EUH… MAIS C’EST QUOI LE PROJET AU JUSTE ?

L’E.C.A. (Association Européenne des Clubs) nous préparerait une nouvelle Ligue des Champions presque fermée à partir de 2024. Il y aurait 4 poules de 8, soit un total de 32 équipes, comme actuellement. Les 4 premiers de chaque groupe se qualifieraient en huitièmes de finale. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, on pourrait croire n’assister qu’à une nouvelle manifestation de la volonté éminemment critiquable mais récurrente qu'ont les instances sportives de multiplier les matchs à vendre aux diffuseurs. Un grand classique du sport actuel (les fédérations de volley, de basket ou encore de handball le font toutes dès que possible, tout comme celles… de football). Seulement, ça ne s’arrête pas là. En effet, la particularité de cette formule serait de contenir son mode de qualification pour l’édition suivante. Les 5 premiers de chaque poule seraient ainsi qualifiés pour la saison suivante, ce qui fait déjà 20 clubs, plus les 4 vainqueurs des barrages entre les équipes ayant terminé 6e et 7e de ces poules. On en est à 24 clubs conservant leur place et 8 rétrogradées en Europa League qui seraient remplacées par 8 autres, à savoir les 4 demi-finalistes de l’Europa League et, a priori, 4 champions d’autres pays non qualifiés autrement. Ceci dans la limite de 5 représentants maximum par championnat national.

Pourquoi ? Pour assurer aux gros de conserver leur place ou de rapidement la retrouver en cas d’accident industriel (un gros rétrogradé à cause d’une saison sans aurait de très fortes de chances de retrouver très rapidement sa place grâce à l’Europa League), mais aussi pour feindre une ouverture de la compétition à des clubs "méritants" sportivement… destinés à être les faire-valoir des gros lors des poules en assurant un très léger turnover (et une impression de fraicheur).

RETOUR AUX SOURCES.

Revenons en arrière. Début 2008, l’ECA a pris la suite du G14, qui regroupait les plus gros clubs d’Europe et a accepté de se dissoudre au moment où Michel Platini a été élu président de l’UEFA, comme si l’ancienne star de la Juventus était parvenue à faire rentrer dans le rang cette organisation élitiste. La manœuvre était habile : légitimer Platini aux yeux des "petits" dont il se faisait passer pour le défenseur… en masquant au mieux la réalité, à savoir que le cartel avait placé son homme de main à la tête de l’UEFA. Platini a toujours été à la solde des gros et de l’argent, je l’ai dénoncé dès le début. La réforme Platini ? Toujours plus de clubs anglais, espagnols, allemands et italiens qualifiés directement en LdC. La prétendue ouverture à des petits n’aura jamais été autre chose qu’un leurre. Le "fair-play financier" ? La création d’un système anticoncurrentiel ayant UNIQUEMENT pour objectif d’entraver le développement de nouveaux entrants sur le marché et leur ascension jusqu’aux sommets du football européen, ceux où logent les membres du cartel (Bayern, Juve, Barça, Real, Manchester United). Le FPF, un mécanisme officiellement créé avec les clubs pour éviter les dérives… Oui, il a bien été créé par certains clubs de façon à ne pas être embêtés tout en mettant un maximum de bâtons dans les roues des «nouveaux riches»… Là aussi, si vous me lisez de temps en temps depuis une grosse décennie, vous l’aviez compris avant que le grand public – et les médias, y compris spécialisés – n’en prennent conscience.

Le cartel a pu lancer ce mouvement grâce au pouvoir obtenu par Platini, depuis il l’entretient. Pire, il tente de le durcir en fermant de plus en plus la Ligue des Champions pour s’accaparer durablement ses ressources – évitant par la même occasion que d’autres les obtienne – et protéger ses propres investissements. Il essaie de valoriser au "mieux" la poule aux œufs d’or en s’emparant d’un maximum de dates et créneaux dans le calendrier (dont un samedi pour la finale et 4 semaines pour les 8e de finale de la LdC, sans oublier l’étalement des matchs en semaine avec de la LdC à 19h et 21h au lieu de 20h45 comme avant) afin de vendre aussi cher que possible les droits de diffusion de la compétition, quitte à en limiter l’exposition en la cédant à des chaînes à péage comptant très peu d’abonnés. Dernière mesure en date, modifier le fair-play financier pour le rendre plus contraignant au détriment de ceux qui ont réussi à se développer malgré tout.

ON N’A PAS LE MÊME BALLON… ET PAS SEULEMENT.

En gros, ce qu’on nous annonce, c’est une sorte de copie de l’Euroligue de basket, même si cette dernière va encore plus loin en étant encore plus fermée et sur invitation. Sauf que le foot, ce n’est pas le basket. Et l’Euroligue, ce n’est pas LA compétition de référence, il y a la NBA au-dessus.

Actuellement, l’Euroligue fonctionne avec une poule unique de 16 clubs qui se rencontrent tous au rythme de 2 matchs en semaine jusqu’en mars, puis les 8 premiers se qualifient pour les playoffs. Ça fait 30 matchs de saison régulière, des quarts au meilleur des 5 matchs (1er contre 8e, 2e contre 7e, etc.) puis un final 4 avec demi-finales et finale sur un match. L’idée de cette réforme annoncée de la Ligue des Champions est sensiblement la même, à savoir multiplier les matchs de poule (14 au lieu de 6), sachant qu’en football, on ne peut jouer que 2 fois par semaine, pas 3 ou 4 comme en basket (les matchs durent sensiblement aussi longtemps pour le (télé)spectateur mais les 40 minutes de temps de jeu sont beaucoup plus réparties entre joueurs et interrompues par les nombreux temps morts, les contacts sont nettement moindres, les efforts très fractionnés et plus courts compte tenu de la taille du terrain, un mec qui parcours 12 kilomètres en LdC et un qui joue 28’ en Euroligue ne finissent pas dans le même état), les 14 matchs de poule en foot correspondent aux 30 en basket, ça utilise sensiblement le même nombre de semaines…

Seulement voilà, les différences entre le football et le basket sont gigantesques à tous les niveaux. Pas seulement physiques (dimension qui prend aussi en considération la profondeur des effectifs, 12 à 15 joueurs en basket, jusqu’à 25 sur la liste UEFA sans compter les jeunes). Culturellement, structurellement, tout diffère.

