• Ski alpin : descente masculine.

Le vent soufflait beaucoup trop fort, la descente a été reportée à jeudi et le super-G décalé à vendredi (jour de réserve). Il y aura probablement un nouvel entraînement mercredi après le combiné alpin de mardi. En espérant que les conditions s’améliorent.

La finale masculine a pu avoir lieu de bon matin – un super horaire pour… la télé US, qui fait ses plus grosse audiences avec le snowboard – dans d’excellentes conditions de visibilité. En revanche il faisait un froid terrible (-21°C de température ressentie) et un vent irrégulier pouvait fortement gêner lors des sauts. Les 12 finalistes – 11 suite à un forfait – ayant chacun 3 runs, ils devaient tout de même pouvoir en réussir au moins un afin de se classer à leur juste place.

Forcément, si on a assisté à quelques runs complets de haut niveau, le vent a généré beaucoup de déchet. Très tourbillonnant sur le dernier saut, il a gâché un paquet de grosses notes et douché les espoirs de pas mal de candidats au podium.

Le jeune Redmond Gerard, 17 ans, a pris la tête au 3e run, son seul terminé. Médaille d’or pour les Etats-Unis en prime-time sur NBC ? Il en a manqué un peu au Canadien Mark McMorris pour poser son dernier saut – énorme – et reprendre la 1ère place. Max Parrot, autre Canadien, est allé chercher un run propre mais sans chercher la difficulté nécessaire pour chasser l’or. Il est passé de la dernière à la 2e place juste devant son compatriote. En même temps, après la boîte prise lors de son premier run, finir sur la boîte grâce au dernier est une belle satisfaction.

Premier titre à PyeongChang pour les Etats-Unis. Premier titre olympique pour un sportif né dans les années 2000 (c’est historique en soi). Une nouvelle star est née. Enfin… avec sa tête d’ado boutonneux, il y a du taf pour devenir une star, ceci dit, il a déjà un surnom : "Red Gerard". Serait-il le successeur de la Tomate volante ? En revanche, la vie de McMorris peut déjà être adaptée en film : en mars 2017, il a percuté en arbre de façon particulièrement violente en faisant du hors-piste. Le pauvre était en bouillie avec pas moins de 17 fractures un peu partout, la rate éclatée, et j’en passe.

D’abord retardées, les qualifications féminines ont finalement été annulées. Les 27 concurrentes engagées disputeront demain une finale qui s’annonce interminable. On y retrouvera donc Lucile Lefèvre.

  • Patinage artistique : épreuve par équipes.

La Russe Evgenia Medvedeva, 18 ans, a battu le record du monde lors du programme court féminin, épreuve dans laquelle Maé-Bérénice Méité a terminé 9e sur 10 (en ayant chuté). Auparavant, le Canada avait pris la première place du classement grâce à Virtue et Moir en danse sur glace, mais les principaux concurrents de Papadakis et Cizeron – préservé par l’EdF – n’ont marqué que 80,51pts, à plus de 2 unités de leur record de la saison, loupant une occasion de mettre la pression avant leur duel dans quelques jours. Notons que les Français Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac ont pris la 6e place avec 57,94pts.

La France a dont terminé 8e – égalité avec les 2 derniers – à l’issue des programmes courts et n’a bien sûr pu rejoindre le Canada, l’équipe des Athlètes Russes Olympiques, les Etats-Unis, l’Italie et le Japon en finale. Cette finale a débuté avec le programme libre des couples, le Canada a dominé, les Russes n’obtenant que la 3e place, si bien qu’au classement général ils virent à 6pts du Canada, bien installé en tête.

  • Ski de fond : skiathlon masculin (2x15km).

Grand froid, grand vent, neige très sèche (d’où l’importance de la préparation des skis), et grande bataille en perspective. D’abord 4 tours de 3,75km en classique, puis changement de skis, et on remet ça avec 4 tours de 3,75km en style libre.

Pour la France, Maurice Manificat et Jean-Marc Gaillard arrivaient dans la peau de bons outsiders, Clément Parisse et Jules Lapierre, récemment médaillé d’argent aux ChM U23, étaient moins attendus.

D’entrée, première péripétie. On ne se doutait alors pas du relief qu’elle allait prendre en fin de course. Le Norvégien Krüger a chuté seul en première partie de peloton, il a cassé un bâton et a été percuté par les suivants dans sa file, à savoir 2 Russes, retardés. Krüger, le moins attendu des 4 représentants de son pays, a perdu beaucoup de temps, plus d’une vingtaine de secondes, le temps notamment de récupérer un bâton. On a vu d’autres chutes, notamment dans un virage en descente avec vent de côté, mais beaucoup plus anecdotiques.

Très offensif, le Finlandais Niskanen n’a pas attendu 5’ de course pour tenter de prendre le large. Un Norvégien a choisi de le suivre, contrairement à Gaillard. Avec ce vent violent dans certaines portions, il était sans doute plus intelligent de s’abriter dans la file en évitant juste de perdre le contact avec les hommes placés devant soi. Cologna est parti suivre le Finlandais, les 3 Norvégiens encore dans le coup et le Canadien Harvey ont suivi pour rejoindre le groupe de tête, lâchant Gaillard d’un coup. Ce dernier s’est attelé à accrocher l’aspiration d’un Suédois pour limiter la casse. Gaillard et Manificat ont dû faire l’effort sur la 2nde moitié du 2e tour pour tenter de recoller ou du moins de limiter les dégâts en classique, traditionnel point faible des Français même si le vétéran des Bleus aime ce style. Ils sont passés 9e et 10e à 11s de la tête après ¼ de la course. Parisse (15e à 27") et Lapierre (28e à 37") ont logiquement rencontré plus de difficultés.

