoolisés.

Et on passe à la neige. Je vais diviser ça comme le fait la FIS : ski alpin, ski de fond, ski freestyle, combiné nordique, saut à skis, snowboard. Le biathlon dépend d’une fédération internationale différente (même si en France tout dépend de la FFS).

  • Ski alpin.

Dans l’imaginaire collectif, il s’agit du sport phare des JO d’hiver. En pratique, oui, c’est très important, mais de plus en plus à nuancer. Et sauf spirale hyper positive, la délégation tricolore n’en tirera pas beaucoup de médailles. Une série de facteurs doivent être pris en compte : les dynamiques – individuelles et collectives – de l’hiver, les conditions de piste et les pistes en elles-mêmes, le calendrier des épreuves.

Globalement, l’hiver a terriblement mal débuté avec un drame, le décès de David Poisson lors d’un entraînement de descente au Canada quelques jours avant le début de la saison de vitesse. Psychologiquement, le coup a été dur à encaisser, ça s’est ressenti sur la saison même si l’absence de podium en vitesse chez les hommes – c’est un autre problème chez les femmes – n’est pas une conséquence de cet événement tragique. On a souvent vu les Français et les Françaises au pied des podiums ou faire des top 10, voire mieux, mais la plupart du temps il manquait le petit plus qui permet de monter sur la boîte. Comme souvent, quand la réussite fuit, on ne parvient pas à la rattraper.

C’est là qu’intervient le calendrier. Pour la première fois aux JO, les femmes vont débuter par les épreuves techniques. Par conséquent, Tessa Worley disputer le slalom géant dès le premier lundi (le 11). Or notre double championne du monde, vainqueur du globe de cristal de la spécialité l’an dernier, est clairement LA chance n°1 de médaille à PyeongChang, d’autant qu’elle vient de gagner pour la première fois de la saison, ceci juste avant de partir en Corée. Jusqu’ici elle avait déjà décroché des podiums et n’a pas quitté le top 6 en géant depuis le 20 mars 2016… 18 courses de niveau mondial (CdM et ChM), 13 podiums dont 6 victoires. Cette série correspond à son retour au plus haut niveau suite aux blessures aux genoux qui lui ont notamment fait manquer les JO de Sotchi (blessée en décembre 2015 juste après une victoire…). Elle aime particulièrement les pistes glacées et la pente. Il devrait faire très froid, en revanche je n’ai pas trop d’infos concernant la difficulté de la piste de technique. Elle aura pour principales concurrentes l’Allemande Viktoria Rebensburg (née le même jour qu’elle) et le phénomène américain Michaela Shiffrin.

Si Tessa décroche une médaille, et a fortiori le titre, une spirale positive pourrait se créer, aidant les autres skieurs alpins à se lâcher. Elle sera accompagnée en géant par Adeline Baud-Mugnier et Taïna Barioz, qui ont beaucoup de qualités mais marchent sur courant alternatif au niveau de la confiance. En outre, celle qui aurait dû être la 4e du groupe, Coralie Frasse-Sombet, vient de se péter un genou…

Il me faut évoquer dès à présent l’élément météo car il promet de beaucoup compter. Il ne fait pas froid en ce moment sur les sites des épreuves de neige, en réalité tout le monde de pèle effroyablement. Les températures sont généralement de l’ordre de -15°C, et en ressenti on approche par moments les -30°C. Ce qui signifie une neige très gelée, totalement différence de celle qu’on trouve en Europe. Le matériel va beaucoup compter, le travail des préparateurs de skis créera beaucoup de différences entre les uns et les autres, en revanche le dossard devrait être beaucoup moins important que d’habitude. On a en effet l’habitude des neiges dites de printemps et des neiges salées (à Sotchi et Vancouver, c’était carrément de la soupe, plus vraiment de la neige), lesquelles marquent beaucoup à chaque passage, rendant le tracé nettement plus lent et plus piégeux au fur et à mesure. Si la piste se dégrade peu ou pas, ça change clairement la donne, tout le monde a sa chance, on peut avoir des belles perfs avec de gros dossards, les remontées en 2nde manche sont beaucoup plus difficiles, la chance joue beaucoup moins.

Dans ces conditions, il est extrêmement difficile de faire des pronostics, en particulier dans les disciplines de vitesse. Généralement, les descendeurs connaissent très bien les pistes à force de les pratiquer tous les ans en Coupe du monde. Cette fois, ils ont droit à une piste assez facile hormis pas mal de mouvements de terrain à négocier, seulement elle n’a été pratiquée que lors d’un seul week-end de Coupe du monde, c’était il y a 2 ans, tout le monde n’avait pas fait le voyage. Le profil correspond vraiment aux descendeurs, il y a de la vitesse, contrairement à certaines pistes beaucoup plus techniques. J’ai regardé le premier entraînement, certains ont manqué des portes, certains ont ralenti volontairement, il est donc assez difficile d’en tirer des leçons, néanmoins des garçons comme Kjetil Jansrud (vainqueur de la préolympique) et Mathias Mayer (champion olympique en titre) m’ont fait forte impression. Cette course sera la première des JO (dimanche 11), les cadors devraient être devant, ce qui n’empêche pas le coup d’un jour.

