Il y a eu des surprises, à l’image de l’élimination d’Or Sasson dès son entrée en lice (piégé par le Sud-Coréen Kim), tout comme David Moura (dégagé par l’Ouzbek Bekmurod Oltiboev sur un gros Ippon, mouvement d’épaule à genoux). Telle mésaventure avait bien failli arriver à Hisayoshi Harasawa lors du premier combat de la journée (mené waza-ari), il a ensuite sorti Rafael Silva en golden score aux pénalités (un duel absolument dramatique niveau judo). Lukas Krpalek aussi s’est fait peur d’entrée, mené par le Néerlandais Grol et sauvé en fin de combat.

Yusei Ogawa, fils d’une légende des lourds, a pris hansoku-make au 3e tour pour avoir effectué une action interdite car dangereuse (il a emmené le bras de son adversaire dans le dos de celui-ci en lui tordant l’épaule et le coude). Si Aaron Wolf a terminé 5e (battu en petite finale) chez les -100kg, aucun Japonais n’avait encore été battu avant les quarts lors de ces championnats. Ça mériterait presque que son père le renie !

Avec ces surprises, on a eu un duel entre un Ouzbek et un Tadjik en quart au lieu d’un choc Japon-Brésil…

Autre surprise, Krpalek a été battu en quart en se faisant contrer par une action de bras de l’Azerbaïjianais Ushangi Kokauri. Un peu comme Clerget mais à une différence près, et non des moindres, Kokauri a repris le dessus sur l’action parce qu’il était encore en appui sur ses jambes, ce qui n’était pas le cas du Cubain contre le Français (en outre, il ne s’agissait pas d’une technique de sacrifice même si la première action lancée par le Tchèque était à l’origine de son déséquilibre).

Dans le foulée, encore une surprise, Harazawa a été vaincu sur Ippon par le Mongole Duurenbayar Ulziibayar sur un mouvement d’épaule à genoux. Pas de titre chez les lourds pour le Japon.

Ça nous a fait des demi-finales avec un Géorgien contre un Mongol et un Ouzbek contre un Azerbaidjanais. Guram Tushishvili est le seul favori à avoir tenu son rang, même s’il a bien galéré en quart contre Meyer (3’20 de prolongation, la table lui a annulé 2 fois son waza-ari après revisionnage). Soutenu par un clan géorgien très fourni, Tushishvili s’est qualifié sans trop de difficultés, suivi par Kokauri, au plus grand plaisir du public qui n’avait vu qu’un seul de ses combattants monter sur le podium.

Harasawa a remporté la petite finale pour offrir au Japon sa 16e médaille sur 18 possibles et 7 titres sur 14… en attendant de remporter le 8e par équipes, l’or lui est bien sûr promis.

Dans l’autre petite finale, Ulziibayar a fini par être récompensé contre Krpalek, là aussi en prolongation… Sur une action de bras en contre, mais en ayant ses appuis au sol pour pousser, ce qui change absolument tout par rapport à l’action fatale à Clerget. Ça n’a pas empêché le Tchèque de montrer son incompréhension.

Il faut le savoir, Kokauri était lui aussi géorgien. Mais ça, c’était avant. Désormais, il représente l’Azerbaïdjan et avait beaucoup plus à gagner qu’un titre mondial surprise, il pouvait devenir une superstar dans son pays d’adoption (avec les avantages que ça apporte). Alors il a envoyé dans tous les sens et créé la surprise en menant au score sur un contre enchaîné en immobilisation (qui n’a pas tenu assez pour marquer). Mais le waza-ari a été annulé par la vidéo. Sur cette action, alors qu’il était au sol, Tushisvili a attrapé la jambe de son adversaire mais la vidéo ne l’a pas sanctionné, ça lui aurait fait une 2e pénalité. Mais à 5 secondes de la fin, la logique a prévalu. Très beau Ippon sur mouvement d’épaule. Le Tuche géorgien a décroché le titre qui lui était promis en surprenant son adversaire. J’aurais bien aimé qu’à un Français succède un mec qui a du coq en lui… Kokauri (co)…

Chez les femmes (+78kg), j’aurais voulu voir Romane Dicko, championne d’Europe en titre, mais elle est blessée depuis plusieurs mois et en rééducation actuellement. Mais en équipe de France, on a de la ressource. Emilie Andéol a pris sa retraite, Romane Dicko n’était pas apte, on a donc engagé Anne-Fatoumata M’Bairo.