Sans doute lassé de faire le travail seul devant, Niskanen a légèrement temporisé, ce dont ont profité les 2 meilleurs tricolores pour recoller au groupe échappé. Ça s’est presque arrêté devant, plus personne ne voulant prendre en charge le travail en tête, sans doute en raison du vent. Ainsi, beaucoup ont pu se rapprocher, notamment Parisse et les victimes de la chute des premiers hectomètres. Les Norvégiens ont alors décidé d’accélérer à l’entrée sur le stade pour le dernier tour en classique. Ils n’ont pas franchement insisté. Manificat restait à l’abri en début de groupe, Gaillard s’accrochait à l’arrière de ce premier peloton… jusqu’à l’attaque du leader français de la Coupe du monde de distance, lequel bénéficiait manifestement d’une très bonne glisse. Ceci dit, il n’a pas tout donné, s’appliquant surtout à bien se ravitailler avant de passer aux stands pour changer de skis. Manificat a perdu quelques mètres juste avant le stade, il était en milieu de paquet, tout comme Gaillard, auteur d’un super stop et ressorti 3e à moins d’1 seconde de Klaebo, Manificat sortant du stade 8e à 5", dans les skis de Cologna. Parisse (17e à 18s) et Lapierre (26e à 47") ont finalement réussi un classique très honorable.

Le groupe de tête aurait peut-être dû s’entendre pour éviter de laisser rentrer des concurrents de l’arrière. Ils étaient jusqu’à 18 après le retour de Parisse. Gaillard restait devant, Manificat a cherché à se replacer tranquillement. Il fallait gérer son effort jusqu’à la grande bagarre sans se laisser piéger par une cassure. Les Norvégiens, Sundby en tête, ont décidé d’imprimer leur rythme en fin de tour. Krüger, revenu du fond du classement, a attaqué une première fois pour partir avec lui et Spitsov, tombé par sa faute en début de course. Manificat n’a pas voulu faire l’effort, il a forcé Klaebo à prendre ses responsabilités. On a donc continué sur ce rythme très irrégulier fait d’accélérations et de temporisations. Il était important de ne jamais s’affoler tout en évitant de se faire surprendre par l’accélération décisive. Les Norvégiens ont poursuivi leur stratégie en mettant Holund au travail. Parisse semblait bien, il est même remonté au 6e rang après 21km. Le premier groupe de chasse, emmené par Lapierre, n’était alors plus qu’à 13" de l’arrière du peloton de tête et à 22" de la tête.

Aux 22,5km (donc après ¾ de la course), on trouvait encore 17 hommes dans le coup pour le podium, dont 3 Français entouré de 4 Norvégiens, 2 Suédois, 2 Allemands et pour le reste uniquement des éléments isolés (mais pas des moindres). En vue du relais, c’est déjà très positif. Toutefois, les Français n’étaient pas très bien – voire carrément mal – placés dans la grande côte où Krüger imposait de nouveau le rythme. Gaillard y a explosé en vol. Lapierre, qui menait toujours le groupe de chasse, allait sans doute le rattraper sous peu.

La bataille était désormais réellement lancée. Etrangement pas pris au sérieux malgré ses qualités reconnues en skating, Krüger a pris le large. La réaction trop tardive de ses adversaires lui a permis de s’envoler. Musgrave a tenté de ramener le groupe, mais dans l’ensemble on se regardait. Il ne restait qu’un tour, le surprenant Norvégien comptait 9" d’avance sur les 8 cadors détachés (dont Manificat, Cologna et les autres Norvégiens), tandis que Parisse et les autres éléments un peu moins forts se faisaient décrocher. Manificat a compris qu’il devait réagir, il a donc pris les choses en main dans la côte, mais sans lâcher personne. Klaebo, qui trainait à l’arrière mais que tout le monde imaginait gagner à la Northug[1], a craqué de façon inattendue. A 2,5km de l’arrivée, les 22s d’avance de Kruger lui assurait quasiment la victoire. Les 2 autres Norvégiens ont alors placé une accélération dans le but de faire péter les autres. Sundby a posé une grosse mine, Manificat ne pouvait essayer de le suivre car il restait bloqué en milieu de groupe et n’avait semble-t-il plus l’énergie pour les tenir. Le triplé norvégien devenait inéluctable. Le Français a néanmoins tout donné pour reprendre la 5e puis la 4e place, mais le duo Sundby-Holund semblait déjà trop loin devant. Holund a coincé dans la dernière côte… Pas assez. Il n’était plus possible de le rattraper.

Il s’agit de la première victoire d’un Norvégien dans un skiathlon olympique ! Le plus inattendu, âgé de seulement 24 ans, s’est imposé alors qu’il a chuté en tout début de course et a compté 24" de retard (Simen Hegstad Krüger a beaucoup profité de la temporisation à l’avant). Martin Johnsrud Sundby a fini 2e, Hans Christer Holund 3e, Denis Spitsov – emporté par la chute de Krüger – 4e et Maurice Magnificat 5e… Dario Cologna, le champion en titre, a terminé 6e.  la 13e place de Clément Parisse est belle, la 15e de Jules Lapierre est magnifique. Jean-Marc Gaillard s’est classé 28e (en relâchant dans l’optique des prochaines courses).

