Comme d’habitude, les catégories les plus légères ont ouvert le bal, les -48kg chez les femmes, les -60kg chez les hommes. Si Mélanie Clément abordait cette compétition au 8e rang mondial, le jeune Luka Mkheidze faisait figure d’invité surprise. Ce judoka de 22 ans est un réfugié géorgien arrivé en France il y a 8 ans avec une partie sa famille après un départ vers la Biélorussie puis la Pologne et une première tentative infructueuse d’y obtenir de l’asile. Ils ont ensuite fui vers la France, ont été aidés par des associations, on leur a trouvé un centre pour réfugiés au Havre. Il a alors pu s’intégrer grâce au judo au point d’être naturalisé en 2015 avec l’aide d’Edouard Philippe, alors maire du Havre (et actuellement Premier Ministre, pas besoin de le rappeler). Depuis, il a pu intégrer les structures fédérales. Ce parcours particulier l’a donc conduit en équipe de France où il a réussi à arracher sa première sélection grâce à des performances dans différents tournois européens, en particulier l’Open de Madrid remporté début juin et l’Open de… Minsk – son chemin est encore passé par la Biélorussie – grâce auquel il a battu les 3 autres candidats encore en lice pour la décrocher très tardivement (il y a 1 mois). Seulement 71e et devancé par 5 autres Français – dont Walide Khyar, de loin le mieux classé, et un Néo-Calédonien – à la ranking list, il ne faisait bien sûr pas office de candidat crédible à la médaille.

Pour son entrée en lice tôt le matin, il affrontait le Nigérien Allassane. Beaucoup plus petit que son adversaire, Mkheidze a placé un premier mouvement d’épaule pour mener d’un waza-ari au bout de 15 secondes. Après 1’30 de combat, un 2nd mouvement d’épaule enchaîné au sol lui permettait de l’emporter sur Ippon grâce à une clé de bras parfaitement réalisée. Allassane a vite dû abandonner.

Le 2e tour s’annonçait extrêmement difficile puisqu’il l’opposait au champion d’Europe en titre, le Russe Robert Mshvidobadze, dont le nom indique des origines géorgiennes ou proches de la Géorgie. Rappelons que la famille Mkheidze a fui son pays en 2009 à cause des conséquences de la guerre avec la Russie. Là encore, c’est très symbolique.

Malmené physiquement, le Français a rapidement été pénalisé puis a concédé un premier waza-ari qui le mettait en sursis. Il s’était trop facilement mis sur le ventre, son adversaire l’a soulevé et retourné d’une façon très étrange, Stéphane Traineau et d’autres entraîneurs considèrent qu’il n’y avait pas de marque. Dos au mur, Mkheidze a changé d’attitude, se montrant beaucoup plus agressif et entreprenant, au point de faire sanctionner le Russe à 1’15 de la fin. A force de harceler Mshvidobadze, il lui a fait prendre une 2e pénalité. Il restait une trentaine de secondes pour provoquer la 3e ou marquer à son tour. A 3 reprises, Mkheidze a failli faire tomber, j’ai même cru qu’il y était parvenu à 4 secondes de la fin. Le Russe est bien tombé sur le côté, mais l’angle de la caméra ne permet pas de voir l’épaule, l’arbitre était du bon côté, il a dû juger que ça ne valait pas waza-ari. En revoyant les actions, celle qui a scoré et celle qui n’a pas scoré, je reste assez dubitatif.

Ce n’est pas passé mais l’attitude était très bonne, contrairement à l’arbitrage.

Le Russe a ensuite fait son chemin jusqu’en finale à coups de victoires en prolongation, notamment en demi-finale où il était mené à 3 secondes de la fin avant de renverser le… Géorgien Papinashvili. Un combat assez dingue.

En finale, Mshvidobadze a retrouvé le Japonais Naohisa Takato, vainqueur de l’autre Japonais en demi-finale (victoire au golden score malgré une blessure au genou). Le Nippon a surpris son adversaire avec la même technique que celle lui ayant permis de remporter sa demi-finale. Ensuite, il a parfaitement géré pour conserver son titre mondial (son 3e après 2013).

Mélanie Clément affrontait Marusa Stangar, une Slovène, donc une fille potentiellement dangereuse même si clairement à sa portée (déjà vaincue, notamment aux ChE). Plus grande, la Française a bénéficié d’une pénalité infligée à son adversaire au bout de 25 secondes en raison d’une attitude trop défensive. Stangar a alors réagi et pris l’initiative puis tenté d’enchaîner au sol. Clément n’osait pas lancer ses attaques, d’où une pénalité après 2’10. Elle n’était pas dedans, a commencé à faire des attaques sans grande conviction, se retrouvait alors à devoir défendre au sol… On a assisté plusieurs fois à cette séquence jusqu’à atteindre le golden score. La Slovène subissant la garde, elle a reçu une autre pénalité au bout de 17 secondes… avant de tenter une nouvelle fois sa chance au sol avec un contrôle en triangle inachevé. Et sur une nouvelle attaque en bordure encore en demi-teinte, le contre que cherchait à placer Stangar depuis le début a fonctionné, elle a pu immobiliser la Française, piégée au terme de ce combat dans lequel elle n’a jamais réellement existé.

Dans cette catégorie on a trouvé un phénomène en Ukraine. La très grande Daria Bilodid (1m72), âgée de seulement 17 ans (bientôt 18), a déjà tout remporté chez les jeunes, déjà championne d’Europe séniors à 16 ans, plus des Grands Chelems (Paris et Düsseldorf). Cette fille d’un ancien champion d’Europe est absolument incroyable au niveau judo pur en plus d’avoir un potentiel évident de top model. Je la sens capable d’être championne du monde et olympique en -52, en -57kg et peut-être même en -63 lors des 12 ou 16 prochaines années. Elle a tout pour devenir une star, et pas seulement du judo ! L’Ukraine avait déjà Yuliya Levchenko au saut en hauteur, je suis en train de me demander s’il y a une fabrication en séries ou s’il s’agit d’une conséquence inattendue de Tchernobyl !

En demi-finale, elle est venue à bout de la championne olympique en titre (et ancienne championne du monde)… Bilodid a rencontré une Japonaise en finale, normal dans les catégories les plus légères. Titrée l’an dernier, Funa Tonaki a galéré pour accéder à la finale, elle était menée 2-0 contre l’Ukrainienne invaincue en 2018. L’Ukrainienne a réglé ça sans souci. Ippon au bout de 2’ sur son spécial, o-uchi-gari.

Pour info, le record de précocité pour décrocher un premier titre mondial était détenu par ma mythique Ryoko Tani (18 ans et 27 jours). Teddy Riner détient le record chez les hommes (18 ans et 159 jours). 17 ans et 345 jours, nouveau record. Ces 2 noms suffisent à mettre en valeur cette jeune absolument fabuleuse arrivée n°3 mondiale et donc attendue, repartie avec l’or. Bilodid est déjà une légende.

Première journée, grosse déception chez les filles, pas de bonne surprise mais pas non plus de déception et encore moins de honte chez les garçons.