Car quand un président de club ou de fédération fait un choix aussi important que la nomination d’un entraîneur ou sélectionneur, il ne doit pas s’arrêter aux apparences. Il fallait se renseigner sur sa personnalité et sur la façon dont elle avait été perçue par les joueurs et joueuses sous ses ordres par le passé. En faisant cette démarche, Noël Le ''not'' Graët at all se serait rendu compte que la pertinence de ce choix se limitait à son caractère purement symbolique. Il fallait en faire un autre. Trouver un candidat cochant toutes les cases, voire même donner plus de temps à Olivier Echouafni.

Etrangement, après avoir fait descendre son club de l’En Avant Guingamp parce qu’il refusait de virer l’entraîneur, après avoir provoqué la honte de Knysna en insistant pour conserver Domenech suite au fiasco de l’Euro 2008 (il était alors le très influent vice-président de la FFF), il n’a pas hésité longtemps à mettre un coup de chausson à Echouafni… confirmé dans un premier temps. Ce dernier avait perdu UN match lors de sa seule saison à la tête des Bleues (1-0 contre l’Angleterre au terme d’un Euro aussi mauvais dans le jeu que cette CdM), parvenant même à remporter la SheBelieves Cup en l’emportant 3-0 contre les Etats-Unis à Washington, en gagnant en Angleterre, aux Pays-Bas, etc. Il avait hérité d’une équipe en fin de cycle, traumatisée par plusieurs échecs successifs hyper frustrants, était privé d’Amel Majri pour cet Euro où plusieurs légendes de l’équipe de France faisaient leurs adieux. On ne lui a pas réellement donné le temps de construire, même s’il a lancé pas mal de joueuses avec un certain succès.

J’ai écouté les arguments de ceux qui veulent laisser les clés du bus à celle que je surnomme "la Sorcière" pour les raisons que j’expliquerai tout au long de cette longue analyse de la situation des Bleues depuis 2 ans et particulièrement lors de cette Coupe du monde. Ils sont déroutants :
-il faut de la stabilité,
-ce n’est pas un échec car les Bleues ont perdu contre les indomptables Américaines et de toute façon on ne passe plus les quarts depuis 5 compétitions,
-elle va apprendre de ses erreurs et tout corriger,
-elle incarne l’équipe de France aux yeux du public qui vient de découvrir le football féminin, on a besoin d’elle pour prolonger l’engouement populaire qui s’est créé lors de cette Coupe du monde,
-Diacre est une excellente tacticienne,
-elle saura intégrer les jeunes et a même déjà commencé,
-ses choix étaient les bons, ce sont les joueuses qui sont responsables de la défaite, celles qui n’ont pas été appelées n’avaient pas prouvé qu’elles méritaient de l’être et n’auraient sans doute rien changé,
-de toute façon il n’existe pas de remplaçant idéal dont le nom vient immédiatement à l’esprit.

Si, je vous assure. Tout ça, je l’ai entendu. Une journaliste comme Carine Galli n’a rabâché encore et encore dans toutes les émissions de La Chaîne l’Equipe. Et on peut lui faire confiance puisqu’elle suit les Bleues toute l’année pour W9… Ou pas.

Le copinage et le sexisme doivent prendre fin. On finira systématiquement dans le mur en continuant ainsi. Non, Corine Diacre n’a jamais été attaquée parce qu’elle est une femme. D’ailleurs elle a très peu été attaquée. En revanche, elle est protégée pour cette raison. Si un homme avait accumulé tant d’erreurs dans ses choix, son management et sa communication depuis 2 ans, il aurait été fracassé de toutes parts. A raison.

Seulement voilà c’est une femme dans un monde où si vous critiquez une femme, vous vous prenez une diatribe de Marlène Schiappa sur Twitter, où Ségolène Royal et Vikash Dhorasoo réinventent l’Histoire et l’économie du football pour transformer les joueuses en héroïnes honteusement traitées par les mâles dominants qui leur refusent l’égalité salariale… Dès lors, si vous voulez éviter les emm*rdes, vous ne dites rien. Vous la fermez et vous laisser faire. A fortiori si vous n’êtes pas passionné et connaisseur du football féminin.

Car on touche là un autre problème : beaucoup de journalistes, intervenants dans les émissions sportives et consultants ont dû s’y intéresser par nécessité professionnelle en raison de la Coupe du monde en France. On leur donne la parole même s’ils n’y connaissent rien. D’où un terrible manque de pertinence chez la plupart d’entre eux. Les rares qui s’en sortent sans perdre leur crédibilité sont ceux qui se contentent de juger ce qu’ils voient, à savoir la très faible qualité de jeu. Leur analyse se limite à un simple constat, ils sont incapables d’expliquer l’origine du problème et de proposer des solutions pour y remédier. Dans leur triste majorité, ces hommes habitués à parler de foot masculin préfèrent la jouer profil bas quand ils sortent de leur zone de confort. Ils l’ont fait pendant toute la Coupe du monde féminine, toujours marqués par le retour de bâton survenu en 1998 quand Jacquet a remporté la Coupe du monde après avoir été très critiqué. Certains ont aussi voulu faire les malins l’an dernier à l’occasion de la Coupe du monde en Russie en prédisant le pire aux Bleus et l’ont regretté[1]. Pas question de prendre de risque sur un sujet qu’ils ne maîtrisent absolument pas et de s’exposer à des accusations de sexisme. Ils ont donc adopté la politique du parapluie. Si jamais ça avait dû bien se passer, il ne fallait surtout pas être celui qui avait critiqué. Si elle reste et que ça devait bien se terminer avec un succès à l’Euro 2021, il ne faudrait pas avoir réclamé sa tête…

Ceux qui parlent ou écrivent parce qu’on les paie pour le faire sont les sophistes des temps modernes. Ils cherchent à faire illusion. Pas facile quand on s’est intéressé au sujet 3 jours avant l’annonce de la liste. Le plus simple est de reprendre ce que les autres disent – même s’ils ne s’y connaissent pas franchement plus – ou de partir du postulat que tout ce que dit le sélectionneur est juste, quitte à propager des conneries, notamment concernant Marie-Antoinette Katoto. On pourrait imaginer que la meilleure buteuse de D1 est une racaille asociale, je-m’en-foutiste et au mental fragile si on écoutait les attaques absolument gratuites et putrides dont elle a fait l’objet dans les différentes interventions médiatiques de Diacre. Beaucoup ont ainsi applaudi son éviction de la liste comme un choix fort nécessaire pour la cohésion du groupe, un choix que n’aurait pas renié Didier Deschamps. Seuls les gens qui suivent réellement le football féminin ont regretté ce sabordage – car ils s’agit bien de ça, je vais traiter de façon approfondie ce cas emblématique de l’ère Diacre – sans toutefois oser crier au scandale. Car quand vous vivez dans le petit monde du football féminin et que celui-ci a droit à une fenêtre d’exposition absolument grandiose, vous avez de très bonnes raisons de mettre des œillères et de faire comme s’il n’y avait aucun nuage dans un ciel tout bleu…

Au fur et à mesure, j’ai tout de même commencé à entendre quelques critiques, bien que très légères. Rarement des tacles appuyés. Elles venaient de consultants qui se rendaient compte de la nécessité de rester un tant soit peu crédibles. Beaucoup des spécialistes du foot féminin (joueuses, ex-joueuses, entraîneurs ou ex-entraîneurs) ou individus présentés comme spécialistes – des journalistes qui ont vécu près de l’équipe le temps de se sentir inclus dedans et de faire ami-ami avec certains membres de l’effectif ou du staff – partaient sur un état d’esprit hyper positif. Leur intention était de faire la publicité du football féminin en le présentant de façon idéalisée, en nous vendant du rêve, en espérant nous – et se ? – convaincre que les Bleues pouvaient aller au bout. Même les plus lucides n’osaient pas dire la vérité au public non-averti. Et s’ils tombaient dans ce travers, c’est aussi parce qu’il ne faut pas se fâcher avec ses copines, ses collègues, les gens de la FFF… Oui, le problème est bien le copinage et l’entre-soi. Quand vous voyez une Laura Georges titulaire en équipe de France lors de la première saison de Diacre alors qu’elle ne jouait plus du tout au PSG puis au Bayern (où elle était partie pour essayer de se relancer), que Gaëtane Thiney n’était plus du tout appelée chez les Bleues – autant pour des raisons sportives qu’extra-sportives – et a soudain fait son retour pour devenir titulaire inamovible en n°10 malgré des prestations d’une faiblesse insigne, vous vous posez nécessairement des questions. Elles trouvent leurs réponses quand vous savez qu’elles sont employées de la FFF… N’importe où ailleurs, tout le monde crierait au conflit d’intérêts. Pas dans le monde merveilleux du foot féminin. Là, ça passe crème. Elise Bussaglia était partie au Barça, elle n’était même plus sur le banc tant elle était dépassée, pourtant Diacre a décidé d’en faire une femme de base de son milieu plutôt que de faire confiance à Grace GeyoroKheira Hamraoui (qui n’aura pas joué 10 minutes en 5 matchs) ou Kheira Hamraoui (appelée une seule fois, c’était lors de la dernière fenêtre de matchs amicaux, elle a eu droit à une entrée au cours du temps additionnel de la 1ère rencontre, seulement de s’échauffer lors de la 2nde… une humiliation), traitées comme des moins que rien malgré leur statut de titulaires respectivement au PSG et… au Barça. Je pourrais aussi citer Aurélie Kaci, totalement disparue des radars même si elle est titulaire à l’Atéltico Madrid (champion d’Espagne). Il aura suffi à Bussaglia de débarquer cet hiver à Dijon pour retrouver sa place de titulaire indéboulonnable au milieu – vive la concurrence ! – au point de ne même pas sortir contre le Brésil ou les Etats-Unis après carbonisation intégrale. Faire confiance aux copines quitte à déplacer une Le Sommer à gauche et s’obliger à utiliser Majri en "défense", c’est un crime comme le football français. Ni plus, ni moins. Des anomalies de ce genre, on peut en citer plein.