Cette course donne grande confiance à tout le groupe en vue du 15km libre (dont Manificat est le favori) et du relais.

Les réactions :
Manificat a cru qu’il allait exploser en classique où ça partait très fort à cause de l’attaque de Niskanen. Il a pu revenir et se mettre dans le rythme de la course, mais en skating il lui a manqué un peu de force – au niveau purement musculaire – dans le dernier tour. Il se méfiait de Krüger, très dangereux dans cette spécialité, qui sera un de ses principaux adversaires sur le 15km libre. Même s’il y a de la déception, ça lance bien les JO.

Lapierre a cru qu’il allait faire une sale course parce que ça se passait mal en classique mais il s’est bien relancé, les sensations étaient bonnes en skating, il est revenu et a même espéré accrocher le premier groupe, il aurait aimé y arriver mais reste très heureux de sa perf.

Gaillard ne cachait pas sa déception. D’un coup les sensations n’étaient plus là, la panne sèche, alors que ça partait bien. Sa satisfaction du jour vient des résultats de ses coéquipiers.

Parisse est tombé sur plus fort, mais cette course lui donne des idées pour la suite.

  • Patinage de vitesse.

Pour espérer une médaille sur le 5000m, dont il était un des outsiders, Alexis Contin devait "tout simplement" battre son record personnel. Il s’est très bien entraîné pour en enchaînant 5 mois de stages à l’étranger faute d’anneau de vitesse en France. Débarrassé des problèmes de santé qui ont foutu en l’air ses JO de Sotchi (on lui a retiré la thyroïde en 2016), il nourrissait de réels espoirs. Parti fort sur le premier tour puis en retard, il est revenu pour passer dans le vert une seconde fois en milieu de course, malheureusement il n’a pu poursuivre sur ce rythme, explosant carrément en vol lors des 3 ou 4 derniers tours. Il a fini 4e provisoire à 4 secondes du leader provisoire et à 8 bonnes secondes de son objectif chronométrique, une contreperformance à relativiser car imputable en partie à la lenteur des conditions du jour. Personne n’a réellement affolé les chronos à auteur de ce qu’on attendait.

Finalement classé 11e de cette distance, le seul patineur de vitesse français visera donc surtout la mass-start en fin de JO, une épreuve dont il est vice-champion du monde en titre. On l’a vu optimiste en interview.

Un Néo-Z qui a un peu mieux géré sa course que le Batave qu’il affrontait a battu le temps de référence du Sud-Coréen alors en tête pour… 8 centièmes. C’était serré entre les premiers avant un duel énorme entre un Canadien et un Norvégien d’abord classés dans le même temps avec 2.46 d’avance (6’11"61) sur le Néo-Z. On a dû les départager à la photo. Pour 2 millièmes de seconde d’écart, le Canadien – ancien Néerlandais – a posé une grosse option sur la breloque. Restait notamment le passage du super-cador de la discipline, Sven Kramer, double champion olympique en titre de l’épreuve (et argenté à Turin à 19 ans). Parti lentement, il a fini comme un avion en 6’09"76 (record olympique) pour devenir le Néerlandais – homme, il y a au moins aussi bien chez les femmes – le plus médaillé de l’histoire des JO devant Pieter van den Hoogenband. Il compte 8 podiums dont 4 titres (sans compter un 5e titre perdu à cause d’une boulette de son entraîneur d’alors).

Le grand froid (-11°C, bien pire comme ressenti), en biathlon, tout le monde en a l’habitude. Il peut gêner, essentiellement en engourdissant les doigts, et influe forcément sur l’état de la piste. Le vent, tout le monde en a aussi l’habitude, mais personne ne l’aime hormis peut-être quelques concurrents de second plan car il peut vite transformer une course en une véritable loterie, a fortiori s’il est fort et irrégulier. Ceux qui débarquent sur le pas de tir lors d’une accalmie obtiennent un avantage considérable, ceux qui y arrivent au moment où ça souffle fort, se mangent une bourrasque ou subissent un changement de direction en plein milieu de leur tir peuvent voir leur épreuve, voire carrément leurs JO gâchés en 30 secondes (le sprint compte pour la poursuite, le duo sprint-poursuite est prépondérant dans la qualification pour la mass-start, hormis pour le top 15 du classement général de la Coupe du monde).

Si Johannes Boe (20) et Martin Fourcade (54) étaient évidemment les 2 grands favoris, beaucoup pouvaient viser le podium, notamment les 3 autres Français, à savoir Antonin Guigonnat (27), Quentin Fillon-Maillet (37) et Simon Desthieux (41). Martin a choisi le 2e groupe, il a tiré un des plus gros dossards de ce groupe, ce qui le faisait partir avec beaucoup de repères chronométriques, beaucoup de ses principaux concurrents avaient choisi le premier groupe. Il allait même connaître les performances au tir de ses principaux adversaires avant même son propre départ.

