La journée a commencé très tôt avec des qualifications, l’entraînement de descente ou encore du curling . Le gros de la journée est arrivé un peu plus tard.

  • Snowboard  : slopestyle .

Ce parcours de slopestyle est très intéressant dans la mesure où il laisse une belle part à la créativité grâce à des modules peu classiques avec une belle diversité de rails et de rampes de saut.

Seulement, comme pourrait le dire la chanson… «'Vent froid, vent du matin, neige qui tombe pas que sur les sapins. Vent qui souffle… sur le parcours de slopestyle
Impossible de lancer les qualifications du snowboard sloepstyle à l’heure prévue. Avec un vent tourbillonnant, pas de visibilité et une neige très dure. Heureusement, ça s’est légèrement amélioré, le jour blanc demeurait mais on pouvait pratiquer. Les chutes auront tout de même été nombreuses, le vent restant un réel problème.

Ceux qui participaient au 2nd groupe de qualification ont eu de la chance avec du soleil et beaucoup moins de vent (au moins pendant un moment). Ils ont pu envoyer du gros saut.

Je ne m’attarde pas dessus car actuellement, ces disciplines acrobatiques en snowboard sont désertées par les Français (pas par les Françaises).

  • Ski alpin : 3e entraînement de la descente masculine.

La piste a de nouveau pu être pratiquée en intégralité après un 2e entraînement tronqué. Rendue dure et bosselée par le froid, la piste est moins facile qu’on l’annonçait, même si la configuration du terrain et le tracé de cette descente en font une des plus faciles du circuit (alors que pour des JO, on s’attend à quelque chose de monumental). Le souci risque surtout d’être le vent, les organisateurs le craignent particulièrement. On annonce 50 à 72km/h dimanche matin. On devra probablement retarder le départ, voire même reporter la course.

Si certains ont clairement voulu cacher leur jeu en ralentissant nettement avant l’arrivée, on a tout de même pu constater une nouvelle fois que Brice Roger est dans d’excellentes dispositions (4e), que Kjetil Jansrud est très à l’aise sur cette piste, que Vincent Kriechmayr tient la forme de sa vie… Adrien Théaux, Johan Clarey et Blaise Giezendanner ont réalisé des performances assez correctes mais sans plus. Maxence Muzaton n’a pas pris le départ pour conserver de l’énergie.

En ce qui concerne le combiné alpin, on a pu tirer des enseignements intéressant. Marcel Hirscher s’est fait des frayeurs et a encore fini très loin des descendeurs. Alexis Pinturault a beaucoup mieux limité la casse en se permettant même de freiner bien avant la fin. Victor Muffat-Jeandet a encore été excellent, à 2"29 seulement du meilleur temps (4 dixièmes devant Pintu mais sans ralentir, donc ça se vaut). Nos 2 Français ont largement dominé tous les autres slalomeurs. Thomas Mermillod-Blondin ne semble pas assez performant en descente actuellement pour jouer les premiers rôles sur un combiné.

  • Ski de fond : skiathlon féminin (2x7,5km[1]).

La Suédoise Charlotte Kalla, vice-championne olympique à Sotchi et déjà double championne olympique par le passé (10km libre en 2010, relais en 2014), a remporté le premier titre décerné lors de ces JO en attaquant violemment dans une côte après 34’ de course. Une fois l’écart créé, impossible pour ses adversaires de la rejoindre. Elle s’est imposée en 40’45. Marit Bjørgen n’a donc pu conserver son titre, toutefois elle a décroché une 11e médaille olympique à un âge avancé (38 ans le mois prochain). La Finlandaise Krista Parmakoski a complété un podium 100% scandinave.

Côté français, pas de quoi sauter au plafond, on n’en attendait pas franchement mieux : Anouk Faivre-Picon 13e (un résultat très encourageant), Aurore Jean 23e, Coraline Thomas-Hugue 29e (déçue, elle a surtout galéré en classique).

  • Short-track.

Le 1500m masculin avait entièrement lieu dès cette première journée. Thibaut Fauconnet et Sébastien Lepape arrivaient en outsider… comme beaucoup, dans la mesure où, dans ce sport, si vous êtes qualifié pour les JO (il faut donc déjà avoir gagné sa place), vous avez forcément votre chance compte tenu notamment de la part d’aléa induit par la course en peloton sur cette piste de glace (111m de circonférence) où n’importe quel contact peut vous déséquilibrer. Ajoutons une petite nuance : s’agissant du sport d’hiver n°1 en Corée du Sud, les ressortissants du Pays du matin calme sont systématiquement favoris.