Et justement, si Adrien Théaux a l’expérience et les capacités pour décrocher une médaille (il est plutôt régulier entre la 7e et la 13e place cette saison), si on peut dire de même de Johan Clarey, nettement moins régulier mais susceptible de créer la surprise sur certaines courses (il était dans le coup pour le podium avant de chuter en fin de course à Kitzbühel), si Maxence Muzaton a mérité sa place grâce à une belle 7e place à Wengen, c’est sur Brice Roger que je mettrais bien une petite pièce. Il a bien galéré avec les blessures, notamment celle subie à l’entraînement à Sotchi alors qu’il venait de claquer un gros résultat lors de l’entraînement précédent. Depuis le début de la saison, sa perf de pointe était une 17e place, il est entré de temps en temps dans les 30, et voyait les JO s’échapper. Il s’est lâché à Kitz… 7e. Confirmation la semaine suivante à Garmisch-Partenkirchen, 9e (dans les 2 cas en partant avec un dossard proche du 30). Il est en pleine confiance, n’a rien à perdre, et on l’a encore constaté dans la nuit de jeudi à samedi. En commettant des tas de fautes, il était au contact des meilleurs. La porte manquée sur le bas fausse un peu le résultat brut, la manière en revanche était excellente.

La 3e épreuve de ski alpin de ces JO (mardi 13) sera le combiné alpin masculin : manche de descente puis manche de slalom. Par conséquent, les slalomeurs qui y prendront part disputent aussi les entraînements de descente. On a vu le champion du monde en titre, le Suisse Areni, décaler la piste en… doudoune. La France sera représentée par Maxence Muzaton (un descendeur), Thomas Mermillod-Blondin (un vrai polyvalent spécialiste du combiné, revenu à Wengen après 2 ans de blessures pour se qualifier sur une course), Victor Muffat-Jeandet (vainqueur à Wengen, son premier succès en carrière) et Alexis Pinturault (vainqueur à Bormio, il a fait l’impasse sur Wengen). Sur le papier, Pinturault devrait être le grand favori, mais son niveau en slalom est aléatoire, il est capable du meilleur comme du pire et a galéré toute la saison avec son matériel, qui ne répond pas sur certaines neiges. Espérons que cette fois, il se sentira à l’aise avec son matos. Si c’est le cas, il lui faudra prendre pas mal d’avance en descente sur ses principaux concurrents slalomeurs. Excellent en Coupe du monde – où l’équipe de France place systématiquement au moins un athlète sur chaque podium de combiné depuis des lustres, parfois même 2 et une fois 3 – ne signifie pas forcément en réussite en championnats. Pinturault s’est souvent fait arnaquer par les conditions : il battait tous les slalomeurs en descente, parfois assez largement, mais certains s’en tiraient avec une 28, 29 ou 30e place en descente et partaient en tout début de manche de slalom. Avec des températures printanières, la piste explosait au bout de 3 ou 4 passages, permettant ainsi aux chanceux de remonter jusqu’au podium, voire la victoire, alors que le Français, chahuté par les trous, échouait logiquement… parce que trop fort en descente. En championnats, avec maximum 4 représentants par nation, les descendeurs susceptible de repousser les slalomeurs hors du top 30 (et donc de les faire s’élancer après les 30 premiers concurrents) sont moins nombreux, si bien qu’on en retrouve plus au début de la startlist du slalom. Autrement dit, s’il fait chaud, tout est faussé, ça se joue à la chance. Grâce au froid coréen, on devrait voir un champion triomphée parce qu’il aura été le meilleur. Il y a donc de bonnes raisons d’espérer une médaille si Pintu est à son véritable niveau et/ou si VMJ surfe sur la confiance qui l’habite depuis quelques semaines. Presque au fond du trou, il a fait parler l’orgueil, s’est lâché, a réussi une super seconde manche, il a enchaîné avec des courses réussies entièrement, dont sa victoire. Il est en grande forme en slalom et a claqué un super temps lors du 1er entraînement de descente. Le souci ? Marcel Hirscher s’aligne et est ambitieux. Il peut limiter la casse en descente et sortir une manche de slalom incroyable avec son matériel au-dessus du lot.

En slalom féminin (mercredi 14) est promis à Michaela Shiffrin, qui semblait totalement intouchable avant de finir le mois de janvier avec des sorties de pistes totalement inattendues. Holdener, Vlhova et Hansdotter sont en principe les 3 seules à pouvoir viser les autres médailles dans des conditions régulières. Mais ce sont les JO, tout est possible sur une course d’un jour… sauf sans doute de voir Nastasia Noëns (trop de galères physiques, elle a quand même claqué un beau top 8 il y a peu) ou Adeline Baud jouer devant.

Le super-G masculin (jeudi 15) se déroulant sur une piste pour descendeurs, Pintu a choisi de faire l’impasse. Il ne peut briller dans cette discipline que sur des super-G techniques. Hirscher a décidé de le disputer… mais bon, en principe, un Norvégien va gagner. Là aussi, la France est en manque de résultats cette saison dans la discipline, Maxence Giezendanner a arraché sa place grâce à une 9e place à Kitz, son seul résultat probant de la saison suite à une blessure cet automne. Adrien Théaux a fini 4e, 7e et 5e des 3 super-G disputés cette saison. Difficile de ne pas en faire un outsider, d’autant qu’il a déjà été médaillé mondial dans la discipline. Roger et Muzaton joueront aussi leur carte… On leur a donné un dossard parce qu’ils sont là (les jeunes sont encore un peu trop jeunes ou blessés) et qu’il en restait 2 compte tenu de la décision de Pintu de se consacrer aux autres épreuves.