On n’a pas assisté à une course loterie. Mais pas loin. Il suffit de regarder le classement pour le constater : les 3 médaillés comptaient un podium à eux 3 cette saison. Arnd Peiffer, ancien champion du monde de la spécialité mais il y a déjà 7 ans, et il s’agissait de sa seule médaille individuelle en grande compétition (il comptait néanmoins 8 victoires en Coupe du monde, dont 6 sprint, le dernier en 2015, et avait remporté une poursuite l’an dernier. On ne parle ni d’un quidam, ni d’un cador. Il a d’ailleurs reconnu ne pas être le plus fort (on l’avait constaté, je vais y revenir). Michal Krcmar a surtout obtenu des places d’honneur en individuelle, il se contente généralement d’un top 10 de temps en temps, et a accroché un podium en janvier 2017 sur une poursuite (victoire de Martin). Dominik Windisch a remporté une mass-start fin 2015 dans le froid polaire et le vent de Canmore (avec de tirs à 16/20, Martin avait pris la 6e place à 6 fautes), il a enchaîné 2 podiums l’an dernier à Oberhof sur le sprint-poursuite. D’ailleurs sur ce sprint Martin avait fini 8e avec un tir à 3 fautes (mais au debout)… et avait gagné la poursuite le lendemain.

En consultant le classement, on découvre que si seuls 4 concurrents ont réussi le 10/10, énormément ont réussi un 9/10 ou au pire un 8/10. Traduction : c’était tirable, il fallait arriver à bien tirer, si possible assez vite, et limiter la casse sur la piste. C’est ce qu’a fait Peiffer, vainqueur avec le 18e temps de tir et le 18e temps de ski. Parti lentement, il s’est présenté au tir couché avec le 45e temps (il était même 62e après 1,9km), a accéléré lors de la 2e boucle (15 temps) puis lors de la dernière (10e temps). Remonté 14e grâce à son sans-faute au couché, arrivé 11e avant le debout, il n’a pris la tête que grâce à son nouveau sans-faute debout. Krcmar déplorait moins de 7 secondes de retard au même point, il a accéléré de suit sans pouvoir tenir le rythme. Résultat, 4"4 d’écart. Windisch a fini à moins de 8 secondes malgré 1 tour de péna (la dernière debout), il a profité de partir après Julian Eberhard pour finir comme un avion et faire tomber l’Autrichien au pied du podium pour 7 dixièmes seulement. Erlen Bjøntegaard a manqué le podium et même le titre au debout en commettant 2 fautes (le 3e et le 5e tirs), il s’est glissé au 5e rang juste devant Benedikt Doll.  

A vrai dire, ce classement est passé au 2nd plan pendant presque toute la course pour 2 raisons essentielles : un scénario incroyable concernant les cadors attendus et une réalisation encore défectueuse rendant son déroulement assez illisible. On a loupé tellement de moments importants qu’on ne savait pour ainsi dire jamais qui était où.

Pour tout dire, compte tenu des conditions très instables, une énorme incertitude planait au-dessus de cette épreuve. Beaucoup de cadors ont manqué leur course à cause de doutes lors des réglages et de changements de vent mal évalués. Je vais comparer mon ressenti pendant la course à un gratte-ciel doté d’un ascenseur émotionnel gigantesque. Au sommet, l’extase. Compte tenu de la saison de Martin, je pensais être déjà au 150e étage sur 300 au début de la course. Dans ces conditions venteuses, je suis redescendu direct au 10e. En voyant Eberhard réussir un très bon 5/5 au couché, je suis monté au 20e, car s’il peut tirer proprement, en principe tout le monde le peut. Mais en apprenant que Johannes Boe partait comme un avion, collait 7 secondes à Eberhard au bout de 600m et des tartines à tout le monde sur la première boucle de 3,3km, je suis redescendu au 5e étage. L’autre favori semblait extrêmement fort, Martin risquait d’avoir beaucoup de mal à le battre, surtout si Boe parvenait à s’en sortir au tir. Emil Hegle Svendsen avait bien failli y réussir un tir parfait mais a manqué la dernière cordon en voulant repartir trop vite, Tarjei Boe s’était en revanche complètement raté sur 2 tirs et eu de la chance avec un cordon. Avec ses 2 fautes, c’était mort. Lucas Hofer avait imité Svendsen moins d’1’ avant l’arrivée de Johannes au pas de tir malgré une accalmie. Le 2e de la Coupe du monde semblait bénéficier d’un moment favorable pour tirer. Avant son premier tir, il possédait 21" d’avance sur le 2e provisoire. J’étais redescendu au rez-de-chaussée. Il a pris son temps, 2 balles dedans… les 3 dernières dehors, toutes la même tendance basse à droite ! D’un coup, je me suis retrouvé au 258e étage ! Avec 3 tours de pénalité, Johannes devenait une proie facile pour Martin, qui allait pouvoir faire sa course en sachant n’avoir besoin que d’assurer son tir pour dominer. Rapidement, mes connaissances de fan de biathlon m’ont fait me calmer et redescendre d’une centaine d’étages. D’une part, tout restait à faire pour le Français, qui n’allait partir que quelques minutes plus tard. D’autre part, les 3 autres Français, normalement bons en ski, étaient tous largués sur le premier tour en ski. J’en venais à me demander si la confiance du staff concernant le matériel était justifiée. Ne manquaient-ils pas de glisse ?

