Alexandre Iddir disputait le premier combat de la journée face à un Ivoirien, Kreme Kobena, nettement plus grand que lui. A priori pas très réveillé, il a concédé la première pénalité avant de progressivement trouver son rythme. Il a tenté ses mouvements d’épaule, cherché à travailler au sol. Comme en face ça n’attaquait pas du tout, la 2e pénalité est tombée, puis la 3e à 15 secondes de la fin du chrono car il ne se passait plus rien. La qualification sans la manière reste la qualification. Le tirage lui ayant réservé un très gros morceau dès le 2e tour, on aurait aimé entrée en lice plus convaincante.

Le Géorgien Varlam Liparteliani vient comme lui des -90kg mais a déjà connu beaucoup plus de réussite chez les -100kg. Vice-champion olympique et triple médaillé mondial dans sa catégorie d’origine, il est monté après Rio et a encore décroché une médaille d’argent aux ChM suivie de très bons résultats en tournois. D’où son statut de n°1 mondial. Il y avait déjà eu 6 duels entre eux (dont un par équipes), Iddir en a remporté 2 dont un quart de finale au Tournoi de Paris 2016, mais a perdu le seul affrontement en -100kg à Ekaterinburg en 2017.

Le Français a attaqué le premier en lançant son mouvement d’épaule sans pouvoir le pousser jusqu’au bout. De façon totalement incroyable une moulinette a été sortie contre Iddir 50 secondes plus tard après la première action du Géorgien. Ce shido n’a eu aucune conséquence car Liparteliani a ensuite surpris le Français et marqué waza-ari sur un mouvement d’épaule à genoux. Il prenait le dessus physiquement. Iddir ne trouvait pas de solution, il a néanmoins tenté un gros mouvement à 1’ de la fin, envoyant le Géorgien à moitié sur la tête sans parvenir à le faire tomber sur le côté ou le dos pour égaliser au score. L’égalisation des pénalités ne changeait rien, Iddir n’a jamais pu lancer de dernière attaque, il a laissé son adversaire gagner du temps sans même essayer d’accélérer les pénalités. En résumé, il n’a pas fait le combat nécessaire pour accéder au 3e tour. Grosse déception.

Cyrille Maret affrontait le Croate Zlatko Kumric tôt le matin. Il fallait être réveillé car ce gaillard ne manquait ni vivacité, ni d’intentions, d’où beaucoup d’intensité d’entrée. Un waza-ari évident en faveur du Français a été oublié à mi-combat, Maret n’a pas réussi à enchaîner au sol, son adversaire n’a pris qu’une pénalité, puis une seconde à 40 secondes de la fin car il subissait de plus en plus. Kumric est encore tombé juste avant le golden score mais a été sauvé par son coude. Le Français mettait du rythme, variait les attaques, il était seul à agir, on attendait toujours la 3e sanction… mais c’est finalement grâce à un maki-komi que le combat a pris fin après 41 secondes de prolongation.

Au 2e tour, Cho Guham, un très gros morCho… Sa 11e place à la ranking list s’explique par son absence de points lors de la saison passée, car cette saison il a gagné à Tokyo et Hohhot, fini 2e à Paris (en battant Maret comme lors de 3 de leurs 5 combats et même 4/6 en comptant les équipes) et aux Jeux Asiatique. Vraiment pas un cadeau de déjà prendre ce garçon qu’il n’a plus vaincu depuis 3 ans ½ ! Ses mouvements d’épaule sont redoutables.

Double vice-champion d’Europe et médaillé olympique, Maret devait sortir un très gros combat pour continuer sa route vers la médaille qui manque à son palmarès. Agressé d’entrée, il avait du mal à placer ses mains, il lui fallait tirer son adversaire vers lui et non se laisser tracter. Pénalisé juste après avoir fini sur les fesses car il n’attaquait pas, il devait passer à l’action… mais a été piégé. Il a bien essayé de contrer, seulement il était déjà sur le dos à cause de l’attaque de son adversaire quand il a projeté le Sud-Coréen. Pour s’en sortir, il aurait bien eu besoin d’une décision d’arbitrage grotesque comme on en a vu à l’encontre de certains français donc Axel Clerget (mais pas seulement à l’encontre de Français, d’autres ont aussi d’excellente raisons de se plaindre, on a encore eu des cas au cours de la journée).

Nouvelle grosse déception.

Son 1er tour assez long face à un gaucher lui a coûté physiquement en sollicitant beaucoup son bras. Il a manqué de force pour bien tenir Cho.

Les filles sont entrées en lice après l’élimination des 2 garçons. Elles allaient forcément sauver la journée, voire mieux.

Audrey Tcheuméo a hérité d’un tour facile contre une Sénégalaise, Bigue Ndiaye. 13 secondes, première action, Ippon.

