Le Blouch entrait en lice au 2e tour face à un Saoudien, Abdulaziz Albashi. Ce duel s’est résumé à une série de pénalités sanctionnant à chaque fois le refus de poser les mains ou les gestes visant à empêcher son adversaire les poser. D’abord une pour chacun, puis 2 supplémentaires à l’encontre du Saoudien. Ça n’a duré que 1’47. Pas très coûteux en énergie pour un premier combat.

L’Ouzbek Sardor Nurillaev s’est bien foutu du monde en se jetant plusieurs fois sur les genoux sans avoir aucun contrôle sans pour autant être sanctionné pour fausse attaque. Il aurait dû prendre son 2e shido – chaque combattant en a pris un lors de la première partie du combat – assez rapidement mais passait plut le plus actif grâce à ces simulacres d’actions d’épaule. La pénalité est tombée peu avant le golden score car le Français avait vraiment pu accélérer et prendre le dessus physiquement. Nurillaev est parvenu à reprendre l’initiative au cours de la prolongation, Le Blouch parvenant tout de même à éviter une égalisation aux pénalités en restant suffisamment actif. Il s’est toutefois fait peur au corps-à-corps en manquant de justesse de se faire contrer. Seulement, un ko-uchi-gari un peu foireux a permis à l’Ouzbek de placer un nouveau contre, cette fois au sol. Ça me semble logique, pour moi il y a bien arrêt dans l’action du Français et prise d’initiative de son adversaire. C’est cohérent par rapport à la façon dont ces actions sont jugées habituellement. Ça n’en reste pas moins injuste au niveau arbitral, seulement l’injustice n’est pas dans la décision finale mais dans l’absence de sanction pendant très longtemps pour ces fausses attaques répétées.

Le bilan de cette journée pour Killian Le Blouch ne peut être considéré que comme décevant. D’ailleurs il ne se cache pas. Il pouvait au moins atteindre les quarts pour se faire découper par un des 2 Japonais de la catégorie, Joshiro Maruyama.

Intéressons-nous aux femmes (les -52kg) avant de revenir à la catégorie masculine du jour.

Buchard avait un premier tour facile contre une Malgache, Tessia Tsiorinirina. Cette illustre inconnue a pourtant eu l’opportunité de lancer 2 actions d’épaule. Ceci dit, la 2nde a offert à la Française l’opportunité de la choper au sol pour lui faire subir un étranglement et la forcer à taper. Ça a duré 1’51, assez idéal pour une entrée en lice.

La Vietnamienne Thuy Nguyen peut faire mal… surtout quand elle vous met la main dans la tronche. Mais bien sûr, il n’y a pas eu photo. Cette fois, il a fallu 2’05, dont 10 secondes d’immobilisation après un très bon travail au sol consécutif à un ko-uchi-gari.

Le quart de finale face à la Portugaise Joana Ramos a très bien débuté : pénalité après quelques secondes. Il s’est terminé après 1’15 grâce à un kata-goruma. Pour être franc, je pense que ce combat n’aurait même pas dû avoir lieu car une coupe de cheveux aussi dégueulasse que celle de Ramos devrait être cause d’hansoku-make. (La Portugaise, repêchée a eu besoin de 5’38 de prolongation pour obtenir sa place en petite finale… pour y affronter un monstre.)

Jusqu’ici, Buchard a réussi la journée parfaite avec 3 victoires rapides, une obtenue au sol, une obtenu sur son spécial, la dernière sur son autre spécial. Le tout en affichant une sérénité impressionnante.

En demi-finale, mieux valait affronter Natalia Kuziutina qu’une des 2 autres demi-finalistes. Si la Russe est une référence dans la catégorie (4 fois championne d’Europe, médaillée de bronze olympique à Rio et lors des ChM 2010, 2014 et 2017), ça reste très inférieur à Uta Abe, championne du monde en titre, et à Majlinda Kelmendi, championne olympique en titre (aussi double championne du monde et quadruple championne d’Europe).

Il est vrai qu’Abe a connu quelques difficultés en quart face à Chelsie Giles. Rien d’insurmontable car la Britannique a commis l’erreur de trop se livrer. Quant au quart entre Ai Shishime et Kelmendi (pas tête de série en raison d’une longue absence), il aurait aussi bien pu être la finale avec un autre tirage au sort. A vrai dire, on n’a pas vu beaucoup de judo, il s’agissait surtout d’un jeu très physique de saisie. La Nippone a beaucoup subi, beaucoup défendu… même si Kelmendi ne tentait rien, se contentant de sa tactique efficace pour faire monter les pénalités. Résultat, Shishime a été sortie de la course au titre, sans doute au grand plaisir d’Abe, son adversaire directe en vue de la qualification aux JO. Sishime a ensuite eu besoin de 4’35 pour faire tomber Giles et s’offrir une opportunité de limiter la casse en montant sur le podium.