Dans le milieu du foot féminin, tout le monde le sait. Devant les caméras et les micros, c’est l’omerta. De façon cocasse, certains soutiens de Diacre vous disent que les joueuses ne la chargent pas, preuve qu’elle reste la femme de la situation. Parce que dans ce genre de cas, on a l’habitude de voir ceux qui ont participé au naufrage s’attaquer publiquement au sélectionneur qui reste en poste, histoire de mettre fin à leur carrière internationale… Un peu de sérieux ! On entendait déjà ça en 2008 concernant Domenech. Les filles qui auraient dû être appelées ne peuvent pas dire ce qu’elles ont sur le cœur. Celles qui ont été appelées alors qu’elles n’avaient rien à faire là ne peuvent décemment que la remercier du cadeau. Celles qui ont été appelées mais ont été mal utilisées ou ont le sentiment que Diacre a gâché la chance de leur vie de remporter une Coupe du monde, vous les voyez tresser des lauriers à leur sélectionneur ? Elles sont dans l’impossibilité de dire le fond de leur pensée. On leur pose des tas de questions, ça les démange, elles se retiennent et bottent en touche tant que possible… Lâchant tout de même quelques phrases sans ambiguïté. Certains silences et non-dits valent plus que mille mots.

Stop aux arguments fallacieux. Stop aux mensonges. Je vais reprendre point par point ce que disent les défenseurs de Diacre car je ne peux laisser dire de telles âneries sans réagir. Je le fais exactement comme je l’ai fait par le passé concernant Ancelotti, Blanc, Emery, Domenech et autres. Femme ou homme, je n’en ai strictement rien à faire, dans tous les cas je ne m’intéresse qu’aux compétences et au bilan.

  • Besoin de stabilité ?

Diacre a eu 2 ans sans aucune pression pour effectuer ses choix et faire travailler ses filles ensemble. 21 matchs amicaux pour préparer sa liste en testant des joueuses, des options tactiques, des associations. Le nombre de filles convoquées est assez dingue. Enormément n’avaient pas le niveau international et n’avaient rien à faire là malgré tout le respect qu’elles méritent. Dans le même temps, d’autres étaient oubliées, ou parfois conviées aux rassemblements sans jamais avoir leur chance. Aux Kheira Hamraoui, Morroni et Aurélie Kaci ont été préférées des filles évoluant dans des équipes de milieu ou bas de tableau de D1. Claire Lavogez a disparu de la circulation. Kenza Dali a été blessé mais s’est battue pour revenir sans recevoir de considération. Longtemps mise totalement de côté au profit de Marion Torrent, Eve Périsset a été tantôt écartée, tantôt mal/très peu utilisée (elle s’est retrouvée dans un rôle de stoppeur dans une défense à 3 contre l’Angleterre !). Je vous passe quelques décisions incompréhensibles concernant la gestion du groupe tout en vous gardant le cas Marie-Antoinette Katoto pour plus tard.

Au final, que constate-t-on ? Après 21 matchs et une tonne de noms ajoutés à la liste des joueuses ayant porté le maillot de l’Equipe de France, Diacre a, de son propre aveu, composé une liste avec 13 à 14 filles pouvant être titulaires. Le reste ? Pas utilisé, ou alors tellement peu que ça frise le ridicule. Avec ces 13 ou 14 joueuses, elle avait une seule option tactique. Tout était figé des semaines à l’avance. Certaines filles pourtant polyvalentes ont été fixées définitivement à un poste – celui où normalement elles dépannent – depuis 2 ans.

En 2 ans, a-t-on noté des progrès ? Eclater le Ghana et le Nigéria 8 à 0, en coller 6 à l’Uruguay et au Cameroun, c’est rigolo, mais ça prouve quoi ? Perdre 4-0 en Allemagne (et 1-0 en France contre le même adversaire en faisant un non-match avec but offert), 4-1 contre l’Angleterre, ça veut dire des choses. Sans doute plus que les succès en amical contre une équipe des Etats-Unis A’ pas préparée, un Japon qui faisait tourner, ou encore un Danemark pas qualifié pour la CdM et pas spécialement motivé.

Il y a une dizaine d’année que je regarde tous les matchs des Bleues diffusés à la télé. Je suis désolé de le dire, mais l’équipe de France n’est pas en progrès, elle régresse. Dans le jeu, c’est bien souvent le néant dès qu’il y a de l’adversité. Hormis contre les équipes en bois, les problèmes restent les mêmes, on compte beaucoup sur les CPA et des actions individuelles, on est très loin de l’équipe de France d’avant, celle qui se procurait une multitude d’occasions en créant des tas de décalages grâce à des combinaisons, de la créativité… et pêchait dans la finition. Désormais, on ne se crée même plus ces occasions, on ne sait plus quoi faire du ballon. Le jeu se résume à le donner à Kadidiatou Diani et espérer qu’elle fasse parler sa classe ! Alors bien sûr, il y a des exceptions avec de temps en temps une très bonne période de 30 ou 45 minutes voire un peu mieux. Tenter de nous faire croire qu’il s’agit de la règle va contre les intérêts du football français. Il faut ouvrir les yeux et regarder la vérité en face.

Prôner la stabilité en croyant qu’elle va remplacer la compétence est très français, ou devrais-je dire typique du football français au sens large. On a subi cette façon de penser au PSG en conservant Laurent Blanc puis Anterré Henriquo beaucoup trop longtemps. S’il faut changer tous les 6 mois, changeons tous les 6 mois jusqu’à trouver la bonne personne ! Car laisser du temps au bon entraîneur/sélectionneur/directeur sportif va vous faire progresser, en laisser au mauvais ne va pas vous aider, ça risque même de vous détruire.

  • Un chèque après l’échec.

Diacre a encore 2 ans de contrat, elle ne démissionnera certainement pas même si dans un monde idéal c’est ce qu’aurait immédiatement fait le capitaine du bateau après un tel naufrage. Car hormis dans l’esprit de 2 ou 3 illuminés dont le président de la FFF, il s’agit d’un gigantesque échec. D’une déroute. D’une catastrophe. D’un drame.

On a reculé au lieu d’avancer alors qu’on abordait un carrefour décisif. Pour atteindre l’objectif, on pouvait entrer sur l’autoroute, on a choisi la départementale au revêtement défoncé. Il fallait absolument trouver le moyen d’atteindre le dernier carré, synonyme de développement exponentiel et pérenne du football féminin en France. Là, on se contente du minimum, à savoir du seul effet induit par l’organisation de la Coupe du monde, par définition ponctuel. On se prive de celui, particulièrement durable, généré par la victoire. A minima, on pouvait espérer faire exploser les compteurs de la cote d’amour des Bleues en proposant un jeu séduisant et maintenir une attractivité forte pendant toute la période nous séparant de la prochaine grande compétition.

Au bout du compte, on n’a ni la victoire, ni la manière. Pourtant, Noël est content.

Doit-on se satisfaire de la médiocrité ? Certes, si on se contente de regarder superficiellement la chose, Diacre n’a pas fait pire en termes de résultat final que ses prédécesseurs en 2013, 2015, 2016 et 2017. Mais… en fait si, elle a fait pire puisqu’il y a eu défaite en quart (en 2013 et 2015 c’était élimination aux TAB en ayant largement mérité de passer), pas de qualification pour les JO contrairement aux 2 précédentes Coupes du monde, et dans le jeu, un niveau presque abyssal hormis la première période contre la Corée du Sud et les 20 dernières minutes contre les Etats-Unis (qui ont géré tout le match). Pas de JO, ça signifie aucun match intéressant, aucun objectif sérieux[2], aucune raison de médiatiser l’équipe de France féminine avant 2 ans. On passe à côté de l’opportunité d’enchaîner, de prolonger le cercle vertueux. Pendant 2 ans, tout va donc dépendre des clubs. J’imagine en effet très mal le public se passionner pour une victoire par 5 à 8 buts d’écart au Kazakhstan dans un stade typique de l’architecture communiste de l’ex-URSS où auront pris place 328 personnes.

Toutes les joueuses qui s’expriment reconnaissent l’échec, Diacre elle-même a qualifié cette élimination d’échec, au moins les ¾ du public le pensent également. Je ne devrais même pas avoir à discuter la nature de cette élimination. J’en ai tout de même entendu dire que perdre contre les championnes en titre n’avait rien d’infamant, que les Etats-Unis sont injouables, et plein d’excuses de ce type. Arrêtons de faire semblant, de maquiller la vérité.

Pour mémoire, les résultats précédents des Bleues contre les Etats-Unis étaient une victoire 3-1 en début d’année, un nul 1-1 à New York en mars 2018, une victoire 3-0 à Washington DC un an auparavant, une défaite 1-0 aux JO de Rio, une autre défaite 1-0 à Nashville en janvier 2016, une défaite 2-0 au Portugal en mars 2015, une victoire 2-0 à Lorient le mois précédent et un nul 2-2 à Tampa en juin 2014. 3 victoires, 3 défaites et 2 nuls lors des 8 confrontations précédentes. 11 buts marqués, 8 encaissés. Alors oui, un seul de ces matchs était officiel, mais il y en a eu 4 aux Etats-Unis, où on ne peut douter de la motivation des Américaines, et les Bleues ont remporté les 2 seuls joués en France (certes, en face, ce n’était pas 100% de titulaires en pleine forme). Les Etats-Unis n’écrasent plus l’équipe de France depuis le 4-2 des poules aux JO de Londres (la France menait 2-0). Les sortir au Parc des Princes devant notre public n’aurait pas été un exploit incroyable, seulement une très belle performance dont aurait sans doute été capable la meilleure équipe de France possible préparée pour ce défi. 2 ans pour préparer cet objectif, ça ne suffisait pas ? On savait depuis pratiquement 7 mois que se profilait un quart de finale contre les Etats-Unis, qu’il s’agirait du tournant pour les Bleues, du match à gagner absolument pour atteindre l’objectif. Tout aurait dû être orienté pour ce match, tant tactiquement que physiquement. Constituer la liste en conséquence – donc prendre des filles comme Hamraoui et Katoto qui, physiquement, ont les armes pour répondre aux Américaines – s’imposait.

