En pratique, que se passe-t-il ? Au lieu d’assister à une ouverture de l’épreuve par équipes avec de plus en plus de nations capables d’y engager leurs combattants, on observe l’inverse : 21 équipes participaient il y a 2 ans, 19 en 2018, mais cette année… seulement 15. Dont une représentant l’IJF (des réfugiés regroupés sous la bannière de la fédération internationale). Le Japon était directement qualifié pour les quarts. En 2 ans, on a perdu le tiers des nations ayant participé à la première édition.

Pour comprendre, j’ai observé la liste des engagés par pays pour les tournois individuels (on peut utiliser par équipe des judokas venus spécialement pour cette épreuve).

Il manque manifestement un lourd (ou +90kg) à la Belgique (Nikiforov est blessé), à la Thaïlande et à la Grande-Bretagne pour bricoler une équipe complète. Le même écueil touche la Slovénie concernant les -90kg (il faudrait aussi faire monter Stangar et Trstenjak d’une caté chacune). Le Canada n’a pas de fille au-dessus des -63kg. Pour la Hongrie et la Serbie l’absence d’une -70kg pose problème. Hong-Kong n’existe que dans les petites catégories chez les hommes comme les femmes. L’Italie, le Mexique, l’Espagne et le Maroc ont le même souci. La Géorgie n’a emmené qu’une fille. Malgré un nombre de représentants relativement important, la Turquie n’a personne de plus de 90kg et dans la fourchette 52 à 78kg. L’Ukraine souffre sensiblement des mêmes manques.

En principe, l’Inde avait tout pour former une équipe, ils ont pris 3 filles correspondant aux catégories de l’épreuve collective. Israël et les Philippines pouvaient sans souci former une équipe, la Pologne également (en mettant un -81kg en -90). Les Etats-Unis ont emmené du monde dans toutes les catégories (sans qualifier le moindre combattant pour un bloc final… un exploit !). Si certains de ces pays sont trop faibles, l’IJF aurait pu faire le nécessaire pour avoir au moins 16 équipes et éviter la situation trop favorable du Japon. Notons d’ailleurs que Cuba se débrouille malgré un effectif très court (aucune fille en-dessous des -63kg) et se présente à 5. D’autres nations auraient pu faire de même pour nous offrir un tableau plus garni et encourager ce développement.

Bref. Venons-en au tournoi.

Le tableau de l’équipe de France semblait assez idéal : Autriche au premier tour, Cuba ou le Kazakhstan en quart, puis probablement la Russie en demie et le Japon en final. Une véritable montée en gamme progressive.

L’Autriche n’est pas un adversaire facile, elle a quelques bons éléments. Néanmoins, l’équipe de France a fière allure.

Marie-Eve Gahié, nouvelle championne des -70kg, affrontait Michaela Polleres, 5e (battue en quart par Margot Pinot). L’Autrichienne se montrait dangereuse en contre, elle a profité d’une erreur grossière de la Française pour l’immobiliser (elle s’est mise elle-même sur le dos sur une technique de sacrifice manquée), puis une autre (action de bras). 1-0 pour l’Autriche. Ce n’était pas prévu, mais Gahié n’avait pas de jus, elle n’a pas récupéré de sa grosse journée individuelle.

Axel Clerget, médaillé de bronze en -90kg, devait égaliser en battant Johannes Pacher. Non sans mal. Mené 2 pénalités à 1 juste avant le golden score, il ne trouvait pas la solution, y compris au sol. Une interruption pour saignement a permis aux 2 hommes de souffler. Le Français a accéléré dès la reprise contre cet adversaire désormais bandé à la tête, lui a fait prendre son 2e shido, l’a fait voler sur un yoko-tomoe-nage encore prolongé au sol, toujours sans succès. Une nouvelle place de récupération à cause du saignement lui a permis de retourner au charbon mais Pacher aussi en a profité pour retrouver son souffle, assez pour envoyer sa première attaque depuis des lustres. Clerget a alors été pénalisé sans qu’on sache pourquoi. Improbable. L’arbitre a juste dit hansokumake, sans aucune indication. Il s’agirait d’un shido pour ne pas avoir bien remis sa veste. Si c’est ça, c’est plus que ridicule, les arbitres n’ont aucun respect pour les judokas. 2-0 pour l’Autriche.