Trop tactique, le duel entre Abe et Kelmendi a commencé par une minute d’observation et de saisies illicites. Pénalité contre la Kosovare d’abord, puis contre la Japonaise. Les combattantes ont alors commencé à envoyer physiquement mais après la première attaque, retour à la case départ. Obligée de faire lâcher la main de la Nippone en utilisant ses 2 mains, Kelmendi a été sanctionnée d’un nouveau shido. Ce duel hyper physique restait très pauvre en mouvements de judo. Les quelques opportunités d’enchaîner au sol n’ont pas été exploitées. On a dû en passer par le golden score. Une très longue prolongation pouvait jouer en faveur de l’autre finaliste… Elles risquaient en effet de finir épuisées ou a minima entamées. Trop sur la défensive, Abe a, à son tour, écopé d’un 2e shido après 2’, il lui fallait réagir. Elle a alors cherché des solutions au sol jusqu’à réussir un retournement et une immobilisation. 3’15 de prolongation et un double retournement : sur le tatami et dans le scenario, car la Japonaise avait perdu le fil, se faisant dominer physiquement pendant la prolongation avant de s’en sortir au ne-waza.

Donnée importante, Kuziutina menait 2-0 dans ses duels face à la Française. Une première attaque en 2 temps a mis la Russe en danger au bout de 30 secondes. Le ton était donné. Si cette dernière a tenté un enchaînement au sol, Buchard a parfaitement su défendre… puis attaquer de nouveau, tentant à son tour d’aller au sol. La Française restait à l’initiative la plupart du temps, seule l’efficacité manquait. Une erreur bête (surprise, elle est sortie du tapis) a provoqué un shido contre Buchard… quelques secondes avant une fausse attaque de Kuziutina. Une pénalité chacune avant le début de la prolongation. Après un peu moins de 30 secondes, la Française a semblé croire avoir marqué en contrant son adversaire, prompte à se jeter pour être la première. Après 1’19… la grosse action. Ça semblait clairement avoir marqué… Catastrophe. La Russe a subi une attaque mais est parvenue à reprendre l’initiative pour retourner Buchard qui a immédiatement contesté le Ippon signalé par l’arbitre. A la vidéo, le jugement a été revu… mais pour donner waza-ari. Toute la question concerne l’emplacement du coude, qui détermine si elle est tombée de face au sur le côté/un bout de dos. Même avec plusieurs ralentis on ne peut être totalement affirmatif. Malheureusement, dans l’esprit, ça méritait de scorer. S’il y a erreur, elle se trouve dans le mouvement d’épaule loupé par la Française. Elle a manqué son action (trop prévisible ? pas assez de déséquilibre créé avant de la lancer ?), il fallait rester au sol et tout fermer, elle a voulu relancer, permettant à la Russe de l’attraper. Le dire après est facile, dans le feu de l’action, c’est autre chose…

Résultat, Buchard a dû se farcir Shishime en petite finale. La Nippone a passé plus de temps sur le tapis, elle a aussi bénéficié d’un temps plus long pour récupérer et de la satisfaction d’avoir encore quelque chose à gagner. De quoi faire la différence contre une adversaire probablement rongée par le sentiment d’être passé bêtement à côté d’une finale mondiale qui lui tendait les mains ?

Kelmendi-Ramos, première finale pour le bronze, a bien failli pris fin sur un énorme pain au visage pris par la Portugaise de façon accidentelle. A genou, les mains sur le visage, Ramos pleurait. L’interruption, très longue, offrait des minutes supplémentaires à la Française pour récupérer. Le combat a repris, la Portugaise arborant un magnifique bandage au milieu du visage. Au final, Kelmendi a tout de même obtenu la médaille au jeu des pénalités.

Buchard n’a battu qu’une fois Shishime lors de leurs 5 premiers affrontements. La mission semblait particulièrement délicate à Tokyo. La Française est immédiatement passée à l’attaque. Elle était systématiquement à l’initiative. D’où un shido logique pour non-combativité à l’encontre de la vice-championne du monde 2018. Shishime a attendu près de 2’ pour lancer sa première véritable attaque… qui a immédiatement valu une sanction à Buchard. Désormais, la Française subissait trop. Elle l’a payé en concédant un waza-ari sur un mouvement d’épaule poussé jusqu’au bout du bout par son adversaire. A vrai dire, on ne la sentait plus vraiment dedans, elle ne semblait plus trop croire en elle. Shishime a ensuite pu profiter de la première opportunité de gagner du temps au sol pour finir le travail. Buchard a même abdiqué et perdu sur Ippon (immobilisation).

Le bilan de la journée ? Mauvais. 3 premiers combats parfaitement négociés, mais quand il a fallu affronter des adversaires de son niveau, elle a encore coincé. En tournois, ça passe souvent. En grands championnats, elle bloque. Il lui faut trouver le déclic. Espérons que ce soit pour l’an prochain au même endroit. Si elle n’y parvient pas, attention à ce que d’autres ne viennent pas prendre sa place par la suite car la relève en -52kg est trop prometteuse.

La finale entre Uta Abe et Natalia Kuziutina a duré moins de 30 secondes. Un sode terminé en uchi-mata a fait voltiger la Russe. Atterrissage sur le dos. Bim !

