Lors de cette 5e journée, l’équipe de France a tiré 3 cartouches, 2 chez les hommes (-90kg), une chez les femmes (-70kg). Il ne s’agissait pas de cartouches à blanc, elles ont fait de gros dégâts dans les 2 tableaux. La journée s’est achevée avec plusieurs exploits, 2 médailles, mais malgré tout pas mal de frustration. On aurait dû entendre la Marseillaise. Il y avait vraiment de la place, d’autant que pour la première fois depuis le début des championnats on a vu des Japonais ne pas atteindre les demi-finales.

La catégorie des -90kg se démarque par son incroyable densité génératrice d’une grande incertitude. On y voit notamment beaucoup de contres en ura-nage (ceinturage et arrachage pour planter son adversaire sur le dos de façon souvent violente). On l’a constaté avec de grosses surprises dès les premiers tours.

Le Serbe Kukolj (n°1 mondial), a été sorti par un Libanais (ancien Brésilien), le Géorgien Gvinashvili (n°2 mondial) a pris la porte d’entrée (^^) face à un Allemand, on a vu un Dominicain battre un Néerlandais, cette fois logiquement compte tenu du classement de chacun, mais au lendemain d’une autre victoire dominicaine sur un Néerlandais, c’est assez étonnant, non ? D’autant que le Dominicain a ensuite sorti le Tchèque Klammert.

Aurélien Diesse (90e mondial, ses points viennent presque intégralement de sa 5e place aux ChM juniors 2017), champion d’Europe junior 2017, entrait en lice en tout début de programme face au Canadien Zachary Burt. Tout de suite pénalisé pour avoir repoussé les mains du Français, le Canadien s’est fait imposer une grosse séquence de défense au sol avant de se faire sanctionner d’un 2nd shido… pour terminer sur le dos après 2’13 de combat. Il n’y a pas eu photo, le jeune Français s’est montré puissant, dynamique et entreprenant.

Au 2e tour… le champion du monde en titre et vice-champion d’Europe, Nemanja Majdov.

On a assisté à un combat absolument hallucinant. Ça a duré 1238 ans.

Le Serbe a voulu le surprendre avec un mouvement d’épaule dès la première pose des mains puis s’en est sorti in extremis en se retournant pour tomber sur le vente lors de la première grosse attaque du Français, apparu absolument sans complexe. Majdov a un bref instant été crédité d’un waza-ari en contre qui n’existait pas, contrairement à l’erreur de Diesse (lancer une attaque de panique est toujours une mauvaise idée^^). Il a bien violenté le Serbe, sanctionné pour sortie de tapis. Une énorme séance de corps-à-corps avec tentative mutuelle d’arrachage a fait flipper tout le monde dans les 2 camps à 30 secondes de la fin.

Golden score.

Diesse a encore été à l’initiative mais la puissance de son adversaire l’empêchait d’aller au bout de ses actions. Ça devenait dur physiquement. Un arrachage après 1’30 aurait pu lui être fatal, il est tombé sur les fesses mais en posant une main puis l’autre. On a cru au waza-ari, la vidéo a donné un autre verdict, shido contre le Serbe. En réalité il s’agissait d’une une action non autorisée, le Serbe ayant ceinturé avec les 2 bras en même temps. Majdov ayant alors dû être soigné pour saignement, le Français a obtenu un peu de temps pour reprendre son souffle. Seulement, ça a été mal soigné, le saignement a vite repris. Nouveau temps mort. Si Diesse pouvait récupérer, le champion du monde aussi en profitait, d’où l’agacement de Christophe Massina, l’entraîneur. L’interruption a semblé interminable. On aurait eu le temps de l’opérer à cœur ouvert… Majdov est revenu avec un pansement à l’arcade protégé par une espèce de filet placé autour de la tête… qui s’est barré en moins d’1 minute. Tant qu’à faire, on aurait pu simplement lui mettre un bandage bien fixé, non ? On est reparti sur des phases de corps à corps très tendues. Diesse a envoyé une très belle action mais n’a pas poussé jusqu’au bout une fois son adversaire sur les fesses. Majdov n’attaquait pas, son attitude était très suspecte, mais la pénalité est tombée contre le Français pour avoir passé la tête sous le bras de son adversaire. Il fallait continuer à mettre la pression, ne pas le laisser respirer. Diesse a fait tout l’inverse, sans doute en raison de la fatigue extrêmement prégnante qu’il ne parvenait absolument pas à masquer. On l’a vu tenter de signaler à l’arbitre que le Serbe méritait une pénalité… Exactement l’attitude à ne pas adopter dans ces circonstances, même si peu après l’arbitre a une énième fois demandé aux 2 hommes de se habiller… pour enfin sortir une moulinette à chacun. Ça en faisait 3 contre le Serbe, disqualifié. Diesse tenait son énorme exploit… et y a ajouté un super geste de sportivité à l’égard de son adversaire.