En principe, il s’agit d’effectuer 13 tours ½ de piste, 6 adversaires sont au départ, les 3 premiers se qualifient pour le tour suivant. En pratique, c’est différent. On l’a constaté.

La distance – la plus longue du short-track – et le nombre de concurrents par course rendent cette épreuve beaucoup plus tactique que le 500m et le 1000m. Il faut savoir se placer, se glisser au bon endroit, mais aussi éviter de commettre et, si possible, de subir les fautes des autres. Avec la sur-nervosité liée au contexte JO, les chutes ne manquent pas… A la fin des courses, on attend systématiquement la vérification pas les juges vidéo. On ne comprend pas toujours leurs décisions, qui, aujourd’hui, ont été assez… étranges ou surprenantes, c’est selon.

Le Britannique est tombé tout seul lors de la première série.
L’Italien a fait tomber le Chinois au cours de la suivante… après avoir été touché par l’Australien. Je n’ai absolument pas compris la décision de disqualifié l’Italien et de repêcher le Chinois ainsi que l’Australien… incompréhensible ! A la limite, qu’on repêche le Chinois, voire l’Italien, mais l’Australien… Charger l’Italien, éliminé de toute façon, était injuste.
Ils étaient 7 dans la 3e série suite à l’ajout tardif d’un Nord-Coréen. Le public a pris feu pour… le premier Sud-Coréen engagé, qualifié sans souci alors que la 3e place s’est jouée à la photo… ou pas. L’Israélien qui pensait avoir arraché la 3e place au centimètre près a été disqualifié alors que le Canadien a été repêché (probablement pour un léger contact pendant la course, c’est assez obscure).
Reconnaissable à sa grande taille, Lepape affrontait notamment 4 adversaires asiatiques (ou d’origine asiatique). Il s’est formidablement replacé en 2e position en milieu de course – en passant à l’extérieur – puis a dû se battre pour conserver son rang derrière le Sud-Coréen malgré les attaques. Une très belle prestation !
La 5e série a aussi été remportée par un Sud-Coréen.
Fauconnet disputait la 6e et n’a pas attendu pour se placer en tête, puis en 2e position dans l’aspiration du Chinois, mais il s’est ensuite rapidement fait doubler. Réaction immédiate pour repasser 2e puis en tête en sortant large toutefois. Les positions ne cessaient de changer, Fauconnet a été relégué en 5e puis en 6e position après une bousculade. Une chute entre le Chinois et le Kazakh puis un autre gadin individuel a laissé 3 hommes en tête, dont le Français. Restait à attendre le verdict du jugement vidéo au terme de cette manche très mouvementée. Manifestement le Kazakh est tombé seul, il a failli emmener l’Américain qui était en tête, le Chinois n’a en revanche pu l’éviter, le Néerlandais et le Français ont d’ailleurs aussi failli choir… Finalement, le Chinois a été repêché.

Résultat des courses, 2 Français en demi-finales ! Enfin… Pas tout à fait. En réalité, il y avait 6 séries et 3 "demies" disputées à… 7 ou 8 en raison des repêchages. Pour seulement 2 places en finale A à prendre dans chaque (plus 2 places en finale B). Or Lepape a hérité de la dernière, celle à 8, avec notamment 2 Sud-Coréens et 3 Chinois. Ça valait vraiment le coup de faire une super série pour se retrouver face à cette adversité…

Dès la première des 3 courses, on a repêché un concurrent pour la finale… A. En somme, pour se qualifier en finale, l’idéal est encore de se faire gêner. D’autant que le Canadien sauvé par les juges est tombé rapidement, il a pu s’économiser à peu près 10 tours de piste et de stress.
La course de Fauconnet a été mouvementée, avec plusieurs chutes, il s’est retrouvé 3e à 2 ou 3 tours de l’arrivée, il a alors pu doubler et se qualifier 2e ! Incroyable retournement de situation après avoir longtemps bataillé en milieu de paquet ! Sa tactique de mettre la pression sur ses adversaires a payé.
Lepape a galéré mais a entamé une remontée à 3 tours de la ligne d’arrivée… avant de se faire doubler par un Chinois et de se retrouvé 5e sur les 5 rescapés sans bénéficier de la moindre ouverture. Les 2 Sud-Coréens ont pris les 2 premières place, Lepape a même loupé la finale B.

