Alexandre Iddir débutait au 1er tour contre un Hongrois, Miklos Cirjenics. Ce dernier a reçu 2 pénalités avant de se faire envoyer sur le dos, le tout en 1’05. Un rapide !

Le Croate Zlatko Kumric, très grand et très puissant. Patient, il a cru marquer dès sa première action (waza-ari annulé), ne s’est pas pressé, a continué à mettre son judo en place, annihilant son adversaire et provoquant la première sanction grâce à ses prises d’initiatives, puis le 2e en l’obligeant à adopter une posture très défensive. L’attaque suivante n’est pas passée aux yeux de l’arbitre (shido pour fausse attaque), il a néanmoins continué à se montrer plus offensifs que le Croate, ne le laissant rien tenter (hormis, brièvement, un étrangement suite à une technique du Français). Kumric s’est sorti de nombreux mauvais pas en retombant du bon côté sur les actions très franches d’Iddir, il a même pu envoyer sa première véritable technique à 30 secondes de la fin. Ça aurait dû se terminer aux pénalités bien avant le golden score. Au bout de 25 secondes de prolongation, stupeur… Waza-ari pour le Croate sur le contre d’une action d’épaule effectuée avec trop peu de déséquilibre. Heureusement que la vidéo existe en judo pour mettre en évidence les erreurs arbitrale (sauf quand on l’utilise mal ou avec un parti pris). Ça s’est terminé moins de 30 secondes plus tard, action-réaction, je tire vers l’avant puis je pousse en ayant mis le pied en barrage, waza-ari, fin du combat.

Ces 4’52 et cette frayeur inutile ont dû lui coûter pas mal d’énergie avant d’affronter le n°1 mondial, Varlam Lipartelani, pour un combat décisif, celui ouvrant la porte des quarts de finale et donc du bloc final.

Pas impérial au tour précédent, le Géorgien a fait face à un Iddir très concentré, très calme, patient, mais néanmoins à l’initiative des premières offensives. Dominé et par conséquent inactif, Lipartelani a pris la première sanction, il lui fallait réagir. Ce qu’il a fait. Une brève interruption pour un saignement du Français n’a pas enrayé cette réaction. Iddir devait se méfier et éviter de rester derrière son adversaire. Le Géorgien a tenté des mouvements de hanche pas très francs mais suffisants pour provoquer un shido – sévère – à l’encontre de son adversaire. Un contre terrible à 25 secondes de la fin du chrono aura été fatal à Iddir, d’autant qu’après le waza-ari, Liparteliani a pu travailler au sol pour faire s’écouler le chrono. L’attaque du Français était une grossière erreur car il manquait beaucoup trop de déplacement, il a voulu lancer un uchi-mata contre un bloc de pierre sans avoir suffisamment le contrôle. Un véritable gâchis. Il y avait clairement moyen de battre le n°1 mondial, il était meilleur que lui jusqu’à cette erreur.

Comment pourrait-on évoquer une journée réussie suite à une déception et frustration de cette nature ? D’autant que le Géorgien s’est fait ipponiser dans la foulée.

Cyrille Maret a connu des mois très difficiles, il ne gagnait quasiment plus un combat. Sa médaille de bronze lors des Jeux Européens lui a permis d’arracher de justesse sa sélection (on l’a aussi pris en vue du tournoi par équipes). Comptant un gros retard par rapport à Iddir dans la course à la place de n°1 Français, il se devait de réussir une grosse journée. Dans ce contexte, son duel face au Polonais Oleksii Lysenko devait lui servir de mise en jambes. Si les yoko-tomoe-nage tentés ont échoué, son uchi-mata au bout de 2 minutes a fait mouche. Gros Ippon, belle victoire, dynamique positive, plein de confiance… La manière donnait une belle indication de ce dont il était capable.

L’Egyptien Ramadan Darwish offrait une autre opposition. Un shido chacun pour commencer, il ne fallait rien lui donner et ne surtout pas commettre une erreur bête comme celle ayant permis à Darwish de le contrer après moins d’1’30. Au pied de la pyramide avec ce waza-ari de retard, il lui fallait renverser la tendance. Pas facile. Il devait faire tomber ou a minima faire tomber les pénalités. La première grosse action a manqué de peu d’être efficace, l’Egyptien sauvant sa peau en mettant le coude en opposition. Le Français n’attaquait pas assez pour provoquer un autre shido. Un contre à 16 secondes de la fin a longtemps été étudié à la vidéo avant d’être valorisé waza-ari. Résurrection ! A la dernière seconde (littéralement), le plus beau yoko-tomoe-nage de ces Championnats du monde a envoyé Darwish sur le dos. Quel retournement de situation ! En plus de la confiance et de la dynamique positive, il a ajouté de la force mentale.