Mais cuit par ces 10’11 de combat étalées sur plus de 22 minutes, ses chances d’aller plus loin semblaient très incertaines.

Notons tout de même que sur les nombreux outsiders français – dont des femmes – opposés à des cadors dans les tours préliminaires, il s’agit de la première victoire après pas mal de bonnes prestations n’ayant abouti à l’exploit.

Etape suivante, le Cubain Asley Gonzalez, 28e mondial, vice-champion panaméricain et 2e au Grand Prix de Zagreb cette année, mais qui était un des gros cadors de la catégorie entre 2011 et 2013 avec bronze aux ChM, argent aux JO puis titre mondial. Depuis, c’est moins bien, il a eu des résultats en 2015, puis de nouveau cette saison.

Ce 3e tour a débuté avec nettement moins de rythme et d’agressivité, d’où une moulinette pour chacun après 55 secondes. Le Français a commencé à mettre un peu plus d’intensité et pas mal de coups de pattes. Le Cubain lui prenait systématiquement les manches, longtemps sans rien tenter, puis il a envoyé un premier mouvement d’épaule qui aurait pu être dangereux. Diesse a encore failli se faire surprendre sur un mouvement de hanche. Il était trop gentil, pas assez actif, d’où une 2e moulinette à 1’ de la fin. Il a alors tenté de réagir mais a encore subi les attaques sans jamais pouvoir en lancer une. Golden score… L’arbitre a dit maté au moment où le Français était en pleine action. On l’a enfin vu à l’initiative, seulement le Cubain en a profité pour le contrer après 1’30 de prolongation. Ça s’est joué uniquement sur la fatigue, peut-être plus mentale que purement physique. Diesse était trop cramé par son 2e tour dingue pour aller à la guerre du début à la fin, il lui a fallu être au pied du mur pour parvenir à puiser dans ses ressources et essayer de faire mal.

Il y a des regrets sur ce constat mais aussi de la fierté et un très gros gain en termes de confiance en soi, d’expérience et de motivation.

Axel Clerget est entré au 2e tour contre un Biélorusse qui disputait son 2e combat, Yahor Varapayeu. Il a marqué Ippon grâce à son spécial, un yoko-tomoe-nage (planchette japonaise) effectué dans le but d’enchaîner au sol. Le waza-ari initial a été requalifié en Ippon sans même avoir besoin de trouver la faille au sol. Peu importe, le résultat est le même, ça a duré à peine plus de 2’30.

Au 3e tour, il retrouvait Gwak Donghan, ancien champion du monde (en 2015), médaillé mondial et olympique depuis, actuellement 4e à la ranking list. Au tournoi de Paris, Clerget avait très longtemps fait jeu égal avec le Coréen. Un shido partout après 45 secondes faute d’attaque. Et une première tentative de placer de spécial après 1’20. Gwak ne faisait absolument rien. Le super spécial est passé à 1’ de la fin, ce sumi-gaeshi (autre technique de sacrifice) enchaîné au sol lui a permis de mener d’un waza-ari. Il l’a de nouveau tenté et su gagner du temps au sol… pour en finir à 12 secondes de la fin sur un super mouvement d’épaule à genoux.

