Service minimum, la "classe américaine".

Les Etats-Unis d’Amérique ont décroché leur 4e étoile. Plus que 46 et il y en aura autant sur leur maillot que sur leur drapeau. Il s’agissait bien évidemment de la meilleure équipe du tournoi (seule l’équipe de France aurait réellement pu les battre, mais uniquement à condition de tout faire pour, ce qui n’a pas été le cas, je l’expliquerai dans la 2nde partie). Pourtant, elles ne laissent pas une très belle image. Je suis même franchement déçu par leur attitude et leur jeu (qui résulte de leur attitude).

Reprenons le déroulement du tournoi.

1er match, elles explosent la Thaïlande en se donnant à fond jusqu’à la dernière seconde. Sur le moment, ça ne m’a pas choqué, même si leurs célébrations excessives viraient carrément à l’humiliation (sur ce point, la polémique se justifiait parfaitement, ressentir un véritable malaise devant ce spectacle était légitime). Ce qui m’a réellement choqué est de constater que par la suite, hormis contre le Chili, match conclu par une victoire 3-0 (ça aurait fait très cher sans une Endler en feu) malgré le très large turnover de Jill Ellis, les USA sont devenues une équipe d’épiciers. Plus question de chercher à marquer autant de buts que possible en attaquant jusqu’au coup de sifflet final.

La Suède (qui n’avait pas mis sa meilleure équipe), l’Espagne, la France, l’Angleterre et les Pays-Bas ont successivement été battus 2-0 ou 2-1. Jamais plus de 2 buts inscrits. Presque systématiquement par manque de volonté de pousser les machines jusqu’au bout. Dès qu’elles menaient, elles laissaient le ballon et en faisaient le moins possible. Je n’ai pas de souci avec cette tactique dès lors qu’elle est assumée. J’en ai un avec cette tactique quand vous prenez les adversaires de haut et passez votre temps à dire que vous êtes au-dessus du lot, que votre 2e équipe est la meilleure du tournoi. D’autant plus si cette affirmation ressemble furieusement à la vérité. Quel manque de panache ! Elles faisaient très mal dès qu’elles accéléraient. Elles n’avaient juste pas envie d’accélérer. Quand on a les armes pour dominer très largement, se contenter du minimum est désolant[1]. J’y vois une contre-publicité pour le football féminin. A fortiori quand les buts dans le jeu se font rares et les buts sur CPA particulièrement décisifs. Surtout les penalties. Les Etats-Unis ont gagné grâce à 2 pénos contre l’Espagne dont un très contesté (de mon point de vue la faute existe, l’amplification la rend douteuse), un CF très chanceux contre la France, un autre péno discutable en finale (c’est Alex Morgan qui provoque le contact avec le pied haut de la Suédoise et surjoue un maximum, Mme Frappart n’avait pas vraiment le choix de siffler péno après utilisation de l’AVAr car il s’agit d’un jeu dangereux avec contact, néanmoins dans l’esprit ça n’aurait mérité qu’un CF indirect).

Mbappé s’est fait vertement critiquer l’an dernier lors de la CdM en Russie. Son crime ? Avoir utilisé des ruses bien connues afin de gagner quelques secondes en fin de demi-finale contre la Belgique alors que la France menait 1-0. Les Ricaines ont fait ça puissance 10 lors de chacun des matchs à élimination, ceci dès qu’elles menaient au score, n’hésitant pas à le faire à une demi-heure de la fin des rencontres, elles cassaient le rythme, n’essayaient plus de marquer (1 seul tir en 2nde période contre l’Angleterre). Mais là, ça passe crème… car ce sont des femmes. Oui, il y a un problème de sexisme dans le football, on idéalise le foot féminin. Les Ricaines – Alex Morgan en particulier – sont la preuve que les vertus du football féminin sont fragiles. Il s’agirait d’un football sans simulation, sans contestation, super fair-play. Pas avec les elles. Elles simulent et amplifient énormément (ça paie), contestent, chauffent les adversaires (provocations, célébrations douteuses, etc.)… On dirait des caricatures de footballeurs italiens ancienne génération.

Impitoyables contre les faibles, calculatrices et truqueuses contre les fortes. En poules, elles voulaient faire le spectacle et soigner les stats, ensuite leur seule intention était de gagner en prenant le moins possible de risques (même si, au final, elles ont bien failli le payer en se faisant rejoindre en quart et en demie faute d’avoir assuré le coup). Tant pis pour le spectacle, tant pis pour l’esprit du jeu, tant pis pour les valeurs du football féminin. Elles ont des joueuses extraordinaires – sauf derrière où c’est lent dans l’axe – sans la volonté d’exploiter tout ce potentiel.