Heureusement, Madeleine Malonga, notre nouvelle championne du monde des -78kg, a relancé l’équipe en l’espace de 31 secondes en battant Bernadette Graf (qui est aussi une -78kg). 2-1 pour l’Autriche. Il s'agissait du duel des +70kg.

Pour les +90kg, Cyrille Maret, -100kg qui a régulièrement combattu au-dessus pour s’éviter des régimes (il y a notamment remporté un Grand Slam à Abu Dhabi), affrontait un bon poids lourd, Stephan Hegyi. Pénalisé le premier, le Français a pris un 2e shido pointilleux. L’Autrichien ne faisait pas grand-chose, il ne lançait jamais ses action. Prolongation. Un contre a délivré Maret après 36 secondes de golden score la première fois où l’Autrichien a un peu poussé son attaque. 2-2 ! Une très grosse victoire.

Sarah-Léonie Cysique, 5e en -57kg en ayant réussi une super journée, retrouvait Sabrina Filzmoser, son adversaire au 1er tour. Très expérimentée mais aussi très âgée pour le sport de haut niveau, l’Autrichienne, beaucoup plus grande, a volé en éclat au bout d’une minute. Enchaînement au sol, immobilisation, Ippon en 1’11. Propre ! 3-2 pour la France.

Restait les -73kg. Guillaume Chaîne devait finir le travail face à Lukas Reiter. Il a concassé son adversaire à la garde, le faisant rapidement pénaliser 2 fois. Laissant ensuite trop l’initiative à son adversaire, le Français s’est retrouvé mené à 1’30 de la fin en subissant un mouvement d’épaule. Il lui fallait remettre la pression pour, au pire, provoquer la 3e pénalité. Un magnifique o-uchi-gari a sauvé la patrie en permettant de revenir à 1 waza-ari partout à 45 secondes de la fin. Il lui a remis sensiblement le même un peu plus tard, Reiter ayant toutefois pu se retourner in extremis. L’Autrichien a attaqué en début de golden score avant que le Français ne se mette en danger en tentant encore sa technique. Il aurait pu être contré. Reiter lançait de fausses attaques pour s’échapper, il aurait mérité la 3e pénalité, mais Chaîne a eu droit à la sienne pour une saisie illicite. Profitant d’un nouveau mouvement d’épaule pourri de l’Autrichien, le Français a mis fin au combat en plaçant un contre opportun. Pendant ces 6 minutes, il a dépensé beaucoup d’énergie.

4-2 pour la France. Ce premier tour beaucoup plus difficile que prévu a déjà tapé dans les réserves d’énergie.

Cuba, c’est fort, mais incomplet. Faute de -57kg, cette équipe débutait avec un déficit d’un point. La France menait donc déjà 1-0. Un avantage relatif dans la mesure où, avec cette catégorie est un point fort des Bleus.

On débutait cette fois par les -90kg : Felipe Silva Morales contre Clerget. Comme d’habitude il a fallu un peu de temps au Français pour entrer dans son combat, il a été pénalisé. C’était très physique, Clerget a encore reçu un shido à 20 secondes de la fin, on a encore dû en passer par le golden score (au début duquel le Cubain a pris un doigt dans l’œil). Une grosse séquence de contre et re-contre a fait tomber le Français. La vidéo a permis de valoriser l’impact… en faveur de Silva Morales. 1-1.

Anne-Fatoumata M’Bairo devait relever le défi Idalys Ortiz, encore médaillée d’argent chez les lourdes mais cramée en fin de journée (elle a été préservée au 1er tour). Il y avait peut-être une ouverture. La Française, qui avait à cœur de se rattraper après son élimination expresse dans l’épreuve individuelle, a osé attaquer mais la légende vivante cubaine a logiquement pris le dessus en la faisant tomber 2 fois en moins de 2 minutes. 2-1 pour Cuba.