Le centre de gravité du basket n’est pas l’Europe, il s’agit des Etats-Unis. Le véritable pouvoir n’appartient pas à la FIBA – la FIBA n’a même pas la possibilité d’imposer des règles universelles, alors imaginez la puissance de la FIBA Europe ! – mais à la NBA (qui a ses propres règles), graal de tout joueur dans le monde et modèle à l’Euroligue. Les compétitions internationales n’ont qu’une valeur relative dans la mesure où si les JO font rêver, représenter son pays n’est pas valorisé par les clubs (ou plutôt franchises), bien au contraire. Faire l’impasse sur la sélection ne choque quasiment plus, beaucoup se font naturaliser pour représenter artificiellement un autre pays, souvent contre un passeport de complaisance. Si chaque pays a sa formation, en pratique on trouve des Américains (parfois majoritaires) dans quasiment tous les clubs professionnels du monde car la NCAA sort chaque année un nombre hallucinant de basketteurs dont une toute petite partie – les meilleurs – part en NBA, voire en G-League (la ligue de développement)… Proportionnellement ils sont infiniment plus nombreux que ne le sont en football les Brésiliens, Argentins et Français réunis. Le système de formation est ainsi en grande partie externalisé et commun, il repose beaucoup sur la draft. Les championnats nationaux ne sont pas toujours nationaux à l’image de la Ligue Adriatique (ABA League) et de la VTB League (Russie et Europe de l’Est) qui regroupent plusieurs pays, ils n’ont donc pas toujours une importance folle, une valeur ancrée dans la tradition et l’histoire locale. Quant au système des transferts et des contrats, il est incomparable, un joueur pouvant passer d’un club à un autre ou d’un championnat à un autre à peu près n’importe quand, venir effectuer une pige de quelques matchs, repartir… Généralement les mutations concernent des joueurs libres, il y a parfois des indemnités, notamment pour rompre un contrat et partir en NBA, toutefois elles restent très modestes. Les très gros contrats avec des salaires monstrueux ne concernent que certains joueurs NBA, où pour passer d’une franchise à l’autre il faut soit être agent libre, soit être échangé contre d'autres contrats représentant une masse salariale relativement équivalente ou encore des tours de draft, le tout en respectant les règles du C.B.A. (la convention collective négociée entre le syndicat des joueurs et les propriétaires des franchises). Les contrats des joueurs ne représentent pas les actifs majeurs des clubs. Quant à la clientèle des clubs européens, elle reste essentiellement locale, on trouve parfois des ultras mais pas réellement de tradition des déplacements.

L’ARME ATOMIQUE.

En football, si le centre de gravité se situe clairement l’Europe et si la Ligue des Champions est indéniablement la compétition de clubs qui fait rêver tout le monde, les joueurs ont tous un rêve encore plus grand : être internationaux et briller en Coupe du monde, voire remporter un Euro, une Copa America, une CAN… Le statut de star s’acquiert en grande partie en portant le maillot de son pays. Le poids des sélections est incomparable avec ce qu’on connait en basket. Il en va ainsi de même concernant le poids des fédérations internationales. Pour illustrer le poids des sélections, je pourrais évoquer le cas d’un garçon qui a dit ne pas avoir l’intention de s’entretenir physiquement au cas où une blessure amènerait le sélectionneur à penser à le faire intégrer le groupe pour la Coupe du monde en Russie en tant que 22e joueur (celui qui a le moins de chances d’entrer en jeu hormis le 3e gardien)… Il n’a même pas refusé une sélection mais une éventualité d’improbable sélection (être réserviste), pourtant son cas a nourri les unes de la presse pendant des semaines comme s’il avait violé et tué une famille entière… En basket, un mec qui aurait été titulaire en sélection préfère passer son été à travailler individuellement plutôt que de disputer un Euro, ça passe crème. Arrêtons de nous faire peur, si l’UEFA et la FIFA montrent à leur tour les muscles en menaçant de priver de sélection ceux qui participeraient à une Ligue des Champions privées, elles obtiendront gain de cause. Idem si les fédérations nationales prenaient cette initiative en cas de complicité de l’UEFA avec le cartel. Je n’imagine en effet pas une seule seconde que les joueurs puissent se ranger derrière les dirigeants des quelques membres du cartel décidés à imposer leur puissance au reste du monde. Ayant trop à y perdre par rapport à la situation actuelle, les principaux acteurs du football – ceux présents sur le terrain – feront nécessairement pression sur leurs employeurs pour bloquer toute velléité de sécession semblable à celle constatée en basket entre la société privée qui organise l’Euroligue (ainsi que l’Eurocup) et la FIBA. Celle-ci a tenté d’imposer ses propres compétitions européennes (la Basketball Champions League et la FIBA Europe Cup), de refondre le système des sélections nationales en créant ses fenêtres internationales en cours de saison et de construire une Coupe du monde sur le modèle… du football. Si la compétition finale a une chance de tenir la route, les qualifications se sont transformées en fiasco. La FIBA s’y est prise au moins 20 ans trop tard, ça ne pouvait pas fonctionner, impossible de gagner un bras de fer contre un type dont le bras est 2 fois plus gros que ta cuisse. Résultat, on a désormais rien de moins que 4 compétitions européennes de basket sans queue ni tête, avec des modes de qualification incompréhensibles et une lisibilité nulle… au détriment du sport lui-même. Les clubs de foot sont tous contraints par les trêves internationales imposées par la FIBA, ce qui prend à chaque fois l’équivalent de 3 dates dans le calendrier (on pourrait placer 5 matchs de basket dans cette période… et en pratique l’Euroligue se carre complètement des nouvelles fenêtres de la FIBA, ce qui aboutit au paroxysme du ridicule, à savoir des matchs internationaux disputés par des équipes C ou D[1] et à la non-qualification pour la Coupe du monde des champions d’Europe en titres de la superstar Luka Doncic, sorte d’Mbappé du basket). Avec cette formule de Ligue des Champions de football à 14 matchs de poule, impossible de trouver assez de dates sans s’attaquer à la fois aux sélections et aux compétitions nationales.