Ce manque de classe dans la victoire s’ajoute à la politisation extrême de cette équipe.

D’une part, elle est en guerre contre sa fédération sur le thème de l’égalité salariale. Pour rappel, les joueuses de l’équipe américaine sont salariées par leur fédération, contrairement aux hommes, qui le sont par leurs clubs. Le championnat NWSL n’a pas de gros revenus, il suffit de regarder quelques matchs pour comprendre le souci. Le public se fait trop rare (hormis à Portland, où le foot masculin et féminin a un véritable public). Seule l’équipe nationale fait recette. Alors oui, les femmes rapportent peut-être plus à leur fédé en sponsoring, c’est probable dans la mesure où elles gagnent, contrairement aux hommes. Seulement le football reste une économie globale, et, qu’on le veuille ou non, le public reste beaucoup plus présent pour les hommes. Le public, c’est la clientèle. Donc les revenus. Le football féminin reste essentiellement un sport subventionné par le football masculin (si la fédé US ne faisait pas tout pour préparer cette équipe toute l’année, elle ne serait pas championne du monde). L’enjeu est de développer sa popularité pour développer ses revenus. Le palmarès peut créer de la popularité, seulement il ne suffit pas à combler des écarts aussi gigantesques. L’économie globale est déconnectée des résultats. Même en étant 10 fois champion du monde d’une discipline populaire comme le ski alpin, le judo, l’athlétisme ou la natation, vous resterez financièrement derrière le 50e meilleur basketteur ou le 100e meilleur footballeur du monde. Vous risquez pourtant d’être une star dans notre discipline et votre pays. Malgré tout, aucune chaîne de télé ne mettra des milliards sur la table pour acquérir les droits de diffusion de la saison de ski alpin, du circuit IJF, des meetings et championnats d’athlétisme et de natation ou autres sports olympiques très pratiqués dans le monde. Le football féminin reste un sport olympique au sens où il a besoin des JO pour exister médiatiquement. On ne peut en dire autant du football masculin à l’image du basket masculin, du tennis (masculin comme féminin) ou encore du hockey sur glace masculin, voire le golf, qualifiables de sports professionnels présents au programme des JO. La différence ? Les sports olympiques profitent de la notoriété des JO, les JO profitent de la notoriété des stars de ces sports au programme olympique. A l’heure actuelle, l’égalité salariale entre foot masculin et féminin ne se justifie pas. Pas plus qu’entre un plongeur, une gymnaste, un skieur freestyle, un tennisman et une cycliste qui fournissent pourtant tous des efforts considérables, s’entraînent comme des dingues toute l’année en mettant leur intégrité physique et/ou psychologique en danger. Le combat juste serait en faveur de l’équité salariale en fonction des revenus effectivement générés.

D’autre part, j’en suis venu à me demander si Megan Rapinoe était plus là pour faire parler d’elle que pour jouer au football. La voir être récompensée du Soulier d’or et du Ballon d’or du tournoi (seulement 5 matchs joués, 6 buts – dont 3 penalties – et 3 passes décisives) me désole. De mon point de vue Rose Lavelle le méritait beaucoup plus. Seulement, le côté grande gueule de Rapinoe est plus vendeur. Qu’elle veuille faire la guerre à Trump, refuse de chanter l’hymne national, ça n’a rien de sportif. C’est son droit… mais pas de la façon dont elle le fait sur un terrain de football où, je le rappelle, la FIFA interdit depuis de nombreuses années toute manifestation politique – au sens large – hormis celles à l’initiative de la FIFA (pour promouvoir le respect, pour lutter contre le racisme, etc.). Elle, on lui autorise tout ? Je trouve pour le moins étonnant qu’on la laisse transformer la Coupe du monde en un outil de propagande. Quant à son militantisme en faveur du lobby LGBT, extrêmement puissant dans le milieu des sports collectifs féminins aux Etats-Unis comme dans certains pays d’Europe (en WNBA il y a même des histoires sordides de joueuses harcelées parce qu’hétéro), je ne suis pas convaincant qu’il incite réellement les gamines à se mettre au foot et les parents à les y inscrire, mais c’est une autre histoire.

Désorganisation.

