Les catégories du jour étaient les -81kgAlpha Djalo se présentait dans le but de créer une très éventuelle bonne surprise (41e mondial, il a connu un seul podium cette saison mais en Grand Chelem à Düsseldorf), et les -63kg, où on attendait une énième confirmation et l’acquisition définitive par Clarisse du titre de légende que tout le monde lui reconnaîtrait définitivement si elle parvenait à conserver son titre mondial, en décrochant un 3e à seulement 25 ans. Peu de championnes l’ont fait, a fortiori à cet âge.

Commençons par les hommes.

2e mondial, le Néerlandais Frank De Wit s’est fait piéger par un Dominicain dès les premières minutes de la journée. Il s’agissait du quart de tableau d’Alpha Djalo, mais les chances de ce dernier d’en profiter paraissaient très réduites dans la mesure où il lui fallait d’abord affronter un Monténégrin, Nebosja Gardasevic, puis sans doute le Japonais Sotaro Fujiwara et encore un 3e adversaire à déterminer avant d’atteindre ce stade de la compétition, celui qui vous offre une 2nde chance en cas de défaite.

Gardasevic ne lui a posé aucun problème. Patient, le Français a mis 1’40 à envoyer une grosse attaque, laquelle lui a permis de marquer waza-ari. Un bon contre lui a ensuite offert la victoire à 1’08 du terme des 4’ prévues.

Le gros morceau se présentait en la personne de Fujiwara, a priori un des membres les moins imprenables de la tribu nippone. Le Japonais a été le premier à lancer une grosse action, Djalo a dû défendre au sol, puis aussi le premier sanctionné (les 2 mains du même côté). Un gros mouvement d’épaule – celui qu’il a tenté tout le combat – bien poussé jusqu’au bout lui a donné une avance potentiellement décisive. Il restait 2’ au Français pour retourner la situation. Sanctionné injustement alors que son adversaire ne faisait plus que défendre, Djalo a vu son shido être retiré, ce qui ne changeait rien pour lui, il aurait fallu réattribuer la pénalité au fautif. Fujiwara s’est de nouveau permis de lancer son mouvement d’épaule – toujours le même – pour assurer le coup en repoussant le danger de se faire trop vite sanctionner une 2e fois. Le 2nd shido est intervenue trop tard pour donner une chance au Français de l’emporter par la voie des pénalités. Fini.

De mon point de vue il n’a ni de raison d’avoir honte, ni de raison d’être content de ses championnats.

Le champion olympique, Khasan Khalmurzaev, a été miraculé au 3e tour, l’arbitre n’ayant pas comptabilisé le contre de son adversaire pendant le golden score. Il aurait dit maté avant le mouvement, mais je ne vois absolument pas pour quelle raison il aurait arrêté le combat dans cette situation. Ils n’étaient pas sortis du tapis, étaient debout et en pleine action. Le plan choisi par le réalisateur ne montrait que les 2 combattants, on ne peut donc pas vérifier à la vidéo, ce qu’ont dû faire les officiels à la table. Le Russe a été battu en quart par l’Allemand Ressel.

Alexander Wieczerzak, le champion du monde en titre, qui a connu une saison galère depuis son titre (il n’a pu disputer qu’un tournoi le mois dernier), en a chié à chaque tour, se sortant de situations compliquées pour atteindre les quarts. Un Turc lui a alors mis un uchi-mata monumental. Il a malgré tout réussi à décrocher le bronze en passant par les repêchages, contrairement à Khalmurzaev.

Bien sûr, le Japonais s’est qualifié pour la finale. Le Japon s’est donc assuré une 10e médaille après 10 combattants. J’y reviendrai. On va d’abord passer aux femmes.

N°1 au classement mondial, Clarisse Agbegnenou était exemptée de 1er tour, contrairement à son adversaire au 2e tour, Gankhaich Bold, déjà pénalisée pour sortie de tapis après une quinzaine de secondes. Face à une adversaire pas décidée à jouer les victimes, la Française a connu une frayeur en se faisant soulever sur un mouvement de hanche. Il ne fallait pas rester au corps-à-corps sous peine d’être réellement en danger (heureusement, sa puissance au niveau des abdos et du dos lui permet de redresser pas mal de situation qui seraient fatales au commun des mortelles). Une nouvelle sanction a mis Bold en sursis. Quelques secondes plus tard un premier waza-ari venait rassurer les supporters tricolores, qui auraient préféré que le Ippon initialement annoncé ne soit pas rétrogradé (ce grand fauchage extérieur a provoqué un choc violent, mais sur l’épaule, pas sur le dos). Il a fallu batailler jusqu’au bout, même si, pour l’honneur, Clarisse a inscrit un 2nd waza-ari – et donc Ippon – en contre à la dernière seconde.