Le super-G féminin aura lieu 2 jours après (samedi 17). Impossible de faire des précisions, de même que pour la descente (mercredi 21) et le combiné alpin (vendredi 23), même si pour ce dernier Shiffrin aura une carte à jouer et devrait principalement faire face aux Suissesse. Restant sur un doublé la semaine passée, on attend beaucoup Lindsey Vonn en descente mais avec de nombreuses rivales. Trop de facteurs entreront en compte. Tessa Worley a échoué plusieurs fois très près du podium en super-G, je ne sais pas ni la piste sera assez technique pour elle, ni quelle dynamique sera la sienne après le géant. Tiffany Gauthier (probablement engagée sur les 3 disciplines) a enchaîné 2 places de 4e à Bad Kleinkirchhein (super-G puis descente). En dehors de ce week-end, elle a toujours fini entre la 13e et la 31e place dans les 2 disciplines, mais avec souvent beaucoup d’Autrichiennes, d’Italiennes et/ou de Suissesse devant elle. Traduction : elle est capable d’un gros coup et en a pris conscience (ce qui est très important pour parvenir à le réaliser). Mais à l’image de ses jeunes collègues, Romane Miradoli (régulièrement entre 10 et 20 en super-G, plusieurs top 10 la saison précédente, et bien en combiné) et Laura Gauché (abonnées aux places entre 18 et 30), elle est en plein développement. L’équipe de France de vitesse féminin était au fond du trou, il n’en restait quasiment rien, il est un peu tôt pour en espérer des grosses perfs. Et j’ai beaucoup de mal à espérer pour Jennifer Piot et Anne-Sophie Barthet (sélectionnée à la dernière minute pour le combiné), qui sont de la génération précédente et galèrent au niveau des résultats. J’aimerais croire en elles, mais j’ai beaucoup de mal. Reste à savoir exactement qui disputera quelles courses (logiquement Worley, Miradoli et Gauthier en super-G avec Piot ou Gauché, sans doute Miradoli, Gauché, Barthet et Gauthier en combiné, Gauthier, Miradoli, Gauchié et Piot en descente).

On aurait bien parié sur le slalom géant masculin (dimanche 19) pour obtenir d’autres médailles. Il y a 4 ans, Millissier et Pinturault y avaient obtenu les 2 seules médailles de l’alpin français. Cette fois, on n’a plus trop de certitudes. Hirscher semble avoir une place réservée. Pintu est le seul à l’avoir battu cette saison, c’était sur de la glace. Mathieu Faivre, l’autre Français encore dans le top 7 à la WCSL (ils étaient 4 il n’y a pas si longtemps) n’est pas dans une super spirale, il est inconstant. Thomas Fanara n’est plus dans les 7 à cause d’une blessure au genou la saison passée, il a du mal à retrouver son meilleur niveau. Quant à Muffat-Jeandet, il s’agira comme Pintu de sa 2e chance. S’ils réussissent le combiné et son plus relâchés, ça peut faire très mal. Dans le cas inverse, ils peuvent se sentir sous pression et avoir beaucoup plus de mal. Sur une piste qui ne bouge pas, en confiance, chacun des 4 Français a les qualités pour faire au moins jeu égal avec les meilleurs, voire gagner.

Reste le slalom masculin (jeudi 22) avec Pintu, VMJ, JB Grange, double champion du monde mais dans le dur cette saison et qualifié vraiment à l’arrache au détriment de Julien Lizeroux, ainsi que THE FUTURE, Clément Noël… 20 ans, il vient à peine d’être titré aux ChM juniors en éclatant la concurrence de façon assez violente. Depuis le début de la saison de CdM on savait qu’il avait du talent plein les pieds. 20e à Val d’Isère, puis une qualif à Madonna di Campiglio et une sortie en 2nde manche alors qu’il envoyait du pâté, nouvelle qualification à Wengen, finalement 23e mais en faisant encore forte impression, puis le coup de collier pour obtenir sa qualification : 8e à Kitzbühel avec un énorme dossard, 6e à Schladming pour sa première dans les 30 premiers dossards. Il devrait avoir le n°25 à PyeongChang, et si les conditions restent froides avec une piste qui tient, je ne vois aucune raison de ne pas l’imaginer sur le podium.

Enfin, première aux JO, le team event (samedi 24), un tournoi de slalom géant parallèle par équipes désormais bien en place dans le calendrier. L’équipe de France est championne du monde en titre, mais les Suisses et les Suédois ont tellement bossé sur le parallèle qu’ils sont beaucoup plus favoris que les Français même si ces derniers comptent quelques concurrents très forts dans l’exercice, notamment Adeline Baud, et toute une batterie de choix chez les hommes. L’Autriche devrait être un des autres principaux concurrents, elle sera sans Hirscher, qui a prévu de rentrer chez lui après le slalom.

=>Bilan envisageable : 2 à 8 médailles, dont 1 à 4 titres.
Tessa sur le podium du géant (or très possible).
Pintu et/ou VMJ en combiné (or possible).
Une médaille en géant masculin (or possible, mais il faut plutôt tabler sur l’argent ou le bronze).
Pourquoi pas Roger en descente ? Je le verrais bien 3e en mode revanche sur la vie.
Une médaille en super-G (Théaux ou une des filles) serait une super surprise… mais une surprise.
Une médaille en slalom pour Noël.
Une médaille par équipes.
=>Bilan attendu : 2 à 4 médailles dont 1 ou 2 titres.