Evoquons maintenant l’organisation. Certains matchs ont été absolument formidables, d’autres ont été déplorables, beaucoup se situant quelque part entre les deux extrêmes. C’est le cas dans toutes les compétitions sportives. Malheureusement, certains des meilleurs matchs ont été gâchés par l’arbitrage, sujet à propos duquel je vais m’appesantir car il y a beaucoup à en dire. Mais voilà, un facteur tout simple a fortement influé sur mon intérêt pour les rencontres de cette Coupe du monde : dans certains stades, si l’équipe de France ne jouait pas, l’absence d’ambiance vous transformait un match moyen en purge et une purge en incitation au suicide. A Nice et à Montpellier en particulier. Y compris quand les Anglaises jouaient à Nice, où elles étaient plus ou moins en promenade devant un public clairsemé et endormi. Avec des stades de capacités très différentes et des demandes plus ou moins importantes selon les affiches, n’aurait-on pas pu inventer une autre manière de répartir les rencontres ? Par exemple faire jouer les Américaines à Nice où elles auraient rempli les tribunes ou éviter que le 8e de finale des Bleues se joue au Havre, où il aurait fallu un stade 2 fois plus grand… Des soucis de billetterie ont aussi fait parler d’eux avant puis au début de la compétition. Ça fait très amateur. L’organisation avait aussi parié sur la vente de packs. Elle a déploré une tendance à l’absentéisme. Des gens qui avaient acheté en même temps des places pour plusieurs rencontres ont déclaré forfait sans réussir ou penser à revendre leur place. Y compris pour les demi-finales… Le coup du guichet fermé mais stade pas plein, ça pique les yeux.

J’ai aussi beaucoup de mal à comprendre comment on a pu se retrouver avec un tableau où le pays organisateur était quasi certain d’affronter le tenant du titre en quart de finale. A moins, bien sûr, de faire exprès de perdre un match… Le tableau, modifié juste avant le tirage (à l’origine il prévoyait une répartition différente permettant d’éviter ce choc très attendu avant la finale), comportait d’autres incongruités. La France a ainsi failli affronter le Cameroun en 8e de finale avec le double de récupération (dernier match de poule respectivement le lundi et le jeudi pour un 8e le dimanche). Je vous passe la question des horaires pas toujours logiques, en particulier certains matchs en milieu d’après-midi en pleine canicule.

Je suis un farouche opposant des formats de compétitions avec des groupes de 4 dont on qualifie les 2 premiers et les meilleurs deuxièmes. Seulement, un certain pragmatisme doit prendre le dessus. Le format de Coupe du monde à 16 n’était plus adapté à l’évolution du foot féminin, il fallait l’ouvrir à plus de pays. Contrairement à ce qu’affirme Gianni Infantino, le saccageur de compétition avide d’argent (à qui on doit l’Euro à 24 et la Coupe du monde masculine à 48, 2 inepties au niveau sportif), le foot féminin mondial n’est absolument pas prêt pour monter à 32. Trop de fédérations sont à la traine. On est obligé de rester à 24 comme il y a 4 ans et pour encore au moins 2 ou 3 éditions. La FIFA doit investir un maximum ces prochaines années pour pérenniser l’existence des équipes nationales féminines, celles-ci étant encore souvent les victimes idéales quand une fédération nationale doit faire des coupes budgétaires. Pour la crédibilité du football féminin, il est aussi très important de faire le nécessaire pour éviter de se retrouver avec une équipe de Thaïlande qui en prend 13 au premier match puis perd 5-1 contre des Suédoises ayant rapidement mis le frein à main et ostensiblement laissé marquer les Asiatiques en fin de match. Il s’agit d’une contre-publicité absolue pour le football féminin ! Ajouter 8 équipes en passant à 32 serait absolument dramatique de ce point de vue. Sur ces 8 équipes, au moins 5 seraient de la chair à pâté. On multiplierait les rencontres sans aucun intérêt qui feraient beaucoup plus de mal que de bien. Avec ces boucheries on s’expose en outre à des polémiques qui, là aussi, font sérieusement tache (de ce match 13-0 on retiendra essentiellement les célébrations excessives des Américaines… fêter les 5 derniers comme s’il s’agissait à chaque fois du but vainqueur en finale de Coupe du monde, c’était franchement gênant). Une nation européenne ou même africaine de plus n’aurait pas fait de mal… Un barrage Afrique-Asie serait peut-être une bonne option.

Fiasco arbitral.

