Si Matthews n’a pas pris le départ, malade, suivant l’exemple de Benoot (victime comme Domont de la grosse chute de la veille et incapable de reprendre le départ), Kieserlovski était très normalement au sein du peloton avant de se crasher au bout de 5 bornes. Déjà 5 concurrents de moins sur ce Tour de France. Lawson Craddock (EFD) – dossard 13 – a galéré toute la journée en roulant malgré un trait de fracture à l’omoplate. Il s’est mieux accroché que Mark Cavendish (DDD), en difficultés dès que la route montait. Marcel Kittel (KAT) a aussi beaucoup subi, tout comme pas mal d’autres sprinteurs et équipiers. Et pour cause…

Après 3 étapes en ligne complètement inintéressantes sur le papier car ne pouvant se conclure qu’au sprint, la course a enfin emprunté des routes vallonnée. Ça ne faisait que monter, descendre et tourner sur les 110 derniers kilomètres. Seules 5 des 12 côtes empruntées étaient répertoriées au classement des grimpeurs. Celle au sommet de laquelle était jugée l’arrivée faisait partie des 7 autres.

Un groupe de 7 s’est détaché après environ 5km, composé de Elie Gesbert (FST), Tom Skujins (TFS), Nicolas Edet (COF), Jasper De Buyst (LTS), Julien Vermotte (DDD), Sylvain Chavanel et Lilian Calmejane (DEN).

Le sprint intermédiaire a été contesté et remporté par Chavanel. Fernando Gaviria (QST) a dominé Peter Sagan (BOH) en tête du peloton. Chavanel a ensuite décidé de se lancer dans une attaque solitaire au début de la Côte de Kaliforn (4e catégorie mais infiniment plus difficile que les côtes répertoriées des premières étapes) pour aller s’adjuger le point. Personne n’est allé le chercher. Le vétéran de Direct Energie ne s’est pas relevé, il a continué seul alors que Calmejane restait dans les roues derrière des autres aventuriers. Chavanel a enchaîné en prenant le point de la Côte de Châteauneuf-du-Faou (4e C.), histoire de s’emparer seul de la tête du classement. Il rêvait sans doute de porter de nouveau les pois (comme en 2007 et 2008) pour son dernier Tour.

Pas assez concentré en se mettant dans une position dangereuse sur son vélo – assis sur le cadre – lors d’une portion en descente, Gesbert s’est mangé une chute assez folle. Il s’est retrouvé en déquilibre, a essayé de rétablir la situation mais a du coup perdu le contrôle de sa monture. Déporté sur la droite de la route il est parti désherber le talus sur plusieurs mètres en dérapant de tout son long au milieu des fougères et des cailloux.

La BMC a roulé seule à l’avant du peloton pendant assez longtemps, ceci dans le but de limiter la marge du groupe de tête à 4 minutes maximum. La Bora de Peter Sagan a décidé a ensuite donné un coup de main. Réduit à 5 éléments après la chute de Gesbert, le groupe intercalé s’est scindé quand Skujins a décidé de contrer. Edet a sauté dans sa roue, obligeant Calmejane à s’employer pour revenir. Les Belges ont été irrémédiablement lâchés.

Le Letton a envoyé du lourd dans la Côte de la Roche du Feu (3e C.). Il ambitionnait manifestement de rattraper Chavanel pour lui prendre les points. Calmejane a tenté de le contrer. Le regroupement à 3 a en réalité permis à Chavanel d’être tranquille pour passer seul en tête. Si Edet a tenté de prendre le point dévolu au 2e, Calmejane a très bien joué le coup pour protéger le maillot virtuel de son coéquipier. Chavanel s’est alors relevé, attendant ses 3 poursuivants. A 4, l’entente est redevenue bonne.

Notons que Chris Froome a connu un problème au pied de cette côté, il a dû s’arrêter 2 fois et changer de vélo, obligeant la Sky à faire décrocher 3 hommes pour le ramener (ça s’est fait rapidement).

Une chute a 58km de l’arrivée a emporté notamment Anthony Turgis (COF), Mikel Nieve (MTS), Dion Smith et Yoann Offredo (WGG). Rien de dramatique a priori. Le peloton n’a pas attendu, il a continué à accélérer et à fortement réduire l’écart grâce au concours de nouvelles formations, celles des grands leaders qu’il fallait placer pour réduire les risques.

