En introduction, les auteurs – ou l’auteur, on voit tout le temps le même gars – commencent par tenter de se mettre en valeur en nous annonçant la plus grosse fuite de documents de l'Histoire. Mais attention, ça annonce aussi la couleur en faisant de l'ultra-simplification (gros titres aguicheurs) et en nous montrant qu'ils ont interviewé Lilian Thuram, le roi de l'indignation. Tu le lances sur le thème du racisme, il démarre au quart de tour, tel DSK dans un club échangiste. Au moins, on est prévenu, ce sujet d’Envoyé Spécial sera un véritable procès public, ou plutôt une série de procès en sorcellerie ou immoralité et de la pub (pour Médiapart) à partir de Leaks. Pas de l’information.

Premier énorme mensonge, on nous explique que «tout commence à Bruxelles» où ont été réunis 40 journalistes européens «spécialisés dans les enquêtes sportives»... alors que tout ce que sort Médiapart et ce qui est dans ce "reportage" le prouvent, ces entités ne connaissent et ne comprennent absolument rien au sport. Ils me font penser à Dechavanne en 2009 après la main de Thierry Henry. Une vision des choses de blaireau qui veut expliquer à un chef étoilé comment on fait cuire un œuf. Certains tocards se prennent pour des toqués.

La voix off nous dit qu'ils ont travaillé des mois pour analyser des dizaines de millions de documents. Put*in, des mois pour sortir ce reportage grotesque ? T'aurais dû prendre 20 minutes de plus pour aller voir les photos des équipes de jeunes du PSG sur Google images mon c*n, t'aurais compris que t'avais perdu des mois à bosser sur des fantasmes, ça t'aurait évité de passer pour un imbécile !

Ensuite débute le dialogue bien scénarisé et dramatisé – dialogue via messagerie instantanée, ses propos sont automatiquement traduits et lus par la voix électronique – avec le fameux "John", l'informateur. Selon lui, sa vie est en permanence en danger, les clubs et le crime organisé veulent sa peau et le traquent. Le téléspectateur lambda est poussé à croire que le PSG veut assassiner ce pauvre homme très honnête qui a récupéré par magie des dizaines de millions de documents internes sans pirater personne, sans commettre le moindre délit, sans corrompre qui que ce soit. Bien sûr, il fait ça de façon totalement désintéressée, raison pour laquelle il file ça à des médias plutôt que de tout balancer sur le net où n'importe qui pourrait les étudier. Ce John mériterait d’être canonisé de son vivant.

Puis très vite, l’idée énoncée étant de nous faire comprendre qu’au PSG, absolument tout se rapporte à l’argent, première incursion dans le monde des clauses contractuelles. Une pour Ney, une pour Cavani, une pour Mbappé. Aucune n'est choquante, ça fait partie de la négo ou des obligations imposées par le club. On nous parle alors de la clause d'éthique... en nous la faisant passer pour la rémunération du fait d'aller applaudir les supporters avant et après les matchs. Les joueurs – ça insiste bien sur Neymar – seraient donc payés extrêmement cher pour aller taper dans les mains devant les tribunes. Ils débitent leur couplet en montrant pendant assez longtemps des images de joueurs qui vont applaudir les supporters, histoire de bien nous encrer dans l’esprit la corrélation entre ces images et ces sommes présentées comme indécentes. Alors oui, dans le commentaire, on entend le mot "notamment", une façon de se couvrir en partie. Ils vous répondront qu'ils ne voulaient pas simplifier, qu’ils sont très honnêtes intellectuellement, qu’ils n’ont pas cherché à cacher les autres paramètres auxquels est conditionné le versement de la prime, ou plutôt son non-retrait. Seulement ils ne font aucune mention ni des nombreuses autres obligations mentionnées expressément, ni de ce qu'est réellement cette prime, à savoir la part du salaire mensuel (en général 10%) susceptible d'être retenue par le club en cas de comportements qui, dans tout pays où la loi le permet, aurait valu une amende. En France, le code du travail interdit les retenues sur salaire. Ce système existe au PSG depuis plusieurs années, il est de plus en plus généralisé dans les clubs sportifs professionnels français (pas qu'en foot) et on a déjà eu droit à ce genre de buzz médiatique sur le même sujet il y a quelques années. Tout journaliste spécialisé dans les enquêtes sportives et non désireux de faire de la désinformation le sait et l'aurait expliqué. Citer des cas – connus – dans lesquels des joueurs ont subi la retenue de cette prime n’aurait pas servi leur propos : cette prime, c’est (notamment) POUR APPLAUDIR LES SUPPORTERS.