Le 3e tour (ou 8e de finale) face au Russe Niyaz Ilyasov, médaillé mondial l’an dernier, revêtait un caractère extrêmement important en déterminant l’accession au bloc final et peut-être une partie de la qualification olympique. Il fallait absolument l’emporter. On l’a vu tenter pas mal de choses… jusqu’à se faire piéger sur un sasae au bout de 2 minutes. Ippon. Il a commis une erreur, elle a coûté cher.

Grosse déception. Il se sentait capable de faire beaucoup mieux, d’aller chercher une médaille. Il s’agissait de son dernier Championnat du monde dans cette catégorie (s’il revient, ce sera en lourds), il ne sera donc jamais médaillé mondial en -100kg. Dur, mais pas très étonnant au terme de cette saison très compliquée.

En l’absence de poids lourd, l’équipe de France masculine a vu s’échapper ses dernières chances de médaille. Seul Clerget a atteint le bloc final et a sauvé l’honneur des Bleus. Comme l’an dernier. Heureusement, l’équipe féminine a réussi des ChM d’une toute autre qualité avec chaque jour au moins une fille de retour l’après-midi. Cette journée n’a pas dérogé à la règle avec le -78kg.

Madeleine Malonga, 3e aux ChE du GS de Bakou cette saison mais surtout vainqueur du GS de Paris, a débuté sa journée par un Ippon sur Lee Jeongyun. La Sud-Coréenne a été mise sur le dos sur une technique adaptée dans le feu de l’action en fonction de sa réaction.

Combat suivant face à Vanessa Chala, une Equatorienne très dangereuse au corps-à-corps. Malonga a bien failli se faire "ura-nageïser" en début de combat. Les pénalités sont rapidement montées, 2 chacune avant la moitié du chrono. L’Equatorienne a encore tenté le même arrachage, elle a été piégée par la Française qui a bien laissé la jambe à l’intérieur en ko-uchi-gari pour contrer ce contre et marquer Ippon. Là encore, Malonga a fait preuve d’un grand sens de l’adaptation, d’une super présence d’esprit. Elle a répondu tactiquement, techniquement et physiquement à ce que faisait son adversaire.

La Française a débuté son quart de final face à la Britannique Nathalie Powell avec de bonnes intentions. Il fallait juste éviter de se faire contrer. Un bel uchi-mata après moins d’une minute aurait presque mérité d’être valorisé Ippon (seulement waza-ari). Pas de problème, elle a remis exactement la même technique que face à Chala pour finir le travail en à peine 1’20. Ça a bien bataillé debout au corps-à-corps avant qu’elle ne fasse tomber son adversaire sur le dos.

Déjà demi-finaliste l’an dernier mais passée à côté de son sujet (au point de finir 7e), Malonga avait l’occasion de montrer qu’elle a tiré les leçons de cet échec.

La demi-finale s’annonçait particulièrement difficile. Tête de série n°1, la Brésilienne Mayra Aguiar a réalisé un carnage lors de la session du matin. Néanmoins, n°4 au classement mondial, la Française pouvait gagner, elle avait d’ailleurs déjà battu cette fille. D’entrée, l’intensité a été dingue avec une succession folle de tentatives d’attaques dont aucune n’a pu être réellement lancée tant les 2 combattantes étaient solides physiquement. La Brésilienne a alors commencé à installer un faux rythme entrecoupé par des techniques lancée à pleine puissance pour prendre l’initiative dans l’esprit des arbitres. Aguiar a néanmoins été sanctionnée pour avoir plus cherché à bloquer son adversaire qu’autre chose. Un super contre sur un tai-otochi de la Brésilienne de la fin a abrégé ce duel (à 1’15 de la fin du chrono). Malonga a même enchaîné en immobilisation, pensant n’avoir marqué que waza-ari.

Qui en finale ? La Japonaise, championne du monde en titre de surcroît…

Shori Hamada, 3e mondiale, se présentait avec un bilan négatif face à la Française (1 victoire pour 2 défaites), néanmoins, plus expérimentée, championne en titre et à domicile, elle partait a priori favorite. Beaucoup plus petite, la Nippone a été séquestrée d’entrée par Malonga… sanctionnée pour une saisir illicite. Hamada ne faisait que subir à la garde, d’où la pénalité logique. La Française a continué à mettre la pression, sa première grosse attaque lui a permis de marquer waza-ari… mais ça l’a exposé à une tentative de clé de coude. Il lui a fallu s’arracher au sol pour empêcher la Nippone lui déplier le bras. De nouveau à l’initiative, plus puissante, elle a encore fait souffrir la Japonaise. Se sentant obligée d’attaquer, Hamada a été détruite par la supériorité physique de son adversaire. Ce contre en o-soto-gari a complètement plié la Nippone en arrière (à genoux… mais sur le dos). Magnifique. Cette image caractérise de façon parfaite la domination de Malonga.

