Le premier combat est souvent un piège. On en a eu des démonstrations éclatantes. Basile, le champion olympique italien a pris la porte dès le premier quart d’heure de la journée en se faisant immobiliser au cours du golden score. Même chose chez les femmes où Silva a été sortie par la Canadienne Klimkait en se laissant surprendre à la dernière seconde.

Il fallait espérer que les Français, eux, s’en sortent. Les 2 hommes entraient au 2e des 4 tours maximum à passer pour d’atteindre les quarts de finale (le stade qui vous assure d’avoir 2 chances de médaille, si vous sortez avant, c’est fini).

Benjamin Axus devait se défaire de Bekadil Shaimerdenov, un jeune Kazakh a priori largement à sa portée. Monté sur des échasses, Axus a enchaîné un balayage avec un super travail au sol pour effectuer une immobilisation. Ça a duré moins d’une minute, une très bonne nouvelle dans la mesure où 2 autres Français allaient entrer en lice sur les autres tapis.

Axus a pris Leider Navarro, un jeune Colombien totalement inconnu en Europe et très mal classé mondialement. Déjà pénalisé, Navarro s’est montré agressif, presque dangereux, puis a de nouveau été sanctionné pour avoir mis trop longtemps les 2 mains du même côté. Il s’est précipité et exposé, le Français en a profité pour le planter sur le dos. Vite fait (une grosse minute), très bien fait.

Défi suivant, Lasha Shavdatuashvili, n°6 mondial, finaliste au Grand Chelem de Paris cette saison, mais surtout champion olympique en 2012 (et champion d’Europe l’année suivante). Ce combat aura été dramatique car Axus a dominé du début à la fin, se montrant à l’initiative en permanence, debout comme au sol. Seulement, son adversaire a réussi à le contrer en ura-nage vers la mi-combat puis à tenir jusqu’au bout en prenant une seule pénalité à environ 30 secondes de la fin. On a même cru à l’exploit sur une immobilisation… tenue seulement 7 secondes. Il en manquait 3 pour égaliser.

Benjamin Axus n’a rien à se reprocher, il a répondu présent, a fait 3 très bons combats avec une super attitude, très conquérante, entreprenante, et a vraiment honoré sa sélection en faisant du judo. Il s’est montré particulièrement déçu car l’issue est la même que ses premiers ChM l’an dernier malgré tout le travail fourni depuis. Il ne doit surtout pas se décourager car si s’il n’a pas payé au niveau du résultat, ce travail effectué à l’entraînement s’est vu pendant le combat. En continuant à progresser ainsi, la récompense viendra.
(Notons que le Géorgien n’a pas eu le temps de se remettre de ce combat, Axus l’a cramé. Résultat, le quart de finale a duré une douzaine de secondes.)

Guillaume Chaîne ne pouvait se permettre de dérailler face au Slovène Martin Hojak, un jeune qui a un peu de mal à confirmer chez les seniors. Les 2 hommes ont rapidement lancé des techniques de sacrifice, risquant de se faire contrer ou prendre au sol. Un bon mouvement bien enchaîné sur une clé de bras a bien failli mettre fin au combat, le Slovène a réussi à défendre pour s’en sortir, il a seulement hérité d’une pénalité. L’arbitre en a ensuite mis une à chacun. Le décalage était fait, il suffisait d’une autre sanction pour en finir. Chaîne a remis le même mouvement que la première fois avec plus de réussite, il a obtenu son waza-ari. Le Français a de nouveau essayé de mettre un terme à ce duel, ça a failli passer 2 fois, dont une sur une immobilisation qui n’a pas tenu mais lui a permis de gagner du temps. Bien joué.

Au 3e tour, il découvrait Magdiel Estrada, un Cubain de 24 ans n’ayant brillé quasiment que lors des Championnats et des Jeux panaméricains. Ceci dit, les Cubains sortent peu de chez eux, il faut donc s’en méfier. Chaîne s’est mis dans une situation très favorable grâce à un waza-ari rapide marqué sur une variation de la fameuse planchette japonaise (en gros il s’est mis sur le dos pour retourner son adversaire). 2 pénalités plus tard, il terminé l’affaire sur un 2nd waza-ari en moins de 2’.

Malheureusement, le tirage au sort lui a mis Soichi Hashimoto au 4e tour. Champion du monde en titre et n°1 mondial, le Japonais faisait figure de monstre. Pénalisé pour une sortie de tapis bien provoquée par le Nippon, Chaîne n’osait pas vraiment lancer ses attaques, même quand il avait réussi à poser les mains idéalement. Néanmoins, il mettait la pression. A mon goût Hashimoto aurait mérité une petite moulinette, mais le Japonais a embrouillé l’arbitre, Chaîne a trop défendu et pris une 2e pénalité. Hashimoto a continué à se moquer du monde avec une fausse attaque évidente non sanctionnée, il ne foutait rien en toute impunité. Le Français devait continuer à faire reculer son adversaire… mais au bout d’une grosse vingtaine de secondes, le pion. Il s’agissait de la première véritable attaque du favori de la compétition. Après 4’23… Il a saisi la première opportunité de placer son mouvement.