  • Ski freestyle.

Cette catégorie regroupe le skicross, le saut acrobatique, le ski half-pipe, le slopestyle, et le ski de bosses. Il ne manque que le big air, encore absent aux JO pour préserver le saut acrobatique (sa version old school). Pas de chance, la France est absente en saut acrobatique, elle aurait pu être représentée en big air. En principe, ça doit cartonner. En principe…

Commençons par le ski de bosses (programmé dès le début des JO), où Perrine Laffont arrive en étant 3e mondiale. A 19 ans elle a déjà l’expérience des JO, elle déjà un titre mondial (dans l’épreuve pas olympique) et une médaille d’argent (dans l’épreuve olympique cette fois), elle a encore gagné cette année et obtenu des podiums. Elle ne peut que jouer la gagne, même si ça crée forcément de la pression et qu’il va lui falloir la gérer. L’autre Française est là pour apprendre.

Benjamin Cavet et Sacha Théocharsis sont 9e et 10e au classement mondial, ils ont brillé lors des derniers Championnats du monde, où Anthony Benna avait aussi réussi un très beau parcours (qualifié pour la finale à 6). Ce dernier a de l’expérience, un beau palmarès (champion du monde 2015, des victoires en CdM), mais sa carrière est en dents de scies. Malgré sa 5e place lors de la dernière épreuve de CdM disputée, difficile de miser sur lui. Logiquement, on s’attend à voir Cavet jouer les premiers rôles, lui le vice-champion du monde en titre, 2e et 3e mondial lors des 2 saisons précédentes (même si pas mieux que 5e cette saison). Théocharsis n’a encore qu’un podium en CdM mais étant régulier autour de la 15e place avec tout de même 2 top 10 depuis le début de l’hiver, il semble capable d’un coup d’éclat.

Tout le monde se souvient du skicross à Sotchi avec l’incroyable triplé de la patrouille de France (Jean-Frédéric Chapuis, Arnaud Bovolenta, Jonathan Midol) alors que chez les filles Ophélie David avait échoué à une terrible 4e place. Cette année, si 3 Français figurent dans le top 6 du classement de la Coupe du monde, Chapuis es assez nettement dominé par un Suisse, Bischofberger, faute de régularité. Terence Tchiknavorian avait très bien débuté la saison avec plusieurs finales et 2 podium, depuis 3 épreuves il a coincé. François Place, ancien slalomeur, s’est très vite imposé en équipe de France, au point de décrocher une médaille de bronze aux ChM où il avait gagné sa place sur un concours de circonstances. Techniquement, il est très fort, l’expérience de la course en confrontation directe peut encore parfois lui manquer. C’est la saison pour laquelle il a souvent échoué en demi-finales. Enfin, Arnaud Bovolenta, l’autre rescapé de Sotchi, très performant la saison dernière avant de se blesser, ne doit sa participation qu’à une 2e place à Val Thorens début décembre, car depuis il a beaucoup de mal à passer les tours.

Chez les femmes, Sandra Naeslund est intouchable – même si ça reste une discipline à risques, elle a l’habitude de prendre pas mal d’avance, elle devient alors intouchable, ne dépendant que d’elle – mais Marielle Berger-Sabbatel est en très grande forme cette saison. 3 fois 2e et une fois 6e sur les 4 dernières courses, c’est presque l’idéal avant les JO : la confiance des bons résultats sans la pression d’être "obligée" de gagner. Autre bonne nouvelle, elle n’est pas seule puisqu’Alizée Baron, 2e et 3e des précédentes éditions de la CdM, qui revient de blessure cette saison après une année blanche, vient de prendre la 3e place à Nakiska derrière la Suédoise et sa coéquipière après avoir échoué 2 fois à la 4e place en décembre. On peut donc envisager 2 médailles avec de la réussite. Malheureusement pas pour Ophélie David, toujours présente – premiers JO en slalom en 1994 ! – mais plus au niveau alors qu’elle a encore décroché une médaille mondiale en mars dernier.   

Evoquer ensemble le half-pipe et le slopestyle me semble pertinent. D’une part, il s’agit de la même famille d’épreuves avec des figures proches, certains peuvent disputer les 2 épreuves. D’autre part, nos têtes d’affiches bardées de médailles aux X-Games représentent 3 générations différentes mais sont actuellement dans la même situation : Tess Ledeux (16 ans, championne du monde en titre de slopestyle), son cousin Kevin Rolland (28 ans, ancien champion du monde de halfpipe), médaillé olympique il y a 4 ans), et Marie Martinod (vice-championne du monde et vice-championne olympique de half-pipe) ont tous les potentiel pour décrocher l’or… seulement depuis quelques temps ils n’arrivent pas à poser un run complet. Leur mission sera donc d’y parvenir le jour J. Il faudra aussi espérer de bonnes conditions (la neige et le vent ou un pipe mou peuvent tout foutre en l’air). Rolland a en plus subi une énorme boîte à l’entraînement il y a quelque jour, il a cru devoir déclarer forfait comme Ben Valentin, qui aurait constitué une autre chance de médaille (lui c’est le genou). On peut aussi espérer un jour de grace pour Thomas Krief ou Anaïs Caradeux en pipe , ainsi que pour Lou Barin ou Antoine Adelisse – très peu probablement pour Benoït Buratti que je ne connais pas du tout – en slope''.