Comme ça ne suffisait pas, voici le micro trottoir devant le Parc où on va chercher des réactions surprises voire indignées de "supporters" auxquels on apprend que les joueurs touchent ces sommes colossales juste pour applaudir. Premiers interviewés, un trio de messieurs qui ne parle même pas français. Et à chaque fois qu'il pose la question, le "journaliste" balance sa liste de chiffres en insistant sur le «notamment pour applaudir les supporters». Comble du ridicule, le gars va ensuite en conférence de presse après un match pour... poser la même question à Thomas Tuchel, l’entraîneur de l’équipe première ! Tuchel est gentil, au lieu de l'envoyer chier, il lui explique ce qu'est la clause d’éthique. Réponse du "journaliste" : "donc il n'y a rien d'anormal ?" (le mec fait le choqué). Au passage, si tu as pu entrer en salle de presse pour poser une question après un match, pourquoi ne pas avoir cherché à interroger les intéressés, à savoir les joueurs ? Tu demandais à Thomas Meunier, qui aime beaucoup parler, il t’aurait expliqué la nature de la clause d’éthique. Tu pouvais même lui demander sur Twitter, la probabilité d’obtenir une réponse avoisine les 85% avec lui (autant que la probabilité pour son adversaire direct de passer sur son côté sur les tentatives de débordement).

La voix off te conclut ce segment du reportage avec une belle phrase "l'éthique a donc un prix". Manifestement, quand on bosse à Envoyé Spécial, l'éthique a aussi un prix, malheureusement le budget de la rédaction ne suffit pas, donc on la met de côté.

Et là, 2e chapitre, on commence à te balancer que le club ne respecte pas les règles pour le recrutement des joueurs. On te sort... le cas Kays Ruiz. Mon Dieu, mais qu'a donc fait le PSG ? Il l'a piqué au Barça... en Espagne. Il y a donc là un transfert international de mineur. Bizarrement, A AUCUNE MOMENT le "journaliste" n’évoque la raison pour laquelle ce jeune a quitté le Barça. Le club catalan a été sanctionné par la FIFA pour avoir... recruté des jeunes joueurs étrangers en contravention avec toutes les règles. N'importe qui, un minimum renseigné, sait que ce jeune garçon s'est alors retrouvé dans un pays étranger et était obligé de rentrer en France, son pays, s'il voulait continuer sa formation. Dès lors, en toute logique, la règle FIFA concernant le recrutement international des mineurs ne s'applique plus. Il s'agit juste d'un jeune Français qui va s'installer avec sa famille dans une autre région de France (à la base, il vient de Lyon). Après, que le club prenne ses précautions en faisant envoyer une lettre à la FIFA par le père pour dire qu'il rentre en France avec son môme et va s'installer en région parisienne pour se rapprocher d'une partie de sa famille, ça n’a rien de louche. Ça signifie juste que le service juridique du club fait son travail.

On n’a pas le droit de payer les parents pour recruter les enfants, même si, en pratique, les clubs le font depuis des décennies. Financer le loyer de la famille par un moyen détourné en embauchant le père en tant que recruteur, «même s'il n'a jamais exercé ce métier» nous dit-on, est aussi très malin. La combine n’a rien d’innovant. Un peu borderline sans doute, tout dépend alors de la réalité de l’emploi en question. La formule utilisée semble signifier qu'il s'agit d'un emploi fictif. En réalité, s'il n'avait pas d'expérience professionnelle ni de diplôme pour être recruteur (un diplôme de recruteur, ça n’existe pas), il a probablement réellement travaillé pour le club. Sur ce point, notre grand journaliste d'investigation a enquêté, ce qui lui a permis d’obtenir le graal. Non, pas un scoop, pas une information, pas une réponse. Le graal, dans cette rédaction, ce n’est rien de tout ça.

«Pour attirer ce grand espoir, les dirigeants du PSG ont-ils créé un emploi de complaisance ?» Suspense !!!!!