Le but de Wendie Renard sur CF à quelques minutes de la fin a faussé la perception de ce quart de finale. Cette équipe de France – et j’insiste bien sur «cette équipe», car elle aurait pu et dû être bien différente – n’a jamais été dans le coup. Même prévenue, elle a laissé les Ricaines marquer rapidement, s’est retrouvée dans une sale situation, a réagi tardivement en continuant à subir l’énorme contraste entre son manque d’efficacité – un mal récurrent, 5 tirs cadrés sur 20, déjà le même genre de stats précédemment – et la capacité des Etats-Unis à transformer toutes leurs situations en occasions. La vérité est que les Américaines ont défendu et contre-attaqué pendant toute la rencontre par choix, pas par obligation. Elles ont même pu se permettre de préserver Horan – la patronne de leur milieu – pendant une grosse heure pour lui éviter une suspension en demi-finale…

Je ne dis pas qu’en faisant ce qui aurait dû être fait, la qualification serait devenue une formalité. Tant s’en faut. Car gagner en Coupe du monde contre les Etats-Unis ne peut qu’être difficile, il s’agit plus d’un combat que d’un match de football. Néanmoins, je peux affirmer que les Bleues auraient eu beaucoup plus de chances d’y parvenir. C’est d’autant plus certains que dans la configuration choisie par Diacre avec ses choix de joueuse, de préparation, sa "tactique" et son coaching extrêmement tardif, les Bleues n’avait AUCUNE chance. Ce que j’annonçais depuis bien longtemps. Après l’échec, la seule issue positive est de faire un chèque à Diacre pour mettre fin à son contrat. Il est impensable de la conserver.

  • Incorrigible.

S’il est impensable de conserver Diacre, c’est aussi en raison de son incapacité à apprendre de ses erreurs et à corriger tout ce qui a conduit à cette déroute.

S’il y a quelques soucis superficiels, quelques erreurs dans les choix de préparation, on peut se dire que le succès trouvera ses sources dans cet échec. Seulement en l’espèce les problèmes sont trop profonds, trop nombreux, trop encrés dans la personnalité de Diacre et tout ce qui la compose. Elle a clairement perdu les cadres de son vestiaire appelées à rester des joueuses importantes (l’attitude et les réactions de Renard, Majri ou encore Le Sommer ne trompent pas…) mais, plus grave, elle a aussi déjà perdu des filles qui représentent l’avenir des Bleues. Comment voulez-vous qu’elle tire le meilleur de filles comme Katoto et Geyoro après ce qu’elle leur a fait depuis 2 ans (particulièrement Katoto, j’y viens…) ? Elle a fracassé Katoto devant les médias après son 1er entraînement chez les A, elle a fait de même avec Renard lors d’une conférence de presse d’avant-match en ironisant sur ses stats qui devraient tenir compte de son csc, a remis ça en crépissant Le Sommer dans Téléfoot quelques heures avant la finale… Mais "étrangement", quand deux «choix forts» ont trahi sa confiance en accumulant les retards au point de l’obliger à les sanctionner, elle a gardé le silence devant les médias et tenté de noyer le poisson.

Le problème de communication en direction de la presse et du public (à travers la presse) est dramatique. Elle est antipathique au possible et parfois carrément agressive, y compris quand elle tente de faire «de l’humour» - en réalité une sale ironie cassante – dont elle semble fière. Le pire est qu’elle l’est aussi à l’encontre de ses joueuses. Vous aurez du mal à trouver moins fine psychologue sur la surface de cette planète. D’après l’immense majorité des entraîneurs qui ont eu l’expérience d’équipes masculines et féminines, la psychologie est pourtant encore plus importante quand on gère un groupe de femmes. Elle est psychorigide, ne fait jamais preuve d’empathie, multiplie les erreurs grossières – plein de vexations publiques – qui la coupent de ses joueuses en créant des séquelles et cicatrices à long terme. Elle est tout sauf entraînante. Elle ne donne pas envie de la suivre, de se battre pour elle sur le terrain. Le charisme ne s’achète pas. Il ne se remplace pas non plus par un autoritarisme permanent et sans nuance. A fortiori quand il s’agit de vivre en groupe 24h sur 24 pendant 2 mois. La mule n’avance pas si elle ne reçoit que des coups de bâtons sans jamais avoir droit à une carotte.

Même si elle était capable de faire son autocritique et de totalement changer de personnalité, ce qui, ne nous le cachons pas, est inenvisageable, ces cicatrices ne disparaîtront pas et se rouvriraient à la moindre occasion. Rendez-vous compte que Diacre est allée jusqu’à carrer le préparateur mental qu’elle avait elle-même choisi !

Avec le sens de la psychologie et ce qui attrait au domaine purement sportif, une qualité revêt un caractère absolument essentiel pour être un grand entraîneur qui gagne : savoir faire preuve de pragmatisme. Didier Deschamps est sans doute un des types les plus pragmatiques du monde. Ses plans initiaux ne fonctionnent pas ? Il change. S’il faut tout changer, il change tout. S’il s’est embrouillé avec un joueur mais en a malgré tout besoin faute d’alternative, il fourre le dossier dans un tiroir et le ferme à clé (sauf bien sûr en cas de dossier trop volumineux^^). A la Coupe du monde 2018 il était parti dans l’idée de mettre Mendy et Sidibé sur les côtés, il n’a pas hésité à les sangler au banc dès l’entrée des Bleus dans la compétition. Lors du premier match (contre l’Australie), il avait décidé de lancer Dembélé et Tolisso titulaires dans un 4-3-3 assez classique plutôt que Giroud et Matuidi… Il a changé dès le 2e match en bidouillant un 4-2-3-1 se transformant en une espèce de 4-3-1-2 selon les situations, a abandonné la volonté d’adopter un style de possession pour trouver un collectif lui assurant à la fois un équilibre et la mise en valeur des qualités de ses joueurs en forme, il a remis les joueurs indispensable au détriment de ceux qui n’avaient pas convaincu. Même avec des choix initiaux douteux ou carrément mauvais à certains postes, Deschamps a su trouver une formule efficace et faire en sorte d’emmener ses hommes avec lui. Il ne s’est pas entêté, il a analysé ses erreurs et trouvé des solutions, même non-conventionnelles (Matuidi milieu gauche).

Qu’a fait Diacre ? Au premier match, aGauvin n’a pas débuté car punie (ça commence bien… tu donnes ta confiance à une fille qui ne devrait même pas être là, elle te la rend en étant 2 fois en retard lors jours qui précèdent le match d’ouverture de la Coupe du monde… elle te respecte vraiment !), soit la seule surprise par rapport à la compo attendue. Au 2e match, retour au plan initial (malgré le succès de la formule improvisée de France-Corée du Sud). Au 3e, très léger turnover. En 8e de finale, miracle, elle avait enfin remarqué que Thiney handicapait l’équipe, elle a décidé de ne pas la titulariser. Il s’agissait de la seule différence par rapport au onze idéal qu’elle avait en tête déjà bien avant le début de la Coupe du monde. La compo laissait imaginer une réelle modification tactique en recentrant Le Sommer… mais non, même pas. En quart, malgré des prestations individuelles et collectives dramatiques depuis le début, malgré la fatigue accumulée (avec en plus une prolongation jouée), elle est revenue à son onze de base, celui prédéfini sans tenir compte de la forme de chacune, sans tenir compte de l’adversité, sans tenir compte de ce qui avait ou non fonctionné lors des 4 premières rencontres. Non seulement elle n’a rien fait pour améliorer son équipe mais a en plus offert l’opportunité aux Américaines de savoir exactement à quoi s’attendre et sur quels défauts appuyer. Impossible d’être plus prévisible et lisible pour les adversaires.

Ne pas savoir s’adapter est souvent la conséquence d’un manque de capacité d’analyse et d’autocritique. Dans ses choix tactiques comme ses préférences concernant les joueuses, elle est beaucoup trop encrée dans ses certitudes. Elle a décidé d’aller au bout de ses idées en alignant en quart de finale l’équipe qu’elle avait en tête d’aligner du début à la fin de la Coupe du monde, elle doit assumer. Elle a pris le risque de mourir avec ses idées, a emmené l’équipe de France dans sa propre tombe… Pourquoi vouloir absolument la ressusciter ? Seule l’équipe de France mérite d’être ramenée à la vie !

Une personne incapable d’autocritique ne peut apprendre de ses erreurs. Elle les reproduira si en lui en donne l’occasion. Diacre ne peut pas changer. La conserver, c’est se condamner à revivre la même déroute. Voire pire.

  • Incarnation ? Blablacarnation plutôt !

Pourquoi le public français s’est-il passionné pour cette Coupe du monde et plus particulièrement pour cette équipe de France ? La raison n°1 est très simple : un an après avoir vécu le 2nd titre mondial des hommes, tout le monde avait envie de revivre ça avec les femmes, qui plus est en France. L’engouement existait avant-même le premier match, il n’est pas né et ne s’est pas réellement développé au cours de la compétition. Il est le fruit de l’événement en tant que tel. Quand le public encourage la voiture d’une équipe française sur le Tour de France, il n’encourage pas l’invité indéterminé ou le mécano assis sur la banquette, il encourage les coureurs… même s’ils sont passés depuis 15 minutes. Et il le fait parce qu’il s’agit du Tour de France, car le reste de l’année, pour la plupart, ces gens n’en ont rien à foutre. Diacre n’incarne rien, elle est juste montée dans la voiture. C’est presque du covoiturage. Elle a profité de la situation pour se faire emmener.

A un gros million près, ceux qui ont regardé le premier match de l’équipe de France sont les mêmes qui ont regardé les autres. Le spectacle proposé par les Bleues n’a pas attiré grand monde. Je ne pense pas que beaucoup de gens aient conseillé à leurs proches et collègues de regarder les matchs des Bleues en leur disant «tu vas te régaler, ça joue bien, on voit qu’elles maîtrisent leur sujet», ou alors peut-être une féministe qui n’avait jamais regardé de football de sa vie et s’est sentie obligée de faire de la publicité mensongère par militantisme.

Il est évident que l’image de l’équipe de France est associée à celle du sélectionneur. Chez les hommes, ça a presque toujours été le cas. Mais le sélectionneur est surtout associé aux résultats. S’ils sont mauvais, son image n’est pas bonne. Deschamps est populaire car il a fait gagner les Bleus (déjà en tant que joueur). Il incarne la victoire. Domenech a une toute autre image, il garde ce côté antipathique, hautin, déconnecté de la réalité, méprisant envers les médias… et loser. Tout ceci a été cultivé en résistant à la honte de 2008 – grâce au Père Noël – pour nous offrir Knysna 2 ans plus tard. Dès lors, si Diacre est l’image des Bleues aux yeux du public qui découvre le football féminin, elle représente l’échec… et l’absence de jeu… et les regrets… et les changements tardifs ou pas compris… Rien de positif en somme.

Ce que l’équipe de France a montré de positif, c’est une envie sur la première période du match d’ouverture et sur la fin du quart de finale. Montrer de l’envie lors d’une Coupe du monde à domicile dont tu rêves depuis des années me semble être le minimum. Il ne manquerait plus que les filles aient trainé les pieds et joué à l’économie, a fortiori une fois menées !