LA PROTECTION DE ÉCOSYSTÈME.

En foot, on a toujours valorisé le mérite sportif comme critère de décision, d’attribution des récompenses (sportives comme financières, qu’elles soient individuelles ou collectives). Ce n’est pas nécessairement le cas en basket, sport baigné par la culture américaine. Je rappelle qu’aux Etats-Unis le sport professionnel est organisé avec des ligues fermées et les systèmes de draft censés permettre de rééquilibrer les forces (les plus mauvais ont le droit d’être volontairement très mauvais et en sont récompensés en pouvant récupérer les meilleurs jeunes pour se reconstruire sportivement). Une ligue fermée ou semi-fermée tendant vers le bouclage complet n’a pas sa place en Europe. D’autant que, placée au sommet de la pyramide, elle serait destructrice. Si vous isolez le sommet de la base en tentant de mettre tout le poids sur le sommet… Quid de la base ? Elle est complètement écrasée et tout l’édifice s’effondre.

En outre, l’attachement aux clubs et le côté traditionnel des championnats nationaux est beaucoup plus important en football. On parle d’un siècle d’histoire dans la plupart des principaux pays de football, de décennies de confrontations, de rivalités, et surtout d’un ancrage particulier dans les territoires auprès des clients du football, à savoir les supporters. Modifier la Ligue des Champions au détriment des championnats nationaux, c’est priver tous les clubs pas invités à la fête du rêve de pouvoir toucher un jour à cette Ligue des champions, c’est se couper de la base, scier la branche sur laquelle on est assis. Un véritable suicide à moyen terme. Je vais développer le sujet un peu plus loin.

AVANCER MASQUÉ.

Je l’affirme, jamais l’UEFA n’acceptera cette nouvelle formule pour la Ligue des Champions. Elle va peut-être continuer à se laisser embrouiller pour accepter de donner encore plus de pouvoir – et d’argent – au cartel… mais pourrait aussi totalement se braquer et au contraire revenir en arrière en allant… dans le bon sens.

Les 2 hypothèses restent envisageables. J’en veux pour preuve l’annonce de la création une 3e coupe d’Europe pour les petits, essentiellement les clubs des championnats déjà privés de facto des grandes compétitions européennes ou du moins de leurs derniers tours. Ceci marque une volonté claire de les exclure tout en leur filant un os à ronger… Je compare volontiers ça à la partie de Monopoly prévue pour les enfants dans la chambre d’amis pendant que les parents se font un poker au salon. Dans les 2 cas il y a des billets mais… pas les mêmes. Au Monopoly, si tu ramasses tout, tu n’as rien, si ce n’est la fierté anecdotique d’avoir rasé tout le monde. Au poker, tu plumes l’intégralité des joueurs à la table, tu ne gagnes pas qu’un peu d’estime de toi. On pourrait penser que la machine est lancée, que le cartel a déjà avancé ses pions. Seulement, il a commis une énorme erreur. Celle d’oublier de remettre son masque. Jusqu’ici, il a toujours obtenu gain de cause en avançant masqué en coulisses.

La tactique, on la connaît. Faire peur aux petits dans le but de les pousser à accepter un moindre mal. Ces derniers ont alors l’impression d’avoir gagné dans la négociation, ils sont fiers d’eux. C’est d’ailleurs de cette façon qu’Aulas a accepté au nom du foot français – de quel droit ? – la formule actuelle de la LdC où même l’Italie a 4 clubs directement qualifiés pour les poules de la compétition majeure alors que la France en a 2 plus un aux tours préliminaires[2].

LE SALE AIR DE LA PEUR/RÉVOLTE DES GILETS JAUNES.

Le problème avec cette tactique ? Il faut savoir doser la peur pour que celui qui la ressent ait l’impression d’avoir tout intérêt à négocier. Si on pousse trop loin le curseur, la peur peut engendrer un rejet total. Une révolte qui pousse à affronter ses peurs au lieu de les subir. En l’occurrence, la menace est telle que "petits" n’ont plus la sensation de devoir faire des concessions pour limiter les dégâts, ils passent carrément en mode survie, se braquent, sortent les fourches pour se défendre, conscients de jouer leur peau. On ne parle plus seulement de lutter contre des privilèges mais bel et bien de se battre pour survivre.

Dressez la liste des clubs qui sont sûr de bénéficier du système s’il était mis en place. Vous arriverez vite au bout. Ils sont puissants, certes, mais extrêmement minoritaires.

Dressez la liste des clubs qui se sentent directement menacés par cette formule de ligue aux ¾ fermée… Vous n’avez pas fini ! Elle est extrêmement longue. Et pour cause ! Réussir une saison formidable comme celle du LOSC actuellement ne vous qualifierait, au mieux, que pour l’Europa League… Putain, ça fait rêver ! Les supporters se passionneraient pour ça, ils payeraient plein tarif pour voir des clubs stars évoluer contre leurs joueurs avec une équipe B (priorité à la Ligue des Champions), pour assister à des rencontres opposant l’énorme masse de formations engluées dans un gigantesque ventre mou dotées chacune d’un effectif au rabais… Qui plus est en semaine, car avec cette nouvelle Ligue des Champions, les matchs européens se jouerait le week-end(^^). Non, évidemment. Et aucune télé ne paierait le prix fort pour diffuser ce "spectacle" aux airs d'interminable tournoi amical entre clubs de Ligue 2. Cette formule de la compétition européenne la plus prisée serait sans mécaniquement synonyme d’une dévalorisation à l’extrême des compétitions nationales privées de réel enjeu sportif, donc d’intérêt et de valeur. D'autant plus si on leur retire des dates (donc moins de matchs à vendre aux télés, mais aussi moins de matchs pour rentabiliser les salaires ou encore les infrastructures en recevant le public au stade). D’où leur effondrement pur et simple. Elles ne rapporteraient plus grand-chose, les recettes des clubs se réduiraient au point de ne plus tenir que sur des indemnités de transfert négociées en étant en position de faiblesse (seuls quelques clubs – les européens permanents – seraient en capacité de payer cher… mais ils n’auraient aucun intérêt à le faire, hormis si un concurrent appartenant à leur caste voulait aussi ce joueur). En outre, les difficultés d’accès aux épreuves les plus rémunératrices ajoutée à la différence trop importante d’attractivité entre les invités permanents et les autres rendrait impossible la construction de grosses équipes hors du circuit fermé (vous ne pourrez pas retenir bien longtemps vos meilleurs éléments faute de revenus, de moyens et de matchs intéressants à jouer). La rentabilité d’un investissement effectué dans un club non-européen sous-exposé et dans l’impossibilité de générer de bons revenus passerait d’aléatoire à quasi-impossible. Un risque énorme pour une chance de gains presque nulle, voire même une assurance d’y laisser sa chemise… Qui irait mettre des billes dans ces clubs de 2nde zone ne rapportant rien, si ce n’est des emm*rdes ? Même le "fair-play financier" ne consistait pas une entrave si grossière à l’investissement. C’est dire !

