Alors qu’il aurait dû affronter le n°1 mondial (Mshvidobadze) pour son 2e combat, Mkheidze a vu le Russe – pas au meilleur de sa forme – se faire éliminer au golden score juste avant d’entrer sur le tapis pour entrer dans la compétition face à l’Indien Vijay Kumar Yadav. Si son tableau pouvait sembler soudain beaucoup plus ouvert, encore fallait-il en profiter. Le Français s’est employé à rester actif et lucide, il a beaucoup attaqué contre un adversaire par conséquent obligé de beaucoup défendre, ce qu’il a fait plutôt efficacement. Il a fallu en passer par un golden score d’1’05 pour faire tomber la 3e pénalité. A défaut de se faire plaisir et de briller, il est passé.

Yang Yung-wei, le Taïwanais tombeur du Russe, restait un adversaire particulièrement redoutable. Pénalisé pour une garde croisée, le Français a trop subi, notamment au sol où il lui a fallu résister sur plusieurs séquences. Il ne prenait pas l’initiative, d’où un 2e shido à 5 secondes du golden score, débuté dans une sale posture. Mkheidze s’est mis à attaquer mais pas très franchement, il s’est même jeté dans la gueule du loup en offrant une possibilité à son adversaire de travailler une nouvelle fois au sol… jusqu’à l’immobilisation.

On ne peut le cacher, cette élimination rapide est décevante. Une première victoire sans la manière, une défaite dans la foulée sans jamais avoir donné l’impression de pouvoir prendre le dessus. Il n’y a rien de positif à retenir.

Khyar, qui a ressorti une coupe de cheveux retrouvée dans un carton fermé il y a 20 ans (décoloration dégueulasse), entrait en lice face au Polonais Tomer Golomb, un petit gaucher assez dangereux. Menant d’un waza-ari après environ 1’ de combat grâce à un sumi-gaeshi, le champion d’Europe 2016 a continué à attaquer même s’il a été pénalisé une fois. Il a su abréger le combat (ça a duré 2’46) grâce à un ko-uchi-gari parfaitement placé. Propre.

Au tour suivant, il rencontrait Davud Mammadsoy, un Azerbaïdjanais peu connu, assez mystérieux et donc dangereux. Ça a très mal débuté : sortie de tapis, fausse attaque… 2 pénalités en 1’… Khyar a alors réagi avec une interminable séquence en contre-attaque, malheureusement son adversaire est parvenu à s’en sortir dans se faire projeter sur le dos. Mammadsoy a été pénalisé à son tour en raison de l’activité du Français. Ça s’est ensuite calmé, l’Azerbaïdjanais essayait d’empêcher la saisie, il s’est jeté sur le dos sans être pénalisé… Un contre aérien de Khyar a bien failli scorer à 3 secondes de la fin. On est parti au golden score. Au bout de quelques secondes, énorme impact sur le dos du Français et vérification vidéo… Mammadsoy n’avait pas crocheté la jambe de son adversaire, il ne contrôlait rien, il n’y avait donc pas d’action de son côté. Une grosse frayeur sans conséquence. Un énième arrachage en contre (le fameux ura-nage) a permis à Khyar de l’emporter après 52 secondes de prolongation. Cette fois, il a parfaitement réussi son mouvement pour envoyer son partenaire sur les épaules.

Le 8e de finale s’annonçait autrement plus difficile. Il prenait le Japonais Naohisa Takato, rescapé miraculeusement contre le Turkmen Jumayev en rebondissant sur la tête afin de ne pas se faire ipponiser sur un yoko_tomoe-nage (le Ippon attribué ensuite au Nippon n’a semblé franchement abusé. L’impact était certes bien sur le dos, en revanche il n’y avait aucune puissance… Mais je ne suis pas arbitre).

Prendre le Japonais – 3 fois champion du monde – en 8e de finale… Pfff… Dur ! Prendre une pénalité d’entrée en étant sur les genoux et obligé de tenir la jambe… Plus que dur ! Et une moulinette chacun après 50 secondes… Déjà au bord du gouffre. Il fallait réagir immédiatement en faisant preuve d’une agressivité totale. Le Japonais a alors pris un coup de boule dans le nez, il a un peu saigné. Le Takato a alors dû fuir… mais pas de chance, l’arcade du Français s’est ouverte dans la foulée. Comment mettre du rythme dans ces conditions ? Revenu avec un gros bandage, Khyar est reparti avec la même agressivité. Le Japonais finissait par lancer des attaques absolument pas franches, ça ressemblait vraiment à de la fuite plus qu’à autre chose. Il a aussi beaucoup poussé sans attaquer. L’arbitre a alors utilisé la moindre opportunité pour sanctionner le Français d’une sortie de tapis extrêmement sévère, limite honteuse. C’était vraiment de l’arbitrage à sens unique, comme si le Japonais avait besoin de ça.