Andy Granda est un lourd, Maret un -100kg, le challenge s’annonçait encore difficile pour le Français, même si visuellement, ils ont sensiblement le même gabarit. Pendant un long moment, ça s’est résumé à de la saisie et quelques recherches de réactions. Le Cubain ne tentant rien, les pénalités sont montées à son encontre. Granda lançait parfois la jambe sans lancer d’action réelle, il ne s’engageait pas, cherchant le contre. Encore une prolongation. Toujours à l’initiative, le Français a vu son adversaire se mettre soudain à accélérer jusqu’à le contrer. Waza-ari, fin du combat, grosse frustration, 3-1 pour Cuba.

L’équipe de France n’avait plus de droit à l’erreur et avait même besoin de chance au tirage. Chaîne devait impérativement battre Magdiel Estrada pour prendre le point des -73kg. La Français a subi des mouvements d’épaule mais, très opportuniste, a su étranger son adversaire avec la veste pour l’obliger à taper. 3-2 pour Cuba.

Margot Pinot, médaillée de bronze en -70kg, prenait la relève de Gahié. Là aussi, victoire impérative. Ce n’était pas fait d’avance face à la grande Onix Cortes Aldama, ancienne médaillée mondiale (en 2014). Il y avait grand danger, notamment en contre. Le décalage des pénalités s’est produit à une quarantaine de secondes de la fin grâce à l’activité de la Française. Le shido suivant éliminait la Cubaine. Pinot a donc continué à attaquer, sans pouvoir conclure avant le golden score. Dos au mur, Cortes Aldama a réagi, mettant enfin du rythme, de l’intensité et de l’engagement. La Française devait reprendre l’initiative. Elle a failli se faire contrer. 4 attaques consécutives, la 4e contrée (ça a encore failli mal se passer)… Toujours pas de dernier shido. Encore une… Puis un yoko-tomoe-nage pour changer. La pénalité a fini par tomber après plus de 3 minutes de prolongation. 3-3 !

Dans les combats réellement disputés, Cuba a gagné 3-2, il ne fallait pas que le tirage au sort désigne les +78kg, on n’avait pas non plus très envie que Clerget ou Maret soit contraint de se présenter pour un golden score décisif… A vrai dire, une seule catégorie offrait une réelle assurance de qualification à la France. Celle où Cuba ne disposait d’aucun combattant. C’est alors que le tirage au sort électronique a désigné… les -57kg ! Incroyable ! Cysique a gagné faute d’adversaire. Un coup de chance hallucinant ! L’équipe de France est revenue de l’enfer, elle était au bord du précipice, aurait pu se faire sortir par manque de chance, elle s’est qualifiée sur un coup de bol (non sans mérite).

L’équipe de France s’est donc qualifiée pour les demi-finales où, comme prévu, elle a retrouvé une très dangereuse équipe de Russie qui, notons-le tout de même, n’a engagé ni -90kg, ni -70kg, ni +78kg lors des épreuves individuelles. Elle a recours à des remplaçants et des combattants moins forts, misant beaucoup sur la fraicheur physique dont ne jouissaient pas des Français souvent épuisés par leur premier parcours du combattant de la semaine.

Chez les lourdes, le staff a opté pour Madeleine Malonga, championne du monde des -78kg. Un pari contre une +78kg. Malheureusement la très grande Ksenia Chibisova, qui n’a pas combattu samedi, a surpris la Française assez rapidement sur un ko-uchi-gari suivi au sol. 1-0 pour la Russie.

Maret devait s’y coller face à Inal Tasoev, encore un vrai poids lourd, pas immense mais nettement plus lourd que lui. La clé était la mobilité, le Français a donc cherché à le déplacer, à être le premier à l’attaque quand il le pouvait, seulement ça n’a pas suffi. Ippon en 1’40 sur un mouvement de hanche, 2-0 pour la Russie.