En clair, faute de certitude d’obtenir et de conserver une place permanente au banquet dès son ouverture, vous ne pouvez qu’être contre cette réforme – ou plutôt devrais-je évoquer une transformation et dénaturation intégrale de la Ligue des Champions – garantissant une baisse des revenus et la fuite des investisseurs. Or même en admettant que les 3 ou 4 locomotives bien définies d’un grand championnat soient assurées d’en être et soutiennent le projet, il vous resterait 16 ou 17 clubs directement mis en danger qui jamais n’accepteront ce diktat. S’y ajoutent tous les clubs des divisions inférieures qui ne pourront rêver d’un avenir plus lumineux en cas de montée au sein de l’élite nationale – sans même rêver d’Europe – pour toutes les raisons déjà évoquées[3]. Ceci dans quasiment chaque pays disposant d’une voix pour élire le président de l’UEFA. Avec une majorité si large dans chaque pays et dans tous les pays, la base coupera les têtes des dirigeants qui oseraient se soumettre aux gros. Les gilets jaunes pourraient fleurir dans les stades… Certains supporters pourront ressortir des maillots third jaune fluo, on n’y verrait que du feu.

TUER LA POULE AUX ŒUFS D’OR EN ESPÉRANT LA REMPLACER PAR UNE POULE AUX ŒUFS D’ARGENT.

Sincèrement, comment voulez-vous justifier de bousiller la Liga ou la Premier League au profit de quelques clubs déjà hyper riches qui voudraient l’être encore plus ? D’autant que la PL est déjà extrêmement rémunératrice… Et pour le coup, elle s’auto-suffit, dans la mesure où beaucoup de supporters anglais préfèrent un titre national à une victoire en Ligue des Champions. Détruire un business qui fonctionne parfaitement pour en favoriser un bancal de nature à déstabiliser tout l’écosystème qui le fait vivre n’aurait pas de sens. La Premier League et ses cadors n’ont aucun intérêt à miser sur cette "réforme" et à lancer les dés, ils risqueraient d’y perdre des centaines de millions. Le cas de ce championnat mérite que je l’évoque de nouveau un peu plus tard car la société privée qui l’organise a compris une donnée fondamentale du problème.

S’il tient à son poste de président de l’UEFA (il a été réélu pour 4 ans en février), Aleksander Ceferin va devoir montrer de l’autorité et refuser de se compromettre une nouvelle fois. Le cartel pense sans doute le tenir par les c*uilles, seulement les fédérations nationales le tiennent par chacun de ses membres. Elles ont le pouvoir de l’écarteler sur place. Les ligues européennes sont farouchement opposées à ce projet (elles disposent de forts pouvoirs coercitifs sur les clubs, pourraient leur imposer des règlements intenables concernant notamment l’enregistrement des joueurs professionnels, la formation, la participation à leurs épreuves, etc.), les fédérations le seront aussi (elles maîtrisent l’arme atomique, les sélections, ont la main sur les arbitres, ceux qui sortiraient du système fédéral prendraient de gros risques), la grande majorité des clubs montre déjà les dents. Conséquence, ce projet ne passera pas. Même si le Slovène avait l’envie délirante de voir sa carrière politico-sportive se finir en bain de sang… Son sang.

Seulement, ce projet n’a en réalité jamais été créé pour passer en l’état, il doit seulement faire peur. A en croire tout le buzz causé par la sortie de ces infos, le cartel a réussi à créer un véritable vent de panique.

JOUE-LA COMME PLATOCHE.

Désormais, toute la question va être de savoir quelle attitude Ceferin adoptera. Fera-t-il office d’agent double à la Platini en feignant de défendre ceux que le cartel tente de spolier ou résistera-t-il en se montrant intransigeant pour défendre les intérêts du football ? Ne déconnons pas, on le sait très bien, l’UEFA et la FIFA ont pour ambition majeure et presque permanente de faire un maximum de fric. L’intérêt de la compétition, Ceferin s’en tape tant que les revenus augmentent. Donc on n’ira pas dans la bonne direction, il donnera encore plus aux gros. Dans quelle direction faudrait-il se diriger me direz-vous ?

J’ai des réponses. En gros, dans la direction totalement opposée à celle prise depuis plusieurs années par l’UEFA concernant ses compétitions. Malheureusement, après des années à engraisser les gros, il semble difficile de revenir en arrière.

LA RÉALITÉ DU PROBLÈME.

Tout d’abord, il nous faut identifier ce qui fait la valeur d’une compétition sportive. Dans le désordre (car il est difficile de les ordonner), citons sa renommée et celle de ceux qui y participent, le niveau des prestations individuelles et collectives, l’incertitude du résultat (avec tout le suspense et les scenarii imprévisibles que ça comprend). Dans certains cas, la faiblesse d’un de ces éléments peut être compensée par d’autres. On peut également raisonner a contrario en évoquant ce qui la dévalue : le manque de spectacle, le caractère trop déséquilibré des rencontres, la trop grande prévisibilité des résultats, etc.