Le positif se résume en réalité à quelques individualités (Diani, Henry, Renard parce qu’elle a marqué des buts) et à des souvenirs de communion avec les supporters. Les gens ont voulu rêver. Le réveil a sonné. Je doute fort que Diacre leur donne envie de se rendormir pour rêver de nouveau. Ils risquent des cauchemars ! Des cauchemars avec une sorcière qui tente des recettes improbables avec du venin, une tête de renard, etc.

A l’image des pires sélectionneurs de l’EdF masculine, Diacre se noie dans un délire paranoïaque. Elle a ainsi déclaré «Finalement, quoi qu’on fasse, on me le reproche.» Bah en fait non… On ne lui reproche que ce qu’elle a mal fait ou n’a pas fait qu’elle aurait dû faire. On n’a pas le droit de la critiquer ? Sait-elle quel poste elle occupe ? Cette déclaration concernait sa communication. Etre à la tête de l’équipe de France pour une Coupe du monde organisée à domicile et ne rien renvoyer d’engageant ou de chaleureux au public … Pire ! S’en prendre aux journalistes qui, pour le coup, ne voulaient surtout pas se montrer acerbes, offensifs ou se faire taxer d’avoir de mauvaises intentions… A-t-elle compris le double enjeu de cette organisation ? Outre l’aspect purement sportif (essayer de remporter la compétition et de se qualifier pour les JO), il s’agissait de profiter d’une exposition phénoménale pour rendre le football féminin populaire. Elle a fait en sorte que tout le monde ait d’elle une image de froideur terrible au risque de la faire rejaillir sur l’image des Bleues et du foot féminin. Continuer après l’élimination en attaquant ses joueuses publiquement au lieu de laver le linge sale en famille ne peut faire que du mal à l’équipe de France. Elle va pourrir la situation en interne tout en troublant le message envoyé au public.

Si on peut prolonger l’engouement populaire né de cette Coupe du monde organisée en France, il faut impérativement que les Bleues se remettent à gagner en jouant bien, collectivement, avec une efficacité presque inédite, mais aussi de la personnalité sur et hors du terrain. Elles doivent renvoyer de la sympathie, être séduisantes à regarder (sportivement parlant du moins^^), donner envie de les suivre. Comment voulez-vous avoir tout ça avec Diacre ?

  • La ta ca ta ca tac tactique du gendarme.

A défaut d’avoir du charisme, d’être à l’aise et efficace en matière de communication interne comme externe ou encore de savoir faire preuve de psychologie (pour donner confiance à ses joueuses, pour tirer le meilleur d’elles, les garder en alerte), Diacre serait une grande tacticienne.

Ah ?

On n’a vraiment rien vu qui le laisse penser. Ce serait même tout l’inverse.

Dans le jeu, que propose-t-elle ? Un 4-2-3-1 presque immuable avec des joueuses aux rôles caricaturaux comme Gauvin, le pivot. Il n’y a rien de plus prévisible et donc de lisible pour les adversaires. Toutefois, elle a tenté le 4-4-2 contre le Brésil, mais sans logique ni succès. Quand elle met Diani dans l’axe, Asseyi à droite et Le Sommer à gauche, que fort logiquement Diani est attirée par le côté droit, ce qui fait disparaître Asseyi pendant que Le Sommer traine son mal-être de l’autre côté au lieu d’être dans l’axe avec Asseyi à gauche, vous vous attendez a minima à la voir donner des consignes au bout de 15 minutes pour rectifier son erreur de départ en replaçant les filles.

Car en réalité, Diacre a tenté différentes organisations tactiques lors des 2 ans de matchs de préparation. Elle a par exemple tenté la défense à 3. Ça avait bien fonctionné contre le Brésil en novembre (succès 3-1). Il me semble qu’elle l’a aussi essayé contre l’Australie le mois précédent (victoire 2-0). Dans mes souvenir c’était déjà le cas face à l’Angleterre lors de la déroute 4-1 à la SheBelieves Cup en mars 2008 (avec Georges, Tounkara et Périsset[3] dans la défense à 3, à moins que l’impression ait été faussée par le néant défensif permanent représenté par Karchaoui). Pourtant, le 3-4-3 a totalement disparu. Il convenait pourtant bien mieux aux qualités de filles comme Majri, ou même Torrent, incapable de défendre..

Tactiquement, j’aimerais aussi comprendre 2 ou 3 choses. Par exemple pourquoi on n’a jamais cherché à exploiter les défauts de cette équipe américaine. Il y avait clairement des soucis en défense centrale, en particulier quand ça allait vite. Pourtant, on a joué sur des ballons longs (donc en hauteur, alors que la taille n’est pas du tout le souci de ces filles) en mettant Gauvin et Thiney devant dans l’axe, à savoir les joueuses les plus lentes parmi toutes les éléments offensifs de la liste. En balançant devant, on était sûr qu’elles ne pouvaient pas prendre la profondeur, on devait espérer une déviation de Gauvin pour… Bah personne en fait. Je l’ai remarqué plusieurs fois en direct, ça me rendais fou.

Malgré l’installation du 4-2-3-1 sur la durée avec presque toujours les mêmes filles, la qualité du jeu proposé est restée extrêmement faible. En football, même quand le jeu d’une équipe est stéréotypé, il peut conserver une certaine efficacité aux conditions que l’exécution du plan de jeu soit parfaitement huilée et d’avoir choisi les joueurs dont les qualités correspondent parfaitement aux profils nécessaires pour le pratiquer. Aucune de ces conditions n’a été remplie par l’équipe de France de Diacre. Les coups de pied arrêtés sont le seul domaine dans lequel on a réellement eu le sentiment de voir se concrétiser un travail tactique. D’où une certaine efficacité… quand ils étaient bien tirés. Ce qui, pendant longtemps, n’a pas été le cas contre les Etats-Unis.

En réalité, le plan de Diacre était de reprendre le onze de l’OL et de seulement remplacer poste pour poste les étrangères par des Françaises. Bouhaddi, Renard, Mbock, Majri, Henry et Le Sommer ne bougeaient pas. Il en restait donc 5 à remplacer : Bronze, Fishlock ou Kumagaï, Van de Sanden, Marozsan et Hegerberg. Elle a choisi respectivement Torrent, Bussaglia, Diani, Thiney et Gauvin. Hormis Diani, plus forte que la Néerlandaise, on avait à chaque fois une contrefaçon chinoise de l’originale. Ça ne pouvait pas fonctionner.

Quand j’entends quelqu’un évoquer les qualités de tacticienne de Diacre, je ne peux acquiescer. Pendant cette Coupe du monde on a pu constater 3 énormes problèmes :
-elle a refusé toute idée de plan B, écartant volontairement les joueuse qui lui offraient d’autres options tactiques ;
-elle ne semble pas connaître le meilleur poste de ses joueuses, leurs qualités et avoir conscience de leur polyvalence (dans un esprit Geyoro est n°10, elle a décidé depuis 2 ans que Majri serait uniquement latérale que Le Sommer ne jouerait jamais ailleurs qu’à gauche, etc.) ;
-elle fait preuve en permanence d’un manque de réactivité désolant en cours de match. A l’image d’un Emery ou d’un Laurent Blanc.

Etre capable de comprendre ce qui ne fonctionne pas, de s’adapter, ceci à chaud (pendant les rencontres) et à froid (grâce à l’analyse vidéo) est indispensable. Le coaching en cours de match tient une place beaucoup trop importante dans le football moderne pour pouvoir se permettre de donner les clés à un entraîneur nul dans ce domaine. Même un Guardiola, qui excelle pourtant dans la mise en œuvre du plan A, ne parvient plus à remporter la Ligue des Champions depuis un paquet d’année malgré des effectifs impressionnants. La capacité d’adaptation a toujours été un de ses soucis majeurs (avec la prévisibilité due à son dogmatisme et les problèmes défensifs relatifs à son style de jeu). Diacre est à des années-lumière d’avoir les qualités de Guardiola – ou même de s’inspirer de ses préceptes de jeu – mais en a les défauts. Y compris celui concernant les relations humaines.

  • Le passé avant le futur.

Diacre peut-elle réellement intégrer des jeunes ? Elle aurait déjà commencé d’après ce que j’ai entendu dire… En effet, elle a appelé un million de joueuses, dont beaucoup de jeunes. Mais au final, a qui a-t-elle fait confiance ? Dans son onze type, il y avait Bouhaddi, qui va sur ses 33 ans, Renard, presque 29, Majri, 26, Torrent, 27 (avec le niveau d'une joueuse de 16 ans), Bussaglia et Thiney, bientôt 34, Henry, 30 en septembre, Le Sommer, 30… Si Mbock et Diani ont 24 ans, leurs seules concurrentes les plus crédibles – en réalité elles sont au-dessus du lot à leur poste – étaient plus jeunes ou du moins pas franchement plus âgées (Tounkara a 1 mois de moins qu’Mbock, Asseyi a 25 ans, Cascarino 22). C’est simple, elle n’a fait jouer AUCUNE jeune à un poste où elle a trouvé une fille plus âgée.

Les seules jeunes véritablement utilisées par Diacre sont Delphine Cascarino, vue comme un joker offensif, et… Gauvin, à qui un rôle majeur a été accordé en lieu et place d’une joueuse infiniment plus forte… mais aussi beaucoup plus jeune, Katoto. Si Emelyne Laurent a été appelée dans la liste, ce n’était pas pour quadrupler le poste d’attaquante côté droit (derrière Diani, Cascarino et Asseyi) mais pour donner le change et refiler à quelqu’un la place refusée à Katoto dans la liste des 23. Diacre n’a absolument JAMAIS eu l’intention de donner la moindre minute de temps de jeu à la joueuse prêtée à Guingamp qui… n’a encore jamais rien fait en club ou en sélection pour justifier sa place (je n’ai rien contre elle, elle fera peut-être une belle carrière mais la voir en EdF pour la Coupe du monde 2019 n’avait absolument aucun sens, je suis persuadé qu’elle le sait elle-même). Les Karchaoui (23 ans, bien meilleure sur Instagram que sur le terrain, entrée à la 118e contre le Brésil), Périsset (24 ans), Tounkara (24 ans), et Geyoro (bientôt 22 ans) n’ont pas été prises pour jouer. Et n’ont pas joué, hormis Périsset, dont Diacre a avoué avoir découvert les qualités pendant le stage de préparation – il lui a fallu 2 ans pour ouvrir les yeux ! – sans pour autant comprendre qu’elle devait absolument lui confier le couloir droit contre le Brésil et les Etats-Unis.