On a assisté à des scènes absolument hallucinantes et même proprement honteuses. Je pense en particulier aux réactions camerounaises pendant le 8e de finale contre l’Angleterre. Les joueuses, le sélectionneur et l’Cameroun risquent d’ailleurs de graves sanctions pour avoir bousculé l’arbitre et refusé de reprendre le jeu suite au 2e but anglais accepté après utilisation de l’AVAr. Les décisions prises grâce à l’assistance vidéo étaient justifiées, mais les Camerounaises ont dégoupillé. Sans doute était-ce la conséquence du trouble permanent et des procès d’intentions faits aux arbitres depuis le début de la Coupe du monde suite à une succession d’incompréhensions, d’erreurs et de décisions dramatiquement zélées. Ce cocktail et la pression du moment ont fait totalement péter un câble aux joueuses de cette équipe africaine pourtant capable de très belles choses balle au pied (et de gestes d’une violence et d’une méchanceté rares qui méritaient des exclusions qu’on attend toujours…). Accuser les arbitres et la FIFA de racisme parce que, contre le Nigeria, on a permis à Wendie Renard de tirer une 2nde fois un péno manqué – la gardienne avait le pied 5 centimètres devant sa ligne de but au moment du tir – n’avait aucun sens. Il s’agissait juste d’un énième excès de zèle dû à une façon d’utiliser l’AVAr qui robotise les arbitres.

Ces énormes problèmes d’arbitrage résultant de 3 erreurs majeures de la FIFA :
-le choix des femmes,
-le manque de formation à l’usage du formidable outil qu’est l’AVAr,
-le changement des règles à un moment absurde.

  • Carton rouge à la discrimination faussement positive.

A l’heure actuelle, des femmes arbitres qui ont l’expérience et les compétences pour officier au plus haut niveau en son montrant à la hauteur des équipes engagées, on en trouve très peu. Et pour cause : si, sur les centaines de milliers d’hommes arbitres que compte le monde, très peu sont capables de remplir cette mission de façon satisfaisante, pourquoi en trouverait-on facilement parmi les quelques milliers de femmes qui officient régulièrement sur les terrains de la planète ? Non seulement la base est nettement moins fournie, mais elle se réduit terriblement quand on gravit la pyramide des championnats. Peut-être l’arbitrage féminin se développera-t-il fortement ces prochaines années, seulement nous sommes en 2019 et actuellement, se forcer à ne retenir que des femmes est suicidaire. Pour l’AVAr, on a mis beaucoup d’hommes en cabine, ce qui trouble encore plus le message (on a parfois l’impression que l’arbitre central, une femme, est aux ordres de l’homme qui regarde la télé^^). Si en plus on fait comme chez les hommes en allant en chercher un peu partout dans les différentes confédérations, on se retrouve avec les mêmes problèmes que pour une Coupe du monde masculine… en pire. Et Dieu sait que les arbitres "exotiques" ont fait des dégâts dans les CdM masculines ! Le championnat hondurien masculin et quelques rencontres de niveau CONCACAF ne vous apportent pas une véritable expérience du haut niveau. Le jour où un arbitre hondurien entre sur le pré avec la Seleção brésilienne et une grosse nation européenne, il risque fort d’être dépassé. Alors imaginez la pauvre Hondurienne qui n’arbitre même pas à ce niveau le reste de l’année (elle a officié récemment pour la première fois dans le championnat national masculin)… Quand vous l’envoyez faire la police lors d’un duel à élimination direct entre les Pays-Bas (qui ont rempoté l’Euro) et le Japon (vainqueur puis finaliste des 2 dernières CdM), vous connaissez le risque : ça a de fortes chances de virer à la catastrophe. Et ça n’a pas manqué puisqu’elle a donné la victoire aux Bataves sur un péno inique en toute fin de temps réglementaire. Elle avait déjà fracassé le Nigéria-France (avec notamment l’affaire du péno déjà évoqué) et le Australie-Italie qui a complètement changé la donne dans la poule C.