En Ligue 1 ou en Série A, le PSG et la Juve se baladent trop, on ne peut le nier (c’est souvent aussi le cas du Bayern, mais pas cette saison). L’écart entre eux et les clubs moyens – a fortiori les petits – frise le ridicule, et pour peu que les gros qui devaient les concurrencer (OL, OM, Monaco, les clubs de Milan, etc.) bossent mal, on en vient vite à ne pas seulement le friser, ce ridicule, on s’y noie.

Malgré cette domination assez écrasante, on a droit de temps en temps à une saison à suspense comme quand Monaco a remporté le titre (il y a eu d’autres années), comme cette saison en Allemagne où Dormund a surperformé, on l’a aussi vu en Italie l’an dernier quand Naples a longtemps résisté à la Juve. Ces situations démultiplient l’intérêt du championnat. Le but devrait donc être de retrouver du suspense dans les compétitions nationales en améliorant le niveau des concurrents directs du PSG, de la Juve ou du Bayern, pas de chercher à en obtenir en tirant les gros vers le bas par le biais d'un détournement de leur intérêt vers une autre compétition plus rémunératrice. Seulement, les dirigeants de ces clubs sont sans doute trop tentés par l’idée d’accroître leur position dominante chez eux afin de pouvoir aller se battre pour le titre européen. Ils se trompent de combat.

CONCURRENTS… ENNEMIS… MAIS PARTENAIRES AVANT TOUT.

Le football a ceci de particulier qu’une compétition a besoin de concurrence pour être intéressante et valorisée… En effet, vos concurrents sont également vos partenaires dans la création du produit que vous vendez aux télévisions. Si vous créez une super-ligue fermée qui va absorber les droits télé, vous coupez les vivre de vos partenaires qui sont aussi bien souvent vos fournisseurs (les clubs formateurs), vous les privez d’exposition, des moyens dont ils disposaient pour se développer, ils ne seront plus viables économiquement, plus du tout attirants pour les investisseurs, pour les sponsors d’importance, ils s’éteindront tout comme l’intérêt porté au football par une grande partie de leurs supporters qui étaient accessoirement vos sympathisants (qui ne deviendront pas nécessairement vos supporters, a fortiori s'ils voient en vous le fossoyeur de leur club de cœur). Ainsi, vous détruirez à petit feu la base qui jusqu’ici formait les joueurs destinés à finir dans les gros clubs de l’élite. C’est aussi intelligent que de faire les plans du dernier étage d’un gratte-ciel en oubliant à la fois de prévoir les ascenseurs pour les atteindre et d’armer le béton des murs porteurs de la tour.

Comprenez-le, normalement, selon le schéma classique, outre les éventuels droits télé, misérables ou inexistants dans de nombreux championnats (selon le pays, la division), les petits clubs professionnels ou semi-professionnels vivent en bonne partie grâce aux indemnités de transfert, à savoir de la vente de joueurs aux clubs moyens ou un peu moins petits qu'eux (rarement aux gros en pratique, ou alors souvent pas extrêmement cher), qui ensuite vendent aux gros les joueurs ayant montré leurs capacités à évoluer au niveau supérieur, mais aussi des indemnités de formation pour certains (les subventions publiques représentent rarement de grosses sommes de nos jours, le sponsoring, les recettes jours de matchs, le marketing ou autres produits dérivés dépendent généralement du niveau du club, ceux des petits clubs sont donc bien souvent symboliques, hors cas de clubs historiques ayant perdu leur niveau mais conservé leur public). Si les clubs moyens n'ont pas de ressources, si les investisseurs les fuient faute de pouvoir espérer une quelconque rentabilité, qui va injecter de l'argent dans le système en achetant aux petits clubs et ainsi assurer leur survie économique ? On continuera à avoir des transferts avec des montants colossaux, mais essentiellement entre nantis (quelques clubs formateurs vont généralement ramasser une obole au passage, ça restera marginal). Ceux compris entre quelques dizaines de milliers et quelques millions d'euros seront extrêmement réduits en nombre. Or en pratique ce sont eux qui permettent la redistribution au sein de l'écosystème du football. Dans ce cas, "éco-système" signifie système économique. L'argent qu'on trouve au sommet nourrit tout ce qui se trouve en-dessous. Comme le cycle de l'eau : les précipitations dans les montagnes créent des ruisseaux, des rivières, ça permet l'irrigation de toute la vallée. Si la quasi totalité de l'eau restait en altitude suite à la création d'un gigantesque barrage sous-terrain inaccessible, la vallée deviendrait un milieu désertique, le phénomène d'évaporation disparaîtrait, si bien que les précipitations disparaîtraient, y compris au sommet. L'écosystème (au sens "milieu naturel") serait intégralement sinistré. (Toute ressemblance avec Mad Max serait purement fortuite.)

Toute la réflexion devrait se porter sur la manière de trouver l’équilibre entre le besoin de concurrence et celui du maintien en tête des locomotives qui tirent les autres wagons. Actuellement, dans certains championnats dont le nôtre, on a déjà trop peu de concurrence. Dans une certaine mesure, la Premier League fait figure de contre-exemple. L’abondance des revenus générés par la cession de ses droits de diffusion permet l’acceptation par les gros d’une redistribution particulière : même les derniers touchent le jackpot (à peu près la moitié de ce que reçoivent les premiers). Ainsi, chaque club est financièrement en mesure de construire un effectif de qualité avec des joueurs capables de faire le spectacle, de recruter pour améliorer son équipe, et de conserver ses meilleurs éléments plus longtemps qu’un club moyen issu d’un autre championnat. Si les gros restent au-dessus, ils sont plus nombreux à pouvoir se battre les uns contre les autres, leurs résultats sont moins prévisibles, ils peuvent se louper sur une saison ou même ponctuellement… En résumé, la glorieuse incertitude du sport subsiste bien mieux qu’ailleurs. Dans les autres pays, avec moins de moyens, moins de clubs de catégorie premium, il est beaucoup plus difficile de trouver la juste répartition des revenus. Donnez trop peu aux petits, le déséquilibre tuera l’intérêt des compétitions. Donnez trop peu aux locomotives, elles manqueront de puissance pour tirer les wagons et n’avanceront plus dès que la voie commencera à s’élever.