La course continuait, on voyait les Allemands performants, ils jouaient tous devant, mais aucun ne semblait approcher le niveau intrinsèque de Martin, d’autant que des seconds couteaux et inconnus parvenaient à se glisser avec eux dans le haut du classement. En outre, ils commettaient pour la plupart la faute – souvent bête – qui coûte cher (Doll sur la dernière debout, Lesser aussi, provoquant une réaction de dépit de l’entraîneur allemand du tir, et j’en passe). Bjøntegaard m’a rassuré en limitant la casse en ski par rapport à Johannes. Il se trouvait en tête juste devant Otcenas et Lapshin après le tir couché. Ces gars, Martin les croque à l’apéro. Ça pouvait devenir trop facile, d’autant que de plus en plus d’outsiders gâchaient leurs chances. Peiffer, vu seulement sur la fin de son debout (Krcmar n’est apparu à l’écran qu’à un des intermédiaires de son dernier tour^^), aura donc été un des très rares à s’éviter tout regret en blanchissant toutes ses cibles.

Quand Johannes a commis sa 4e faute en attaquant son tir debout comme s’il était obligé de prendre tous les risques au dernier debout d’une mass-start pour garder une chance de jouer la médaille, et donc en oubliant qu’il avait une poursuite à sauver, je suis remonté de quelques étages. Martin était certainement au courant, il a pris le départ juste après. L’ascenseur continuait à grimper tranquillement à mesure que s’affichaient les temps intermédiaires du grand patron du circuit. Certes, il perdait quelques secondes par rapport à son rival habituel, mais il devançait tous les autres. Il suffisait d’assurer son tir couché, un exercice dans lequel il est béton. Il a pris son temps pour lâcher la première… dedans. Faute sur la 2e. M*rde. La 3e dedans… Faute sur la 4e… puis sur la 5e. Soudain, la chute libre. Le câble de l’ascenseur émotionnel semblait avoir cédé, je me suis retrouvé au dernier sous-sol, dépité. On n’a bien sûr pas eu droit de voir les cibles de Martin pendant son tir, donc impossible de comprendre ce qui a pu se passer. On a compris après la course qu’il avait tout groupé en bas à droite (donc exactement comme Johannes), tout près de la cible… La rage. Il a mal réglé ou n’a pas bien compris le vent, et comme pendant son tir il ne peut absolument pas voir ses impacts, impossible de rectifier sa visée. Avec ses 3 fautes, adieu la victoire, adieu le podium, il ne pouvait pas battre des sans-fautes sur un sprint, ou du moins pas des sans-fautes de garçons comme Peiffer. Martin n’avait jamais manqué 3 tirs sur un couché cette saison, il n’avait jamais manqué un podium en 15 courses. Abattement total.

J’ai tout de même continué à regarder les intermédiaires pour voir s’il parvenait à limiter la casse. A chaque nouvelle section il se rapprochait un peu, mais pas tant que ça. Il avait trop plongé (56" de retard sur Bjøntegaard à la sortie du couché). J’ai pu quitter le sous-sol jusqu’au 10e étage. En arrivant au debout, il était toujours à 46". La réaction du champion s’est matérialisée dans cet exercice si difficile. Sortir ce tir debout dans ces conditions de vent, de froid, de pression, a fortiori après avoir fourni un tel effort sur la piste… Martin Fourcade tu n’es pas de notre galaxie ! Il a attaqué tout en maîtrise, a enchaîné très rapidement comme si c’était facile pour ressortir 11e provisoire à seulement 24" de la tête et à 12 de Windisch. Un podium redevenait envisageable malgré ses 3 fautes au couché. Hallucinant ! Autant vous dire qu’en quelques instant je me retrouvais vers le 220e étage. Lancé comme un frelon, le dard en avant, les ailes repliées[2],  il n’était plus qu’à 18" après 7,3km sur 10, à 8 du podium ! Electrisant ! L’ascenseur s’est alors bloqué vers le 253e étage. Les pompiers ont dû le faire descendre un peu pour pouvoir le vider. Le Catalan avait tant donné qu’au lieu de continuer à se rapprocher il a concédé quelques secondes puis a maintenu son retard pour se stabiliser à 22 secondes. Dès lors qu’il n’y a pas de podium, seul le temps compte, finir 6, 7 ou 8e se vaut.

Après 3 fautes au couché, le commun des mortel explose en vol. Martin est parvenu à totalement se remobiliser et se relancer pour sauver sa poursuite. Non content de simplement sauver les meubles, il s’est idéalement positionné en embuscade. Sur les classements à l’issue de la course, on se rend compte qu’il est remonté du 56e rang au 30e sur la 2e boucle de 3,3km puis est repassé 12e grâce à son debout magique avant d’accrocher au mieux la 7e place. Il a réalisé le meilleur temps de ski assez nettement devant les autres, et le 4e temps sur le pas de tir. Dans la même situation que lui, Johannes a plongé pour terminer 31e à 1’13 avec 4 fautes et "seulement" le 4e temps de ski à 21s.   