Diacre a collé Geyoro sur le banc (2 entrées en poules… 86e et 89e minutes !). Elle a passé sa vie à pourrir celle de Katoto (20 ans) pour l’écarter. Elle n’a montré aucune considération pour Perle Morroni (21 ans, meilleure latérale gauche de D1 cette saison), jamais convoquée. Ces cas sont, selon moi, les plus emblématiques de la façon dont Diacre voit les jeunes représentant la relève de l’équipe de France. En règle générale elle ne leur fait pas confiance et a fait son maximum pour le leur montrer.

Or la confiance, ça fonctionne dans les 2 sens. En agissant ainsi, comment voulez-vous emmener un groupe de filles à vous suivre, à vous écouter, à respecter vos consignes, à se dépouiller pour vous ? Même si elles font tout ce qui est humainement possible pour oublier ce que Diacre a fait de leur rêve de Coupe du monde en France, comment Geyoro et Katoto pourraient-elles effacer ce qui restera une gigantesque frustration pour la première et une cicatrice profonde et douloureuse pour la seconde ? La double lauréate du trophée de meilleur espoir de D1 a subi un véritable acharnement absolument gratuit depuis un an. Auparavant, son cas avait déjà été géré de façon affligeante.

A vrai dire, Diacre me donne le sentiment d’être totalement déphasée. Choc de générations ? Choc de cultures ? Rappelons-nous d’où elle vient. Elle vient d’un football féminin totalement amateur dont les équipes étaient souvent issues de petites villes, voire de villages, essentiellement en province. Un football que les filles pratiquaient par passion en s’entraînant le soir après leur journée de travail ou de cours. Sa liste montre clairement sa nostalgie pour cette époque. Elle a retenu des joueuses ayant ce profil malgré un niveau moindre et un manque évident d’expérience. On en viendrait presque à se demander si elle n’aurait pas peur des jeunes issues de la banlieue plutôt que de la campagne. N’y voyez aucune accusation de racisme (ce type d’accusations et très grave, il ne peut reposer que sur des preuves solides, je déteste les gens qui balancent ça à la légère pour jeter l’opprobre sur quelqu’un). Je me demande juste si, culturellement, elle ne serait pas trop éloignée des jeunes d’aujourd’hui qui viennent souvent de banlieue, ont souvent une double culture franco-africaine, des goûts très différents des siens, ont connu les centres de formation (de la FFF ou des clubs professionnels) et le foot à plein temps depuis le début de leur carrière. A ma connaissance, si Diacre a connu 121 sélections jusqu’en 2005, elle n’a jamais été joueuse professionnelle[4] (elle a évolué à Saint-Chamond, puis dans la Creuse à Aubusson et dans le village d’Azérables, mais surtout Soyaux). Elle a ensuite entraîné Soyaux quelques années, seulement il ne s’agit pas d’un club professionnel. Le professionnalisme, elle l’a connu uniquement à Clermont en Ligue 2 masculine. Elle n’a donc jamais réellement connu de près le mode de vie de ces filles. Elle est naturellement beaucoup plus connectée avec les Thiney et Bussaglia, qui n’ont qu’une petite dizaine d’années de moins qu’elle et lui ressemblent beaucoup plus (elle a joué avec Bouhaddi et Bussaglia, pas avec Thiney, mais ça s’est joué à 1 an ½ près). Ces anciennes étaient déjà des joueuses importantes quand Diacre occupait le poste d’entraîneur adjoint de Bruno Bini en équipe de France.

J’ajoute que quand vous préparez le futur, vous ne coupez pas la tête de Marie-Antoinette Katoto, le plus grand espoir du foot français, en disant devant tous les médias cette phrase ahurissante, révoltante et scandaleuse : «je pense que cette non-sélection va lui faire plus de bien que de mal». Vous la prenez dans le groupe pour qu’elle apprenne.

  • «C’est la faute de celles qui sont sur le terrain.»

Le grand classique, quand on veut protéger un entraîneur, est de rejeter la faute sur les joueurs. Comme s’ils se mettaient eux-mêmes sur le terrain, décidaient de l’organisation tactique, de la manière de jouer, des changements… Non, ça ne fonctionne pas de cette façon. A fortiori dans une sélection (hormis bien sûr si Zidane a imposé son retour avec quelques autres anciens et met en place une autogestion du groupe pour sauver la patrie en danger). Si, dans un club, l’entraîneur doit faire avec les joueurs qu’on lui met à disposition, en sélection, il les choisit. Il dispose de beaucoup plus de libertés. S’il peut être limité par le talent à disposition en fonction du pays, des générations ou encore des priorités données à une sélection sur une autre, Diacre ne peut franchement pas se plaindre. Elle a toujours eu toute latitude pour faire ses choix, on ne lui a imposé personne, elle n’a été privée d’aucune joueuse pour raison disciplinaire ou pour donner priorité à une autre compétition… hormis quand elle l’a elle-même choisi.

Dans l’interview accordée par Diacre au Parisien pour une publication le jour de la finale, on constate un refus total de toute autocritique. L’élimination, ce n’est pas le staff. Car le staff, lui, avait identifié le danger. Ouf ! Le staff est hors de cause. En fait, c’est surtout une histoire de chance… Je cite. «Mon seul regret, c’est ce premier but encaissé sur quelques chose qu’on avait vraiment identifié. On n’est pas les seules à s’être fait avoir, mais cela ne nous réconforte pas. Il y a la touche, la faute derrière, le coup franc et le but. On n’a pas de pot. Ce n’était pas pour nous.» Concernant les choix des joueuses, le «Je sais que je ne me suis trompée ni sur l’aspect sportif, ni sur le plan humain» m’a tué…

Le réservoir français de joueuses de haut niveau est sans commune mesure avec celui dont bénéfice sa consœur étasunienne (10 fois plus de licenciées, beaucoup de joueuses font un cursus universitaire complet avant de passer pro soit en NWSL, soit en ailleurs), néanmoins avec le développement de la D1 mais aussi des championnats étrangers où de plus en plus de Bleues s’exportent, il y a vraiment de quoi faire. Quand Diacre annonce n’avoir que 13 ou 14 joueuses susceptibles d’être titulaires, il s’agit d’un choix, pas d’une contrainte. Elle aurait pu adopter la même stratégie que Jil Ellis : la concurrence interne. Celle-ci a retenu de quoi former 2 équipes quasiment de niveau équivalent, créer une émulation, utiliser tout le monde de façon à gérer les forces de ses filles et s’offrir différentes options en permanence.

Diacre a voulu opter pour la stratégie inverse, celle du confort. Confort de ses titulaires, certaines de conserver leur statut même en cas de méforme ou de contreperformances répétées, mais aussi du staff, celui-ci n’ayant pas besoin de se poser de question pendant la compétition. Diacre a fait en sorte de ne rien pouvoir changer, de ne pouvoir utiliser qu’un tout petit nombre de remplaçantes, de n’avoir aucune émulation en interne, aucune faculté de mettre ses cadres – en particulier les Lyonnaises, usées par une saison très longue – au repos. C’était une erreur manifeste. Elle refuse de le reconnaître.

A ce sujet, je tiens tout de même à rappeler que les Bleues ont eu droit à une préparation physique extrêmement lourde avant la Coupe du monde. Une prépa digne du début de saison. Diacre se félicitait de faire souffrir les filles comme jamais. Seulement, ce genre de préparations à ce moment de la saison a surtout pour effet d’ajouter de la fatigue à la fatigue. Les Lyonnaises étaient toujours avec leur club au moment du gros du travail, je ne sais pas exactement ce qu’on leur a fait faire quand elles ont enfin pu rejoindre le groupe. Toutefois le constat est clair, elles étaient bouillies. Ou du moins loin d’être au meilleur de leur forme. Les autres internationales de l’OL – comme celles du Barça qui ont aussi joué la finale de la Ligue des Champions – ont affiché une bien meilleure forme. Je pense notamment à Bronze et Van de Sanden. Comment est-ce possible ? La gestion physique me semble vraiment avoir été douteuse. Sachant ses cadres fatiguées, elle aurait dû largement faire tourner contre le Nigeria. Elle a seulement effectué 4 changements et fait entrer 2 titulaires à une demi-heure de la fin.

Après cet aparté, retour à mon sujet, les choix de joueuses. Vous l’attendiez, on en arrive au cas Marie-Antoinette Katoto. D’après Diacre, elle n’aurait pas montré dans les gros matchs qu’elle avait le niveau et méritait d’être dans la liste, donc a fortiori de jouer.

J’accuse Diacre de mensonge, presque de diffamation et de harcèlement moral. Elle a fait preuve de malveillance quasi criminelle. Ses actes relèvent d’un comportement vraiment pas très catholique.

Rappelons les faits. Qui est Marie-Antoinette Katoto ? Formée au PSG, elle a débuté en Ligue des Champions – avant de débuter en D1 – en avril 2015… à 16 ans. Son premier match ? PSG-Wolfsburg en demi-finale retour. Néanmoins, elle jouait encore le plus souvent en U19 et a fait remporter le titre national à son équipe. Son bilan en U19 ? 27 buts en 26 matchs joués. Elle enchaînait fort logiquement les sélections en équipes de France de jeunes. Appelée pour l’Euro U19 en 2006 (donc nettement surclassée, elle avait 17 ans), elle a porté les "Bleuettes" jusqu’au titre en finissant meilleur buteuse du tournoi (6 buts lors des 4 derniers matchs, je ne sais pas si elle jouait le 1er match perdu contre la Norvège). Dans cette génération on trouvait Geyoro, Morroni et plusieurs filles qui ont quelques sélections. Sa carrière a ensuite été ralentie par plusieurs blessures graves qui lui ont fait notamment manquer la Coupe du monde U20 quelques mois plus tard. Gauvin avait d’ailleurs profité de son absence pour être dans la liste.