DE LA MESURE, DU POSSIBLE (ET DU SOUHAITABLE).

Dans l’idéal, plusieurs mesures seraient prises à l’échelon européen pour harmoniser les systèmes fiscaux et sociaux. Avec les énormes disparités concernant les charges sociales et patronales ou autres impôts et taxes, toutes les données du problème sont faussées. L’UEFA n’y peut malheureusement rien (hormis les prendre en compte dans ses calculs pour le FPF). En revanche, les instances internationales pourraient agir de façon à encadrer les montants des indemnités de transfert pour limiter cette fuite en avant. Plus les sommes échangées sont délirantes, plus les meilleurs joueurs sont réservés à un tout petit nombre de clubs, plus on empêche ou dissuade les moins gros de conserver leurs meilleurs éléments, plus on encourage les prolongations de contrat avec des augmentations de salaires folles. Il est aussi indispensable de mettre un terme aux excès scandaleux du business des agents. Ceux-ci ne devraient être payés que par les joueurs selon des barèmes imposés et contrôlés par les lois nationales et règlements FIFA. Les commissions hallucinantes et illégitimes qu’ils touchent actuellement font beaucoup de mal au football, devenu le royaume du détournement de fonds.

Outre la recherche de moyens de lisser quelque peu les disparités financières trop importantes, les compétitions européennes ont besoin de retrouver une certaine fraicheur, une incertitude, une imprévisibilité. Ceci nécessite du renouvellement et une présence au mérite. En Ligue des Champions, on voit à peu près toujours les mêmes. Au lieu de renforcer ce phénomène, on devrait tenter de rendre son sel à la compétition, lui permettre de retrouver son aspect exotique. Si le football est le sport universel par excellence, la Ligue des Champions perd de plus en plus ce caractère, elle se concentre essentiellement sur 4 à 6 pays. L’Euroligue est nettement plus ouverte, ceci malgré ses critères d’invitation essentiellement liés au budget, à la salle ou encore à la réputation, au potentiel en terme de clientèle (au marché), très peu au mérite sportif hormis pour les dernières places à distribuer. Elle concerne ainsi la Grèce, la Russie, la Turquie, Israël, les pays baltes et ceux des Balkans en plus de l’Espagne, surreprésentée, de l’Allemagne, de l’Italie, bientôt de nouveau de la France avec un passage à 18 clubs.

Au lieu de faire croire qu’on veut revaloriser l’Europa League en qualifiant ses 4 demi-finalistes pour la Ligue des Champions suivantes, on devrait la revaloriser en répartissant mieux les gros entre les compétitions européennes. De mon point de vue, il serait dans l’intérêt de tous de revenir à 2, maximum 3 clubs par pays. Ceci permettrait :
-de revaloriser la LdC en en rendant l’accès plus difficile (il y aurait d’abord un véritable mérite à la disputer avant d’avoir un mérite à la remporter) ;
-de revaloriser l’EL (que je ferais passer le mardi AVANT la LdC, quand on a encore faim de foot, pas le jeudi quand on est déjà rassasié) en y mettant plus de gros clubs d’autant plus motivés si on attribue une place en LdC aux finalistes (dans la limite de 3 tickets maximum par pays) ;
-de redonner à la LdC un caractère plus universel (faire passer l’Euro à 24 et la Coupe du monde à 48, en dépit du bon sens dans les 2 cas, permet à un maximum de pays de participer et de croquer, on veut concerner directement tout le monde, mais on ne le fait pas en LdC où, pour le coup, ça se justifierait) ;
-de revaloriser les championnats nationaux en apportant jusqu’au bout un enjeu supplémentaire (devoir finir dans les 2 premiers au lieu des 4 premiers, ça change beaucoup de choses, on y gagne souvent un mini-championnat dans le championnat, comme avec les barrages d’accession/descente… par exemple actuellement, sans le barrage dans le championnat de France, on connaîtrait les 3 relégués en L2, mais avec, on a une bataille à 3 pour finir 18e).

Comme vous l’avez compris – parce que je vous l’ai bien fait comprendre (^^) – il faut ouvrir la Ligue des Champions au lieu de la fermer. Je vous l’accorde, cet argument assez idéaliste omet une donnée importante de l’équation : les clubs des pays qui bénéficierait de cette réouverture de leurs voies d’accès à la compétition ne sont pas assez forts, ils se feraient sans doute démonter par les gros ayant obtenu leur place. Résultat, l’incertitude recherchée ne serait pas au rendez-vous. Sur le court terme, oui. A moyen terme, dans la mesure où l’UEFA répartirait mieux les revenus et où investir pour structurer, former et faire progresser les clubs de certains pays actuellement exclus du système retrouverait du sens, l’argument ne tient plus forcément. Si un projet essentiellement financier a donné de super résultats sportifs à Monaco, on peut imaginer qu’un investisseur se lance en Belgique, aux Pays-Bas, en Suède, en Ecosse, en Grèce ou autre… dès lors qu’en gagnant sa place dans son championnat il bénéficiera ensuite de l’exposition et des revenus de la LdC (avec beaucoup plus de potentiel que l’ASM en termes de merchandising et de billetterie, compensant en partie les faibles droits télé de son championnat et les avantages fiscaux moindres). Une chose est sûre, sans un certain volontarisme pour inverser la dynamique débutée avec l’arrêt Bosman, on ne retrouvera pratiquement jamais de clubs des championnats sinistrés du foot européen se battre de nouveau pour un titre européen (hormis la future 3e coupe). Qui a pensé «la France» à l’évocation des «pays sinistrés» ? J’aurais presque envie d’acquiescer…

Si, actuellement, on retrouve à peu près toujours les mêmes dans le dernier carré, voire le top 8/top 16, on le doit à la fois aux chemins d’accès à la LdC (fermés avec des tourniquets, vérification des papiers, etc.), mais aussi en raison du format de la compétition. Quand vous commencez par des poules faussement tirées au sort (le tirage est hyper dirigé de façon à satisfaire les télés notamment), que vous remettez ça en 8e de finale avant d’enfin faire du tirage intégral en quarts, vous ne cherchez pas à favoriser le suspense et les surprises. Or on a besoin d’incertitude, donc de matchs à élimination directe. Les poules, ça suffit, ça fait chi*r tout le monde, on peut gérer, ne pas tout jouer à fond, on n’en tire jamais d’enseignements fiables, souvent ça se termine par des matchs amicaux car tout est déjà décidé… Alors imaginez la purge avec ce système de poules de 8 avec tant de maintenus et si peu de relégués ! On s’exposerait à beaucoup de manipulations de résultats pour favoriser le maintien de tel club au détriment d’un autre, pour éviter tel adversaire en 8e, ou que sais-je encore.