L’attaque lettone dans la Côte de Menez Quelerc’h (3e C.) a fait exploser Chavanel. Edet tentait de s’accrocher à Calmejane et Skujins, qui passaient leur temps à s’attaquer. Calmejane a voulu forcer, il n’a rien pu faire quand le Letton en a remis une pour partir seul et devenir une grosse menace pour le maillot à pois. Malgré son projet de prendre les 2 points de la dernière montée et le maillot à pois, Skujins n’a pas insisté. Quant à Calmejane, je ne sais pas trop pourquoi il a accepté de rouler avec lui en sachant moins fort et qu’en roulant il l’aidait à "voler" le maillot à Chavanel. Ceci dit, les 2 de devant – Edet n’était là que par séquences, il faisait l’élastique – s’entendaient on ne peut plus mal, ça s’engueulait, ça s’attaquait… Ils ont fini par se forcer à plus ou moins tourner. La collaboration restait très précaire en abordant la Côte de la Montagne de Locronan (3e C.), dont l’enjeu était simple : si Skujins franchissait le sommet en tête, il s’emparait du maillot à pois. Calmejane avait donc pour seule ambition de le battre pour protéger la position de Chavanel au classement. Ils ont beaucoup ralenti au point de voir le peloton se rapprocher à une quarantaine de secondes. C’était du marquage… Calmejane s’est escrimé à rester dans la roue de son adversaire le plus longtemps possible… mais n’a rien pu faire au sprint contre un adversaire trop puissant. Skujins a donc obtenu le maillot avec ses 4 points, autant que Chavanel (départagés au nombre de "victoires" dans côtes de la plus forte catégorie). Il est devenu le premier Letton à porter un maillot distinctif sur le Tour de France. On lui a aussi attribué le prix de la combativité.

Le peloton s’est fortement rapproché du duo de tête dans une ascension non répertoriée au sommet où se trouvait le point bonus. Il y avait 3 secondes à gratter, du coup Julian Alaphilippe (QST) y est allé pour les prendre et se rapprocher de Greg Van Avermaet (BMC), pas surpris, qui est passé 2e (ils ont donc pris respectivement 3 et 2 secondes à tout le monde). On a bien compris l’intention du Français, qui visait le maillot jaune.

Rein Taaramäe (DEN) a contré à 10 gros kilomètres de l’arrivée. Son attaque a fait long feu.

Dans la dernière montée, c’était la guerre, tout le monde était en file-indienne. Philippe Gilbert (QST) a attaqué le premier, Alaphilippe restait un peu derrière, dans la roue de Sagan. Les autres sont revenus, Van Avermaet en tête. Le champion olympique a même lancé le sprint de loin avant d’être attaqué par Sagan et Sonny Colbrelli (TBM)… Sagan a gagné… devant Colbrelli, Gilbert, Valverde et Alaphilippe. Au général, Gilbert est passé 3e à 3 secondes, Geraint Thomas étant à 5" et Alaphilippe à 6".

A quoi bon mettre des côtes de partout si c’est pour qu’un sprinteur s’impose malgré tout ?

En gagnant, Sagan a repris son maillot vert. Skujins a pris les pois et le dossard rouge du combatif du jour.

Le résumé.

La fin d’étape en intégralité.

  • Etape 6 : Mûr des lamentations.

De Brest à Mûr-de-Bretagne Gerlédan (180km).

Autre étape bretonne avec du relief, certes beaucoup moins que lors de la précédente, mais avec notamment un circuit final passant 2 fois par la côte d’arrivée.

La bataille pour prendre l’échappée dès le départ réel aura duré quoi ? 38 secondes ? 4 Français dont 2 Direct Energie (Damien Gaudin et Fabien Grellier) accompagnés d’Anthony Turgis (COF) et Laurent Pichon (FST), et un Néo-Zélandais (Dion Smith de WGG, ancien porteur du maillot à pois sur ce Tour) ont attaqué. Le peloton s’est alors mis sur toute la largeur de la route et a tout bloqué. Youpi.

La première difficulté répertoriée du jour a donné lieu à une attaque de Grellier. Il est parti de loin pour tenter de surprendre Smith. De trop loin. Le coureur de Wanty est revenu dans sa roue. C’était moins dur sur le haut, le NZ a pu répondre à la nouvelle accélération du Français et prendre les 2 points (c’était de la 3e catégorie). Il a aussi pu s’adjuger le point de la côte suivante (4e catégorie), les autres ayant compris que gaspiller de l’énergie pour le lui contester ne servait à rien.

Profitant d’un vent de travers à une centaine de bornes de l’arrivée, les Quick-Step ont lancé un coup de bordure, relayés par les BMC, Bora et les Sky. Le peloton s’est scindé en plusieurs parties, plusieurs concurrents pour le général – à savoir Nairo Quintana (MOV), Vincenzo Nibali (TBM), Steven Kruijswijk (TLJ), Dan Martin (UAD), Jakob Fuglsang (AST) ou encore Warren Barguil (FST) – ont été piégés dans la 2e partie. Ils ont pu revenir assez rapidement en traversant une forêt. En revanche, Primoz Roglic (TLJ) – comme Dominico Pozzovivo (TBM), qui ne joue en principe pas le général – est resté coincé dans un 3e groupe, devenu le 2e. Lui aussi surpris par la bordure, David Gaudu (GFC) n’avait plus qu’à espérer un retour au calme pour conserver une chance de tenter quelque chose en fin d’étape.