On préfère le symbole à la compétence. Il ne faut que des femmes même si elles n’ont pas le niveau. Discrimination positive diront certains.
Il faut en plus en trouver dans de petits pays pour assurer une représentativité de toutes les confédérations, même si le foot féminin y est confidentiel. Là aussi, on évoquera la fameuse discrimination positive.
Seulement, il ne s’agit pas de mathématiques : ici, le plus avec le plus égale le moins. Cette double discrimination n’a rien de positif, elle est hyper négative pour la compétition et pour le football féminin en général. Tant qu’on n’a pas pu constituer un groupe de femmes arbitres répondant aux besoins d’une Coupe du monde, compétition qui correspond au sommet de la pyramide du football féminin, oublions cette volonté de ne faire officier que des femmes et prenons le temps d’en former, d’en faire progresser en les habituant au haut niveau, de les faire travailler physiquement pour être capables de suivre le rythme 120 minutes si nécessaire sans perdre leur lucidité. Car oui, on parle beaucoup des progrès tactiques, physiques et techniques des joueuses grâce à la professionnalisation croissante, mais il est indispensable que l’arbitrage suive la même évolution.

  • Déformation.

En l’état actuel des choses, la FIFA envoie au feu des pompiers en maillot de bain sans même avoir pris le temps de les former à l’utilisation de la lance à incendie.

En effet, en plus du problème de niveau de ces arbitres, la FIFA n’a rien trouvé de mieux que de mettre en place l’AVAr lors de cette compétition… pour la première fois dans le football féminin. L’AVAr n’avait encore JAMAIS été utilisée pour des matchs féminin, hormis une petite poignée lors des rencontres amicales de préparation (à la discrétion des pays concernés). A l’exception de celles ayant déjà été désignées pour des matchs de compétitions professionnelles masculines où l’AVAr existe, et elles sont rares (ça inclut la Française Stéphanie Frappart, qui vient de faire ses débuts en Ligue 1 après avoir accumulé de l’expérience en L2), les arbitres de cette Coupe du monde ont découvert cet outil formidable sur le tas. On a oublié de les former à son utilisation.

L’AVAr s’est généralisée depuis 1 an dans de nombreux championnats et coupes. On a pu tirer certains enseignements ou confirmer certaines prévisions. On sait par exemple que, même aidé par la vidéo, un mauvais arbitre reste mauvais et qu’il peut le devenir encore plus s’il est influençable ou naturellement borné. Que par manque d’expérience et d’automatismes – ça fonctionne beaucoup mieux si les arbitres dans la cabine et ceux sur le terrain ont l’habitude de bosser ensemble, parlent la même langue, connaissent la sensibilité des uns et des autres concernant l’interprétation de certains points des lois du jeu – ou volonté de respecter la procédure à la règle, on va souvent perdre un temps fou ou louper des situations qui justifiaient pourtant de prévenir l’arbitre. Combien de fois a-t-on assisté à des situations où l’arbitre suspendait le jeu en mettant le doigt à l’oreillette avant d’aller regarder la vidéo après 2 à 3 minutes d’attente ? Pourtant, dans presque tous les cas, on savait après 15 à 25 secondes que ça se terminerait devant l’écran. C’est pourtant simple : faute évidente pas vue par l’arbitre, situation qui demande une interprétation comme une position de HJ donc le caractère actif ou passif demande à être tranchée, une main très douteuse dans la surface pas vue par l’arbitre, on envoie de suite l’arbitre se faire une idée lui-même.

Pour rappel, l’Assistance Vidéo à l’Arbitrage devait seulement permettre d’éviter les erreurs manifestes et graves. Dès lors, s’il n’y a rien d’évident, on laisse. Je suis content que l’AVAr ait changé la mentalité de la plupart des arbitres assistants en les dissuadant de lever leur drapeau dans le doute d’un éventuel HJ (car on oublie beaucoup plus facilement les actions et buts annulés par un HJ signalé à tort que les buts accordés malgré un HJ). Cette erreur, on la déplore de moins en moins souvent. De là à ne plus jamais lever le drapeau dans des situations où il y a 2 mètres de HJ et se réveiller 20 secondes après au point que personne ne comprenne le pourquoi du comment, non. Stop. Il ne faut pas abuser. Et ça, on le voit de plus en plus. Les arbitres et leurs assistants doivent savoir prendre leurs responsabilités sans attendre systématiquement les indications de l’AVAr. Il y a clairement des réglages à effectuer, ce qui nécessite de se familiariser avec l’outil, de prendre l’habitude de l’utiliser sans en avoir peur, sans craindre qu’on vous reproche de ne pas en avoir fait usage.