Passer de 0, 1 ou 2[4] à 28 clubs qualifiés pour la LdC grâce aux compétitions européennes, on oublie. C’est hors de question, ce serait même probablement attaqué devant la justice, l’abus de position dominante serait trop caractérisé. D’ailleurs, disons-le clairement, dans toute cette histoire on fait face à une énorme entente anticoncurrentielle, à une tentative évidente de partage du marché entre quelques acteurs établis. Une plainte auprès de la Commission européenne pourrait coûter une amende astronomique à ses auteurs. Il est généralement assez difficile de prouver l’existence et les pratiques d’un cartel. Ici, elles sont exposées au grand jour par ses membres eux-mêmes !

GRAND FORMAT.

Si on veut réellement réformer le format de la Ligue des Champions, plein de pistes crédibles sont envisageables.

Selon le but recherché, outre les quotas par pays et modes de qualification, on pourrait imaginer des systèmes de 6 ou 8 poules de 6 avec un 16e de finale[5] (il y aurait 6 dates à trouver, on en aurait 4 évidentes en supprimant le tour de barrages et en concentrant les 8e de finale aller-retour sur 2 semaines au lieu de 4), ou alors faire s’affronter des 2e et 3e de poules dans une sorte de barrage ou de tour préliminaire de playoffs (seul le 1er se qualifierait directement en 8e), ceci sur la pelouse du 2e… On aurait ainsi des matchs à enjeu supplémentaire avec jusqu’au bout un intérêt majeur à se battre pour la 1ère, 2e ou 3e place de sa poule.

Dans tous les cas on veut plus d’incertitudes, ce qui commence par arrêter les protections lors des tirages au sort de toutes les phases de playoffs afin de rendre ces tirages intégraux et intègres (ou du moins avec une seule limite, ne pas pouvoir déjà retrouver tout de suite un adversaire affronté en poule… dans la formule actuelle à 8 groupes de 4, chaque 1er de poule pourrait affronter n’importe quel 2e de poule, même s’il vient du même championnat).

RÉSUMONS LA SITUATION.

La bonne solution pour le football est d’ouvrir la porte et de renforcer la concurrence, pas de tout fermer. Le but de la manœuvre consistant pour les membres du cartel à tenter d’encore plus figer la composition de l’élite ? Encore décourager les nouveaux investisseurs – en faisant tout pour les empêcher d’atteindre la machine à sous qui permet de toucher le jackpot – et rafler tout l’argent des droits télé de façon pérenne, donc protéger ses propres investissements en se garantissant d’énormes revenus chaque année. Le cartel veut faire grossir le gâteau et s’en partager toutes les parts pour ne laisser aux autres que des miettes, quitte à les faire mourir de faim.

On reconnaît là une dérive trop récurrente du capitalisme : le raisonnement sur le court terme conduit souvent à la ruine à moyen terme. Si pour accumuler un maximum d’argent tout de suite vous détruisez l’écosystème qui produit votre richesse, vous serez perdant au bout de quelques années, car cette richesse ne se renouvellera pas. La cupidité vous fait marquer contre votre camp. Dans les sports collectifs, on ne peut se permettre de la jouer perso. Ne pas comprendre qu’il est dans l’intérêt de chacun de préserver les intérêts de ses concurrents qui sont aussi des partenaires révèle une méconnaissance dramatique de l'univers économique du football.

De surcroît, le succès de ce sport vient de son caractère populaire. En voulant bloquer de façon assumée l’accès des petits au monde des grands, vous provoquez l’ire du peuple. Annoncer vouloir détacher l’accès aux compétitions du mérite sportif, montrer un mépris total pour les compétitions nationales – s'accaparer toujours plus de dates dans un calendrier qui en manque déjà, s'octroyer de force les meilleurs créneaux d’exposition, etc. – en les privant de fait de toute valeur quitte à les tuer ou au moins à mettre en péril une Premier League florissante et d’autres championnats très encrés dans la tradition, le tout pour se partager tous l’argent des droits télé entre quelques nantis, c’est une faute grave. Laisser un projet si provocateur sortir dans la presse est une grossière erreur stratégique. Il s’agissait de faire peur à tout le monde pour permettre à Ceferin de justifier les nouveaux avantages qu’il allait concéder en arguant d’un moindre mal. Seulement, en agissant ainsi, le cartel a dévoilé publiquement son existence et ses intentions, interdisant au président de l’UEFA de leur faire de nouveaux cadeaux sans dévoiler son véritable visage, celui d’un Platini slovène, celui de la marionnette du cartel.

Imaginez Macron, déjà affublé de la réputation de président des riches, annoncer que seules les entreprises du CAC40 auront désormais le droit de candidater aux marchés publics, ou encore que l’accès aux postes clés de l’Etat et des grandes entreprises sera désormais réservé à des personnes disposant d’un patrimoine supérieur à 5 million d’euros. Ceferin se retrouve dans une situation analogue. Le président des riches donnera-t-il encore plus au riche en volant aux pauvres ? Assistera-t-on à l'avènement d'un anti-Robin des bois ?