Mais bon, disons-le, il y a eu arnaque : les juges ont repêché 2 nouveaux concurrents. Ainsi, au lieu de se disputer à 6, la finale a été disputée à 9 ! Du jamais vu. Outre Fauconnet, on retrouvait 2 Sud-Coréens, 2 Néerlandais, 2 Canadiens, un Hongrois et un Russe… A un moment, ça n’a plus de sens ! On passe d’une chance de médaille sur 2 à 1 sur 3… J’ai presque envie de dire de 1 sur 4 à 1 sur 7 en considérant que les 2 locaux allaient probablement monter sur la boîte.

Le Français s’est retrouvé 8e à cause de la densité du peloton, les 2 Canadiens ayant pris la tête, relayés par le Russe. Les 2 Coréens ont mis le feu à la patinoire en attaquant au bout d’une minute pour prendre la tête. Un Néerlandais ne s’est pas laissé faire et a repris les choses en main. Derrière des bousculades ont permis à Fauconnet de remonter 4e, il était au top tactiquement, mettait la pression sur le 2nd Coréen quand… ce dernier a perdu l’équilibre, levant haut et longtemps son patin gauche… au point de le mettre dans le visage du Français – coupé en haut de la lèvre – et de le faire tomber. A 2 tours de l’arrivée, Fauconnet tenait la médaille après laquelle il court depuis le début de sa carrière. A 32 ans, ce sont ses derniers JO, il était dégoûté après avoir vécu un cauchemar intégral à Sotchi, s’y est remis, a beaucoup bossé pour ce 1500m, il a mis en place une stratégie sur toute la saison pour que ses adversaires le craignent et soient nerveux quand il leur mettait la pression, tout fonctionnait parfaitement… et paf, le patin dans la tronche, tout s’envole. La_chute_de_Fauconnet_sur_1500m_avec_le_patin_dans_la_tronche.jpg Quand tu fais tout bien, malheureusement un élément extérieur te plombe, tu n’y es strictement pour rien, tu ne pouvais pas l’éviter… L’horreur absolue. Au moins, si tu perds à la régulière en étant battu par plus fort, si tu te loupes, tu ne peux en vouloir qu’à tout même. Là, seul un manque de chance est en cause, le Coréen n’a pas fait exprès, le mec qui prend la médaille à ta place a juste eu plus de bol que toi. Il y a beaucoup de colère, de frustration, un fort sentiment d’injustice, mais personne sur qui le diriger.

Le pays hôte a obtenu son premier tire grâce à Lim Hyo-jun, un repêché, le Néerlandais Sjinkie Knegt, a obtenu l’argent, et les Athlètes Olympiques Russes ont ouvert leur compter avec le bronze pour le chanceux Semen Elistratov.

En réalité, l’agacement et la frustration peuvent être imputés à un responsable. Plus que les juges qui ont repêché à tout va, j’ai envie d’accuser le système. Une finale à 9 au lieu de 6, c’est grotesque. A un moment, il serait bon de faire un choix : si on accepte l’aléa et "la faute à pas de chance" en finale, pourquoi ne le fait-on pas aussi sur les tours précédents ? Qu’on disqualifie si on profite d’une faute dont on est l’auteur, pas de problème. Mais qu’on repêche ceux qui n’ont juste pas eu de chance, non. Si un des 3 premiers arrivés est disqualifié, le suivant passe, un repêchage ne devant être possible que si la faute subie était manifestement volontaire. C’est sensiblement ce qui se passe dans les épreuves de cross en snowboard et en ski, ou même en sprint de ski de fond si je ne me trombe. (Dans ces épreuves on met un carton jaune pour la première faute et un rouge à la suivante.) Bien sûr, la victime d’un accrochage qui ne passe pas est dégoûtée, son élimination peut lui sembler injuste, mais au moins on sait à quoi s’en tenir et on évite d’autres injustices et incohérences avec un arbitrage douteux. Ce sport se décrédibiliser avec le coup des "demi-finales" à 8 pour 2 places et de la finale à 9. La chance – ou l’absence de malchance – et le jugement de l’arbitre vidéo deviennent trop prépondérants dans le résultat.