Le mec, c'est un guedin, s'il avait été envoyé faire un reportage en Syrie, il se serait pointé en peignoir devant le QG de l'Etat Islamique pour demander à voir le chef et lui poser une question du genre "croyez-vous vraiment impressionner quelqu'un avec vos attentats à moins de 500 morts ?" Ce type n'a peur de rien ! Il débarque au centre de formation pour un match des U19 (où joue Ruiz, surclassé). Il me semble s'agir du mec qui avait déjà interrogé Tuchel (si le montage correspond à l'ordre chronologique), il est donc repéré et a très peu de chances d'entrer. Comme il n'espère que ça, il vient en caméra cachée et se fait rembarrer. BINGO ! Le graal a été obtenu ! Elise Lucet va le féliciter d’avoir cette séquence. Quand tu reviens avec ça à la rédaction de France Télévisions, tu débloques ta prime de fin d'année et t'as le droit de faire zizicoptère dans les couloirs sans risquer de plainte pour exhibition sexuelle. Le mec, tout fier, nous montre que sa présence dérange. En bonus, il a les images montrant des photos des personnes interdites d'entrée posées à l’envers sur une poubelle. On voit la ganache de sa patronne qui dépasse sous un talkie-walkie. Dans le monde de Loulou Nicollin[1], ça valait la double prime ! L’agent de sécurité reconnaît même que certaines personnes sont blacklistées – liste noire… à ne pas confondre avec liste de noirs, vous vouez le truc venir – comme Elise Lucet, qui fait, je cite, «parce qu’elle fait des reportages pourris». True story.

Oui, la méthode Elise Lucet a fait ses preuves, elle essaie de te faire croire que la preuve de la véracité de ses propos est dans le refus des mis en cause de lui répondre. Mais on te connaît, on sait que si on te répond, tu vas uniquement chercher à faire de la déstabilisation, de la mise en scène, ne pas tenir compte des arguments qui te seront opposés et faire un montage permettant de renforcer tes affirmations, mêmes fausses. On t’a vu faire des dizaines de fois dans tes émissions ! Un grand journaliste d'investigation aurait donc pour fierté et preuve de compétence de ne pas obtenir de réponse. Bêtement, je croyais que son job était de chercher à obtenir ces réponses, pas de se donner en spectacle.

A la fin du match, ils ont quand même interrogé le père de Kays Ruiz... bien sûr en caméra cachée, car ils sont très honnêtes, et en floutant sa tête. Ouais, sauf qu'on sait son nom, le nom de son fils... Le mec nie toute irrégularité, dit que tôt ou tard on saura qui a sorti ces histoires, qu'il est un employé du PSG et que s'il a des questions à poser, qu'il les pose à son employeur. Absolument aucun commencement de début d’indice permettant de qualifier son job d’emploi de complaisance ou d’emploi fictif.

Le comble du ridicule ? A la fin du segment, on nous dit que le jeune Ruiz a signé son contrat pro avec le PSG jusqu'en 2021. Et en fond, la photo de sa signature sur laquelle il pose devant le logo du club avec son maillot Ruiz 2021... Les yeux ou le visage des 4 personnes sur la photo (sur l’originale ils sont 5) ont été floutées, y compris celle du gamin. Pourtant il s’agit d’une photo publique… trouvée sur le compte Instagram du garçon.

Ils ont aussi le contrat à nous montrer, avec salaire et prime à la signature, "le tout, pour un joueur d'à peine 16 ans". Le mec qui fait le reportage, de 2 choses l'une : soit il découvre le football (et n'est donc pas spécialisé dans les enquêtes sportives), soit il nous prend vraiment tous pour des jambons ! Tout le monde sait que de nos jours les jeunes footballeurs très demandés ont une énorme valeur marchande et en tirent profit. Le football est une industrie de main d’œuvre, les joueurs en profitent à mort en faisant jouer la loi de l’offre et de la demande. Rien de nouveau.

Pour finir, Pipo – j’ai envie de l’appeler ainsi en l’honneur de sa patronne, connue pour sa célèbre punchline «pipeau-pipeau» balancée dans un reportage à grand renfort de pipeau à coulisse sortie devant un type médusé – nous dit que la FIFA s'apprêterait à lancer une enquête sur les conditions de sa venue, et que le club risquerait 1 an d'interdiction de recrutement. Bah voyons...