Il ne peut même pas faire comme s’il manquait de pouvoir pour s’opposer à cette tentative de coup de force. L’UEFA est surpuissante. Si des clubs veulent sortir du droit chemin et menacent de sortir de son giron pour créer leur propre compétition, elle dispose de tout un éventail de menaces – y compris à l’encontre de leurs joueurs – pour les en dissuader. Priver ceux qui s’engageraient avec des clubs sécessionnistes des compétitions de clubs (organisées par l’UEFA et par les fédérations nationales affiliées à l’UEFA) ainsi que de sélection (valable pour toutes les sélections affiliées à l’UEFA) est l’arme atomique dont il dispose[6]. On serait tenté de parler d’équilibre de la terreur comme celui ayant permis à la Guerre froide de rester froide (personne n’attaque car chacun sait qu’en réponse il serait lui aussi rayé de la carte). En l’occurrence, un seul camp dispose d’une puissance nucléaire, l’autre essaie de se faire passer pour beaucoup plus fort qu’il n’est (le prestige et l’argent de ces clubs dépendent beaucoup de leur participation à la Ligue des Champions… jusqu’où les sponsors et équipementiers sont-ils prêts à les suivre ?). Le cartel est la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf (pas Frank Lebœuf). Attention au risque d’explosion… D’ailleurs la FIFA et l’UEFA ont tout intérêt à revenir en arrière concernant leurs formats de compétitions afin de préserver l’intérêt de la Coupe du monde et l’Euro. Il est important de les sacraliser de nouveau au lieu de beaucoup trop les démocratiser. Inviter tout le monde pour faire plus d’argent, c’est banaliser ces monuments du sport international, rendre le rêve trop facilement accessible. Si elles perdent cette valeur, l’arme atomique des fédérations internationales perdra beaucoup de sa puissance. Mais c’est un autre sujet.

Le plus dingue dans cette affaire ? Que des journalistes professionnels censés être très bien informés se laissent intoxiquer et contribuent à intoxiquer le public avec ce projet. Non, il NE PEUT PAS ABOUTIR compte tenu de l’opposition qu’il rencontre et était destiné à rencontrer. 7 à 10 clubs – au maximum – ne peuvent imposer volonté à tous les autres clubs, à toutes les ligues et à toutes les fédérations dont il mettrait en danger imminent la santé, voire la survie.

Au lieu de croire aux spectres, ces vendeurs de fausses informations devraient croire au pouvoir du rêve. Car le football, au plus haut niveau, c’est du rêve. Or même si décrocher les étoiles est un rêve inaccessible, tout le monde devrait avoir le droit de rêver.

La Ligue des Champions est comme le carré VIP d’une boîte de nuit où se trémousse le top-modèle le plus attirant de la planète (le trophée… désolé pour les féministes). Une bombe qui fait rêver tout le monde. Le pékin moyen n’aurait en pratique absolument aucune chance de conclure s’il parvenait à s’en approcher… mais là, en plus de lui bloquer de l’accès au carré VIP, on lui interdit de rêver d’y entrer un jour s’il devenait assez riche pour y faire couler le champagne à flot (avec des bouteilles à 10000€). Ce n’est plus «oublie qu’t’as aucune chance, vas-y, fonce, sur un malentendu ça peut marcher», c’est «ne rêve même pas, contente-toi des boudins, de ta petite condition et de ta vie sans intérêt». La seule ambition tolérée serait celle des très riches à vouloir l’être encore plus. Le football n'est-il pas un sport populaire ? Qui sont les "clients" convoités par ces gros clubs ? Ceux à qui ils veulent interdire de rêver ? N'y a-t-il pas un petit souci de cohérence ?

Tenter d’interdire les gens de rêver, de grimper dans l’échelle sociale, empêcher le développement des PME pour favoriser des grands industriels, aller à l’encontre de la volonté du plus grand nombre pour satisfaire quelques oligarques, ça pouvait fonctionner par le passé, mais nous sommes en 2019… Réveillez-vous !

Notes

[1] A l’échelon mondial, on a un vrai délire car le problème de non mise à disponibilité des joueurs est encore plus évident en NBA, si bien que les Etats-Unis ont dû construire une équipe avec des joueurs de G-League. On est plus près d’une équipe V ou W que C ou D.

[2] Sauf si le vainqueur de l’Europa League est déjà qualifié en poules de la LdC par la voie de son championnat. Dans ce cas le 3e de Ligue 1 obtient un ticket direct pour la phase de groupes.

[3] Admettons que vous êtes en L2… vous gagnez votre place en L1… mais en L1, vos revenus et votre exposition ne croissent guère, vous n’avez aucune perspective d’atteindre une compétition européenne, vous n’y gagnez en réalité que le droit de jouer des matchs moisis en semaine qui n’intéressent personne dans des stades difficiles à remplir…

[4] On n’attribue de place en LdC aux vainqueurs de la LdC et de l’EL de l’édition précédente que s’ils n’ont pu se qualifier grâce à leur championnat.

[5] 6 fois 6 permettrait de n’ajouter que 4 clubs, on passerait de 32 à 36, il y aurait plus de matchs mais pas trop d’acteurs supplémentaires avec qui partager les recettes, resterait à trouver comment attribuer les places en playoffs, on pourrait qualifier d’office les premiers et les 2e en 8e et faire s’affronter les 3e avec les 2 meilleurs 2e, ou alors ne prendre qualifier directement les 6 premiers et 2 meilleurs 2e et y ajouter les rescapés des barrages entre les autres 2e et 4 meilleurs 3e… Je n’aime pas du tout ces histoires de meilleurs 2e ou de meilleurs 3e, seulement 8 poules de 6, ça fait 48 clubs, beaucoup trop de monde pour partager le gâteau, donc de trop petites parts… l’idée serait pourtant tentante, on pourrait même faire s’affronter les 4e des poules pour les places de reversés en Europa League, il y aurait un truc sympa à trouver.

[6] Les compétitions UEFA ont besoin de leurs grands joueurs et des grands clubs, seulement ces clubs ont tout autant besoin de ces joueurs pour que leur business fonctionne, ils ne peuvent pas risquer qu’ils partent signer pour des clubs restés dans le système pour continuer à jouer en équipe nationale et disputer la véritable Ligue des Champions (en continuant à prendre d’énormes salaires car si les stars restent pour jouer la LdC, les droits télé resteront extrêmement élevés, donc les salaires le seront).