Fauconnet est donc privé d’une médaille historique, la première de l’histoire du patinage de vitesse français. Il aurait pu apporter un énorme éclairage sur cette discipline. Bien sûr, il va essayer sur 500m et sur 1000m mais ce sera compliqué. Il n’a plus l’explosivité requise sur 500m.

Cette journée était aussi celle des séries du 500m féminin, une distance disputée à 4 par course, forcément très nerveuse et à haut risque. On a vu des chutes dans tous les sens.

Véronique Pierron a hérité d’une série extrêmement difficile, elle partait à la corde mais, vite débordée et un peu gênée, a rétrogradé en 4e position. Impossible de revenir dans le coup pour la qualification. Mais, surprise, la star locale a aussi été éliminée. La Britannique, détentrice du record du monde, a battu le record olympique. Pierron s’est donc heurtée à une mission impossible. La 2nde Française, Tifany Huot-Marchand, a tout de suite été lâchée. Elle a failli se faire découper par une Canadienne emportée par sa chute… mais, déjà hors du coup, la gêne occasionnée n’a pas été prise en compte par le jury. Les 2 Françaises ont donc été éliminées.

  • Biathlon : sprint féminin.

Le froid, les filles savent gérer. Les courses de nuit éclairées aux projecteurs, pas de souci non plus. Le vent, c’est autre chose. Qu’il accroisse fortement l’impression de froid, à la limite, OSEF. Le gros souci concerne bien sûr le tir, a fortiori quand il est tourbillonnant. Anaïs Bescond (8), Marie Dorin-Habert (28), Justine Braisaz (35) et Anaïs Chevalier (52) ont donc participé à une course pouvant vite se transformer en loterie. On sait la piste difficile, on s’attendait donc à voir les meilleures fondeuses devant. Avec ces conditions de nature à rebattre les cartes en provoquant beaucoup de fautes au tir… on risquait aussi de retrouver les gros moteurs devant, la difficulté de la piste permettant aux plus rapides et plus puissantes de récupérer sur la piste une partie du temps perdu en ski. N’omettons pas d’évoquer l’influence du vent en ski de fond : il balayait la piste, rendant certaines sections particulièrement extrêmes. Dans ce genre de situation, si une favorite parvient à réaliser un 10/10, elle s’assure quasiment la médaille… et si une fille inattendue le réussit alors que les cadors se trouent, une grosse surprise devient possible (on en constate régulièrement sur les sprints en Coupe du monde).

Presque toutes les candidates aux médailles ont choisi les 2 premiers groupes. C’est malheureux. En effet, dans cette configuration, le réalisateur du signal international ne savait pas où donner de la tête. Où ont-ils trouvé cet individu ? Je veux comprendre ce fiasco. Ont-ils pris un Coréen qui ne comprend rien au biathlon ? Ont-ils fait venir d’Europe un habitué de la Coupe du monde mais en lui filant une équipe de réalisation locale composée de gens qui ne parlent pas la même langue que lui ? Le réalisateur était-il bourré ou en plein jet-lag ? S’agit-il d’un Nord-Coréen imposé par le CIO pour faire plaisir à Kim Jong-un ? Ou peut-être d’un petit fils d’Allemand exilé en 1945 qui s’est rappelé à ses origines en montrant bien les Allemandes mais pas les autres ?

C’était un enfer. France Télévisions a réussi à encore faire empirer la situation. Quitter le biathlon – le sport que toute la France attend – en plein suspense et juste avant le tir couché d’Anaïs Bescond, ceci pour aller, TROP TÔT, sur la demi-finale du short-track, c’était déjà bien lourdingue. Revenir au plus fort de la bataille pour… repartir en pub, c’était trop. Je suis devenu fou. Devant mon écran, j’avais déjà insulté le réalisateur cataclysmique en français, j’en ai remis une couche contre les incompétents de France Télé, en coréen cette fois. Dois-je en rajouter une couche avec le choix du consultant ? Vincent Jay est désastreux, on dirait qu’il parle à des enfants incultes. Alexis Bœuf et Sandrine Bailly sont tellement meilleurs !