Client suivant, Khusen Khalmurzaev, pour une qualification en quart de finale. Le Russe a décroché le bronze lors des 2 derniers championnats d’Europe, il avait battu le Français 2 fois sur 3 avec une victoire et une défaite lors des Europ’ à Varsovie l’an dernier (Clerget a gagné en individuelle, Khalmurzaev par équipes).

Après 1’15 de jeux de mains, l’arbitre a sanctionné… le Français. Incroyable ! Pourquoi le Russe n’y a-t-il pas aussi eu droit ? Clerget ne s’est pas laissé démonter et a surpris son adversaire d’un super fauchage intérieur dans un timing parfait. La liaison au sol n’a rien donné. Il restait environ 2’ à tenir, il a très bien géré son affaire avec un mouvement d’épaule et du travail au sol, puis a bien repoussé le Russe au kumikata. Excellent ! Enfin une qualification assurée chez les hommes pour le bloc final !

En quart de finale, un Uzbek, Komronshokh Ustopitiyon, 5e mondial, qu’il a pris 2 fois avec un succès pour chacun, c’était fin 2015 et début 2016. Ce garçon au nom qui mal à la tête a décroché 2 titres de champion d’Asie.

Cette fois, le Français s’est fait bousculer, évitant de peu la sanction pour sortie de tapis. L’Uzbek a même été pénalisé pour avoir trop tenu sans attaquer. Et encore une fois, Clerget a été fantastique, il a enroulé son adversaire sur son dos en maki-komi tout en enchaînant au sol avec une immobilisation sur un adversaire qui s’est pourtant débattu. Demi-finale ! Il ne cessait de surprendre en multipliant les techniques.

On aurait pu imaginer qu’il doive alors sortir le Japonais Kenta Nagasawa, mais non, Ivan Felipe Silva Morales (18e mondial) est parvenu à le sortir au terme d’un golden score éreintant (même si ensuite il avait la pause pour se refaire une santé). Ça a duré plus de 7’30.

Il fallait se méfier de ce jeune Cubain forcément peu connu, d’où un travail de préparation à la vidéo pendant la pause.

Clerget a de suite tenté son spécial. On a vu beaucoup d’intensité au kumikata, le Français a même eu des douleurs à la main suite à une séquence. Il s’est de nouveau lancé dans une technique de sacrifice qui, forcément, l’a fait finir sur le dos. C’est alors que l’arbitre a signalé un recours à la vidéo. En général, c’est très mauvais signe. La décision qui en est ressortie – assez rapidement – est extrêmement litigieuse. La victoire a été donnée au Cubain pour une action où il n’a quasiment rien fait… Pour être précis il a à peine poussé avec le bras gauche alors que Clerget le tirait pour effectuer de nouveau son yoko-tomoe-nage. Quand on prend le temps d’analyser les images, que constate-t-on ? Il y a bien un mouvement de poussée avec le bras gauche… mais alors que Silva Morales n’est plus sur ses appuis car déjà emmené par l’action du Français en train de volontairement se jeter sur le dos pour tenter sa planchette japonaise. Il s’agit en réalité d’une redirection en l’air à peine détectable d’un gars qui cherche essentiellement à ne pas tomber sur le dos ou le côté en restant entre son adversaire et le sol. Où est l’attaque ou la contre-attaque justifiant une marque ? Il n’y en a aucune. Certains – voir la fin de la vidéo, j’ai mais Lecanu vs Bundes – évoquent la ressemblance avec une action répertoriée de te-waza, une action de bras qui… en réalité n’a aucun rapport car la similitude se résume au fait de pousser avec les bras en profitant du mouvement de son adversaire, mais en poussant dans le sens inverse de ce mouvement (ça fait un peu le même effet que sur un gros plaquage de rugby ou de foot US, vous arrivez lancé avec le ballon, le défenseur est bien sur ses appuis et vous arrête en vous repoussant, vous tombez en arrière) et dans tous les cas en étant sur vos appuis. Cette action implique un changement de direction totalement absent ici.