Déjà dans le dur, l’équipe de France comptait sur Cysique contre Daria Mezhetskaia, la championne d’Europe en titre, qui a fait forte impression chez les -57kg en échouant toutefois à la 5e place, tout comme la nouvelle pépite des Bleus. D’entrée, on a assisté à un duel d’une intensité folle. Un seoi-nage debout puis un maki-komi somptueux ont fait voler la Russe, explosée. 2-1 pour la Russie.

Opposé à Evgenii Prokopchuk, qui n’était pas du tournoi individuel (la Russie avait engagé 2 autres concurrents en -73kg), Chaîne s’est plusieurs fois fait peur dans des actions au corps à corps. Il a pourtant insisté jusqu’à ipponiser violemment le Russe (o-uchi-gari au terme d’une longue séquence d’arrachage mutuel). Une folie ! Quelle puissance développée par les deux hommes ! 2-2 !

Gahié a fait son retour contre Madina Taimazova, elle aussi engagée seulement par équipes. Décidée à faire oublier son gros raté contre l’Autriche, la Française a mis la pression. Contrée après moins d’1’30, elle a finalement été récompensée d’un waza-ari grâce à la vidéo car elle avait repris le contrôle de l’action en remettant le pied en opposition (un petit ko-uchi-gari très opportun). Elle a ensuite finit le travail au sol sur immobilisation suite à une attaque russe, illustrant une énième fois ses progrès gigantesques au ne-waza. 3-2 pour la France.

Clerget a mené d’un waza-ari dès la première action (un ura-nage) après quoi ? 11 secondes ? Mikhail Igolnikov, aussi engagé uniquement par équipes, a ensuite cru avoir pris le dessus sur un contre, la vidéo lui a donné tort. Heureusement, il n’y avait pas d’action. S’il a voulu rester le premier à l’attaque, Clerget a commis des erreurs, il s’est ainsi fait contrer après moins d’1’30. Un waza-ari partout. Aucun droit à l’erreur, toute marque allait mettre fin au combat. Néanmoins, il a remis le couvert. Le Russe, pris en étrangement, a refusé de taper, il a défendu on ne sait comment pour s’en sortir. Il semblait néanmoins dans le vague. Probablement aurait-il fallu insister immédiatement pour en profiter. Sans doute lui aussi marqué physiquement, Clerget a temporisé comme son adversaire. Raison pour laquelle les pénalités sont tombées des 2 côtés. Le Français en avait 2. Victime d’un contre mais heureusement tombé sur les fesses, le Français a continué à prendre des risques. C’est alors que les arbitres, toujours aussi ridicules, ont décidé de le sanctionner pour une fausse attaque. Son yoko-tomoe-nage manquait un peu de contrôle pour emmener son partenaire, il ne méritait pas pour autant d’être qualifié de fausse attaque, a fortiori après un gros uchi-mata tenté juste avant. Le Russe ne faisait rien, si ce n’est gagner du temps en prenant à chaque fois des lustres pour se rhabiller (jamais sanctionné, lui). Encore un arbitrage ridicule contre Clerget, sorte de victime rituelle récurrente. Il se fait fourrer à chaque fois.

3-3, nouveau tirage au sort, cette fois on allait avoir un combat… Il ne fallait surtout pas que ça se joue chez les plus lourds… Résultat… Les -70kg ! Gahié y retournait. En principe, ça devait passer. On débutait directement au golden score. La Russe ne semblait dangereuse qu’en contre. Taimazova a subi plusieurs attaques puis une séquence au sol, pourtant c’est contre la Française qu’est tombée la première pénalité car en effectuant son ne-waza elle a tenu la manche de façon illicite. Un ura-nage de la Russe a fait subir des palpitations à tous les membres du clan français. Gahié a continué à mettre la pression, elle a profité d’une attaque moisie de son adversaire pour tenter l’étrangement… puis a fini après 2’32 en marquant waza-ari sur un maki-komi. 4-3 pour la France !

L’équipe de France a dû batailler tour après tour, il a toujours fallu s’arracher, revenir de situations particulièrement compliquées, parfois presque désespérées, Clerget s’est fait escroquer 2 fois par les arbitres – c’est sa vie – mais cette difficulté permanente ne rend-elle pas encore plus belle cette qualification pour la finale ? Ce parcours tortueux est révélateur de la solidarité qui règne au sein de cette équipe, de cet engagement total pour le collectif. Ils prennent tous ça très à cœur.