Le bilan de Walide Khyar ? Pas mauvais dans la mesure où il a remporté 2 combats par Ippon avant de tomber contre un ogre qu’il attendait depuis très longtemps d’avoir entre les mains. Il y a beaucoup de déception et de frustration concernant le scenario de son élimination, la première minute lui coûte extrêmement cher. Le tirage très défavorable n’a pas aidé. Prendre un triple champion du monde japonais à Tokyo en 8e – donc sans repêchage en cas de défaite – est un sale coup, mais ça n’a été rendu possible qu’en raison de son statut de non-tête de série. Il lui faudrait grimper au classement mondial pour éviter la même chose aux JO. Rappelons qu’il revient de loin, n’ayant repris la compétition qu’en mars après un long arrêt sur blessure (pubalgie).

Sans doute marqué par le coup de tête reçu contre le Français, Takato a bien galéré contre l’Ouzbek Sharafuddin Lutfillaev. 2 pénalités puis un Ippon rapide sur un uchi-mata terminé comme un maki-komi ont causé sa perte. Ça n’a pas duré très longtemps. Lutfillaev a encore été impérial pour accéder à la finale.

L’autre Japonais, Ryuju Nagayama, a été battu en demi-finale par Lukhimi Chkhvimiani sur un contre à l’arrache assez incroyable (il a réussi à se rétablir après avoir volé pour reprendre le contrôle et finir l’action) après 2’ de prolongation.

A la surprise générale, on a assisté à une finale entre un Ouzbek et un Géorgien. Pas de Japonais ! Pire, Takato et Nagayama ont fini par se battre pour une médaille de bronze ! Humiliation ultime alors que l’an dernier à Bakou il avait fallu attendre des lustres pour voir un Nippon échouer à monter sur la boîte ! Takato a cru sortir vainqueur de ce duel mais s’est fait retourner à la dernière seconde (sumi-gaeshi) et immobiliser bêtement. Il ne pensait qu’à regarder le chrono. Une (double) erreur de ceinture blanche.

L’autre petite finale aussi était un duel entre compatriotes, le Kazakhstan a décroché du bronze grâce à Yeldos Smetov, peut-être auteur d’un pas décisif sur la route… d’un retour à Tokyo, pour les JO cette fois.

Avant cette finale mondiale, Lutfillaev menait 3-0 dans ses duels avec Chkhvimiani. Ça envoyait très fort sur les mains ! Des brutes. Les quelques mouvements et contre-attaques tentés manquaient de contrôle et de précision, pas de violence et de puissance. Le Géorgien s’est retrouvé mené 2 pénalités à 1 à 1’17 de la fin du chrono. Il s’en est alors sorti en contrant un énorme uchi-mata de l’Ouzbek. La vidéo a donné une 2nde chance à Lutfillaev en transformant le Ippon en waza-ari. Il lui restait une minute pour inverser la tendance. Au contraire, elle est devenue définitive après 3’43 de combat grâce à un second waza-ari marqué grâce à un mouvement de hanche.

Intéressons-nous désormais à la catégorie féminine du jour, les moins de 48kg.

En grande forme cette saison au point de vaincre le phénomène Daria Bilodid en finale à Tbilissi (même si l’Ukrainienne revenait de blessure), Mélanie Clément devait en principe venir assez facilement à bout de la Vietnamienne Tinh Hoang Thi. Celle-ci avait déjà pu entrer dans son tournoi en dominant rapidement une Tunisienne. On ne peut pas dire que la Française ait réellement réussi à se lâcher, néanmoins elle a su faire le nécessaire pour provoquer le décalage de pénalités puis faire prendre le 3e shido à son adversaire en générant une surdose de passivité quelques secondes (12) avant la fin du temps réglementaire.

On attendait une montée en puissance contre la Serbe Milica Nikolic. Elle a bien débuté, se montrant agressive, avant de subir une séquence assez effrayante au sol. Clément s’en est sortie en défendant assez bien pour éviter l’étrangement puis la clé de bras. Une attaque foireuse a bien failli tourner au désastre en raison du contre de la Serbe, néanmoins la Française restait de loin la plus offensive. Nikolic a donc fort logiquement été sanctionnée pour non-combativité. Il ne s’agissait que d’un seul shido. Par bonheur, un tout petit waza-ari à quelques secondes de la fin a piégé la Serbe. Cet o-uchi-gari un peu décomposé a fait tomber Nikolic sur le côté, ça a suffi.

Ce succès, synonyme de qualification pour les quarts de finale, offrait 2 chances d’accéder au podium. La première, très compliquée, passait par une victoire contre la Japonaise Funa Tonaki.

Echec. Menée au bout d’une trentaine de secondes, Clément n’a fait que subir. Très forte au sol, Tonaki a conclu en 1’30.