Plus qu’hyper généreuse envers le Cubain, cette décision ressemble à une spoliation. Des "actions" comme celle-ci, on en a vu déjà pas mal lors de ces championnats, elles n’ont jamais donné lieu à un waza-ari ou un Ippon. Des actions de bras ont eu droit à cette valorisation, seulement il s’agissait de véritables attaque ou contre-attaques très nettes ne souffrant d’aucune contestation possible car à l’origine de la chute. A vrai dire, si on se mettait à récompenser ces micro-gestes non générateurs de déséquilibres (il accompagne le déséquilibre qu’il subit), on signerait la fin des techniques de sacrifice et plus grand monde n’oserait attaquer, de peur d’être condamné par un geste anodin qualifié injustement de contre-attaque.

Attention, personne ne sait si finalement Clerget se serait qualifié, mais comment lui donner tort quand il dit considérer ne pas avoir perdu de la journée ? Absolument sûr de lui, il a vivement contesté sur le tapis, demandant le réexamen de la vidéo (qui a été regardée rapidement au lieu d’être analysée). Il ne voulait pas sortir du tapis mais a dû se raviser rapidement car en judo on ne plaisante pas, il aurait pris de gros risques en faisant une John Drumond… On l’a ensuite vu craquer dans le couloir.

Difficile de se reconcentrer pour aller chercher la médaille de bronze contre l’Allemand Eduard Trippel (22e à la ranking list), celui qui a éliminé le Géorgien n°2 mondial en début de journée. Encore un jeune inconnu de Clerget… Médaillé de bronze aux derniers ChM juniors et au Tournoi de Paris, ce Trippel me faisait peur, surtout en raison du coup sur la tête reçu en demi-finale par le Français.

Agressif d’entrée, Clerget a mis un coup dans les dents de l’Allemand au bout de quelques secondes. Il n’a pas trop tardé à passer à l’attaque, puis s’est refait mal à la main. Oublier la douleur et y retourner. Mais bien sûr, il s’est fait contrer… Quand ça ne veut pas… Mené waza-ari, Clerget n’était pas mort. Dès que son adversaire a commis l’erreur de l’attaquer et de lui donner une ouverture au sol, si petite soit-elle, il en a profité pour effectuer un super travail dans sa grande spécialité – sa réputation de maître du ne-waza le précède – pour obliger l’Allemand à taper. Trippel ne pouvait résister à cet étranglement sanguin avec le judogi.

Son cri de joie a été partagé par tous les Français présents (et ceux devant leur écran, dont moi). Il faut une sacrée force mentale pour se relever d’une demi-finale cauchemar puis inverser la tendance en petite finale pour décrocher, à 31 ans, sa première médaille mondiale après être passé à côté l’an dernier (où on l’attendait beaucoup plus), mais surtout en ayant couru derrière toute sa carrière avec l’entraînement, les stages de préparations, les blessures, les études… Il l’a fait en traversant un tableau monstrueux. C’est admirable d’un point de vue extérieur, jouissif pour celui qui y parvient. Par la même occasion, il a évité le zéro pointé que beaucoup prédisaient à cette équipe de France masculine dont quasiment tous les membres ont réellement honoré leur sélection.

Avant de revenir aux -90kg pour les finales, passons au tournoi féminin.

Tête de série n°2 (au pire 5 à chaque sortie en 2017 et 2018, sauf aux ChE cette saison où elle s’est loupée), Marie-Eve Gahié débutait au 2e tour face à une Russe, Alena Prokopenko. D’abord malmenée sur les 2 premières actions, la Française a éclaté la Russe sur la 3e. 33 secondes.