Le plus croustillant pour la fin ! Le cas du jeune Yann Gboho, qui aurait été recalé par le PSG… PARCE QU’IL EST NOIR !! Oh mon Dieu ! On nous montre son nom sur un document où est écrite la mention "a signé à Rennes". Euh... N’y avait-il rien de mieux pour illustrer l’affaire ? S’il a déjà signé ailleurs à ce moment de l’histoire… Ces fins limiers ont été mis sur la voie du scandale par le compte-rendu d'une réunion du 14 mars 2014. A propos du groupe U15, il y a en fait un verbatim de cette réunion. Marc Westerloppe, alors patron de la cellule de recrutement hors Ile-de-France, y aurait tenu ces propos, lisibles seulement si tu as un écran assez grand et fait arrêt sur image juste quand il le faut (j’ai eu recours au bouton image par image, seule solution). C'est assez flou, mais en s'approchant de l'écran, on peut lire «on ne va pas revenir sur ce sujet, on souhaite pas passer pour le vilain petit canard. Il y a un problème sur l'orientation du club, il faut un équilibre sur la mixité, trop d'Antillais et d'Africains sur Paris.» On lui répond «de quelle mixité tu parles ? Ethnique ? Culturelle ? Religieuse ? Sociale ? Pour cette dernière il n'y a aucun problème.» Un 3e intervenant ajoute «Il faut trouver le meilleur profil pour le haut niveau, c'est tout.» Réaction de Westerloppe «si le recrutement a été ouvert au national, c'est dommage de retrouver les mêmes profils qui sont déjà sur Paris, c'est une demande de la Direction». Un 4e dit «sauf que ça ne doit pas être une question ethnique mais de talent».

Etrangement - ou pas - la premier phrase est montrée en gros plan, amputée de "il faut un équilibre sur la mixité". Puis on nous montre aussi en gros "c'est une demande de la direction". Rien d'autre n'est repris. On n'a donc jamais la moindre mention de la mixité, qui est pourtant au centre du débat. Il y aurait «trop de noirs» ! TROP DE NOIRS ON VOUS DIT !!!

Le but est clair et non dissimulé, on veut nous vendre que le PSG aurait une politique discriminatoire fondée sur un critère ethnique. Et là, tu t'attends presque à voir Vador débarquer sur sa musique signature et te dire que le PSG a rejoint le côté obscur... où il n'y a pourtant jamais assez de noirceur.

Ensuite, on interroge un ancien recruteur à la fois anonyme et ne se sachant pas enregistré. Sa voix est trafiquée... Il dit ceci : «la direction parisienne avait quand même annoncé la couleur (pouet pouet), en annonçant qu'il fallait avoir plus ou moins tendance à prendre un peu de blancs par rapport aux "blacks"». Puis 2 autres recruteurs avec des voix trafiquées autrement. Pour le premier, «si vous avez vingt "blacks", vous allez être en difficulté au niveau de l'encadrement. Si les mecs se mettent à boycotter le groupe, on est cuit. Et l'entraîneur c'est pareil.» Pour le 3e, quand il était au PSG et que Marc Westerloppe était à la tête du recrutement, «alors j'vous l'dit en off un peu, on ne recherchait pas des profils "blacks" costauds, etc. On recherchait plutôt des footballeurs avec une bonne intelligence de jeu.»

Donc ça, c'est vrai, c'est de la discrimination, c'est terrible... parce que c'est terriblement mal expliqué, on nous balance 2 ou 3 phrases de l'un ou de l'autre choisies dans des conversations qui ont pu durer un certain temps. On n'a droit qu'aux phrases de nature à choquer, les éléments de contexte, on ne laisse pas les intéresser nous dire comment ça se passait concrètement, quels étaient réellement les critères de sélection, qui ça a concerné dans les faits (si ça a concerné quelqu’un).

L'idée de prendre «un peu de blancs», qui en pratique est même un tout petit peu (vous pouvez constater par vous-même sur la photo tout en haut de la page, il y en a 2 ou 3 dont un gardien sur les 29 joueurs du groupe U17 auquel aurait pu faire partie Yann Gboho), l'histoire des «20 "blacks"», ça correspond à la mixité dont parlait Westerloppe dans le passage volontairement omis par notre ami le grand journaliste d'investigation à l'honnêteté intellectuelle évidente. Quand dans un groupe tu as beaucoup de personnes de la même origine, elles ont tendance à se regrouper et à s'auto-contrôler. Au risque pour leurs éducateurs ne pas avoir de prise sur ce groupe. Combien de fois a-t-on entendu parler du "clan des Brésiliens" concernant l'équipe première ? Chez les jeunes, le risque est encore plus grand. Dans tous les groupes sociaux, a fortiori chez de jeunes sportifs, veiller à la mixité (sous tous ses aspects) est un moyen d'éviter les phénomènes identitaires négatifs tout en favorisant l'apprentissage du vivre ensemble. C'est aussi le cas à l'école. En pratique, à défaut de l’expliciter et de l’admettre, tous les clubs essaient d’avoir une diversité et une mixité dans leur centre de formation. Un hasard ? J’en doute. Les joueurs pros sont amenés à appartenir à des effectifs où se mélangent plein de nationalités, de cultures, il est bon d'éviter de les mettre dans une situation d'entre-soi pendant la période qui doit les former à devenir des footballeurs professionnels.