Il fallait espérer que ce duel particulièrement âpre ait définitivement réveillé la Française. Son adversaire au tour suivant, la Turque Busra Katipolglu, qui n’a jamais brillé en championnats, devait en faire les frais. La Turque a subi, d’où une première sanction puis une autre indirecte, à savoir une fausse attaque dont la Française a profité pour contrer et marquer waza-ari (la tentative de clé de bras n’a pas fonctionné). Nouvelle pénalité, la Turque tente de passer à l’attaque… et se fait immobiliser après un bon travail au sol de Clarisse, concentrée et appliquée. Pas de souci.

En quart de finale, une Australienne, Katharina Haecker, quintuple championne d’Océanie (^^), régulièrement sur des podiums en grands prix depuis quelques temps mais jamais mieux que 7e dans une compétition d’un niveau supérieur. Ceci dit, elle est très grande et n’a pas l’air commode. Violentée d’entrée, l’Australienne a concédé un wara-ari sur la première action (même s’il n’a été accordé par la table qu’avec beaucoup de retard). 2 sanctions plus tard, Haecker se mettait à attaquer… de quoi se faire éclater le dos sur un ura-nage. 1’47 de combat à sens unique, cette fois on a vu le meilleur de Clarisse.

La demi-finale ? Contre une Allemande. Une de ses victimes préférées.

Martyna Trajdos n’a remporté qu’un seul des 7 affrontements, c’était en 2015 à… Bakou. Cette fois elle a tenu 10 secondes avant de se manger un waza-ari sur un o-uchi-gari. Puis a pris Ippon en moins de 30 secondes sur une sorte de maki-komi. Un équarrissage en règles.

Clarisse allait-elle encore retrouver Tina Trstenjak en finale pour un 10e duel entre elles ? Encore fallait-il que la Slovène puisse taper la Japonaise Miku Tashiro, sa bête noire. Piégée en bordure et menée vers la mi-combat, Trstenjak a dû s’employer, mettre beaucoup d’intensité, lancer des attaques à l’arrache, mais elle n’a jamais pu s’en sortir. Décidément, Trstenjak ne trouve pas la solution face à cette fille. Il lui a donc fallu se contenter du bronze,

Encore une finale pour le Japon… Mais la Japonaise n’avait pas de quoi effrayer la Française : si elle est parvenue à la barre il y a un peu moins d’1 an lors des Masters, elle a perdu leurs 6 autres confrontations, dont la finale du dernier Grand Chelem de Paris (sur Ippon).

Clarisse disputait sa 5e finale mondiale (plus une finale perdue aux JO et 3 remportées aux ChE). Bilan, 2 victoires, 2 défaites. Il fallait une 3e victoire.

La Japonaise a tout de suite voulu mettre la pression mais a subi la première attaque au bout de quelques secondes. Tashiro était gênante quand elle tenait la manche (il y a certainement eu un gros travail tactique avec ses entraîneurs pour préparer cette stratégie), il ne fallait pas la laisser faire. C’était très intense, un véritable combat. Pénalisée pour une main au pantalon en ayant voulu contrer la Française, la Nippone s’est mise en danger (pour rappel, une 2nde faute de cette nature donne lieu à disqualification, pendant la dernière olympiade c’était fini dès la première faute). Clarisse prenait progressivement l’ascendant, elle a failli faire tomber en ayant pourtant la manche prise. C’est devenu à toi à moi, le danger venait alternativement de l’une ou de l’autre, chacune a connu des frayeurs. Il a fallu en passer par une prolongation. Toujours prise à la manche, la Française a tenté le coup en contre avant de planter violemment Tashiro sur le dos après 4’50 d’une finale énorme (et un énorme maki-komi).

Elle a ensuite fait preuve d’un fair-play remarquable en saluant et félicitant son adversaire après cette victoire (pas le simple salut), fêtée à hauteur de la performance. Il fallait une finale de ce niveau terminée par un beau pion pour mettre en exergue la valeur de ce succès. Il s’agit d’un triomphe historique. Il ne lui manque qu’un titre olympique pour devenir indiscutablement la référence absolue de l’Histoire du judo féminin français.

N°1 mondial, l’Iranien Saeid Mollaei a envoyé du pâté et marqué un premier waza-ari (qu’il croyait à tort être un Ippon). Quelle puissance chez ce garçon ! Seulement il s’est fait rattraper par Fujiwara à une cinquantaine de secondes de la fin et a même dû sauver sa peau en défendant au sol. Golden score… Le combat a pris fin sur un incroyable mouvement sur lequel chacun a contrôlé l’autre jusqu’au pion final inscrit par Mollaei. Le Japon a perdu 2 finales le même jour !

Une fois n’est pas coutume, le n°1 a décroché le titre dans les 2 catégories du jour et le Japon n’a remporté aucun titre.