La suivante, Emily Burt, sœur du Canadien sorti au 1er tour par Aurélien Diesse. Elle arrivait en victime désignée. Pourtant, après une grosse entame de combat, Gahié a connu de grosses frayeurs en subissant 2 fois le spécial de son adversaire. Il lui fallait réagir et se remettre à l’ouvrage. Elle a alors martyrisé Burt en enchaînant les attaques. Seulement, si la Canadienne finissait souvent au sol, ça ne marquait jamais ! La première pénalité est tombée tardivement. A force de toujours tenter la même chose, la Française s’est exposée à des contres, parfois réellement dangereux. Golden score… Là encore, elle a failli se faire piéger. Gahié s’énervait en constatant que les arbitres ne voulaient toujours ni la créditer d’un waza-ari, ni faire monter les pénalités. La Canadienne n’était JAMAIS à l’initiative ! Le 2nd shido a fini par arriver après quasiment 1’ de prolongation. La Français en avait marre. Après 1’14 de trop, l’arbitre a enfin arrêté le délire en accordant ce waza-ari pour une action qui le méritait sans doute moins que 6 ou 7 autres de la quinzaine ou vingtaine d’actions vues lors de ce combat.

On ne s’attendait pas à ce genre de combats. Longue, usante, cette bataille aurait duré moins de 2’ avec une Japonaise sur le tapis. Pas parce qu’elle aurait rapidement planté un Ippon mais parce que les arbitres auraient beaucoup plus vite récompensé cette kyrielle d’attaques en dégainant les pénalités (je peux l’affirmer parce que je l’ai constaté tout au long de ces championnats, le statut influe terriblement sur les arbitres).

Médaillée de bronze à Rio et vice-championne d’Europe cette année, Sally Conway est bien connue de la Française. La balance penchait en faveur de Gahié qui menait 3-1 dans leurs confrontations, mais avec une défaite cette saison en demi-finale à Paris. Il fallait tout de suite prendre les choses en main pour ne laisser aucun espoir à la Britannique. Dominatrice d’entrée, la Français a marqué waza-ari sur un fauchage extérieur très efficace contre sur adversaire sur le reculoir puis a pris tout son temps pour travailler au sol jusqu’à l’immobilisation. Parfait ! Et sans trop se fatiguer cette fois puisque 80 secondes ont suffi.

Et là, surprise, au lieu de prendre la Japonaise Yoko Ono en demie, qui a-t-elle retrouvé ? La Marocaine Assmaa Niang, ancienne Française qui s’est inclinée lors de ses 3 combats face à la Gahié.

La première demi-finale était la revanche de la finale de 2017 remportée par Chizuru Arai contre Maria Pérez (de Porto-Rico). La Japonaise ayant remporté leurs 4 premiers duels, on s’attendait à la voir s’imposer de nouveau. Pas de surprise, il a fallu 3 grosses minutes. Une médaille de plus pour le Japon.

Niang a 35 ans, Gahié 21, mais elles ont pour point commun une 5e place aux ChM l’an dernier. Cette fois, pas question pour la Française de passer à côté du podium. La manche était prise par la Marocaine depuis le début, Gahié n’arrivait pas à s’en sortir, elle a été arrachée et est tombée à moitié sur le côté. Niang aurait dû être pénalisée car elle a fait ce ceinturage les 2 mains en même temps, ce qui est interdit. Elle a néanmoins reçu un shido dans la foulée pour s’être jetée à genoux en défense et être sortie du tapis. Niang a alors commencé à se lancer dans des techniques de sacrifice. La 2e a servi à la Française pour l’immobiliser. On voit plus souvent ça chez les lourds, mais ça marche aussi chez les -70kg pour peu que celui qui "subit" ce sumi-gaeshi s’y attende et sache enchaîner au sol. Cette victoire rapide (2’13) n’a provoqué aucune manifestation de joie, la concentration est restée totale, on voyait une jeune femme en mission.