Avec 20 à 30 ans d’expérience et de recul sur la nouvelle donne du football, tant sur le plan purement sportif que dans les domaines des finances et de la formation (il y a des milliers de recruteurs partout, beaucoup de concurrence étrangère, les clubs se volent des joueurs en permanence, les revenus tirés des indemnités de transfert et de formation en ont fait un véritable business), les clubs professionnels ont dû faire évoluer leurs méthodes, leurs critères de recrutement. Ils ont aussi appris de leurs erreurs, notamment la discrimination subie par certains profils pas assez physique, presque systématiquement écartés a priori pendant des années. Oui, la différence entre «"blacks" costauds» et "footballeurs avec une bonne intelligence de jeu" est discriminatoire. Dans le cas présent, elle l’est entre les... «"blacks" costauds» de Province, pas invités, contrairement à ceux d'Ile-de-France. Quiconque a regardé des matchs des jeunes du PSG le sait, on en forme plein, dont certains sont très habiles de leurs pieds, contrairement à ceux à qui on doit le stéréotype de l'armoire à glace aux pieds carrés, née d'une simple réalité vérifiée pendant des années. Avant, dans des clubs comme le RC Lens, si tu n'étais pas un grand noir baraqué, tu ne passais même pas le premier cut. Désormais, en règle générale, pour être sélectionné, il faut d’autres qualités que le simple physique.

Cette différence entre «"blacks" costauds» et «footballeurs avec une bonne intelligence de jeu» signifie que si tu n'es pas costaud, tu as ta chance, d'où que tu viennes, à condition d'avoir une grande intelligence de jeu (rien à voir avec la couleur de peau, même si dans l’esprit de certains recruteurs il est probable que les vieux préjugés perdurent) et un très bon niveau technique. Si tu ne viens pas d'IdF, il faut vraiment avoir quelque chose de spécial pour intégrer le centre de formation du PSG.

Toute personne connaissant le football aurait fait le rapprochement avec l'histoire des quotas à la Direction Technique Nationale de la FFF, qui n'était pas une histoire de couleur mais un mélange de problématique de binationalité (pas en cause dans le cas du PSG) et de diversification des profils de joueurs. On avait compris que rejeter les gamins en raison d'un potentiel athlétique jugé pas extraordinaire était une connerie. Certains clubs ont voulu changer de stratégie, parfois à l'excès, mais souvent de façon salutaire. Ne recruter que sur le physique et en rien sur les qualités footballistiques relevait de l'imbécilité pure.

«En France, la discrimination ethnique est passible de 3 ans de prison et 45000 euros d'amende.» Etrangement, on n'a pas eu droit à «l'équivalent de 4 minutes d'applaudissement de Neymar devant les supporters». (#désolé)

On arrive au passage où ça attaque Olivier Létang... que Weserloppe a rejoint en mars dernier au Stade Rennais. Attention, ça devient un reportage sur la mafia, il y a clairement association de malfaiteurs !

Aux grands sujets, les grands moyens ! Le gars profite de Rennes-PSG pour s'immiscer en zone mixte parmi les journalistes. Pour parodier la pub BUT sur les arbitres, "on a la même carte de presse, mais on ne fait pas le même métier". Et là, il chope Westerloppe, dont la réponse est «c'est un faux». Le gars, tu le prends à brûle-pourpoint, tu lui montres à peine le document que tu cites à ta sauce – très parcellaire et orientée – et tu balances des accusations. Ce que tu cherches, c'est clairement de le mettre sur la défensive pour qu’il refuse de te répondre. Sinon, pourquoi ne pas avoir fait le même coup du lâche qui filme en caméra cachée ou enregistre les conversations téléphoniques ?

Heureusement, un recruteur a accepté de leur en dire plus... Serge Fournier était détecteur de talents pour le PSG en Normandie... jusqu'en juin dernier. Aurait-il été viré ? Manifestement, il n'est plus tout jeune, et quand tu l'écoutes, tu as l'impression d'avoir devant toi le petit vieux en train de se faire escroquer par un représentant de commerce chasseur de papis et mamies en situation de faiblesse. Il ne se fait pas vendre des trucs dont il n'a pas besoin et qui vont lui coûter 3 ans de retraite, il ne fait que s'incriminer en expliquant avoir participé à un fichage ethnique. Le tout en sortant des propos à la fois super racistes et des propos qui vont dans le sens totalement inverse. Manifestement, il ne se rend ni compte de ce qu'il dit, ni de ce qu’il fait en recevant notre héros des temps modernes chez lui.