En raison de ces blessures, elle n’a pu jouer que 7 matchs de D1 en 2016-2017 (pour 6 buts). Son absence était déjà mon gros regret lors de la fin de saison, quand le PSG a été spolié en finale de la Coupe de France puis est passé à rien d’un succès en finale de Ligue des Champions, à chaque fois contre l’OL. Il lui a fallu attendre la saison 2017-2018 pour être épargnée par la poisse et retrouver confiance en son corps (après ses 2 longues blessures successives, elle a eu du mal à se lâcher, elle jouait avec la peur de la rechute). Ces 2 dernières saisons, elle a pu jouer à peu près tous les matchs officiels du PSG avec un bilan impressionnant : 26 titularisations TCC, 25 buts, dont un absolument magnifique en finale de la Coupe de France pour offrir le titre au PSG, puis 30 buts en 27 titularisations (29 matchs). En 2018 elle était 2e meilleur buteuse de D1 derrière Hegerberg, sacrée Ballon d’or, elle a terminé en tête de ce classement en 2019. D’où ses 2 titres de meilleur espoir de D1 lors des Trophées UNFP.

Pied droit, pied gauche, tête, dans la surface, hors de la surface, pénos, elle marque de toutes les façons possibles. Mais elle n’est pas que buteuse, elle sait aussi dribbler, faire des passes décisives, combiner, prendre les espaces comme jouer en pivot et en déviation car à la fois grande, puissante et rapide. Il s’agit d’un véritable phénomène. Le véritable problème se situe… dans la tête de Diacre.

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, et quand on veut écarter une fille de la sélection, on trouve un prétexte fallacieux. Ça devient franchement malsain quand on a créé soi-même ce qui sert de prétexte. Pendant toute sa première saison à la tête des Bleues, Diacre a convoqué un nombre impressionnant de joueuses, y compris de jeunes attaquantes n’ayant absolument pas le niveau. Mais JAMAIS Katoto. Officiellement, il s’agissait de la laisser avec les U20 pour qu’elle dispute ensuite la Coupe du monde de la catégorie organisée traditionnellement dans le pays qui va accueillir la Coupe du monde A l’année suivante. Ça aurait pu se justifier si concomitamment à chaque rassemblement des A avait été organisé un rassemblement des U20 pour faire travailler ensemble les filles amenées à disputer la compétition en Bretagne en août 2018. En pratique, je n’ai pas l’impression que ça ait été fait. Ou alors il faut se poser de sérieuses questions car en regardant cette CdM U20, je n’ai pas vu une équipe de France très cohérente dont le jeu aurait montré un travail collectif évident. Ça ressemblait à de l’improvisation.

Malheureusement, ça s’est très mal passé pour l’équipe et en particulier pour M.A.K. Pourquoi ? En grande partie pour une raison très simple : on demandait à une joueuse de 19 ans de faire gagner toute seule cette Coupe du monde U20 à la France sans lui avoir permis d’acquérir le bagage permettant d’assumer l’énorme pression pesant sur ses épaules. Elle a été gérée de façon nullissime. Titulaire au premier match, remporté 4-1 contre le Ghana (une passe décisive). Idem au 2e, un piteux nul 0-0 contre la Nouvelle-Zélande où, à l’image de l’équipe, elle n’a pas été bonne. Sortie de l’équipe à partir du 3e. Brutale comme gestion. Gilles Eyquem lui tressait des lauriers avant la compétition, il pouvait utiliser ce 3e match pour lui faire retrouver la confiance et la retrouver à 100% pour les matchs du tableau final, il a au contraire décidé de s’en passer pour le 3e match de poule. Sa suppléante – pourtant nettement moins forte – a réussi un triplé (dont un péno). Ensuite ? Katoto est passée de star de l’équipe sur qui tout le plan de jeu reposait, de «leader naturelle du groupe sur le plan technique» à… remplaçante que le sélectionneur faisait entrer dans une équipe qui se contentait de balancer devant à l’attaque en attendant d’elle un miracle (car sans elle, quand sont arrivés les matchs à gros enjeu, ce n’était pas mieux, voire pire). En réalité, les attentes placées en elles étaient juste beaucoup trop importantes. En pratique, elle ne devait pas être que leader technique mais aussi leader du groupe, ce qui ne correspond pas du tout à sa personnalité très réservée. Eyquem a même voulu forcer en lui refilant le brassard. Zidane ou encore Lloris étaient comme ça à une époque puis ont évolué en prenant de l’âge et en gagnant en expérience jusqu’à devenir des capitaines respectés et légitimes aux yeux de tous. De l’expérience, Katoto aurait pu en acquérir grâce à quelques sélections en A. Elle n’y a pas eu droit… Erreur stratégique ? On peut le penser. Ce choix était celui de Diacre et personne d’autre.

Eyquem était sans doute trop habitué à ce que son attaquante vedette lui fasse gagner les matchs presque seule (il était à la tête de l’équipe lors de l’Euro U19 en 2006). Il lui a mis la tête au fond du seau en la sortant du onze puis en la mettant dans une situation impossible. Elle avait besoin de confiance, mais au 5e match de la Coupe du monde son bilan affichait 2 titularisations, une entrée en jeu, une passe décisive, aucun but et surtout très peu d’opportunités de marquer. Arrive la demi-finale contre l’Espagne. La France est nulle, Eyquem attend d’être mené 1-0 pour la faire entrer. La situation semble tourner en faveur des Bleuettes avec l’exclusion d’une Espagnole puis un penalty à la 75e. Katoto se présente pour le tirer, elle a toute la pression du monde sur les épaules… et là… la cata, le péno est arrêté par la gardienne qui avait fait 5 pas avant le tir en avançant de 2 bons mètres. L’arbitre, ridicule, ne devait pas connaître des lois du jeu, elle n’a pas sourcillé. J’ai rarement vu violation plus évidente de la loi XIV. Un arbitre entre mauvais et excellent aurait donné carton jaune et penalty à retirer. Cette Hongroise était pire que mauvaise. Bien sûr, tout le monde est tombé sur Katoto, pas sur l’arbitre, pas sur le sélectionneur, pas sur les autres joueuses. Il était tellement plus facile de trouver un bouc émissaire que d’analyser l’échec collectif dû à un ensemble de défaillances individuelles et collectives… (Au crédit d’Eyquem, après la demie il a plutôt fait preuve de lucidité, mais à son débit, il a eu d’autres déclarations depuis qui ne l’honorent pas franchement.)

Bien sûr, au final, le constat est clair, elle est passée à côté de cette CdM U20. Toutefois, mettre volontairement de côté le contexte et omettre d’analyser les causes de ce rendez-vous manqué est malhonnête. Qu’a fait Diacre ? Elle a fait de son mieux pour lui maintenir la tête sous l’eau et a pris du plaisir à appuyer encore et encore.

Il a fallu attendre fin octobre pour qu’enfin Diacre l’appelle. En tout, elle a eu 4 sélections dont une seule titularisation :
-entrée à la 66e minute contre le Brésil… côté droit ;
-entrée encore plus tardive contre les Etats-Unis (à qui elle a mis la misère avec un but à la clé) ;
-titularisation en Allemagne (défaite 1-0 au sein d’une équipe où tout le monde était à l’ouest mais où Thiney aurait dû égaliser sur une remise de Katoto… Karchouni avait été absolument minable, Diacre ne lui en a pas tenu rigueur… Gauvin étant entrée en jeu à la place de Diani, Katoto a dû finir à droite) ;
-entrée à la 64e minute contre l’Uruguay… côté droit.

Sur quoi la juge-t-on exactement ? 4 sélections dont 3 entrées en jeu, 2 même pas à son poste (sachant en plus qu’à droite il y a beaucoup de candidates). Une seule titularisation au sein d’un collectif dysfonctionnel, n’est-ce pas un peu juste ? Surtout, elle n’a joué avec Le Sommer que contre les Etats-Unis, dans ce qui a été le match de préparation le plus convaincant des Bleues. On n’a jamais revu cette association dont rêverait n’importe quel entraîneur et qui aurait bien évidemment dû être essayée régulièrement. Et dans l’axe, pas une à gauche et l’autre à droite. Elle ne l’a JAMAIS été. Diacre a pourtant bénéficié de 21 occasions d’effectuer des tests.

En gros, Diacre a justifié de ne pas la retenir dans ses 23 par un manque de «performance dans les grands rendez-vous», une CdM U20 ratée – sujet déjà bien assez évoqué – et un certain manque d’expérience. Foutage de gueule absolu.

Mais à quel moment lui a-t-elle laissé une chance de s’imposer ? Rappelons qu’après le premier entraînement avant le match contre les Etats-Unis, elle fracassait publiquement le petite nouvelle avec une violence qui a choqué les journalistes présents ainsi que nombre de joueuses du groupe – Renard ne l’a pas caché – tout en collant à la joueuse une image déplorable de fainéante pas impliquée, nonchalante, qui ne fait pas les efforts. Plusieurs mois après, Diacre a reconnu qu’elle n’avait absolument rien à lui reprocher depuis cet incident isolé. Seulement le mal était déjà fait. Ce genre de sorties laisse des traces indélébiles. Ne pouvait-elle pas comprendre qu’une fille d’à peine 20 ans dont on connaît la timidité puisse être en-dedans lors d’un entraînement au sein d’un groupe qu’elle découvre ? Etait-elle obligée de s’en prendre publiquement à elle au lieu de la recadrer en privé s’il y avait une raison valable de la recadrer ? Même quelqu’un n’ayant aucune sensibilité en matière de psychologie n’aurait pas agi ainsi. A ce niveau, difficile de n’y voir autre chose que de la malveillance.

Les gros matchs évoqués par Diacre, quels sont-ils ? Ceux contre l’OL ? Ceux en Ligue des Champions ? Ceux contre les équipes de D1 avec lesquelles se joue la qualification pour la Ligue des Champions ne comptent-ils pas ? Parce que Montpellier, le Paris FC (ex-Juvisy) et Bordeaux, ce sont en principe de gros matchs. Surtout Montpellier, toujours dans le top 3 de L1 depuis un moment. Katoto fait souvent très mal à ces clubs qui comptent pas mal d’internationales françaises et étrangères (9 buts cette saison contre ces clubs du top 5 de D1). Elle a aussi marqué 5 fois en LdC dont 3 contre Linköping (où jouent des filles comme Asllani ou Labbée, qui est la gardienne emblématique de la sélection canadienne).

Lui reprocher de ne pas avoir marqué cette saison contre Lyon est quand même assez fabuleux. J’ai l’impression que son but en finale de la Coupe de France le 31 mai 2018 n’est pas insignifiant… Quelle équipe a battu l’OL dans un match décisif depuis 4 ou 5 ans ? Sur les 9 dernières saisons, l’OL a encaissé 3 à 6 buts en 22 journées de D1 à… 8 reprises. Dont les 5 dernières saisons. Si marquer contre l'OL est une condition pour jouer en EdF, on ne trouvera jamais 11 filles pour faire une équipe. Si l’OL a concédé 1 but lors de chacune des 5 dernières finales de Coupe de France, sa défense affiche un bilan de 9 buts encaissés sur ses 48 dernières rencontres en CdF (pour 46 victoires, 1 nul, 1 défaite). Katoto est l’auteur du seul but de la seule défaite de l’OL en Coupe de France depuis 8 éditions.