=>Bilan envisageable : jusqu’à 9 médailles dont 5 titres… si la chatte à Dédé a pris l’avion avec Damien Saguez, le DTN du ski français.
Médaille pour Perrine Laffont en ski de bosses (or possible), éventuellement une chez les hommes (difficile de dire pour lequel).
Une médaille masculine en skicross (Chapuis ou Place)… et une médaille féminine (plutôt Berger-Sabbatel)… ou 2 et 2 si ça veut vraiment sourire… mais rien du tout si c’est la poisse.
Entre 0 et 3 médailles en half-pipe et slopestyle… avec 3 titres possibles, comme 3 déceptions, ou entre les 2.
=>Bilan attendu : 5 médailles dont 1 ou 2 titres (5 dont 1, c’était le résultat à Sotchi pour ces disciplines).

  • Snowboard.

On retrouve sensiblement les mêmes épreuves qu’en ski acrobatique avec le big air à la place du ski acrobatique, et pas d’équivalent des bosses, mais du slalom et du slalom géant parallèles. Ça donne le snowboardcross, le big air, le half-pipe et le slopestyle.

Le snowboardcross doit cartonner. On peut rêver d’une patrouille de France féminine tant Chloé Trespeuch, Charlotte Bankes, Nelly Moenne-Loccoz (2e, 3e et 4e au classement de la CdM) et la très jeune Julia Pereira (2 podiums en CdM à 16 ans, 7e mondiale) sont fortes et en forme. Si l’Italienne Michaela Moioli n’était pas là pour nous faire chi*r, nos Françaises auraient déjà réussi des triplés cette saison. Elles ne se loupent jamais… il leur manque juste de la réussite pour gagner plus souvent. J’espère juste que les qualifications les mettront chacune dans un quart de finale différent…
Chez les hommes, si Ken Vuagnoux vient de monter pour la première fois de sa carrière sur un podium, la bonne nouvelle est la super forme tenue par Pierre Vaultier. Le champion du monde en titre avait remporté les JO de Sotchi avec un genou dans la boîte à gants. Cette fois, tout va bien, il vient d’enchaîner 5 podiums, 2e, 2e, 1er, 2e, 1er, il est monstrueux. Généralement, il prend un super départ, et quand il se fait devancer au début, il parvient à doubler. C’est impressionnant. Il mérite de gagner. Les autres (Bozzolo, Surget et Vuagnoux) sont plutôt là pour apprendre.

On n’attendra rien du snowboard alpin même si Sylvain Dufour peut réussir un coup en slalom géant parallèle après avoir terminé 9e, 4e et 5e d’épreuves de CdM disputées il y a moins de 3 semaines, confirmant les bonnes dispositions montrées mi-décembre en prenant une 3e place (il a même gagné l’an dernier). A 35 ans, partir sur une médaille olympique serait sympa, non ?

En half-pipe on retrouvera Clémence Grimal, Sophie Rodriguez et Mirabelle Thovex, les 3 mêmes qu’il y a 4 ans. Rodriguez avait pris la 7e place. J’aimerais dire que j’espère un podium. Pourquoi pas après tout, sachant que Grimal était médaillée de bronze en mars derniers aux ChM ? Soyons clair, il s’agirait d’un énorme exploit car les Américaines, les Chinoises et les Japonaises sont largement au-dessus.

Quant à Lucille Lefèvre en slopestyle, on va lui souhaiter de s’amuser et de faire de son mieux.

=>Bilan envisageable : jusqu’à 5 médailles dont 2 titres.
4 médailles en cross dont 2 titres.
0 ou 1 médaille en géant parallèle.
=>Bilan attendu : 3 médailles dont 1 titre.

  • Biathlon.

Le gros dossier… car le plus gros pourvoyeur de médailles pour l’équipe de France. Martin Fourcade est monté sur le podium de chacune des courses individuelles auxquelles il a participé cette saison. C’est du jamais vu, un truc complètement dingue. Mais Johannes Boe est tout de même parvenu à décrocher plus de victoires que lui et à ne manquer que 3 podiums en étant généralement plus rapide en ski. Martin a jusqu’ici été le meilleur biathlète car il a toujours su trouver les ressources au tir et/ou en fond pour monter sur la boîte. Ils ont remporté 14 des 15 courses disputées cette saison, la 15e ayant vu la victoire de Tarjei Boe, le frère ainé de Johannes. Quentin Fillon-Maillet et Antonin Guigonnat – que l’on attendait absolument pas – ont chacun réussi à accrocher eux aussi 2 podiums, on a donc eu 4 doublés français, un dans chaque épreuve. Et n’oublions pas Simon Desthieux, qui cherche toujours son premier podium… mais a souvent échoué tout prêt.