Il allume son PC pour montrer le tableau Excel avec la fameuse case "origine" où on trouve les 4 possibilités, à savoir Français, Maghrébin, Afrique noire, Antillais. On nous dit bien à chaque fois qu'il s'agit du document «proposé par le PSG». Le commentaire «la couleur de peau comme critère de recrutement de jeunes Français». Ah ? Donc Antillais, c'est une couleur ? Français, c'est une couleur ? Maghrébin, c'est une couleur ? Afrique noire, c'est très différent d'Antillais au niveau de la couleur de peau ? Que ces 4 catégories soient grotesques est une évidence, mais hormis pour "Français", la classification la plus improbable et insensée (à la limite, puisqu’il s’agit d’un fourre-tout sans rapport avec la nationalité, "autre" aurait plus tenu la route pour réellement opérer un fichage ethnique cohérent, car quid des Asiatiques, des autres Européens ou encore des Sud-Américains ?), il s'agit de l'origine, pas de la couleur, qui n'est qu'une donnée corrélative à l'origine. Si tu as fait déjà tout le reste de l'enquête avant de trouver ça, tu l'as bien compris, à moins de refuser de le comprendre. Heureusement, pour l’aider dans sa démonstration, il a notre retraité aux propos peu cohérents.

-«Français ça veut dire blanc, c'est ça ?%% -Bien sûr.
-Et Maghrébin ?
-C'est l'arabe, c'est le (je n'arrive pas à comprendre le mot, j’ai essayé plusieurs fois)... Africain, c'est le black-black. 
-Et ça a un intérêt sportif pour vous ?
-Non, sans plus, sans plus, personnellement je n'y attache pas d'importance. Faut savoir que bon, y a les p'tits Français, y'a les "blacks" et puis les gris, c'est la France maintenant, il faut l'accepter…»

Pardonnez-le Seigneur, il ne sait pas ce qu’il dit ! Autant vous dire que devant mon écran, j’étais pour le moins surpris par ces propos teinté d’un racisme dont il ne semble pas avoir conscience, sinon jamais une personne saine d’esprit ne dirait ça à la télé. La façon dont il enrobe tout ça me fait penser qu’il a dû se rendre compte à un moment d’être en train de sortir des horreurs.

Je me suis rendu compte en me relisant qu’il ne parlait pas de l’Antillais. C’est quoi ? Marron ? Gris foncé ? La question n’a pas été posée. Pourtant elle s’imposait. A la place, notre cher ami lui a demandé si ça ne le choquait pas de faire la différence entre ces catégories alors que les Africains, Antillais et Maghrébins sont également français (ce qui n'est pas toujours vrai, comme les joueurs classés dans la catégorie "Français" ne sont pas forcément français, comme j’en ai déjà fait la remarque).

«Ouais ouais, si... mais bon, je ne me suis jamais posé la question»… et là, on le coupe au montage alors qu'il semblait sur le point de poursuivre sa phrase. Peut-être pour dire un autre truc aussi hallucinant que générateur de malaise, mais de toute façon, il était mieux de couper pour que notre candidat au prix Pulitzer enchaîne de façon dramatique avant...

L'INTERVIEW DE THURAM !! MAIS OUI !! On lui fait écouter des extraits du reportage, on lui montre certains documents. Ce n'est pas très long mais il fallait ajouter ça pour mettre un peu de pathos et de gravité au reportage

«Nous avons sollicité la direction du PSG, mais ni le directeur général Jean-Claude Blanc, ni le président Nasser Al-Khelaifi, n'ont accepté de nous répondre.»
Il voulait ajouter «un Blanc à la tête du club, comme par hasard, avec un arabe président pour tromper leur monde", mais ça a été retiré au cut final, ça aurait fait un peu too much.

Après des semaines, le PSG accepte finalement de les recevoir, mais sans dire qui sera l'interlocuteur. Et là, surprise du chef, c'est Malek Boutih ! Pas besoin de présenter l'ancien président d'SOS Racisme et ancien député, si ? Un sacré coup dur pour notre M. Vérité du service public audiovisuel ! Boutih explique ce que fait le club depuis de nombreuses années pour la lutte contre le racisme et pourquoi le PSG l’a sollicité pour répondre sur ce sujet. Répondre, il le fait très bien, avec beaucoup de clarté, sans esquiver, mais le journaliste ne veut pas y croire, il veut absolument que Jean-Claude Blanc ait été au courant de tout et ait couvert ce système. Documents à l'appui, puisqu'en 2014, ce dernier a reçu Westerloppe au sujet de la fameuse réunion de 2014. Averti par le comité d’entreprise (1 mois ½ après les faits) de ces propos pouvant laisser penser qu'il tenait compte d'un critère ethnique dans le recrutement des jeunes, il a été convoqué pour un entretien préalable à une éventuelle sanction. Le courrier est limpide, il y a eu enquête interne puis cette convocation le 17 juin 2014, l'entretien a eu lieu le 27, Westerloppe a nié très fermement, puis a confirmé sa position dans un courrier recommandé le lendemain.