Il est toujours difficile de rendre compte du scénario d’un sprint tant les événements s’entremêlent. J’aurais bien du mal à raconter correctement celui-ci compte tenu de ce qui en a été montré. Ça partait bien avec une Denise Herrmann (3) tirant à 5/5 au couché – même très lentement – car si la fondeuse allemande peut faire le plein, tout le monde a ses chances de le réaliser. En apprenant – pas grâce à la télé – que "Nanass" Bescond avait réussi le même temps que l’Allemande sur le premier tour – signe d’une super forme sur les skis – et avait assuré le 5/5 pour ressortir en tête pour près de 6 secondes, je me suis pris à rêver. D’autant plus en constatant que Kaisa Mäkäräinen avait certes pris 4" d’avance sur la première boucle de 2,5km mais avait commis 2 fautes au couché, puis en voyant "Nanass" arriver au debout avec une marge doublée par rapport à Herrmann, pourtant régulièrement la plus rapide du circuit. Le vent a tourné – y compris concernant la réalisation télé – quand sa 2e balle est sortie sur le debout. Elle mettait certes du temps à lâcher la 3e, mais la lâcher en plein tir pour aller voir d’autres filles, c’est impensable ! Une 2nde cible manquée lui a coûté cher, elle est ressortie à 38" de la tête avec pour mission de sauver les meubles en vue de la poursuite.      

Pendant ce temps, Laura Dahlemeir a réussi le plein au couché, elle comptait environ 5" de retard sur le temps de référence de "Nanass" et aurait pu être reléguée assez loin si Anastasia Kurzmina, double tenante du titre en sprint et absolument monstrueuse en ski sur le premier tour (12" plus rapide que Mäkäräinen) ne s’était loupée avec 2 tours de pénalité. Longtemps en tête avec un 9/10, Veronika Vitkova a peiné sur la dernière boucle, laissant Marte Olsbu lui reprendre beaucoup de temps et la battre à l’arrivée pour 1"6. On sait la Norvégienne capable du meilleur comme du pire, elle aura su s’en sortir un très bon 9/10 au tir le jour où ça comptait le plus. C’est aussi le cas de Marie Dorin-Habert, médaillée de bronze à Vancouver, qui a bien failli remettre ça. Elle aussi auteur d’un 9/10 (faute au couché, elle arrivait à 26" de Kuzmina, elle est ressortie à 35" de Bescond, on n’a bien sûr pas vu son debout, elle avait stabilisé son retard, son sans-faute lui a permis de ressortir provisoirement 4e à 26") de Dahlmeier. Oui, parce qu’entre-temps, l’Allemande reconnue comme la biathlète du circuit – la plus complète, celle qui maîtrise mieux les différents aspects de la discipline – a réussi un des très rares 10/10 du jour (Akimova et Zdouc ont réussi les 2 autres mais sans avoir le niveau en ski). Elle a pris son temps pour lâcher ses balles et a assuré. Comme Marie semble-t-il, mais sans faire la faute décisive. Le plus frustrant est de constater qu’à la fin, Marie échoue au pied du podium parce que Vitkova et Olsbu ont tiré plus vite. Ceci dit, en attaquant plus, peut-être la super maman du biathlon français aurait-elle manqué plus d’une cible.

Dahlmeier comptait seulement 13 secondes d’avance sur le duo Vitkova-Olsbu avant le dernier tour, elle a fini avec respectivement 26 et 24 secondes d’avance sur ses dauphines, soit un tour de pénalité de marge lors de la poursuite. Marie, 4e à 33 secondes, aura un véritable coup à jouer, d’autant que la forme sur les skis et le moral sont enfin au top après une première partie de saison très compliquée. Elle a même pensé louper les JO. On sait déjà qu’elle ne participera pas à l’individuelle, ce qui lui laisse seulement la poursuite pour s’assurer une place en mass-start (c’est très bien parti pour).

D’autres filles auraient pu se glisser sur le podium mais ont laissé passer le coche. Je pense notamment aux Italiennes Dorothea Wierer et Laura Vittozzi, ressorties du tir couché avec les 2 meilleurs temps mais en échec debout (respectivement 2 et 1 pénalités). Même le live data de la FIS craquait pendant cette course, il annonçait Wierer sortie en tête alors qu’elle entre sur l’anneau de péna… Ressortie à 20", Vittozzi a fini 6e à 40", terminant juste derrière Vanessa Hinz, dont la faute sur le dernier tir ne lui a pas permis de ressortir en tête et de s’assurer une médaille. Paulina Fialkova et Irene Cadurisch – hallucinante de vitesse au tir – étaient bien avant le dernier tour (à une vingtaine de secondes de Dahlmeier avec 1 tour de pénalité) mais ont eu plus de mal à finir.