Alors oui, elle n’a pas été très bonne lors du match aller en championnat conclu par un nul 1-1, mais reproche-ton aux attaquantes lyonnaises de ne pas avoir été efficaces contre le PSG lors de cet affrontement ? Au 2e match, en Coupe de France (1-0 pour l’OL), les internationales françaises de l’OL n’ont pas plus marqué que Katoto. Le leur reproche-t-on ? Lors du match retour en championnat, l’OL a gagné 5-0 – avec un but de Le Sommer – grâce à un scénario favorable, le but très rapide ayant coupé les jambes des Parisiennes qui se savaient obligées de gagner pour décrocher le titre (sans parler du péno évident oublié qui aurait pu relancer le match et permettre à Katoto de marquer). Si Katoto n’a pas brillé, Diacre n’y est pas étrangère. Elle a en effet envoyé la Parisienne en Espagne avec la réserve de l’équipe de France pour y jouer un tournoi à la c*n parfaitement inutile : match le vendredi, match le dimanche, match le mardi. On lui a fait jouer les 3 avant cette véritable finale de la D1 à Lyon le samedi ! Quelques jours auparavant, le PSG avait joué son quart retour de Ligue des Champions contre Chelsea. Quasiment toute l’équipe s’est loupée à l’aller, mais au retour on a vu un PSG conquérant avec une Katoto qui a abattu un travail monstrueux pour l’équipe, comme elle sait bien le faire (ce n’est pas du tout une joueuse nonchalante, quand on lui demande de presser ou de bloquer un couloir, elle ne rechigne pas à la tâche). Seulement, elle n’a pas marqué, manquant un peu de timing sur plusieurs situations. Etait-elle à 100% physiquement ? Probablement. Etait-elle à 100% mentalement ? J’en doute. En effet, quelques heures avant le match, Diacre a annoncé la liste pour le dernier rassemblement des Bleues avant l’annonce des 23 pour la CdM. Katoto en était exclue. Un message très clair pour lui dire qu’elle serait écartée pour la Coupe du monde. Ça a de quoi perturber, non ? Le choix du jour de l’annonce n’est-il pas étrange ? Pourquoi ne pas avoir attendu le lendemain de la journée de Ligue des Champions pour dévoiler la chose ? Quand les coïncidences troublantes s’accumulent à ce point, la thèse du hasard ne tient plus, celle de la malveillance est renforcée.

Diacre avait 2 ans pour intégrer Katoto, elle a tout fait pour la désintégrer.

Reprocher à une joueuse de ne pas avoir marqué contre l’OL et Chelsea et plus généralement dans les gros matchs, à la limite, je pourrais l’entendre. Mais quelle attaquante retenue dans la liste des 23 pour la Coupe du monde marque dans ce genre de matchs ?

Le Sommer, et encore, si elle a marqué contre le PSG et Montpellier cette saison, son bilan en LdC se limite à 2 buts contre une équipe Norvégienne en bois. Contre Chelsea son tir s’est transformé en csc, est-ce que ça compte comme un but ? Parce que pour rappel, l’OL ne s’est absolument pas baladé contre Chelsea, le bourreau archi-chanceux du PSG au tour précédent et parmi toutes les Lyonnaises, lauréate du Ballon d’Or comprise, seule Henry a marqué contre les Londoniennes, les 2 autres buts en faveur de l’OL (victoire 2-1 à Lyon et 1-1 à Londres) ont été des csc.

Diani ? La meilleure joueuse française de la saison selon moi et beaucoup d’observateurs du football féminin… Pourtant elle n’est pas parvenue à marquer contre l’OL. En revanche elle en a ouvert le score au retour contre Chelsea. Globalement, sa saison a été monstrueuse, mais si on veut vraiment s’arrêter aux buts dans les «gros matchs», hormis un but contre le PSG en 2016 quand elle évoluait à Juvisy, ce n’est pas fou. Elle a déjà marqué contre l’OL, mais il s’agissait d’une demi-finale retour de LdC, à la 84e minute pour une défaite 6-1 (en 2013).

Thiney ? Elle a marqué un penalty contre Lyon lors des 2 dernières saisons. S’y ajoute un but contre Montpellier en octobre 2017, un but contre le PSG en février 2017, un autre contre Montpellier en mars 2016… Un autre en mai 2015… Elle en avait mis 2 à Montpellier et 1 au PSG la saison précédente, celle de ses records, celle où elle avait réussi à planter 15 buts en EdF en 17 sélections (dont 7 des 24 inscrits par les Bleues en l’espace de quelques jours contre la Bulgarie, plus 4 contre le Kazakhstan^^).

Cascarino ? Son record est de 9 buts sur une saison (celle qui vient de se conclure) et ça comprend les buts en équipe de France. Elle a marqué une fois cette saison contre le Paris FC et une fois contre Montpellier en 2016… Elle n’a jamais planté contre une équipe de club d’un niveau supérieur.

Ayayi ? Doublé contre Montpellier, but contre l’OL (lors d’une défaite 7 à 1, il s’agissait du 4e but de la rencontre)… C’est presque celle qui s’en sort le mieux ! D’autant que dans le passé elle a déjà marqué contre le PSG et plusieurs fois face à l’OL, souvent en prenant des raclées (mais elle ne joue pas toute seule, elle n’est pas responsable des difficultés défensives de ses équipes).

Laurent ? 8 fois titulaires cette saison toutes compétitions confondues avec l’OL puis Guingamp… 2 buts. Malgré tout, elle a eu droit à 5 sélections en A, donc plus que Katoto… Sa carrière en D1, c’est 29 matchs, 9 buts. 10 buts en 38 matchs toutes compétitions confondues avec ses différents clubs (hors équipes de jeunes et équipes nationales bien sûr). Il y a 2 ans elle a marqué contre le PSG lors d’une rencontre qui n’avait d’enjeu que pour son club d’alors (Bordeaux). Il s’agit de son seul fait d’arme en club. Youpi.

Je finis par la "meilleure"… Gauvin ? Alors elle, c’est encore mieux. Les gros matchs, en général, elle ne les joue même pas. Avec Montpellier, elle débute à peine plus de la moitié des rencontres. Au total, elle a commencé 40 des 88 matchs de D1 joués depuis le début de sa carrière. Seulement 8 cette saison (sur 15 apparitions), 12 la précédente (sur 20 matchs). Si on regarde les 12 derniers mois… Contre le PSG ? 2 titularisations (67’ et 71’), 2 fois invisible, 2 lourdes défaites à la clé. Contre l’OL ? Une fois remplaçante mais elle a inscrit un but de la tête sur un CF pour revenir à 2-1, une fois absente. Contre le Paris FC ? 3 fois titulaires (57’, 76’ et 90’), 1 but sur penalty. Contre Bordeaux[5] ? Une entrée en jeu (25’), une absence, bien sûr pas de but. En outre, elle a disputé 4 matchs européens… la saison précédente (2 titularisations, 0 but). Je remonte dans le temps, elle a marqué une fois contre le Paris FC. 44 buts en 88 matchs de D1 est un bilan très honorable, surtout en 40 titularisation. Mais 41 buts sur 44 contre des amateurs…

Alors je veux bien qu’on me dise que Katoto n’a pas marqué cette saison contre les 2 équipes les plus solides jouées par le PSG. On la jugerait donc sur 5 matchs. Dites-moi sur quoi ont été jugées les filles retenues à sa place ? Je suis très curieux de le savoir. Ne me dites tout de même pas que cet argument ne s’applique qu’à Katoto ! On dirait bien que si… Evidemment, quand on ne joue jamais contre des adversaires de très haut niveau, on ne peut passer à côté dans les "gros matchs".

La réalité est que si une Gauvin a marqué des buts en équipe de France et pu obtenir une légitimité de façade pour occuper ce poste à la Coupe du monde, c’est uniquement… parce qu’elle a été imposée par Diacre et a eu énormément de temps de jeu avec le maillot bleu. Si Katoto avait eu les mêmes opportunités en jouant 14 matchs dans l’axe (dont 90 minutes contre un demi-Cameroun, 90 contre l’Uruguay, 90 contre des touristes danoises, 62 contre la Thaïlande, ou encore 62 contre le Nigeria), je doute qu’elle aurait affiché un bilan de seulement 7 buts inscrits. Mais ces opportunités, elle n’y a pas eu droit. Je note que quand elle est entrée face aux Etats-Unis, elle a marqué en profitant des défauts de cette équipe américaine. Exactement les défauts pas exploités par les Bleues en quart de finale de la Coupe du monde…

Ne pas la retenir au motif qu’elle n’a pas brillé dans les matchs les plus difficiles de la saison serait valable si à sa place étaient retenues des filles ayant des références dans ce genre de rencontres. Non seulement ces "concurrentes" en ont infiniment moins qu’elle, mais elles n’ont pas le quart de son talent et de ses capacités. Prendre Katoto signifiait prendre le risque d’être déçu tout en ayant l’espoir de la voir exprimer toutes ses qualités et faire gagner la France. Prendre Gauvin signifiait avoir l’assurance d’être déçu.

La façon d’agir de Diacre a beaucoup été comparée – par des gens dont les références sont exclusivement masculines – à celle de Deschamps, dont elle aurait voulu reproduire le modèle. Si Deschamps avait attendu octobre 2017 pour appeler Mbappé après l’avoir laissé en U19 et U20 afin de préparer la Coupe du monde U20 en Inde puis l’avait appelé pour disputer 4 bouts de match en A sans jouer à son poste avant de l’écarter de sa liste des 23 emmenés en Russie, lui préférant des génies comme Nolan Roux et Allan Saint-Maximin, alors oui, la comparaison serait pertinente. L’autre association débile est celle entre le choix de ne pas convoquer Benzema et celui de mettre Katoto de côté. Benzema a eu sa chance des dizaines de fois, Deschamps lui a montré un soutien sans faille même quand il enchaînait les contre-performances avec les Bleus, mais suite à des agissements contraires à l’intérêt de l’équipe de France, Deschamps a été contraint de l’écarter avant que Benzema ne lui chie dans les bottes (pardonnez-moi l’expression)… C’est devenu une affaire personnelle. Dès lors, Deschamps a décidé de faire confiance à d’autres joueurs… dont aucun n’était illégitime, même Thauvin, certes absents dans les gros matchs mais très prolifique le reste du temps au cours des mois précédents (contrairement aux filles comme Laurent). Pour se permettre d’écarter un élément ayant un talent aussi indéniable, il faut en avoir d’autres d’un niveau proche à disposition. Diacre refusant de voir en Le Sommer une attaquante axiale, elle a décidé de disputer la Coupe du monde avec comme unique avant-centre de formation une fille plus proche de Nolan Roux que d’Olivier Giroud.