«Au regard des explications que vous nous avez fournies, nous comprenons que les termes du compte-rendu litigieux ne reflètent absolument pas vos pensées et que vos propos ont été déformés.» D'où aucune sanction. «Ceci étant, nous vous invitons, à l'avenir, à veiller à faire preuve de la plus totale clarté dans vos propos afin d'éviter toute mauvaise interprétation sur un sujet aussi sensible. Par ailleurs, à l'effet de dissiper tout malentendu, il nous paraît effectivement opportun d'organiser une réunion à laquelle seront conviés les membres du département formation.»

Là aussi, ils ont coupé beaucoup de choses dans le reportage, j’ai encore dû faire arrêt sur image.

Après la fin de l'explication de Boutih affirmant que les dirigeants n'étaient pas au courant des fiches, la voix off se permet de dire «4 ans après le début de ces pratiques douteuses, le PSG promet enfin de prendre des mesures». Mais il est bouché ou il refuse de comprendre ? Et toi, 4 ans après que ta femme ait débuté sa relation avec le facteur, mais quelques jours après avoir appris que ce dernier ne bourrait pas que la fente de ta boîte aux lettres, as-tu prix des mesures ?

Pour finir, le justicier de France Télévisions revient sur Yann Gboho : «Ironie de l’histoire, avec son nouveau club» – qui est le Stade Rennais, le club de Létang et Westerloppe, ça aurait mérité d’être précisé, non ? – «le jeune Yann Gboho, DONT LA COULEUR DE PEAU SEMBLAIT ETRE UN PROBLEME POUR CERTAINS DIRIGEANTS PARISIENS, a marqué et éliminé Paris en demi-finale du dernier championnat de France des moins de 17 ans.» Put*in, c’est trop bête, si en plus de diffuser les images de son but tu avais pris 30 secondes pour les regarder, tu aurais remarqué que dans l’équipe du PSG lors de ce match il y avait 9 joueurs noirs plus Aouchiche et Ruiz-Atil, qui entreraient dans la catégorie "Maghrébins", et 5 remplaçants noirs. A l’évidence, la couleur de peau explique pourquoi Gboho n’a pas signé au PSG, il y avait déjà trop de noirs… Au PSG, si vous voyez un blanc à un poste offensif dans les catégories d’âge où pourrait évoluer, prévenez-moi. La théorie de la discrimination à l’encontre en raison de la couleur de peau ne tient pas 3 secondes à l’épreuve des faits. Il était pourtant si simple de vérifier…

A la fin du sujet, on apprend qu’ils ont bossé à 7 pour sortir ça. On lit aussi © Premières lignes télévision. Déjà, le copyright, en France, ça n’existe pas, mais passons. Là, je remarque qu’en fait il s’agit d’une agence de presse et boîte de production. Conclusion, les auteurs de ce reportage ne sont manifestement pas des salariés de France Télévisions, ce qui, je l’avoue, bousille un peu certaines de mes vannes, seulement à moitié, puisqu’elle produit Cash Investigation, l’autre émission d’Elise Lucet. Ça reste une sorte de détournement de fonds publics de mon point de vue puisqu’une boîte extérieure a reçu de l’argent issu de la redevance audiovisuelle pour effectuer un travail orienté, parcellaire, totalement à charge, éthiquement douteux.

Ensuite, Elise Lucet recevait Roxana Maracineanu, notre nouveau ministre des sports, qui forcément ne pouvait connaître le fond du sujet, on a juste dû lui montrer le reportage. Aucun intérêt, que voulez-vous qu’elle dise, hormis faire que des réponses politiques ? Je n’ai même pas pris le temps de regarder, j’en suis resté là.