Restait la seconde voie, celle des repêchages. Il lui fallait battre la… championne olympique, l’Argentine Paula Pareto.

Une grande gauchère contre une petite droitière hyperactive… Ce choc s’annonçait aussi intense que tactique. Pareto a pris la première pénalité après 1’30 pour une fausse attaque (car elle subissait). Son premier gros mouvement d’épaule a provoqué le shido contre Clément une trentaine de secondes plus tard. L’Argentine a de nouveau été sanctionnée, encore pour fausse attaque. Il restait environ 1’30 pour profiter de ce décalage de pénalités. Seulement, la Française n’a pas su le faire, laissant son adversaire attaquer, certes de façon imprécise et limite (à une main par exemple), mais suffisante pour provoquer l’égalisation au niveau des sanctions. Néanmoins, chose rare, l’arbitre a mis fin au combat avec un 3e shido à 4 secondes de la fin, jugeant que Pareto s’était encore jetée sur les genoux sans provoquer de déséquilibre. Ça me semble assez juste dans la mesure où, à l’évidence, elle ne cherchait qu’à se montrer active et à donner le sentiment qu’elle était à l’initiative, pas réellement à faire tomber. Ceci depuis un moment.

En finale pour le bronze, son adversaire n’était autre qu’Urantsetseg Munkhbat, mangée au sol par Bilodid, toujours aussi impressionnante. Son sankaku-jime (immobilisation avec un contrôle en triangle) n’a laissé aucune chance à la Mongole (championne du monde 2013, argentée en 2017). La Française a battu cette adversaire cette année à Tbilissi lors de son tournoi référence. D’abord à l’initiative debout comme au sol, Clément a ensuite subi une énorme séquence au sol. Elle a défendu pendant une éternité sans parvenir à empêcher la clé de bras. Il lui a fallu abandonner. Pourtant très forte au ne-waza, la Française n’a pas été en mesure d’empêcher la Mongole de décrocher une 3e médaille mondiale alors qu’elle cherchait à décrocher sa première. Il faut juste s’incliner devant l’extraordinaire travail au sol opéré par Munkhbat.

Une 5e place, ça fait mal. Perdre contre Tonaki et Munkhbat n’a rien de honteux, surtout qu’elle a battu Pareto au passage. Elle progresse, elle est sur le bon chemin, elle sait ce dont elle est capable, il y a pas mal de positif à retenir de ces championnats. Pendant longtemps, l’équipe de France a galéré en -48kg, il n’y avait pour ainsi dire plus personne avec les soucis de poids connus par Amandine Buchard. Désormais, on a une candidate au podium olympique.

Barrée en -52kg par encore plus forte qu’elle, la Kosovare Distria Krasniqi a obtenu l’autre médaille de bronze.

On a eu la finale attendue, Tonaki contre Bilodid. 1m48 contre 1m73.

Pour ajouter encore plus de sel à cette finale, il s’agissait de la revanche de l’an dernier. Bilodid, devenue à cette occasion la plus jeune championne du monde de l’Histoire du judo, pouvait bien évidemment devenir la plus jeune double championne du monde de l’Histoire du judo. Cette fois, il lui fallait le faire chez son adversaire.

Bilodid a été sanctionnée pour sortie de tapis vers la mi-combat. Dans l’ensemble, elle dominait nettement grâce à sa supériorité physique. Un maki-komi en bordure aurait peut-être mérité d’être valorisé Ippon et de donner la victoire à l’Ukrainienne (au ralenti, on voit qu’il manque la 2nde épaule, ça valait donc bien waza-ari). Tonaki a alors décidé de se lâcher, de tout donner en cherchant à pousser son adversaire à la faute. Une seconde pénalité est alors tombée. Bilodid a subi, y compris au sol, puis attaqué de nouveau de façon à ne pas risquer le shido pour non-combativité, puis à éviter la sortie de tapis (Tonaki poussait au sens littéral). A 18 ans, Bilodid a fini au métier… Si, je vous jure. Décrocher un titre mondial est très compliqué. Le conserver relève de l’exploit compte tenu du niveau actuel du judo mondial. Le faire à 18 ans fait déjà d’elle une légende.

Daria Bilodid mérite d’être une superstar du sport mondial. Cette fille a tout pour elle ! Hyper forte techniquement, tactiquement, mentalement et même canon. Il lui manque peut-être d’être polyglotte (je n’en sais rien).

Bilan de la journée, de l’or pour l’Ukraine et la Géorgie, de l’argent pour le Japon et l’Ouzbékistan, du bronze pour la Mongolie, le Kosovo, le Japon et le Kazakhstan. Espérons que le centre de gravité du monde du judo connaisse un déplacement vers l’ouest lors des prochains jours. L’Europe de l’est, l’Asie centrale, ça va 5 minutes, mais la France, ce serait mieux…