A 31 ans, pour des premiers ChM, Guillaume Chaîne n’a pas à rougir de sa prestation. Bien sûr, il n’y a pas eu photo, néanmoins l’arbitrage a vraiment laissé à désirer. Les pénalités tombent beaucoup plus facilement pour certains que pour d’autres. J’en veux pour preuve un combat qui s’est déroulé beaucoup plus tôt même s’il s’agissait aussi d’un 4e tour. Devant un public en transe, l’Azerbaidjanais Rustam Orujov, n°2 mondial, s’est fait extrêmement peur lors du golden score face au Mongole Tsend-Ochir. Complètement cramé, il a bénéficié d’une mansuétude pathétique des arbitres qui ont laissé passer un paquet d’occasions de lui infliger la 3e pénalité. Le Mongole a dû aller chercher la victoire sur un contre après 4’34 de prolongation, ça aurait dû durer 3 ou 4’ de moins… Ces minutes ont probablement compté au terme de la journée quand Tsend-Ochir a affronté l’autre Azerbaidjanais en petite finale après être passé par le repêchage.

Chez les filles il n’y avait que 3 tours maximum avant les quarts.

Priscilla Gneto n’étant pas protégée compte tenu de son classement, elle pouvait hériter d’une adversaire de gros calibre, elle a commencé par Leilani Akiyama, une Américaine expérimentée mais en mal de résultats. Pénalisée pour avoir trop tenu les manches de son adversaire vers le bas, la Française dominait nettement et était la seule à attaquer. La première action de son adversaire, une tentative de tomoe-nage, a bien failli lui profiter. Elle a tenté une immobilisation tenue une seconde de moins que nécessaire pour marquer. Il a fallu s’y remettre, ça s’est terminé après 2’47 sur une clé de bras (bonne liaison debout-sol en poursuivant bien son attaque jusqu’au bout).

Au tour suivant, Sabrina Filzmoser, très grande Autrichienne, ancienne référence de la catégorie (9 médailles européennes dont 2 titres de 2003 à 2014, 2 médailles mondiales en 2005 et 2010). Ça a duré 24 secondes. Déséquilibre sur l’arrière, petit fauchage intérieur en poussant son adversaire. Du très propre.

Pour Gneto, le premier gros os de la journée se nommait Nora Gjakova, n°3 mondiale. Il lui fallait absolument battre cette Kosovare championne d’Europe en titre – après 3 médailles de bronze consécutives aux ChE – pour d’accéder aux quarts de finale et donc, au pire, aux repêchages.

Gjakova a rapidement pris une pénalité pour sortie de tapis, c’est ensuite devenu un gros duel debout, les 2 combattantes se tenant fermement sans attaquer. D’où une pénalité pour chacune. La Kosovare était à une sanction de l’élimination, elle a fait en sorte de monter qu’elle était sur l’attaque, Gneto a bêtement été piégée en ne tentant rien, d’où la moulinette permettant l’égalisation à 2 cartons chacune. Il aurait fallu profiter de ce décalage de sanctions. Et fatalement, ça s’est mal terminé sur une action en bordure avec une cinquantaine de secondes au chrono. Se sentant obligée d’attaquer car en bordure et ne pouvant se permettre une sortie de tapis, elle a ouvert la brèche dans laquelle Gjakova s’est engouffrée. Gros contre, violente chute sur le dos, fini.

La Kosovare a été vaincue au tour suivant par la tête de série n°6, l’autre Canadienne, Deguchi (qui était Japonaise dans sa jeunesse).

Hélène Receveaux débutait au 2e tour contre une Néerlandaise, Dewy Karthaus. La première tentative de clé de bras – suite à une attaque de la Batave – a échoué. Elle a essayé un étranglement avec le judogi sur une autre situation du même genre, Karthaus a fini par s’en sortir. La Française tentait sa chance au sol à chaque attaque de la Néerlandaise. Elle a encore tenté l’étranglement, cette fois en étant à l’initiative de l’action. La pénalité est tombée contre Karthaus, désormais dominée y compris debout mais qui a su faire une frayeur à son adversaire avant le début de la prolongation. Une 2e fois sanctionnée, la Néerlandaise coinçait physiquement et n’a pu sauver sa peau sur un bon uchi-mata après 40 secondes dans le golden score.

Il lui a fallu attendre un long moment avant de disputer son 2e combat. Si la Bulgare Ivelina Ilieva a été vice-championne d’Europe en 2016, elle ne devait pas représenter un obstacle insurmontable pour la Française. Gênante en raison de sa taille et de ses longs bras, Ilieva a commencé à subir au kumikata, ce qui lui a valu une pénalité et l’a fait réagir. Receveaux a ensuite pu la surprendre en plaçant un mouvement d’épaule dès la pose des mains pour mener waza-ari. Sanctionnée à son tour pour avoir trop bloqué la manche de son adversaire, la Française a gagné du temps au sol à 2 reprises. Qualification en quart de finale.