Dommage de ne pas avoir utilisé ces minutes d'antenne pour évoquer la suite de l'enquête, celle concernant qui aurait dû être effectuée. Avoir autant de documents sous la main et ne pas être foutu de les exploiter correctement… Il y avait pourtant beaucoup à en tirer. Ainsi, toute personne au courant de la polémique sur les fameux "quotas" dont il était question à la DTN il y a quelques années se devait de faire le lien et se serait interdit de se cantonner au cas du PSG, même si on lui a commandé un super à buzz centré sur le PSG. Il fallait enquêter auprès des recruteurs des autres clubs (faciles à trouver, ils pullulent au bord des terrains de foot de France), voire mêmes des centres fédéraux, afin de découvrir l’étendue des pratiques dénoncées. Marc Westerloppe, l’homme le plus montré du doigt, a bossé dans d'autres clubs, pourquoi ne pas s’enquérir des méthodes employées ailleurs. Quid des stéréotypes dont il est question ? N'existent-ils pas ailleurs ? N'y avait-il pas lieu de faire un peu d'investigation ? Je ne demande pas de passer 2 ans à s’infiltrer dans le milieu, juste de réfléchir un peu, d’enquêter un peu… Ah pardon, j'oubliais que de nos jours, la définition du journalisme a changé, vendre est devenu la priorité, pas informer.

En outre, je m'étonne qu'à aucun moment il ne soit question du travail de l'autre cellule de recrutement du centre de formation, celle consacrée à la région parisienne et qui, en pratique, effectue l'immense majorité du travail (puisque le club recrute essentiellement en IdF, les recrutements extérieurs sont excessivement peu nombreux, véritable raison pour laquelle Yann Gboho ne faisait pas figure de priorité pour le PSG). Rien à dire la concernant ? Pourtant, sur les 70 millions de documents de ces "Football Leaks", il doit bien y avoir des mails ou des comptes rendus de ses réunions, non ? Au passage, je remarque que ces fameuses fiches de la cellule dirigée par Westerloppe n'ont manifestement pas été obtenues par ce biais (c'est ce que montre la construction du reportage, ils les doivent manifestement à Fournier, pas aux "Leaks"). Si aucune de ces fiches n'apparaissant dans les documents internes piratés, qui semblent pourtant assez exhaustifs, rien ne permet de penser que les dirigeants du PSG (J.C. Blanc et O. Létang) en ont eu connaissance. Ce ne sont que des documents internes aux cellules, dans aucune entreprise on ne peut demander aux patrons d’avoir connaissance de tout ce qu’écrivent les employés au cours de leurs activités professionnelles. Dès lors, pourquoi lancer ces accusations gratuites et diffamatoires ? Pour donner du poids au "reportage" ?

Le PSG enquête sur ces pratiques depuis qu’il a connaissance de ce "fichage ethnique", à savoir depuis qu’il en a été averti par les auteurs de ce reportage. Si la mention des origines est illégale et sévèrement punie par la loi sans aucune nuance, elle n’a clairement généré aucune discrimination. Il semble que ce genre de fiches existe dans de nombreux clubs, les recruteurs n’ayant souvent pas conscience et encore moins connaissance de leur illégalité. Mais une chose est sûre, d’ici la fin de la semaine, tout aura disparu… Si jamais un responsable de centre de formation veut réellement faire de la discrimination, rien ne l’en empêchera. Dans l’immense majorité des cas, pas besoin d’avoir la mention de l’origine pour la deviner. T’as envie de prendre un joueur moins fort qu’un autre au motif que son origine ne te convient pas ? Tant pis pour toi. J’ai toutefois beaucoup de mal à imaginer que ça puisse se produire dans ce monde où des gamins de 16 ans peuvent rapporter 20 millions d’euros à un club (voir le cas Geubbels, transféré de Lyon à Monaco l’été dernier). Certains sports loupent des talents faute de monde pour les dénicher, en revanche, en football, si un jeune a un gros potentiel, il est absolument certain d’être recruté par un centre de formation, la détection ne laisse personne sur le bord de la route.

L’obtention et la divulgation de ces documents posent beaucoup de questions. Tout comme la façon dont ils sont présentés au public de façon parcellaire et feuilletonnante, loin des objectifs annoncés par "John". Ces journalistes n'avaient pas envie de s'emmerder à se poser ces questions, ils n'avaient pas envie de chercher des véritables réponses, préférant chercher des refus de répondre aussi spectaculaires que peu instructifs, préférant romancer et créer de l’indignation de bas étages. Par conséquent, ce sujet (long d'une grosse demi-heure) nous en apprend plus sur ses auteurs que sur les secrets du PSG. Dommage…

Je ne saurais que trop conseiller aux employés du service public audiovisuel responsables de ce sujet d'appeler M6 pour participer à La France a un incroyable talent. Le golden buzzer semble avoir été créé pour eux. Faire le buzz est leur incroyable talent.

Note

[1] Vous aurez remarqué l'allusion aux poubelles.