La 17e mondiale a hérité de Maria Suelen Altheman dès le 2e tour (qui, hormis pour une seule des 32 filles y participant, était en réalité le 1er tour). La Brésilienne est n°4 mondiale, elle a un gros palmarès et beaucoup d’expérience, contrairement à la jeune Française qui disputait ces championnats pour la première fois en tant que titulaire[1]. M’Bairo nous a fait un super truc en marquant waza-ari avec son spécial en contre (petit crochetage extérieur) sans toutefois pouvoir enchaîner au sol. Il restait 3’ à tenir. A plusieurs reprises, elle a commis l’erreur de rester derrière son adversaire puis est tombée sur le dos sur sa propre attaque, manquant de peu d’être contrée. Elle a seulement pris shido. Il restait beaucoup de temps au chrono, il lui fallait rester offensive pour éviter une autre pénalité, elle a donc encore essayé d’attaquer mais cette fois le contre est passé. Egalisation… mais non. Dans un 2nd temps le waza-ari attribué à la Brésilienne a été requalifié en Ippon. C’est tiré par les cheveux sur la manière, mais pas sur le fond, car l’impact le justifiait (si on compare avec les autres Ippons de la matinée). Malheureusement la Française s’est mise dedans toute seule par manque d’expérience : refaire systématiquement le même mouvement où en plus elle a tendance à se jeter pour emmener son adversaire au sol est une très mauvaise idée face à une fille qui a tant de métier, car si ça passe une fois, ça ne fonctionnera pas la suivante, et au 3e essai, l’autre aura trouvé la solution pour y répondre, voire en tirer profit.

Lors de ces championnats, les jeunes membres de l’équipe de France – quelques anciens aussi – se présentant en outsider face à un cador ont quasiment tous fait de la résistance, voire mieux, mais très peu auront réussi à passer cet obstacle. A l’image d’M’Bairo ils ont généralement eu la bonne attitude, se montrant conquérants et agressifs, ce qui ne suffit pas à ce niveau. Beaucoup ont été battus car ils ont commis une erreur tactique ou technique payée cash. En l’occurrence la Française ne s’est pas cachée, elle a été submergée par l’événement, a eu du mal à contrôler ses émotions, ce qui lui a fait perdre en lucidité, elle a envoyé ses attaques de façon précipitée.

Le bilan de 4 médailles (l’or pour Agbegnenou, l’argent pour Gahié, le bronze pour Buchard et Clerget) est plutôt bon si on prend en compte les absences de Riner et de Dicko, même s’il aurait dû être meilleur sans les craquages des 2 engagées en -78kg et si l’arbitrage avait été moins défavorable à Clerget[2] et Receveaux[3] entre autres.

Altheman a ensuite perdu en demi-finale contre la Cubaine Idalys Ortiz, qui mène désormais… 13-0 dans leurs confrontations. Ça s’est tout de même décidé au golden score. En petite finale, elle a ensuite pris Kayra Sayit (la turquisation de Ketty Mathé) pour une nouvelle défaite.

La finale féminine n’a réservé aucune surprise, on s’attendait à ce duel entre Sarah Asahina (vice-championne du monde des lourdes et championne du monde toutes catégories l’an dernier) et Idalys Ortiz (déjà 6 médailles mondiales dont 2 en or, 3 médailles aux JO dont un titre). On ne s’est pas franchement régalé. 2 pénalités chacune mais pas de marque avant le golden score, Ortiz essayait de rester active même si ses mouvements d’épaule étaient à la limite de la fausse attaque. L’épilogue allait survenir soit en raison d’une pénalité, soit à cause sur la fatigue… voire sur une pénalité causée par la fatigue. L’arbitre ne voulait manifestement pas décider de qui allait gagner, sauf si ça devenait vraiment irrémédiable. La Japonaise était plus fraiche, elle a secoué Ortiz, plus capable de répondre. Asahina a donc décroché son 2nd titre mondial, le 1er dans la catégorie (à 21 ans). Je me demande si elle a commencé

Les Championnats vont se terminer jeudi par les ChM par équipes mixtes. Ils ont très intéressant car le format a évolué, il s’agit de celui auquel nous auront droit aux JO pour l’introduction de cette épreuve au programme (à quelques petites différences près, je détaillerais à cette occasion). L’équipe de France a de grandes chances de monter sur le podium.


En bonus, l'épisode du jour de Lecanu vs Bundes.

Notes

[1] Elle a disputé les ChM toutes catégories l’an dernier.

[2] Je ne digère pas la décision vidéo de sa demie, elle ne soutient pas l’argumentation.

[3] Plus pour les pénalités que pour l’action finale de son quart de final.