Martin a remporté la dernière course avant les JO, et comme depuis le début de la saison on enchaîne les victoires par séries… Si tout se passe bien, si les statistiques de la saison sont respectées, Martin doit obtenir 4 médailles individuelles dont 2 d’or, et la France doit réussir au moins un doublé chez les hommes… mais ça reste du biathlon. La piste est difficile, si la neige est très froide elle n’en sera que plus difficile et favorable aux meilleurs skieurs, donc au duo infernal. Cependant, on craint le vent. Et dans ce cas, tout est possible, y compris de grosses surprises, bonnes ou mauvaises. J’espère donc une absence de vent, ou alors un vent très régulier qui favorise les bons biathlètes, ceux qui savent s’adapter au tir. J’aimerais aussi que la pression – Johannes est pour la première fois dans la peau du favori des JO – fasse commettre des erreurs au jeune Norvégien. Ça lui arrive encore… car malgré ses progrès, il a toujours du mal à se freiner et se reprendre, il veut presque systématiquement attaquer au tir en mitraillant. Une technique qui paie quand ça ne souffle pas du tout, mais potentiellement cataclysmique dans d’autres circonstances.

Chez les femmes, Justine Braisaz avait débuté la saison de manière éclatante (2 podiums et une victoire), elle a eu beaucoup plus de mal en janvier à assumer les attentes, y compris les siennes. Il lui faudrait juste se lâcher dans la tête et tirer correctement pour jouer devant, car en forme, elle figure au pire dans le top 5 en fond à chaque course. Anaïs Chevalier a plus de mal que la saison passée, celle de son avènement au plus haut niveau, ce qu’explique sans doute son accident cet été (renversée par une voiture pendant un entraînement). Il lui manque le sans-faute au tir – alors qu’en principe il s’agit de son point fort – pour être performante (en considérant qu’elle a retrouvé du jus pendant la coupure pour préparer ces JO). Anaïs Bescond n’a aucun podium cette saison mais est régulière, souvent placée (5 top 8 cette saison), elle a le niveau pour un podium. Marie Dorin-Habert disputera le sprint (et la poursuite si elle se qualifie), sa saison – probablement la dernière – est difficile, mais elle reste sur une perf rassurante. Etant une pessimiste chronique, la voir souriante, affichant enfin un peu de confiance et le sentiment de retrouver des sensations sur les skis n’est pas anodin. Elle a préparé ses derniers JO pour y briller, au moins en relais, et peut-être aussi en solo… ce que je lui souhaite vraiment, d’autant qu’à Sotchi elle revenait juste d’une grave blessure à la cheville subie juste avant le début d’une saison prometteuse. On a su ensuite qu’elle était enceinte en Russie, et quelques mois plus tard, non seulement elle donnait naissance à sa fille, mais elle enchaînait en plus avec des Championnats du monde incroyables (2 titres individuelles, 2 médailles d’argent en relais), suivis en 2016 d’une édition encore plus dingue (6 médailles en 6 courses, dont 3 titres). Découverte par le grand public en 2010 avec une médaille de bronze en sprint (plus une d’argent en relais), elle pourrait boucler la boucle parfaitement en Corée, là où elle a obtenu sa première médaille mondiale (le bronze en relais aux ChM de PyeongChang en 2009). Célia Aymonier a beaucoup galéré avec son tir debout cette saison, mais sur sa saison, ne pas l’emmener ou en faire une remplaçante inutilisée aurait représenté une injustice. Excellente fondeuse puisqu’elle vient du fond spécial – 4e du relais à Sotchi – mais revenue au biathlon seulement pour la saison 2015-2016, elle n’a pas la fiabilité nécessaire carabine en mains pour jouer les médailles, même si on se dit toujours que sur un sprint, où on ne tire que 10 cibles, ça peut passer. Elle aura finalement sa chance sur l’individuelle. Un choix étrange sachant qu’il s’agit d’un exercice à 4 tirs lors duquel chaque faute coûte 1’ de pénalité ? Oui et non… Car sur une piste très exigeante, il sera possible de réaliser de gros écarts en temps de ski, et donc de prendre plus de temps pour tirer. Elle sera fraiche physiquement, aura faim, elle sait négocier le couché, la médaille est possible à condition de sortir le debout propre le jour-J. Par contre, chez les femmes, contrairement aux hommes où 2 extraterrestres dominent, la compétition semble beaucoup plus ouverte, mais entre un groupe de cadors bien connues : Kaisa Mäkäräinen, énorme fondeuse, Anastasiya Kuzmina (anciennes Russe devenue slovaque dont le frère, Anton Shipulin, a été recalé par le CIO suite aux affaires de dopage russe à Sotchi) déjà double championne olympique en titre du sprint qui revient comme un avion cette saison mais est capable de totalement craquer au tir, Dorothea Wierer la mitraillette de précision, Darya Domracheva qui entend être aussi performante qu’à Sotchi où elle a dominé la discipline, et Laura Dahlmeier, la plus complète (la saison passée on la comparait à Martin), qui a retrouvé ses repères et son niveau après avoir manqué le début de la Coupe du monde. Ces 5 filles abordent toutes les JO en super forme. Je dois y ajouter Denise Herrmann, la version allemande de Célia Aymonier… encore plus rapide en ski et parfois moins en difficultés en tir (un doublé sprint-poursuite devant Justine en début de saison).

Rappelons qu’aux JO, les 15 premiers du classement général de la Coupe du monde sont directement qualifiés pour la mass-start (c’est donc le cas de Martin, de Simon D. et de Quentin chez les hommes, de Justine et d’Anaïs B. chez les femmes). Les 15 autres places seront attribuées d’abord aux médailles pas pré-qualifiées, puis à ceux ayant obtenu les meilleurs résultats lors du sprint, de la poursuite et de l’individuelle (logiquement on doit additionner les points pris sur la semaine… même si les JO ne comptent plus pour la CdM). Guigonnat devrait avoir 3 courses pour décrocher sa place en mass-start, Marie et Célia n’auront pas de droit à l’erreur.