Avec ce titre, le billet pour les JO de Tokyo est presque composté malgré la concurrence française dans cette catégorie. Le résultat en lui-même pourrait être déterminant, la manière le sera sans doute autant. Elle a éclaté ses adversaires en faisant preuve toute la journée d’un très haut niveau de précision, d’efficacité, de capacité d’adaptation et de concentration, d’une volonté à toutes épreuves… qui s’ajoutent à des qualités physiques naturelles impressionnantes. Elle a bossé très dur, a su rectifier ce qui lui avait coûté si cher l’an dernier lors de ses premiers ChM (elle a longtemps été barrée dans la catégorie par Audrey Tcheuméo, il lui a fallu gagner sa place). La dynamique de l’équipe de France féminine ne pouvait que faire du bien en lui évitant de subir trop de stress et lui montrant la voie. Ce titre est une récompense d’années de sacrifices, de travail, elle a connu les blessures, la concurrence (qui crée de l’émulation et tire les filles vers le haut), le chemin a été tortueux jusqu’à ce premier tire obtenu à 25 ans… qui en appelle d’autres.

Le bilan français est exceptionnel. A fortiori au Japon. Les Bleues ont 3 championnes du monde en -63kg, -70kg et -78kg, toutes avec la manière, 2 contre des Japonaises en finale… comme à Paris en 2011 où Emane, Décosse et Tcheuméo avait triomphé (les finales face aux Nippone dans les mêmes catégories). Le Japon n’a qu’un titre chez les femmes et 3 en tout. Pour que le pays hôte reprenne la tête du classement des médailles chez les femmes, il faudra que Sarah Asahina – ou éventuellement l’autre Japonaise – soit titrée en +78kg (c’est assez probable).

Pour info, le Kosovo a ajouté une 3e médaille à son bilan avec la victoire de la jeune Loriana Kuka en petite finale contre la Slovène Apotekar. Mayra Aguiar a remporter l’autre médaille de bronze en découpant une Portugaise.

Retour aux -100kg. La demi-finale entre Cho Guham et Niyaz Ilyasov a duré 100 ans. Le Sud-Coréen en avait marre, il attaquait encore et encore mais le Russe ne prenait jamais la 3e pénalité alors qu’il ne cherchait même pas à faire tomber. Après 5’41 de prolongation, Cho a été sanctionné pour sortie de tapis. Une honte. Qu’a fait Ilyasov pour mériter cette victoire ?

En finale, le Russe a affronté le Portugais Jorge Fonseca, auteur d’une grande journée en sortant notamment le Japonais Aaron Wolf, finalement médaillé de bronze, tout comme le Néerlandais Michael Korrel, venu à bout de Liparteliani puis de Cho. (Les 2 petites finales ont été remportées par les repêchés.)

Impressionnant pendant toute la journée, Fonseca a réussi un mouvement d’épaule pour mener après 1’ de combat. Il a mangé le Russe en lui faisant subir une kyrielle d’attaques… mais s’est bien calmé après avoir évité la catastrophe en se faisant contrer à 1’ de la fin. Par la suite, il a cherché à gérer, ce qu’il a fait en flirtant avec la limite.

Ce premier titre de champion du monde pour un Portugais (le Portugal a décroché des titres chez les femmes) était totalement inattendu. Fonseca n’avait pour ainsi dire jamais rien gagné de sa vie. Hormis une 3e place au Grand Prix de Zagreb il y a 1 mois et une au GS d’Osaka en novembre, il ne comptait aucun résultat probant cette saison (4 fois 5e mais 5 fois sorti avant les quarts). Sa 12e compétition depuis une 7e place aux ChM 2018 lui aura permis de réussir l’impensable. Un titre fêté par une petite danse.

Des titres pour la France et le Portugal, de l’argent pour le Japon et la Russie, du bronze pour le Japon, les Pays-Bas, le Brésil et le Kosovo. La répartition des médailles lors de cette journée reflète plutôt bien celles des forces dans le monde du judo même si ça manque d’Europe et d’Asie centrales. Le point commun de ces 7 pays ? Ils font partie des 10 ayant décroché plusieurs médailles lors de ces ChM. Le Canada, la Géorgie et l’Azerbaïdjan sont les seuls membres du club à avoir manqué le podium aujourd’hui.

Alors oui, le Japon en est à 12 médailles, mais seulement 3 titres pour 5 médailles d’argent (5 finales perdues face à des étrangers). A domicile, la pression semble étrangement difficile à supporter… Les combattants du pays hôte sauront-ils rectifier le tir l’an prochain lors de leurs Jeux Olympiques où subiront-ils de façon encore plus criante ?