Comme les Quick-Step avaient beaucoup d’ambitions lors de cette journée avec Alaphilippe, Gilbert, voire Jungels, tous susceptibles de gagner et/ou de prendre le maillot jaune, ils ont continué sur leur lancée. L’avance du groupe de tête, longtemps stabilisée à 6’, a fondu. Elle a fondu si vite que la formation belge s’est calmé. Reprendre l’échappée à plus de 70km de l’arrivée n’aurait eu aucun sens. Du coup le peloton a pu se reformer moins de 25 bornes après avoir explosé. Tout ça pour rien.

Pichon a attaqué pour remporter le sprint intermédiaire. Gaudin l’a contré par repartir seul et peut-être essayer de s’assurer une montée sur le podium en tant que combatif du jour. Derrière, on a vu Krisfoff (KAT) régler le peloton devant Gaviria et Sagan. Le triple champion du monde s’est employé le moins possible afin de conserver un maximum d’énergie pour la fin d’étape.

Le coup de Gaudin a duré quelques minutes, il n’avait pas beaucoup de sens, et d’autant moins qu’une fois rattrapé, il a été lâché avec Turgis dans un long faux-plat (ils ont pu recoller dans la descente, mais il a de nouveau craqué très rapidement). Au sein de l’échappée, on s’entendait très mal.

Une quantité importante de crevaisons a retardé nombre de coureurs, dont Jakob Fuglsang, qui a dû être ramené par 4 équipiers en remontant à la fois la file des voitures et tous les groupes de coureurs ayant préféré décroché faute d’ambition ou de mission lors de cette fin d’étape.

L’échappée a été rattrapée définitivement dans la première ascension de la côte de Mûr-de-Bretagne. Tom Skujins est tranquillement allé chercher les 2 points pour conforter son maillot et s’est relevé alors que Jack Bauer (MTS) l’avait rejoint à l’avant. Le NZ a poursuivi son effort.

Le point bonus était tout proche, Bauer y a pris les 3 secondes de bonification. Geraint Thomas (SKY) a attaqué par surprise pour prendre 2 secondes devant Tomasz Marczynski (LTS). Le Galois est donc venu se replacer au général à hauteur de Gilbert.

Les hommes de Sagan roulaient fort en tête. Tom Dumoulin (SUN) a eu la très mauvaise idée de crever à moins de 6km de l’arrivée. Il s’est retrouvé tout seul derrière un peloton lancé au taquet avec les grosses équipes déjà prêtes à aborder la fin d’étape. Il a tenté de remonter derrière sa voiture – il en a largement abusé – puis avec l’aide d’équipiers. Romain Bardet (ALM) a eu un problème mécanique – la roue arrière s’est cassée – encore plus loin dans l’étape, heureusement il était bien accompagné et a pu de suite récupérer le vélo de Tony Gallopin pour ne pas perdre contact avec le peloton, ce qui à ce moment de la course aurait coûté extrêmement cher.

Le peloton était alors mené par Sky et Dimension Data. Daniel Oss (BOH) a allumé le feu d’artifice à 1,5km de l’arrivée, Julian Alaphilippe a sauté dans sa roue et s’est retourné pour observer qui était où. Richie Porte (BMC) en a mis une à son tour, suivi par tous les gros, Geraint Thomas en tête. Dan Martin a attaqué avant la flamme rouge, prenant quelques mètres d’avance. Thomas a tenté d’attraper sa roue mais s’est écarté. Personne n’a assez pris au sérieux l’Irlandais. Adam Yates (MTS) s’est décidé à rouler pour essayer de revenir, trouvant peu de relais. Pendant ce temps, payant le violent effort fourni pour raccrocher la queue du peloton et pas aidé par le fait de devoir utiliser un vélo pas à sa taille, Bardet s’est fait lâcher…

Pas informé des soucis de son leader, Pierre Latour (ALM) a pu s’extraire du peloton à 550m de la ligne pour tenter d’aller chercher l’Irlandais sur la partie moins difficile. Il lui en a manqué un peu. Martin l’a battu d’une seconde. Alejandro Valverde a bien essayé de revenir mais c’était trop tard. Alaphilippe, 4e, n’a pu prendre de bonifications (et donc le maillot). Les gros leaders ont terminé à 3 secondes, Froome finissant juste derrière le premier groupe, à 5", comme Nibali.

Les soucis mécaniques de Bardet et Dumoulin leur ont coûté respectivement 31 et 53 secondes. Le Batave a en plus été sanctionné de 20 secondes de pénalité pour avoir abusé de l’aspiration de sa voiture pour remonter. Certains auraient voulu que Fuglsang soit aussi puni, mais non, la situation était bien différente, que ce soit le moment de la course et la façon de se servir de sa voiture.

Van Avermaet toujours en jaune, Sagan toujours en vert, Skujins toujours à pois, encore un Direct Energie combatif du jour (Gaudin).

Le résumé.

La fin d’étape en intégralité.

On attendait de ces étapes accidentées qu’elles aient des conséquences au classement général. En réalité, elles n’ont pour ainsi dire rien changé de plus que les étapes moisies avec arrivées au sprint. Sans les problèmes mécaniques qui ont remplacé les chutes des jours précédents, il ne se serait rien passé. Quelle tristesse ! Vivement les pavés et la montagne…