Quid des autres Françaises ? Le réalisateur n’avait pas envie de nous les montrer, difficile de se faire une idée précise de leurs tirs, on a dû voir le debout d’Anaïs Chevalier par accident, elle y a loupé la 4e après avoir déjà tourné une fois au couché. A 8/10, sa 16e place à 1’09 n’est pas mauvais, elle est la 4e meilleure à plus d’une faute (derrière Dahlmeier et son 10/10, les top 8 est à 9/10) et met même Herrmann à 10 secondes avec le même bilan au tir. Wierer (18e) et "Nanass" (19e à 1’14) sont aussi derrière elle à 8/10. Justine est en revanche allée beaucoup plus vite, puisqu’elle termine 10e à 48s, tout près de Darya Domracheva (autres cas de 1+1). Déjà à 20" de Kuzmina avant le couché, elle s’est employée sur la 2e boucle, sa seconde erreur a cassé son élan, elle avait le podium en vue.

A vrai dire, parmi les meilleures fondeuses, rares ont été les bonnes biathlètes lors de ce sprint éventé sans toutefois devenir une loterie. Kuzmina, MONSTRUEUSE sur les skis, mais 13e à 3 fautes (2+1)… Tiril Eckhoff 2e temps à 13" mais 4 fautes (dont une dès son 1er tir, elle s’est perdue), Domracheva a lâché 18" sur la piste mais avec 2 fautes, Dahlmeier a largement compensé ses 23" de débours en ski en évitant l’anneau de pénalité, 31 à Justine a concédé 31" mais moins de 12 sur l’ensemble des 2 derniers tours, Mäkäräinen a fini à 32" mais avec 3 fautes (2+1), Marie à 38" (7e et meilleure qu’Herrmann) dont 28" lâchées dans le 1er tour. Les Anaïs ont le 11e et le 14e temps de ski à 41 et 49". 4 filles et forme et du matériel efficace, c’est encourageant pour la suite.  

Ça nous met 15 filles en 1’ au départ de la poursuite, et 25 en 1’30 avec Eckhoff et Mäkäräinen à la fin de ces 25. Le classement risque de beaucoup changer, a fortiori s’il y a encore du vent. Marie est très bien placée, Justine est en embuscade, les 2 Anaïs ont aussi un joli coup à jouer à condition de réussir du tir très propre. Il faudra sans doute attaquer et prendre des risque. biathlon_sprint_F.jpg

Les réactions… Dans la mesure où les filles sont les seules à avoir vraiment pu suivre leurs courses, les écouter était instructif. Je vous retranscris ce que j’en ai compris.

"Nanass" a pris beaucoup de temps au tir debout avec le vent traitre, et ça n’a même pas payé (2 fautes). Sur la piste aussi le vent gênait beaucoup, elle a fait de son mieux pour s’abriter, pour adapter son effort en conséquence.

Marie réalise sa meilleure course de la saison, une réelle satisfaction personnelle. elle a des regrets à cause de sa faute mais c’est le lot de beaucoup, donc elle relativise assez facilement. Elle est même plutôt contente de ses sensations sur les skis, d’avoir réussi à tenir toute la course sans craquer, et d’avoir su si bien s’en tirer sur le pas de tir, a fortiori après des essais très difficiles qui lui ont mis la pression et généré beaucoup d’incertitude avant sa course. Elle vise la mass-start et a conscience de l’importance de la poursuite afin d’atteindre cet objectif.

Justine a aussi des regrets, elle est à une balle du podium, mais elle se place en vue de la poursuite. Il s’agissait de sa première course olympique. Elle n’impute pas ses erreurs aux conditions météo, elle aurait dû mettre ces balles dans les cibles en se reprenant (elle voyait flou sur celle au couché, son œil pleurait, elle n’a pas pris le temps de l’essuyer et voyait flou… il s’agissait de la dernière balle, elle a encore fait le coup de la dernière au debout, mais de façon plus classique). Ayant décidé de partir prudemment à cause de la difficulté de la piste, elle a été surprise d’être déjà à 13" au 1er inter. Elle en avait trop gardé. Cette course lui a donc permis de prendre des repères, mais aussi d’entrer dans ces JO avec un état d’esprit différent des dernières étapes de CdM : elle a fait sa course sans se perdre à penser à autre chose. Les analytiques laissent penser qu’elle a plus attaqué au tir que d’habitude.