Mais ce qui me gêne le plus est bien la façon dont on s’en sert. L’AVAr a été dévoyée. Au lieu de former les arbitres, on a décidé de les déformer pour les transformer en marionnettes. On les ridiculise en les poussant à faire preuve d’un zèle dramatique. Le ressenti passe à l’as, on ne garde aucune marge d’interprétation ou d’erreur sur certains points qui en nécessitent pourtant une. L’histoire du pied sur la ligne pour les gardiens sur les pénos, pourquoi pas ? Mais il faut appliquer la règle en fonction de sa raison d’être, pas de façon hyper pointilleuse. Si le gardien a arrêté le péno car il a grossièrement anticipé en avançant pour réduire l’angle, l’arbitre doit intervenir et le punir. Si c’est marginal (quelques centimètres) et/ou que le péno a été raté sans corrélation manifeste avec cette anticipation, on laisse faire. C’est du bon sens. La règle a été changée pour permettre aux gardiens d’anticiper dans une certaine limite (car énormément se permettaient d’avancer d’1m50 avant même le tir, c’était ridicule, pourtant les arbitres fermaient les yeux), on doit leur accorder une marge d’erreur… qu’on accorde encore à ceux qui entrent dans la surface bien trop tôt. Si on décide d’être pointilleux, on doit l’être sur tout. Pour les HJ, c’est pareil. OK, les arbitres ont des moyens spéciaux, ils ont le droit à une sorte de révélateur en 3 dimensions pour déterminer pratiquement aux centimètres près qu’un bout de corps dépassait ou non. Ceci n’a aucun sens. L’AVAr doit éviter les erreurs manifestes. Un orteil ou une demi-clavicule qui dépasse, ça n’a rien de manifeste. Personne a la FIFA n’a eu la lucidité de comprendre que le zèle serait mauvais pour le football. Le HJ ne devait se vérifier que grâce à une image arrêtée – ou plusieurs avec des angles différents – sans "révélateur". Si à l’œil nu on ne peut détecter un HJ clair, il n’y a pas HJ, car le doute profite à l’attaque. Simple, non ? Sans doute trop pour la FIFA…

Attention, le problème du zèle des assistants vidéo n’a rien de spécifique à la Coupe du monde féminine, il y a seulement été mis en évidence à de nombreuses reprises. Les arbitres inexpérimentées mises sous pression par un tel contexte sont très influençables et affichent une propension certaine à perdre leurs moyens. En regardant les matchs – j’en ai manqué très peu – j’ai très souvent eu cette sensation : les arbitres avaient peur du jugement porté sur leurs décisions. Il faut un certain courage pour refuser un but à l’Australie (contre le Brésil) ou aux Etats-Unis (contre la Suède) en raison du HJ évident d’une attaquante qui, sans toucher le ballon, a obligé une adversaire à tenter un geste défensif à l’arrache (manqué, ce geste a provoqué un but, se transformant en csc dans le premier cas, en passe décisive pour une joueuse initialement HJ dans le second). Dans les 2 situations le but a été accordé après visionnage par l’arbitre centrale. Pourtant l’AVAr avait bien fait son œuvre en indiquant l’existence d’un HJ et en demandant le déplacement jusqu’à l’écran pour une interprétation, l’arbitre central étant souverain pour en juger le caractère actif ou passif. Si, quand l’outil est bien utilisé, on aboutit à la mauvaise décision, le problème se résume à un manque de compétence ou pire encore, de compréhension du football.

A vrai dire, le véritable problème est là. Donnez un super robot à un super cuisinier qui sait parfaitement l’utiliser, il va vous régaler. Donnez le même robot à un très mauvais cuisinier qui ne sait pas s’en servir, il réussira juste à repeindre la pièce et à gâcher de la nourriture. Dans cette coupe du monde féminine, on a trop d’arbitre de bas niveau qui ne comprennent déjà pas vraiment le football et à qui on demande d’utiliser un outil non maîtrisé. D’où ce carnage.

Comme ça ne suffisait pas, la FIFA et l’IFAB (International Football Association Board) ont décidé de compliquer encore ce qui l’était déjà.

  • Un problème de règles douloureuses.

Le titre de ce chapitre est volontairement provocateur. Mais changer les règles pour une phase finale qui vient conclure un cycle est monstrueux. Le cycle de qualifications s’étale sur les 2 saisons qui précèdent la Coupe du monde. Si on change les lois du jeu, c’est en début de saison, comme ça tout le monde a le temps de s’y habituer, de les comprendre, y compris les arbitres qui, au cours de leurs réunions, peuvent visionner des vidéos et discuter de la façon de les appliquer. Juste histoire de chercher un tant soit peu de cohérence entre eux. Une Coupe du monde ne devrait JAMAIS servir à effectuer des tests. Là, on a jeté les arbitres en pleine mer sans bouée de sauvetage en les laissant se débrouiller pour regagner la rive sans se noyer.