Conclusion, je suis totalement rassuré par Martin, il a sorti une course extraordinaire en ski comme en tir, il a juste eu le malheur de débarquer sur le pas de tir pour le couché à un moment où le vent a tourné, devenant très difficilement lisible. Il gagnait avec 2 fautes. Un tir quelques millimètres plus haut à gauche sur une des 3 cibles manquées, c’était la victoire. Bien sûr, il a probablement commis une petite erreur en n’essayant pas de relever la tête avant son dernier tir pour comprendre et se reprendre, seulement en l’occurrence, le grand responsable de cet échec tout relatif est un manque de réussite. Quelques millimètres d’écart à l’arrivée sur la cible, c’est quelques centième de millimètres au départ du canon (rappelons-le, les cibles sont à 50 mètres). Parmi les 7 mieux classés que lui, certains ont sans aucun doute vu au moins une de leurs balles rentrer cordon ou être déviée favorablement pas le vent. Pas Martin. C’est triste, seulement aux JO, la course d’un jour par excellence, on assiste presque toujours à ce type de phénomènes.

J’aimerais pouvoir relater la prestation des autres Français, seulement on n’en a pas vu grand-chose. Ils sont partis excessivement lentement. Ainsi, à l’arrivée au couché, Antonin accusait 35 secondes de retard sur Johannes, Quentin 33 et Simon 32. On n’a vu aucun de leurs couchés mais ils ont commis respectivement 1, 3 et 2 fautes, d’où 40", 1’39 et 1’01 de retard à la sortie du pas de tir. Déjà ! Quentin semble avoir été victime d’une rafale au mauvais moment, il a loupé les 3 dernières. Par miracle, on a vu Antonin au debout. Il a trop attaqué, manqué la 2e cible et décidé de changer de rythme. Mauvaise idée, il a aussi loupé la 3e pour finir seulement 7/10. Que ça fait cher ! On a loupé le plein de Simon debout qui l’a relancé en vue de la poursuite de demain, mais aussi, et pour le coup c’est logique, la faute de Quentin debout (3+1… outch). Simon a terminé la course à une vitesse, folle, il a le meilleur temps de ski sur la dernière boucle, preuve que la préparation des skis était bonne, le départ lent était plutôt une consigne des entraîneurs. Il s’agissait de ne pas se cramer d’entrée afin de garder du jus pour aller jusqu’au bout sans exploser.

Si les Allemands ont été bons avec la victoire – la première remportée par un autre que Martin ou un Boe en 16 courses cette saison – et les 4 dans le top 11 (1er, 6e, 7e, 11e). Ils ont fait le doublé en sprint chez les hommes et les femmes. En revanche les Norvégiens ont tous loupé leur course, surtout à cause du tir (Bjøntegaard a bien limité les dégâts mais paie ses fautes au debout). Eberhard est le dégoûté du jour, il se fait subtiliser la médaille pour 7 dixièmes.

biathlon_sprint_H.jpg

biathlon_sprint_H__temps_de_tir_et_de_ski

Les réactions.
Antonin a commis 3 fautes et fini 27e à 59" (15e temps de ski à 32" de Martin, dont 26 lors du premier tour). Il a ressenti des sensations bizarres alors qu’il partait bien concentré, ça l’a un peu troublé. Sur le couché le vent s’était calmé, il fallait s’adapter, il a commis une petite erreur. et sur le debout des pensées parasites, c’est dommage. Peut-être avait-il la pression sans trop s’en rendre compte. Il avait peur du vent et du froid, il n’a pas eu de vent au tir… et n’a même pas eu froid… La course est positive quand il regarde dans le rétro[3].Il va essayer de réussir sa poursuite pour se qualifier en mass-start.

Simon (12e à 32", 8/10, 7e temps de ski à 26" de Martin) limite bien la casse, il a fini très fort. Difficile à chaud de juger sa course, car le résultat est correct tout en étant insuffisant, a fortiori sur ce format qui constituait selon lui sa meilleure chance. Il est parti nerveux avec de drôles de sensations, il a hésité avec le vent sur le couché car ça ne correspondait plus au choix fait lors des réglages, ça soufflait de nouveau quand il s’est installé, il a modifié sa visée mais n’a pas voulu cliqué et pensait que ça allait se calmer, ce qui ne s’est pas produit. Résultat, 2 fautes. Ensuite il s’est repris, s’est lâché et fait un beau debout, il est placé pour la poursuite. Il a eu l’impression d’avoir vent de face partout sur la piste…

Quentin (48e à 1’49 avec ses 4 fautes, 19e temps de ski à 42" de Martin) s’attendait à du vent et du froid, il a eu les 2. Il s’est préparé pour, mais en arrivant au couché, il a mal analysé le vent, d’où les 3 fautes. Il a fait de son mieux ensuite pour se remobiliser et limiter le temps perdu en vue de la poursuite. Donc déçu du résultat et de la manière. C’était une des courses les plus dures de la saison sur les skis.

Martin, hyper déçu, n’a absolument pas compris ses fautes. Il sait avoir réussi une très grosse course malgré le couché horrible qu’il attendait d’analyser avec les coachs (en réalité il a tout groupé, mais sur le bord en bas à droite). Il était prêt, avait une grosse attente sur cette course sur laquelle il a focalisé toute sa préparation. Il voulait être prêt pour CETTE course et a tout fait pour y être préparé. Il a des points de satisfaction, surtout d’avoir sauvé sa poursuite et d’être en forme. Il voulait aller chercher la médaille aujourd’hui, dans sa tête ça allait de pair avec le fait d’être porte-drapeau. Et s’en veut car il aurait gagné à 8/10…

Un Pyrénéen a laissé échapper un titre pour quelques millimètres, une Pyrénéenne en a obtenu un pour quelques centièmes de points.