Anaïs est un peu déçue, mais elle se sentait bien sur les skis. Ça reste son meilleur sprint de l’hiver, mais si une 14e place sur une épreuve de CdM peut être un résultat positif, aux JO ça n’a pas la même valeur. Les faibles écarts lui donnent de l’espoir en vue de la poursuite.

La finale de l’épreuve masculine au petit tremplin (H.S. 109) a été perturbée par le vent (globalement de face, mais souvent trop fort, d’où des compensations de -14 ou -15pts pour beaucoup de concurrents, pour presque tous en 2nde manche à vrai dire, et même souvent des -18 ou -19).

Le jeune Jonathan Learoyd a bien sauté, lors du tour préliminaire, il en a provisoirement pris la tête. On ne peut en dire autant de Vincent Descombes-Sevoie (qui a le double de son âge, 34 ans), lequel vit une saison très difficile après en avoir réussi une très prometteuse l’an dernier. Il s’est loupé, pas aidé par les conditions, bien meilleures quelques minutes plus tard pour une série de concurrents qui ont atteint la limite de la zone d’atterrissage. Il aurait fallu redescendre la plateforme de départ mais personne n’a réagi, on a laissé la situation en l’état pour le spectacle, le Polonais Stefan Hula en a profité pour atterrir à 110m (131.8) et mettre 9pts au 2e provisoire. Certains des favoris et gros outsiders ont payé très cher ces conditions difficiles. Kamil Stoch, qui domine cette saison, s’est installé en 2e position derrière son compatriote avec 125.9, à égalité avec le Norvégien Johann Andre Forfang. 2 Allemands étaient au pied du podium provisoire avec 125.5 et 124.9.

Learoyd s’est classé 25e avant le 2nd saut (seuls les 30 premiers y ont droit). Seulement, avec le retard pris à cause du vent, la 2nde manche a débuté très tard, à plus de 23h. Il faisait de plus en plus froid. Le jeune Français – qui a choisi la France plutôt que de représenter la Grande-Bretagne – a sauté à 23h21 et est allé beaucoup plus loin qu’en première manche, 100,5m, mais avec beaucoup de vent, du coup il a perdu des places (27e aux JO à 17 ans, il n’y aurait jamais cru en début de saison). Juste après, Peter Prevc a fait en partie oublier son premier saut indigne de lui avec un atterrissage à 113m… mais -18.9 de compensation à cause du vent (il est remonté 12e au final).

Ça a encore duré très longtemps, le concours n’a pris fin que vers minuit 20. L’Allemand Andreas Wellinger, qui était jusqu’alors 5e, a sorti un énorme saut à 113,5m pour prendre nettement la tête devant le Norvégien Robert Johansson, lui-aussi arrivé à 113,5m. Johan Andre Forfang n’a ensuite pu prendre la tête, si bien que l’Allemand devançait 3 Norvégiens avant le passage des 2 Polonais. Bénéficiant d’un vent nettement favorable que les autres, Stoch s’est manqué : 4e provisoire. Pas de médaille pour le double champion olympique de Sotchi. Hula a ensuite sauté à 110,5m, on lui a encore retiré beaucoup de points à cause du vent (18.2), à peine plus que les 3 mieux classés, mais assez pour le faire reculer au 5e rang.

Cette seconde manche a été complètement renversante : Wellinger (22 ans, qui avait remporté les qualifications) a donc apporté un 2e titre à l’Allemagne dès cette première journée, (259.3), devançant 2 Norvégiens, Forfang (250.9) et Johansson (249.7). Les Polonais qui croyaient au doublé ont fini au pied du podium (249.3 et 248.8).

En outre…
-Triplé néerlandais en patinage de vitesse (le 3000m féminin).
-L’équipe de Corée de hockey sur glace féminin dans laquelle ont été introduites de joueuses du Nord a pris un grosse bran-bran contre la Suisse.

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Note

[1] 7,5km en style classique, puis changement de skis et 7,5km en style libre.