(Niang a ensuite été plantée par Alvear en petite finale alors qu’elle menait au score. Encore 5e… Cruel.)

Arai-Gahié n’était pas une affiche inédite, Arai avait remporté leur unique confrontation à ce jour (finale du Grand Prix de Düsseldorf en février 2017). Il n’y avait pas eu photo (2 waza-ari puis Ippon sur immobilisation dans la 4e minute). Depuis, elle est devenue championne du monde mais n’a rien gagné par la suite malgré des podiums (2e à Tokyo et à Paris, 3e à Hohhot).

Juste avant cette finale mondiale, le Japon avait continué son sans-faute grâce à la victoire de Yoko Ono sur Pérez. Aucune joie, juste le soulagement de ne pas être la seule de toute l’équipe à finir sans médaille.

Le Japon ayant bien assez gagné comme ça, Arai devait s’incliner. Pour l’emporter, la Française devait se montrer très agressive sur les mains, être toujours la première à les poser. Elle a tout de suite mis le feu, puis marqué sur un contre au bout de 15 secondes ! En feu, Gahié a envoyé dans tous les sens, empêchant son adversaire de respirer. Secouée comme un prunier, la Nippone a réagi, marquant sur sa première attaque (un mouvement de hanche en 2 temps)… et enchaîné en immobilisation. Quelle erreur de jeunesse de s’arrêter après l’impact au lieu de tout de suite chercher à sortir pour éviter d’être bloquée au sol !

Il y a eu 2 instants de relâchement sur cette action, le premier debout, le 2nd au sol, les 2 ont été payés cash. Finir ainsi une si belle journée… La tristesse… Gahié qui pleure, Arai qui rit… Vice-championne du monde à 21 ans est un super résultat, manquer un titre qui vous tend les bras en laissant une des rares Japonaises prenables sortir la tête de l’eau pour vous couper la tête justifie pleinement les larmes de Marie-Eve Gahié en zone mixte.

Après le 12/12, le 13e Japonais en lice allait-il se louper ou décrocher le bronze ? Nagasawa menait tranquillement contre Toth, il s’est fait surprendre à 46 secondes de la fin. Il a fallu en passer par une prolongation, elle a duré près de 4’, le Hongrois multipliait les actions, il était cramé, le Japonais n’a pas pris les moulinettes qu’il méritait et a pu contrer la 43 ou 44e attaque – compte approximatif (^^) – d’un Toth forcément moins lucide après avoir tant attaqué. Le grand chelem japonais s’est donc poursuivi, Nagasawa a évité d’être frappé par une honte qui aurait suivi sa descendance sur 6 générations.

Qui aurait pu prédire une finale opposant l’improbable Cubain à Nikoloz Sherazadishvili (qui n’est pas – ou plus – géorgien mais Espagnol) ? Silva Morales a mené en contrant l’Espagnol mais l’a laissé égaliser dans la dernière minute. Comme d’habitude, prolongation… En fait, si on a remis la règle du waza-ari awazete Ippon (2 marques=Ippon) qui avait été supprimée après la fusion entre yuko et waza-ari, on voit toujours un nombre dingue de golden scores. Ça a duré longtemps 2’18, le temps pour l’Espagnol de coller le Cubain sur le dos sur un énorme mouvement de hanche.

On a tout connu lors de cette journée, du haut, du très haut, puis une alternance de hauts et de bas pour finir avec un bilan très positif si on s’en tient aux résultats bruts par rapport à ceux qu’on était en droit d’attendre avant le début de la compétition. Il reste 2 hommes et 3 femmes avant les équipes, ne pas obtenir de médaille en -78kg constituerait une énorme déception. Les -100kg ont un tableau très difficile, souhaitons que le podium de Clerget les inspire et les libère.


J'ajoute l'épisode du jour de Lecanu vs Bundes qui est déjà dans la vidéo sur Clerget.