Problème… Sumiya Dorjsuren en quart. Championne du monde en titre, vice-championne olympique, championne d’Asie en 2016, n°1 à la ranking list… La Française a battu la Mongole lors de leur premier affrontement, c’était à Paris en 2014. Depuis ? 6 défaites, dont 3 lors de finales. Toutefois, leur dernier rendez-vous s’est déroulé à Tokyo en décembre 2016. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, il fallait espérer que Receveaux puisse inverser le sens du courant pour ne pas se faire submerger.

Pénalisée pour s’être mise à genoux dès que la Française a pu poser ses mains, la Mongole a ensuite subi la première attaque mais essayé d’en profiter pour travailler au sol. Receveaux a bien défendu, pas de danger. Dans la foulée, situation inverse, au tour de la Française de bosser au sol en cherchant une clé de bras. Encore 1’40, rien de marqué. Dominatrice Receveaux aurait pu se faire contrer mais là encore, rien de dangereux… avant de se faire avoir à 30 secondes de la fin sur un contre. Manifestement, il y avait maté (d’où le relâchement ayant permis ce contre). Le Ippon a été annulé et remplacé par un shido à l’encontre de la Mongole… puis la décision a encore été annulée pour devenir une sanction à l’encontre de la Française, qui aurait trop tenu son adversaire sans lancer d’attaque. Ah ? Bref… Golden score. Après 22 secondes, nouvelle pénalité contre la Mongole… encore annulée par la table. Quel bordel ! Le shido a une nouvelle fois été réattribué à la Française. Ridicule (et injuste) ! Bien sûr, Dorjsuren a commencé à attaquer, même s’il s’agissait d’attaques en bois à la limite de la fausse-attaque. L’arbitre a donné waza-ari à la Mongole et mis fin à la tentative de clé de bras de la Française… Encore une action confuse… mais sur ce coup, je comprends la décision de donner waza-ari. Je pense qu’en direct, j’aurais pu le donner. C’est une question d’angle et d’interprétation. Ce doute, la principale intéressée ne l’a pas, convaincue de ne pas avoir subi de déséquilibre sur cette action et de s’être mise dans cette position par sa propre initiative afin d’enchaîner sur la clé. En revoyant les images après avoir écouté son explication, difficile de lui donner tort… à part d’avoir trop voulu enchaîné. Si elle avait marqué un temps d’arrêt avant de se jeter pour tenter sa clé de bras, l’arbitre n’aurait pas levé le bras… mais la Mongole aurait probablement eu le temps de se mettre en position défensive pour éviter la clé de bras.

Il est pour le moins malheureux d’assister à une telle série de cafouillages arbitraux et de décisions si discutables. Le coup des pénalités changées 2 fois par la table était lamentable. Dorjsuren aurait mérité d’être sanctionnée. Nouvel exemple d’arbitrage déterminé par le statut…

(Dorjsuren a été battue en demie au golden score sur un étranglement de Nekoda Smythe-Davis, puis a eu besoin de 2’30 de prolongation pour s’imposer en petite finale.)

Il fallait se remettre la tête à l’endroit pour sortir Theresa Stoll en finale de repêchage juste après la pause. Elles comptaient chacune 2 victoires dans leurs confrontations. Dans un premier temps ça envoyait fort avec les bras sans attaquer. Une moulinette chacune. L’Allemande a mis la pression, souvent en bordure, elle a aussi essayé au sol. Il fallait reprendre l’initiative mais Receveaux ne l’a fait qu’à moitié, a de nouveau subi et pris une autre pénalité à 1’30 de la fin… juste avant de se faire cueillir encore en bordure au corps à corps. Fiasco. Médaillée de bronze l’an dernier, elle est cette fois restée bloquée aux portes d’une finale pour le bronze. Dur.

(Stoll a bataillé avec Deguchi pour le bronze, a mené au score, a été rattrapée in extremis puis immobilisée pendant le golden score. Ça s’est joué à quelques secondes.)

Aucune médaille avec 4 Français qui ont tous été bons, voire très bons, mais sont tous tombés contre des cadors, dont 2 contre des dossards rouges et le statut qui va avec (quand j’évoque le statut, comprenez l’arbitrage favorable). Dans tous les cas, le moindre début d’erreur s’est avéré fatale.

En demi-finale, Soichi Hashimoto a galéré contre l’autre Azerbaidjanais, Heydarov, il avait 2 pénalités à 1 dans le temps golden score mais a fini par trouver le moyen de planter son adversaire sur le dos. Tsukasa Yoshida étant qualifiée pour la finale féminine, le Japon était déjà certain de poursuivre sur sa lancée avec 100% de concurrents engagés médaillés.

La finale féminine a duré 1’20 et s’est conclue par… une victoire japonaise. Yoshida a expédié la Britannique Smythe-Davis.

Hashimoto a pris le doigt d’An Changrim dans l’œil dès les premières secondes de la finale masculine. Il a ensuite connu un problème – probablement de lentille – à l’autre œil… Ce qui explique sans doute qu’An ait pu l’éclater quelques secondes plus tard. Contre un gars obligé de fermer les yeux, c’est plus facile… Contre An, il n’a rien vu venir. Ceci dit, le Ippon est magnifique.

Allez, ça ira mieux demain… Clarisse Agbengnenou entre en piste pour un 3e titre mondial.