Elle affrontait une Russe au tour suivant, Aleksandra Babintseva, a priori pas très dangereuse (elle ne la connaissait pas). Très active, Tcheuméo a fait prendre une pénalité à son adversaire avant de la faire tomber une première fois. Elle aurait dû enchaîner plus vite au sol pour en finir. Occasion gâchée. Surtout, elle a ensuite a commis une grossière erreur en restant derrière son adversaire, laquelle en a profité pour la faire tomber à son tour et revenir à hauteur… S’il y avait tout à refaire, rien n’était compromis, il fallait juste se remettre dedans et refaire son judo. Seulement, la Française n’a pas fait le taf, elle a arrêté de mettre la pression, a continué à se laisser prendre la manche et l’a payé très cher à 1’35 de la fin en prenant un pion sur un gros uchi-mata.

Il ne s’agit pas seulement d’une grosse déception mais bien d’une énorme catastrophe. Ce combat, elle ne pouvait pas le perdre, surtout pas en l’ayant débuté ainsi.

Les derniers espoirs reposaient donc sur la championne d’Europe en titre, Madeleine Malonga, qui en plus de jouer sa carte pour cette compétition (ses premiers ChM) pouvait déjà se placer en vue de la sélection olympique.

Elle entrait en compétition contre Anna-Maria Wagner, une Allemande déjà passée par un premier tour. Waza-ari enchaîné au sol, l’affaire a duré moins de 40 secondes.

Au tour suivant, qualificatif pour les quarts, elle affrontait Zarina Raifova, une Kazakh sans référence. La Française est de suite allée au corps-à-corps mais devait se méfier d’une adversaire prête à la contrer. Raifova a fait en sorte de la bousculer pour provoquer une pénalité (sortie de tapis). Au moment où la Kazakh a tenté de l’arracher, Malonga a contré, le waza-ari pourtant évident n’a pas été accordé malgré le contrôle du haut du corps ne souffrant d’aucune contestation… Contrôle qui a néanmoins permis d’enchaîner au sol sur une immobilisation et d’en finir en moins d’1’30.

Le tableau s’annonçait alors très difficile avec Mayra Aguiar (double championne du monde, double championne olympique, n°5 au classement mondial) en quart… mais non, elle a été battue par la Chinoise Ma Zhenzhao, une jeune (20 ans) forcément peu expérimenté qui a tout de même décroché des médailles aux Jeux Asiatiques et aux Championnats d’Asie. Jeune+inconnue+exploit=alerte.

Tout de suite en action dans son style au corps-à-corps avec la jambe à l’intérieur, Malonga a plusieurs fois cherché l’étranglement au sol. Jamais à l’initiative, Ma aurait mérité des sanctions pour non-combativité… qui ne sont jamais tombées. Du coup on est resté dans un faux rythme. Et bien sûr, Ma a surpris la Française dès sa première attaque. Maki-komi enchaîné au sol sur immobilisation. Malonga se sentait trop dans le confort, pas du tout en danger, a trop attendu, ce qui a permis à son adversaire de la surprendre. Ça a duré 2’21. Elle n’aurait jamais dû perdre ce combat en restant concentrée et active.

Nouveau coup de marteau derrière la tête pour le camp français et journée fiasco en perspective… Même si cette défaite entrait dans la catégorie des grosses catastrophes il fallait parvenir à l’oublier car il lui restait une chance de sauver les meubles en passant par les repêchages.

Katie-Jeminma Yeats-Brown est une Britannique au nom à rallonge écrit tantôt avec tirets, tantôt en 2 blocs. Satellisée en quart par la Néerlandaise Guusje Steenhuis, n°1 mondiale et favorite de la compétition, elle constituait le dernier obstacle entre Malonga et la petite finale. Cette fille qui était encore une -63kg il y a 3 ans et concourt habituellement en -70kg n’a aucun palmarès. Il fallait donc particulièrement s’en méfier.

Beaucoup plus grande, la Française débordait d’envie, elle a mis de l’intensité mais s’est jetée dans la gueule du loup en faisant exactement ce qu’attendait son adversaire, raison pour laquelle elle a tout de suite été contrée… puis prise au sol et étranglée avec l’encolure de son judogi. La Britannique a bien vu que son adversaire tapait et mais a continué son étranglement car l’arbitre – totalement aveugle ou quoi bord*l ! – n’avait pas dit d’arrêter. Ceci a occasionné une perte de connaissance particulièrement flippante, obligeant le réalisateur à tout de suite changer de plan pour ne pas nous montrer la Française allongée sur le dos inanimée et le regard vide. Il y a la vidéo, Yeats-Brown aurait pu stopper même sans attendre l’intervention de l’arbitre, au pire la table aurait averti l’arbitre. Continuer son étranglement n’était pas une attitude responsable, elle a agi de façon super dangereuse. Je lui souhaite un jour d’être de l’autre côté de l’étranglement, elle comprendra peut-être. En regardant les ralentis on se rend compte que lors de cette action, Malonga n’a même pas eu le temps de chercher à défendre, peut-être déjà sonnée par la première chute sur la tête.

Douche froide et KO en 20 secondes… Une énorme cata de plus qui nous donne une double cata (en plus de celle de Tcheuméo). Larbi Benboudaoud, responsable de l’équipe féminine, a aussi eu du mal à s’en remettre.