Les relais vont conclure ces JO, d’abord le mixte, puis le féminin, et enfin le masculin. Le mixte est très ouvert, la France a pour habitude de finir 2e (ou de gagner) lors des ChM, en général ça se joue avec la Norvège et l’Allemagne, mais l’Italie et l’Ukraine peuvent jouer devant également. S’ils n’étaient pas diminués, les Russes et les Tchèques figureraient aussi parmi les concurrents au titre.

En configuration championnats, le relais féminin est en principe chasse gardée des Allemandes, et le masculin celle des Norvégiens. La place de la France est dans tous les cas sur le podium… sauf craquante au tir. Ça arrive, surtout côté masculin où Cette saison les conditions météo lors des relais ont beaucoup joué sur les résultats, la Suède en a remporté un chez les hommes et a fait 2 podiums chez les femmes, mais si une équipe autre que les grands favoris peut gagner, c’est la France. Les filles ont même réussi à casser l’hégémonie allemande en gagnant à Oberhof. Les garçons ont gagné 2 fois l’an dernier, notamment sur le site olympique, mais contre une Norvège B. Bien sûr, la Norvège, l’Italie ou encore l’Ukraine seront les adversaires de la France chez les femmes, la Russie et la République tchèque ne semblent pas en mesure de les embêter. Chez les hommes, attention aux Allemands, aux Autrichiens, mais pas aux Russes sans Shipulin.

Porte-drapeau, Martin peut devenir le sportif français le plus médaillé et titré aux JO (il détient déjà le record de médailles aux JO d’hiver, mais Killy en a 3 en or), il a déjà 2 titres et 2 médailles d’argent… Le record est de 8 (en escrime dans les années 20). Il peut finir ces JO à 10…

=>Bilan envisageable : entre 4 et 15 médailles, dont 2 à 8 titres.
1 ou 2 médailles dans chaque épreuve masculine (dont 4 médailles et jusqu’à 4 titres pour Martin), entre 1 et 3 doublés, voire un incroyable triplé sur la mass-start par exemple (on n’en est pas passé loin cette saison).
0 à 4 médailles chez les femmes mais je table sur 1 ou 2, avec possibilité d’obtenir de l’or.
3 médailles en relais (2 en argent, l’or en mixte). =>Bilan attendu : 8 ou 9 médailles dont 4 titres.

  • Ski de fond.

Chez les femmes, on oublie d’entrée, médaille impossible.

Chez les hommes, on met de côté les épreuves en style classique, car les Français n’y sont par performants. Ça élimine le sprint individuel et le 50km. Restent :
-le skiathlon 30km, à savoir 15km en classique, changement de skis, 15km en libre (ou skating), programmé en début de JO, Jean-Marc Gaillard et Maurice Manificat peuvent limiter la casse en classique et très bien figurer ensuite, mais il leur en manquera sans doute au sprint pour espérer le podium ;
-le 15km libre, l’épreuve de prédilection de Manificat, en tête de la CdM de distance, qui est clairement le meilleur du monde sur 15 bornes, sauf en mass-start, toujours en raison de son manque de vitesse au sprint, mais il s’agit ici de contre-la-montre ;
-le sprint par équipes, disputé cette année en style libre… et donc parfait pour le duo Lucas Chavanat-Richard Jouve, que je ne veux même pas imaginer hors du podium tant ils sont en forme, le premier restant sur 3 podiums en sprint libre, le second en ayant fait la saison dernière (il a disputé des finales et demi-finales cette saison) ;
-le relais 4x10km (les 2 premiers en classique, à savoir Gaillard et Manificat, les 2 suivants en libre, sans doute Backscheider et Parisse, ou alors Tarantola), peut jouer de nouveau le podium, comme à Sotchi – la France a fini bronzée puis la 2e après déclassement des Russes pour dopage, semble-t-il de nouveau la 3e après réhabilitation des Russes par le T.A.S. – malgré le remplacement des 2 derniers relayeurs par rapport à 2014, Parisse et Backscheider ayant tout de même chacun l’expérience d’un relais aux CdM (avec plus de réussite pour le dernier nommé).

Dans tous les cas, la purge – relative – en équipe de Russie ne peut faire de mal aux Bleus.

=>Bilan envisageable : 1 à 4 médailles dont 1 titre.
Johannes Klaebo est arrivé comme un missile sur la CdM, ce jeune Norvégien devrait faire des ravages, mais j’espère sérieusement l’or pour Manificat sur 15km et le bronze pour les 2 épreuves par équipes… sachant que dans toute l’histoire des JO d’hiver la France ne compte que 2 médailles en fond spécial.
=>Bilan attendu : 2 médailles dont 1 titre.

  • Combiné nordique.

3 épreuves sont au programme : grand tremplin, petit tremplin, épreuve par équipes.