La famille Abe a donc eu sa médaille d’or grâce à la petite sœur, désormais double championne du monde à 19 ans. Phénoménale !

L’an dernier, les Abe avaient décroché les 2 titres le même jour. Une première. Cet événement assez fou ne s’est pas reproduit. Et voici pourquoi.

Dans un premier temps, la demi-finale entre Hifumi Abe et Joshiro Maruyama a permis au premier de montrer toute sa classe. Il envoyait de grosses attaques, son concurrent souffrait, il s’attachait en défense pour sauver sa peau au point de se blesser. Bien sûr, il n’était pas question d’abandonner, seulement de montrer son mal en boitant. Un waza-ari attribué à Abe pour une action de bras inexistante sur une technique de sacrifice de son adversaire a été annulé… Manifestement Axel Clerget restera le seul à avoir été escroqué lors d’une demi-finale mondiale sur ce genre de situations. Maruyama n’avait manifestement pas si mal, il ne boitait plus – du bluff ? – et tentait désormais d’attaquer, ce qui lui évitant de prendre la 3e pénalité. Encore une prolongation (comme lors de la plupart des duels de cette session). Le challenger a bien failli surprendre son monde en réalisant un étranglement acrobatique auquel le champion en titre a su réagir à temps. Trop malmené, Maruyama aurait pu être sanctionné une 3e fois. L’arbitre lui a laissé de nombreuses fois sa chance en retardant la pénalité, il lui a même permis de récupérer en le laissant aller voir le médecin. Ça a duré, duré… Abe a alors à son tour été sanctionné (fausse attaque). Maruyama me donnait l’impression de n’attaquer que pour éviter de prendre une pénalité fatale pour non-combativité. C’est donc fort logiquement qu’après 3’46 de prolongation… le challenger a surpris le favori grâce à une technique de sacrifice assez dégueulasse mais efficace. 10 secondes auparavant, celle issue aurait valu une belle cote ! Ce scenario improbable est digne d’un match de foot lors duquel une équipe domine largement pendant 119 minutes avec 70% de possession, touche le poteau, chauffe le gardien adverse en le canardant sans parvenir à ouvrir le score, est lésée d’1 ou 2 penos, voit le meilleur joueur adverse sortir sur blessure… et s’incline sur un coup du sort juste avant la séance de tirs au but.

En petite finale, Abe semblait parti pour dominer l’Italien Manuel Lombardo. On a cru à l’impact à la dernière seconde, mais non, il s’agissait finalement d’une technique de sacrifice, le Nippon n’avait pas le contrôle. Prolongation. Encore. Et après 51 secondes, énorme coup de tonnerre : Ippon pour Lombardo sur un contre dans le style de celui infligé par la Russe à Amandine Buchard. Vérification vidéo… et annulation de la marque car le dos du Japonais n’a pas touché le sol, la rotation était telle qu’il a fini sur le ventre. Miracle ! Le grand frère d’Uta a réagi en projetant son adversaire au sol d’un énorme mouvement de hanche pour s’offrir une médaille de bronze à peine susceptible de le consoler.

Abe est sorti en larmes. Aurait-il loupé sa sélection pour les JO après avoir été battu de façon assez horrible et terriblement frustrante par un compatriote[1] ? S’agissait-il d’un soulagement après une journée particulièrement éprouvante physiquement et émotionnellement ? Sa petite sœur, elle, a apprécié. Très certainement plus que lui.

La seconde petite finale opposant un Moldave et un Mongole mérite la qualification de purge. Denis Vieru a concrétisé sa saison magnifique en début de golden score grâce à une sorte d’arrachage en tenant bien la ceinture. On ne retiendra rien d’autre de ce combat.

La grande finale 100% asiatique entre Kim Limhwan, invité surprise (29e mondial), et Joshiro Maruyama, a offert un spectacle d’une autre qualité. On a assisté à des mouvements assez dingues. Notamment le uchi-mata ayant permis au Japonais d’inscrire un waza-ari malgré la défense acrobatique du Sud-Coréen. Puis le pion fini à 29 secondes de la fin du chrono. Maruyama a fait un grand pas vers les JO 2020 dans la même sale en décrochant son premier titre mondial. Il a kiffé tout en retenue. A la japonaise en somme.

Après le fiasco – relatif – du Japon lors de la première journée, le pays hôte a réagi en décrochant les 2 titres et 2 médailles de bronze. La seule défaite nipponne du jour contre un étranger a été concédée face à Kelmendi, championne olympique en titre. Ça va, il n’y a rien de honteux. Les autres médailles ont été obtenues par un Sud-Coréen et une Russe (argent) ainsi qu’un Moldave et une Kosovare (bronze). Toujours pas de médaille pour l’Europe de l’ouest, les Amériques, l’Afrique ou encore l’Océanie (pour le coup, on n’attend rien de l’Océanie).

Note

[1] Apparemment, si un Japonais remporte à la fois les ChM et le Grand Chelem de Tokyo, il assure sa qualification automatique pour les JO… ce que ne peut plus faire Hifumi Abe.