Périsset-Diani à droite, Morroni-Majri à gauche, Geyoro-Henry au milieu, Katoto-Le Sommer dans l’axe. 4 paires super complémentaires sur le papier ou dans la réalité (2 de ces paires jouent ou ont joué ensemble au PSG, 2 n’ont jamais été essayées). Katoto et Le Sommer auraient bénéficié des automatismes acquis avec leurs partenaires en club. A la place on a eu une doublette Majri-Le Sommer à gauche mais avec 2 filles ne se sentant pas bien à ces postes pas naturels pour elles, qui ne correspondent pas à leurs qualités (même si Pedros s’est aussi entêté à faire ça à l’OL, où il y a assez de talent pour se permettre d’en gâcher), un duo Torrent-Diani à droite dans lequel Diani était obligée de tout faire offensivement comme défensivement, un milieu Bussaglia-Henry qui s’est vite résumé à Henry, et devant, une dissociation – le contraire d’une association – entre Thiney et Gauvin, incapables de se comprendre, de s’entendre et de se trouver.

Si croire que tout est de la faute des joueuses car «ce sont elles qui sont sur le terrain» vous fait plaisir ou vous rassure pour la suite, tant mieux pour vous. Vous avez le droit de vous voiler la face. Malheureusement, la vérité est ailleurs. Pas dans X-Files mais dans les choix désastreux et Diacre.

Au sein d’un groupe, Marie-Antoinette Katoto n’a jamais été un problème. La réputation qui lui a été affublée d’être difficile à gérer n’a pas de sens. Elle peut être difficile à cerner, pas à gérer, car son trait de caractère principal est la timidité. Elle a juste du mal à s’ouvrir dans un contexte qu’elle ne connaît pas, auprès de gens qui n’ont pas gagné sa confiance. Elle peut aussi se bloquer si on la brusque trop en lui demandant d’assumer un rôle autre que celui qui doit être le sien sur le terrain. A partir du moment où on la laisse s’intégrer progressivement sans exiger d’elle de tenir un rôle de leader, tout se passe bien. La pression, elle va apprendre à la dompter, comme n’importe qui. Encore faut-il qu’on lui permette de vivre des expériences comme l’était la Coupe du monde en France dans un rôle normal pour son âge, celui d’une jeune encadrée par des filles expérimentées. Cette pression, d’autres n’ont pas su la digérer malgré des dizaines de sélections. Quand à 20 ans vous avez su surmonter des épreuves comme une grave blessure qui rechute dès votre retour et met fin à votre saison puis l’échec douloureux de la CdM U20, c’est que mentalement, vous être quelqu’un de fort. Je suis persuadé qu’elle se remettra de cette nouvelle déconvenue, d’autant qu’elle n’en est absolument pas responsable. Bien sûr, ça l’aiderait de voir la tête de Diacre tomber.

A vrai dire, le seul souci que Katoto aurait causé au staff était rédhibitoire : en la sélectionnant parmi les 23, Diacre aurait été contrainte de lui donner du temps de jeu, ne serait-ce qu’à cause de la maladresse récurrente de Gauvin. Or elle n’avait aucune intention de laisser quiconque l’obliger à modifier ses plans. Il était beaucoup plus aisé de la laisser de côté en la stigmatisant. Elle a même réussi à berner beaucoup de gens peu informés qui ont vu dans ce «choix fort» un geste salutaire bénéfique à la cohésion du groupe.

  • Irremplaçable ?

Dans son interview au Parisien, les propos de Diacre concernant l’avenir sont flippants : «On a des choses à changer. Ça ne se fera pas du jour au lendemain. En récoltera-t-on les fruits à l’Euro 2021 ? Pas sûr. Mais l’échec doit nous faire réagir. Encore. On tient le même discours tous les quatre ans après les Coupes du monde et les Championnats d’Europe. Mais à un moment, il faut qu’on s’interroge : on change de génération de joueuses, on change de sélectionneur et on a toujours les mêmes résultats. On peut travailler plus. Aujourd’hui, on se contente trop de ce qu’on a.» Oui… Cherchons la compétence, ne nous contentons pas de ce qu’on a, car ce qu’on a, c’est de la médiocrité qu’on a à la tête de la sélection. Parce que la clé est bien là, il s’agit de la compétence.

Il n’existe pas de remplaçant idéal dont le nom vient immédiatement à l’esprit. C’est un fait. Est-ce une bonne raison pour laisser en place quelqu’un de néfaste à l’équipe de France ? Cet argument revient à dire «on la garde par défaut». A pleurer.

Dès lors, je propose une chose : un appel à candidatures. L’enjeu est beaucoup trop sérieux pour confier ça à Noël Le not Graët at all. Créer une petite commission ad hoc composé de personnes compétentes ne cherchant pas à placer les copains ou copines me semble être la solution la plus indiquée. Tous les entraîneurs intéressés auraient quelques semaines afin de présenter leur dossier et leur projet pour l’équipe de France féminine. La commission étudierait tous les dossiers avant de trier et d’auditionner les plus intéressants. Dans l’idéal, on diffuserait le tout en direct sur la chaîne Youtube de la FFF. C’est réellement envisageable dans la mesure où le 1er match de qualification pour l’Euro 2021 n’est que le 8 octobre.

L’important, en plus des compétences techniques, des qualités humaines et de la capacité à communiquer ? Que l’élu viennent avec l’intention première de servir l’équipe de France et le football féminin et non de s’en servir pour faire sa publicité personnelle.

Maintenant vous savez pourquoi Corine Diacre sera remerciée à court ou moyen terme. Je parie sur le court terme tant la fracture avec les meilleures joueuses est moche. Une fracture ouverte qui pisse le sang et nécessiterait des mois de cicatrisation/consolidation ne peut se résoudre sur décision solitaire et précipitée d’un président gâteaux adepte du copinage et de la discrimination en fonction de l’origine (statistiquement, il est prouvé que les Bretons ont 309% de chances de plus que les autres d’être engagés à la FFF depuis sa nomination, c’est 117% de plus pour les Lyonnais depuis que Jean-Mich Aulas en est le vice-président). La guerre semi-ouverte avec les stades de l’OL et l’effet langue qui se délient après l’échec vont faire remonter trop d’infos rendant le maintien de Diacre impossible.

Ce renvoi me semble aussi inéluctable que celui d’Anterré Henriquo. Les médias assuraient qu’il allait rester malgré le milliard de raisons qui dictaient de l’envoyer cramer en orbite autour du Soleil. La direction du PSG a fini par comprendre et agir. Certes très tard, mais si Nasser Al-Khelaïfi est capable de comprendre la nécessité de reconnaître ses erreurs pour les rectifier avant d’avoir atteint le point de non-retour, c’est que tout le monde en est capable. Donc pourquoi pas le Père Noël ? Si les Lyonnaises parlent à leur président, la Sorcière risque fort de finir comme à Salem. Pour le bien du football féminin français.

Alors comme je l’avais fait il y a quelques semaines pour appeler le petit Papa Nasser à enterrer le fossoyeur Anterré Henriquo, je vais directement m’adresser au Père Noël.

Cher Père Noël,

Veux-tu réellement du bien au football féminin ? Si la réponse est affirmative, ouvre les yeux et ne commet pas une nouvelle fois l’erreur de choisir la mauvaise personne. Les symboles, c’est bien. Dans une certaine mesure seulement. Les liens personnels ne doivent pas interférer avec les décisions d’un président de fédération sportive. Tu n’as pas été élu pour caser tes amis mais pour défendre les intérêts du football français. La Coupe du monde féminine en France a été à la fois un grand succès populaire et un énorme échec sportif pour les Bleues. Tu avais toi-même fixé les objectifs en toute connaissance de cause. Il faut assumer. A toi de choisir s’il est préférable de surfer sur la vague ou de continuer à boire la tasse comme lors de chaque compétition internationale depuis des années. Du jeu, de l’harmonie, de l’enthousiasme, le football féminin français en demande. Il en a impérieusement besoin pour continuer à se développer, à grandir et, à terme, à gagner. Maintenir Corine Diacre en poste nous assure de ne pas capitaliser sur l’attrait pour le foot féminin dû à cette Coupe du monde. Elle n’a su cultiver que l’ennui et l’antipathie. Des tensions internes avec risques d’explosion dévastatrice sont apparues au grand jour. Faut-il laisser la situation pourrir jusqu’au drame ou traiteras-tu la tumeur avant que ses métastases n’aient détruit cette équipe de France au potentiel si important et si mal exploité ? Je sais bien qu’évoquer un cancer peut choquer, d’autant que ce mal ne t’es pas étranger, seulement cette analogie est encore ce qu’il y a de plus pertinent pour évoquer les agissements de Corine Diacre. Elle ronge cette équipe de l’intérieur, dérègle son métabolisme, le renouvellement de ses cellules, l’épuise et cause sa perte.

Alors je te le demande, chère Père Noël, fais ce cadeau vital au football féminin français : un sélectionneur choisi pour sa compétence, ses qualités et son projet sportif, pas pour son nom ou pour satisfaire une envie de paraître moderne. Je compte sur toi. Comme tous les supporters des Bleues.

Merci cher Père Noël.

Notes

[1] Les Bleus avaient clairement le talent pour la remporter, je l’ai toujours dit, il fallait juste qu’ils acceptent de s’assumer en tant qu’équipe de contre, car c’est ce qui correspondait à leurs qualités.

[2] Encore plus que chez les hommes la qualification pour l’Euro féminin est une formalité.

[3] Qui est polyvalente, elle joue à droite, peut jouer à gauche, mais dans l’axe, non.

[4] Je ne pense pas qu'il y avait déjà des contrats fédéraux à son époque.

[5] L’équipe en grosse progression cette saison, longtemps 3e, finalement 4e.