Si Perrine Laffont a obtenu directement sa place pour la finale en remportant la première manche de qualification organisée vendredi avant la cérémonie d’ouverture, Camille Cabrol devait en passer par une seconde manche. Sur les 20 filles en lice, il fallait terminer parmi les 10 meilleures. Léa Bouard, franco-allemande mais qui représente désormais l’Allemagne, a réussi une bien meilleure prestation que lors de la première qualif en réalisant un très bon temps, le style n’était pas top sur les bosses (un peu assise), elle n’est pas passée. Camille Cabrol était la dernière à s’élancer et allait donc savoir à l’avance si elle allait devoir améliorer sa note, celles de vendredi étant conservées. Pas de chance, ça se jouait à peu mais il lui fallait gagner quelques dixièmes. Ça s’est mal passé d’entrée, elle manquait de vitesse, d’où un premier saut sans amplitude, puis elle s’est perdue sur les bosses, a fini pour le spectacle et a claqué un très gros saut pour le plaisir, même s’il y avait de la déception. Elle a fini 12e à 0.45pt de la 10e.

Les excellentes conditions – de nuit, la visibilité est bien meilleure, quand il fait froid, les bosses tiennent mieux, c’est mieux que la soupe à laquelle on a parfois droit – devaient permettre à toutes les filles de s’exprimer au milieu. Info pas inintéressante, la FIS a choisi pour cette compétition les juges qui officiaient à Deer Valley quand Perrine Laffont y a obtenu une victoire et une 2e place.

Rappelons le principe : la première partie de la finale se déroule à 20, on en conserve 12 pour la 2nde partie, puis seulement 6 pour la grande finale. L’ordre de départ pour chaque manche correspond au classement précédent inversé, il s’agit du seul vestige conservé car à chaque fois on efface les notes pour tout reprendre d’une page blanche. Interdiction de se louper, il faut être solide à chaque fois, un peu comme dans une épreuve de skicross, de snowboardcross ou de sprint en ski de fond. C’est d’autant plus difficile avec l’accumulation de fatigue physique et nerveuse. Avoir réussi à s’éviter la 2nde manche de qualification est un réel avantage, il n’y a plus que 3 runs à réussir pour monter sur la boîte au lieu de 4.

Notre Française ayant remporté la qualification, elle était la dernière à s’élancer. Juste avant son passage, alors qu’il commençait à neiger depuis peu, la Canadienne Andi Naude a claqué le meilleur temps non sans être chahutée sur une partie de la piste, se classant seulement 9e. Auteur d’un bon temps, même si elle allait plus vite à l’entraînement, Perrine Laffont n’a pas réussi la manche de sa vie… 6e avec 75.76, assez loin des 79.50 de Justine Dufour-Lapointe, néanmoins l’essentiel était acquis.

De plus en plus forte, ces chutes de neige fraîche pouvaient changer la donne, même si avec le froid la piste avait tendance à se durcir. 7e à s’élancer, donc en ayant eu moins de temps de récupération que d’autres, la jaune Pyrénéenne avait tout intérêt à prendre la tête du classement pour s’assurer la qualification sans dépendre de ses adversaires. Il fallait donc battre Naude, très rapide et très bien notée malgré ce qui paraissait être une erreur conséquente. A vrai dire, les juges ont semblé assez généreux lors de cette finale 2. Allaient-ils l’être pour la vice-championne du monde ? Bien qu’un peu moins rapide qu’au tour précédent, sa prestation a gagné en qualité, la note est donc montée. Classée 2e avec 77.86, il lui fallait attendre qu’une fille passer derrière elle. Championne du monde en titre, Britteny Cox a mis énormément d’intensité dès le départ, elle a parfois été malmenée sur les bosses tout en obtenant un très bon temps. 2e avec 78.28, elle a assuré sa place dans le top 6, Perrine pas encore. Un peu plus lente, la 2nde Australienne a fait très propre… mais n’a été classée que 4e avec 75.86, ce qui qualifiait de fait la Française. Un soulagement. Une grosse erreur a ensuite condamné Keaton McCargo. Jaelin Kauf, leader de la Coupe du monde, a un peu été secouée, elle a remis du rythme mais la tête et l’écart de ski manquaient de stabilité. Elle a néanmoins fini très vite… Seulement 6e ! La dernière des Dufour-Lapointe (une sœur a pris sa retraite, une autre a été éliminée plus tôt), championne olympique en titre, a pris la 4e place derrière Perrine avec 77.48. Il fallait donc au moins 76.81 pour se qualifier pour cette grande finale.

Se retrouver 3e derrière Andi Naude et Britteny Cox, ressemblait à un coup de pouce du destin : il s’agissait à mes yeux du spot idéal pour ne pas avoir trop de pression tout en pouvant mettre la pression à ses adversaires en cas de grosse perf. En prenant la tête elle assurait une médaille et obligeait les 2 dernières à réussir un run parfait.

2 Canadiennes, 2 Australiennes, une Kazakh et une Française au départ, 3 médailles à attribuer, on pose le cerveau, on donne tout sans se poser de question et en laissant sur les bosses toute l’énergie encore disponible au bout de cette longue journée. Le cheminement pour atteindre cette finale 3 est trop difficile, pas question d’en garder sous la semelle au risque de le regretter toute sa vie.