Dans l’autre finale de repêchage, on a assisté à une énorme erreur d’arbitrage, la marque attribuée à Babintseva aurait dû l’être à la Slovène Apotekar, qui avait clairement contré et pris le contrôle sur l’action. Hallucinant de ne pas avoir corrigé ça à la vidéo !

En finale pour le bronze, la Britannique a fini par s’incliner contre la Néerlandaise Marhinde Verkek sur un super mouvement d’épaule debout en prolongation. Sincèrement, je lui souhaitais de perdre.

La 2nde petite finale opposait Ma à Babintseva. Une séquence improbable a donné la victoire à la Russe : waza-ari pour la Chinoise sur un maki-komi, coupable de s’être arrêtée pour regarder l’arbitre au lieu d’enchaîner en immobilisation, si bien qu’après un temps de latence elle a été surprise par la Russe, assez forte en ne-waza pour prendre l’avantage au sol. Elle cherche la clé, Ma a défendu, s’est retournée, a failli sortir, Babintseva a alors travaillé sur le poignet pour obliger son adversaire à se retourner et à lâcher la prise qui empêchait l’extension de son bras. Ne restait qu’à tirer dessus et à le tordre pour faire taper Ma. Jamais Babintseva n’aurait pu s’en sortir ainsi si la Chinoise avait tout de suite enchaîné en immobilisation. Ça fait donc du bronze pour une fille qui n’avait rien à faire là, d’abord parce que Tcheuméo devait la battre (1er miracle), ensuite parce qu’elle a perdu en quart puis… en repêchage, où on lui a accordé le waza-ari de son adversaire (2e miracle). En ajoutant cette erreur de la Chinoise, ça fait une défaite officielle et 3 miracles pour obtenir du bronze.

On a eu droit à une finale féminine entre Steenhuis et l’inévitable Japonaise de service, Shori Hamada. Je n’ai absolument pas compris comment les arbitres ont pu ne pas créditer la Néerlandaise d’un wara-ari après 2’09 de combat, elle avait le contrôle en haut, a crocheté, son adversaire a tenté de contrer mais sans y parvenir, Hamada est tombée sur le dos tout en essayant d’enchaîné sur la clé de bras… Si on accorde un Ippon au Cubain contre Clerget pour une prétendue poussée pendant le yoko-tomoe-nage du Français, on ne peut laisser passer cette action 1000 fois plus claire ! Le manque de cohérence interne dans l’arbitrage de ces ChM est flagrant. On a dû en passer par un golden score, rien n’était marqué, pas même une pénalité. Steenhuis souffrait physiquement, elle a dû entrer en mode survie, d’où un shido après 3’30. 40 secondes plus tard elle prenait la 2e pénalité pour sortie de tapis, l’obligeant à réagir. Cette fois on a fait appel à la vidéo pour vérifier l’impact de l’attaque dans laquelle elle a mis toute son énergie… Ça s’est joué à un demi-coude mis par la Nippone pour ne pas tomber sur le côté. A bout de 5’23, l’Oranje n’ayant plus du tout de jus, elle a rendu les armes sur une autre sortie de tapis.

C’est tout de même une grosse carotte, Hamada a obtenu le jour de ses 28 ans un titre qui aurait dû revenir à Steenhuis.

En quart, le Russe Niyaz Ilyasov a sorti Aaron Wolf, le champion du monde en titre, en faisant seulement le 3e Japonais (sur 15) à perdre avant les demi-finales. Il s’est ensuite retrouvé embarqué dans une petite finale très longue remportée au bout de 8’ de combat en bloquant les 2 jambes de Darwish par derrière au bout de la fatigue. Un combat de morts-vivants !

Wolf, qui n’a que 22 ans, jouait très gros. Une défaite en finale pour le bronze aurait fait de lui le seul de toute l’équipe – avant l’entrée en lice des lourds où chez les hommes le Japon n’est pas à l’abri d’une contre-performance – à rentrer sans médaille individuelle. C’est arrivé. Battu nettement par un –baatar mongole, Otgonbaatar Lkhagvasuren il risque de se faire insulter, peut-être même traiter de bâtard, car son père est américain. Jusqu’ici, c’était du 14 médaillés sur 14 engagés.

Liparteliani en finale contre Cho… Est-ce de nature à relativiser le parcours des Français, tous les 2 éliminés au 2e tour par ces hommes, ou plutôt de nature à leur laisser des regrets ? En les battant, ils s’ouvraient vraiment le tableau, ils avaient les moyens techniques et physique d’y parvenir, ils n’ont pas su ni le montrer, ni le faire.

Encore un golden score… Les combats sont trop souvent interminables ! Cho a fini par s’imposer au bout de 9’ sur un mouvement d’épaule. 2e titre pour la Corée du Sud, désormais 2e devant la France au classement des médailles.

Toutes ces finales conclues au bout de golden scores hyper longs étaient pénibles. A journée pénible, fin pénible.


En bonus, l'épisode du jour de Lecanu vs Bundes.