Entre ce qu’on leur impose, en particulier le zèle sur l’histoire du gardien devant avoir un pied sur sa ligne au moment du tir des pénos (avec un carton jaune comme sanction automatique… avant une rectification de la règle en cours de compétition pour éviter l’aberration de devoir exclure un gardien pour ça, ce qui aurait fait tâche lors d’une séance de tirs au but), et ce qu’on vient modifier dans la loi XII pour compliquer encore un peu plus ce qui l’était déjà, on ne leur fait vraiment pas de cadeau.

Le problème des mains était pourtant assez simple : l’arbitre devait seulement juger l’intentionnalité du geste. Ce qui ne demandait que de faire preuve de bon sens. Manifestement, le bon sens, tout le monde n'en est pas pourvu. En particulier dans des moments de tension partisane. D’où de nombreux débats dès qu’un ballon était touché de la main dans une surface. Toujours aussi stupides, la FIFA et l’IFAB ont voulu réduire le pouvoir d’interprétation de l’arbitre plutôt que d’insister sur la cohérence au cours de leur formation. La nouvelle version de la loi XII tend à rendre la sanction quasiment objective alors que par nature, le jugement de ces situations ne peut être que subjectif. C’était prévisible, on assiste à un beau bordel. Plus personne ne sait ce qu’il faut siffler. Y compris les arbitres.

La confusion est telle que tout le monde part dans des délires dingues. Non, toute main dans la surface n’est pas fautive, pas plus avant que maintenant, et dire «dans les autres matchs on a donné péno pour ce genre de mains» reste insensé. On ne peut décemment se plaindre de ne pas avoir bénéficié d’une erreur d’arbitrage parce que d’autres arbitres ont fait n’importe quoi en sifflant dans une autre rencontre !

Autre erreur, croire que toutes les mains dans la surface ont été sifflées lors de ce mondial. Le 8e de finale Norvège-Australie a ainsi été absolument hallucinant avec 3 pénos évidents oubliés au détriment de l’Australie, dont 2 pour des mains flagrantes. La première a été regardée par l’arbitre sur l’écran… Le mouvement vers le ballon sautait aux yeux, la fille était en retard, si bien que c’est son bras, bien que collé au corps, qui a contré le ballon, pas sa poitrine. Mais le bras au niveau de l’épaule, ça reste le bras, et c’est une faute quand on l’utilise de cette façon. Hallucinant de ne pas donner péno ! L’autre est carrément une parade de la main par une fille de la défense. Tir de loin cadrée, elle le détourne en corner du poing en ayant les bras écartés plus ou moins à hauteur de poitrine. Là, c’est un problème de réactivité, les assistants vidéo n’ont pas prévenu l’arbitre avant le corner…

Comme pendant la Coupe du monde masculine en Russie, les arbitres ont fini par avoir la consigne de plus se faire confiance et de moins laisser l’AVAr prendre les décisions à leur place. Après des huitièmes de finale largement sujets à controverses (l’Australie volée par les oublis de pénos et un rouge pour une annihilation d’occasion de but inexistante[2], on a eu droit au bord*l le plus absolu entre l’Angleterre et le Cameroun[3], le but refusé à tort à Gauvin contre le Brésil après vidéo[4], la victoire des Etats-Unis grâce à 2 pénos[5], le péno scandaleux offert aux Pays-Bas pour leur donner la victoire en fin de match contre le Japon[6], il y a aussi eu un péno pour un tir contré de la main en faveur du Canada… qui l’a gâché[7]), on a vu un changement de façon d’utiliser l’AVAr. Il était manifestement décidé de ne plus en abuser. Même si on en a encore parlé quand Majri a snipé un bras américain en centrant en fin de match contre les Etats-Unis. L’arbitre a vu la main en direct et a jugé qu’elle n’était pas fautive. En toute objectivité, il est difficile de lui donner tort en utilisant des arguments valables. Donc pas le «d’autres fois ça a été sifflé». Rappelons aussi que le 3-0 avait été refusé pour un HJ invisible sans outil informatique sophistiqué. S’il y a un reproche à faire à l’arbitre, c’est sa clémence anormale en faveur des Américaines. Elles auraient dû prendre des cartons. En demie, l’Angleterre a bénéficié d’un péno pour égaliser (grâce à l’AVAr)… Péno arrêté de belle manière. Puis en finale Mme Frappart a longtemps résisté aux tentatives de manipulation américaine, notamment celles de Morgan pour obtenir un péno en surjouant encore suite à un contact dans la surface, elle a dû céder en 2nde période. Ce péno presque imposé par l’AVAr a fait tourner la rencontre. Entre-temps, lors du match pour la 3e place, le but du 2-2 qui aurait fait d’Ellen White la meilleure buteuse du tournoi lui a été refusé en raison d’un contact avec le bras lui ayant permis se s’emmener le ballon avant la frappe. Dans ces situations, l’intentionnalité n’est plus un élément constitutif de la faute. C’est systématiquement refusé. En revanche, je pense que l’intention reste importante pour décider s’il y a carton jaune.