Yulia Galysheva a loupé son grab sur le 2nd saut, ce qui en principe coûte hyper cher. Elle a pourtant été plutôt bien notée, 77.40.
Jakara Anthony a fait belle impression au profane que je suis, en revanche elle a été très lente. Seulement 75.35, 2e…
Justine Duffour-Lapointe n’a pas été parfaite dans les bosses, elle a néanmoins été relativement rapide avec un second saut pas mal. Elle aurait pu faire plus propre. Les juges ont décidé de lui donner 78.56 et de la placer nettement en tête.
Perrine Laffont… 30 secondes pour accomplir son destin, décrocher la médaille dont elle a rêvé tous les jours depuis des années et particulièrement depuis son échec – relatif – à Sotchi où, 5e des qualifications à 15 ans, le tourbillon médiatique soudain avait eu raison d’elle. Effondrée sur le moment, elle a su en tirer de la motivation et de l’expérience… Il fallait se lâcher, elle s’est lâchée, a tout donné, réussissant à oublier la fatigue pourtant prégnante (elle s’est entraînée sans relâche depuis une grosse semaine sans jamais se reposer) mais finalement positive car elle a eu pour effet de la déstresser, de la calmer. Avec un meilleur temps que les autres (29"36), du ski bien fluide, des sauts propres, la note ne pouvait qu’être bonne et la placer en tête, assurant ainsi à la délégation française sa première médaille. Quand la note est tombée, alléluia ! 78.65 ! Seulement 0.09 devant Dufour-Lapointe ! Restait à connaître le métal de cette médaille. Les 2 dernières avaient la pression, comme espéré.
  Britteny Cox a été déséquilibrée dans son premier saut puis a été secouée dans les bosses, la réception du second saut était mauvaise, son temps impressionnant (28"29) ne pouvait la sauver ! En réalité, elle a été secouée parce qu’en survitesse, il y avait beaucoup de petite fautes… 5e, avec 75.08 ! Au moins de l’argent pour la France…
Plus qu’une… Andi Naude n’a pas résisté à la pression, elle est partie en vrille dès la réception de sa vrille ! DNF.

Les_notes_de_la_finale_de_Perrine_Laffont.jpg

J’ai rarement vu réaction plus folle que celle de Perrine Laffont : après une très brève réaction de vainqueur pour le moins retenue (elle a levé les bras environ 3 secondes), elle est restée plantée là en se cachant derrière ses skis, comme pétrifiée. Aucune effusion de joie ! On peut presque parler de bug, trop d’informations arrivaient au cerveau et se bousculaient dans sa tête, elle ne savait pas si ce qui lui arrivait était vrai, si elle venait bel et bien de gagner. Je n’avais jamais vu ça ! En général, quand un sportif est submergé par ses émotions, on le voit s’effondrer, courir en larmes vers ses entraîneurs, se cacher le visage avec les mains… Là, rien de tout ça, les larmes sont montées mais le corps ne répondait plus.

Sa réaction devant les micros était au moins aussi fraîche et naturelle. Son «J’suis tellement fatiguée…» prononcé avec un sourire mêlé de larmes. Sans doute euphorique intérieurement, elle était en effet bien trop épuisée physiquement et nerveusement pour savoir quoi dire, ou même pour retenir ses larmes. Cette victoire est un aboutissement. Lancée dans les bosses quand elle était toute petite, ses parents étant dans le milieu de la discipline, elle s’est construite étape par étape en tirant se nourrissant de ses succès comme de ses échecs pour en arriver là. Le ski de bosses, c’est toute sa vie, elle s’y investit à fond, a travaillé extrêmement dur pour atteindre ses objectifs.

Beaucoup de jeunes sportifs français devraient s’inspirer d’elle. Depuis sa découverte pas le public à Sotchi, les attentes placées en elle n’ont cessé de s’accroître, a fortiori depuis son titre l’an dernier aux ChM. Parvenir, à 19 ans de surcroît, à répondre présente le jour J malgré cette pression de favorite – même si elle était plutôt une des co-favorites – est admirable. Un mythe veut que les Français aient plus de mal que les autres à être forts dans les grands événements. Et si, au lieu de se pâmer devant la «mentalité américaine», on cherchait à créer un modèle de gagne à la Française ? Quand je vois des Laffont, des Mbappé, des Ledeux, des Gobert, des Mayer, des Fourcade, ou même des Mladenovic[4], je vois des sportifs français décomplexés, qui savent ce qu’ils veulent, mettent l’investissement personnel nécessaire pour atteindre leurs objectifs, qui ne doutent pas ou parviennent à vaincre leurs doutes, qui se nourrissent de toutes les sources de motivation qu’ils rencontrent, se remettent des coups durs… et gagnent. Même jeunes. Dans l’optique de Paris 2024, il serait bon de mettre ces sportifs en avant afin de montrer à la relève que l’excellence est à sa portée, pas seulement réservée aux autres, qu’il n’y a pas besoin d’être américain pour être un winner.



medailles_J2

Notes

[1] On ne me voit pas de la course, puis soudain j’accélère pour me replacer et j’éclate tout le monde au sprint.

[2] ©Copyright Moscato.

[3] Rappelons qu’il était en Coupe d’Europe avant de revenir en Coupe du monde pour l’étape du Grand-Bornand, où il a claqué un podium surprise.

[4] Depuis quelques semaines elle a réussi à se relever de 6 mois cauchemardesque et a su emmener une équipe de France décimée en demie de la Fed Cup.