Maxime Laheurte, François Braud et Antoine Gérard se suivent au classement de la Coupe du monde… mais sont 17, 18 et 19e. Ceci dit, ils ne jouent pas la compétition à fond, ayant préféré faire des impasses afin de se préparer aux JO. Ça se passait bien en début de saison, c’est un peu plus compliqué depuis, néanmoins il y a pas mal de top 10 à défaut de podium. Leurs qualités sont différentes, Laheurte est plutôt sauteur, Gérard plutôt skieur, Braud a un bon équilibre entre les deux. Ceci dit, ça peut varier selon le sautoir, la forme du moment et les conditions. Dans l’absolu, ils sont tous capables de sortir le gros saut le jour J et de s’arracher jusqu’à la ligne d’arrivée. Les Norvégiens, les Allemands et le Japonais sont tout de même bien devant à la régularité, il faut y ajouter des Autrichiens et des Finlandais.

C’est en réalité par équipes dans le relais 4x5km que les Français ont une chance. Le but ? Enfin décrocher la médaille – de bronze – qui les fuit depuis plusieurs olympiades. Jason Lamy-Chappuis est sorti de sa retraite sportive uniquement pour l’obtenir. Il faudra bien sauter, or c’est le souci de "Jez" depuis son retour, a fortiori depuis qu’il s’est blessé à l’entraînement. Il a néanmoins pu revenir, reprendre la compétition, mais ça reste vraiment compliqué. Lors des 2 relais en Coupe du monde cette saison, ils ont fini 3 et 4e (et il n’en a pas manqué beaucoup pour jouer la 3e place jusqu’au bout). C’est donc possible, sachant que la course pour l’or devrait se résumer à un duel germano-norvégien et que la France, l’Autriche, la Finlande et le Japon sont 4 pour une place.

=>Bilan envisageable : 0 à 2 médailles.
=>Bilan attendu : 1 médaille de bronze en relais.

  • Saut à skis.

C’est à Sotchi que la France a obtenu sa seule médaille en saut à ski dans l’histoire des JO. Il s’agissait de la première des filles. Mais 4 ans plus tard, si l’équipe de France féminine est plutôt homogène, elle n’est pas au sommet de la hiérarchie. On ne peut espérer de médaille. Chez les hommes, on est encore plus loin du compte. Les 2 sauteurs et 2 sauteuses françaises auront beaucoup de mal à chercher mieux qu’une place d’honneur. Et si un jour l’épreuve mixte par équipes devient olympique, on verra si la France peut décrocher une 2e médaille olympique.

=>Bilan envisageable : un top 10.
=>Bilan attendu : rien.


Je fais les comptes.

=>Bilan envisageable : .
Pour les sports de glace, 1 à 5 médailles, dont un titre (en danse sur glace).
Pour les sports de neige, jusqu’à… 43 médailles, dont jusqu’à 20 titres.
Soit un total de 48 médailles envisageables. Alors oui, je sais, c’est totalement surdimensionné, mais là, c’est si tout allait dans le bon sens partout, ce qui, en pratique, est impossible. D’où la 2e évaluation, les médailles attendues.

=>Bilan attendu :
Pour les sports de glace, 1 médaille (d’or).
Sur la neige,
-2 à 4 médailles en alpin dont 1 ou 2 titres (Worley, combiné alpin masculin),
-5 médailles en ski freestyle dont 1 ou 2 titres (possible en skicross, half-pipe et slopestyle),
-3 médailles en snowbaord dont 1 titre (Vaultier),
-8 ou 9 médailles en biathlon dont 4 titres (Martin Fourcade et un relais),
-2 médailles en ski de fond dont 1 titre (Manificat),
-1 médaille de bronze en relais au combiné nordique,
soit un total de 21 à 24 médailles dont 8 à 10 titres.

Tout confondu, j’espère entre 22 et 25 médailles, dont 9 à 11 titres. C’est un peu mieux que les attentes annoncées (20) et ça peut être beaucoup mieux avec un peu de réussite. Sur 102 podiums, 306 médailles distribuées (en principe, mais avec les égalités possibles dans plusieurs disciplines, ça peut faire plus).

J’allais presque oublier de rappeler que le record établi à Sotchi est de… 15 médailles. Mais les épreuves sont de plus en plus nombreuses. Ceci explique cela.

L’histoire prouve que mes prévisions sont généralement assez bonnes[1], ceci parce que je suis un maximum de ces disciplines. Pas moyen de louper une épreuve de biathlon, je regarde quasiment tout le ski alpin. Pour le reste, tout dépend des chances françaises, j’essaie de les identifier et de ne pas louper ce qui est visible. Je suis même capable d’aller chercher un steam allemand en contournant les limitations géographiques pour voir du snowboardcross non diffusé en France, d’aller farfouiller sur le net pour mater des épreuves de ski acrobatique en Amérique du Nord… Même si je me ferais probablement les croisés en tentant de monter sur des patins et de chausser des skis, je sais suffisamment de quoi je parle pour que mes prévisions soient fiables.

Si je vous dis que ça vaut le coup de ne pas dormir pendant 15 jours, écoutez-moi, vous ne serez pas déçus !

Note

[1] Pour rappel, je fais ces revues d’effectifs avant chaque JO depuis 2008, où j’annonçais la barre des 40 (on m’avait quasiment ri au nez sur RMC dans l’émission qui recevait les responsables des fédés et les consultants), et à part à Londres où j’ai été un peu trop optimiste faute d’avoir pris en compte la triche anglaise, notamment à la boxe, je suis toujours tombé assez près du compte.