J’ai le sentiment que cette nouvelle version de la règle concernant les mains fera long feu. Les défenseurs vont vite péter un câble si on siffle des pénos contre eux 10 fois par saison uniquement parce qu’ils ont le tort d’avoir des bras. Je m’attends à un retour à l’ancienne à court ou moyen terme, notamment quand tout le monde se sera plaint de voir les centreurs et les tireurs chercher les mains au lieu de chercher à trouver un coéquipier ou à marquer. Ça existait de façon marginale, c’est amené à se généraliser (Baggio l’avait déjà fait lors de la CdM 1998, on l’a récemment vu dès la 1ère minute de la dernière finale de la Ligue des Champions alors que la nouvelle règle n’était même pas encore en vigueur !). Ce qui est très mauvais pour le football.

Mais depuis le temps, si les pontes de la FIFA et de l’IFAB réfléchissaient avant de prendre des décisions, on le saurait, non ?

N’en déplaise à certains, le football féminin est avant tout du football. Avec toutes les émotions que peut créer ce sport et tous les travers dont il peut être victime. On le dit plus pur, dépourvu de simulation, de tricherie… C’était vrai à une époque, ça ne l’est plus. Quand il y a de l’enjeu et de mauvais arbitres, il y a des filles pour tenter de les abuser. Plongeons, exagération de douleur, jeux d’influences, sales coups, on a tout. Il serait temps que la FIFA s’en rende compte et agisse en conséquence : les filles ont besoin d’être prises au sérieux. Donc d’un arbitrage sérieux. Il serait bon que les médias se rendent aussi compte du phénomène et traitent les filles comme les garçons, à savoir sans condescendance, sans concession, sans idéalisation. Il s’agit de lui accorder du temps d’antenne/de l’espace sur les différentes publications ainsi que de faire preuve d’honnêteté et de professionnalisme dans l’information et l’analyse. Serait-ce trop leur demander ?


La suite concernera l’équipe de France. Il sera essentiellement consacré à Corine Diacre, alias "la Sorcière".   

Notes

[1] J’ai fait la même critique au PSG pendant plusieurs années, principalement celles de la période Laurent Blanc.

[2] La passe en profondeur était trop forte, le ballon était pour le gardien, la faute sur la Norvégienne était réelle mais la sanction juste était un jaune.

[3] Le Cameroun aurait dû prendre des rouges, les décisions sur les 2 premiers buts anglais étaient logiques, dont une grâce à l’AVAr, mais la réduction de l’écart camerounaise a été refusée pour un HJ au centimètre.

[4] La gardienne rate sa sortie et se fait percuter par sa coéquipière, elle pousse le ballon sur l’épaule de Gauvin puis lui rentre dedans et non l’inverse, le ballon part dans les cages… Il n’y avait pas de charge de la Française, qui plus est on était à la limite de la surface de but, pas vraiment dedans, et la gardienne n’avait pas le contrôle du ballon.

[5] Pour le coup, les 2 pénos étaient justifiés, l’AVAr a permis de conforter la décision initiale de l’arbitre sur le 2nd péno, les crampons de l’Espagnole ont bien fini dans la jambe de l’Américaine.

[6] Kumagaï contre un tir quasiment à bout portant en ayant les bras le long du corps, certes pas totalement collés, mais on voit bien qu’elle a le réflexe d’essayer de le ranger dans son dos et ne pouvait absolument pas éviter le contact. Elle avait les bras en position on ne peut plus naturelle.

[7] Péno logique pour le coup car Aslani contre un tir cadré en ayant le bras écarté avec un mouvement du bras vers le ballon.