Le Japon a choisi d’inscrire pas mal de concurrents n’ayant pas disputé les épreuves individuelles, sans doute de façon à pouvoir tester ou donner leur chance à des candidats à la sélection olympique alternatifs… tout en ayant une équipe plus fraîche. Débuter en quart de finale était un avantage, mais débuter contre la Corée du Sud, ça relativise l’avantage. Mais sachant qu’il s’agit du Japon au Japon, ça relativise la relativisation de cet avantage. Me fais-je bien comprendre ? 4-0… Puis en demi-finale, 4-0 contre le Brésil.

Comme l’an dernier, la France rencontrait donc le Japon en finale. Peut-être aussi comme l’an prochain… Aux JO, la donne sera très différente, en principe il n’y aura pas de remplaçant et si vous avez un souci avec votre représentant en -57kg, -70kg, -73kg, -90kg ou chez les lourds, vous n’aurez pas le choix, il faudra faire faire monter le représentant d’une autre catégorie. En principe, avec un Teddy Riner chez les lourds, vous partez avec un point d’avance (même s’il est fatigué après la journée de la veille).

Pour cette finale, l’équipe de France a misé sur ses championnes du monde, Malonga en +70kg, Gahié en -70kg, et toujours les mêmes dans les autres catégories, à savoir Maret en +90kg, Clerget en -90kg, Chaîne en -73kg et Cysique en -57kg. Le Japon n’a pas voulu prendre de risque en alignant la meilleure équipe possible hormis chez les lourds (pour avoir de la fraîcheur). Sur les 6, 4 postaient un dossard rouge signifiant qu’ils se présentaient à Tokyo en tant que tenant du titre (du tournoi individuel… mais ils l’étaient aussi par équipes).

On a commencé par les plus lourds, Maret contre Kokoro Kageura, n°2 nippon chez les poids lourds. Plus grand et nettement plus léger, Maret s’est montré le plus actif en début de combat, envoyant les premières attaques. Le Japonais ne tentait rien, d’où un premier shido après 2 minutes. Kageura s’est réveillé, a commencé à s’activer, à lancer des mouvements d’épaule. Etrangement, cet arbitre finlandais que je déteste – c’est pas très judo de dire ça, toutes mes excuses, on ne se refait pas, je déteste l’injustice – a mis beaucoup moins de temps à pénaliser le Français pour non-combativité… Le Japonais prenait clairement l’avantage en étant beaucoup plus à l’initiative. Un yoko-tomoe-nage de Maret a remis les compteurs à zéro avant le golden score. Les mouvements d’épaules de Kageura faisaient vraiment peur. Moins que l’arbitre, qui a pénalisé le Français pour une pseudo fausse attaque qui l’obligeait à prendre beaucoup plus de risques. Il a alors essayé d’accélérer mais s’est exposé, offrant au Nippon ont opportunité, celle de lui infliger un gros balayage dévastateur. 1-0 pour le Japon. Maret a été vaillant, résistant, il n’a rien à se reprocher.

Cysique, épatante depuis le début de la journée, retrouvait Tsukasa Yoshida, médaillée d’argent, d’or puis de nouveau d’argent en -57kg en 2017, 2018 et 2019. Pas une spectatrice tirée au sort dans le public… Elle lui a mis un Ippon MAGIQUE en 24 secondes. Première action, une précision absolue, elle avait même enchaîné sur la clé au cas où son o-soto-gari ne suffirait pas. Cette gamine de 21 ans est extraordinaire. C’est bon, tu reviens l’année prochaine. Il s’agit du premier point perdu par le Japon lors de cette journée. Egalisation à 1-1.

En -73kg, Chaîne devait réaliser un exploit improbable contre Shohei Ono, le monstre absolu de la catégorie (meilleur judoka du monde de moins de 130 kilos^^), champion du monde et olympique en titre. Ça a duré 30 secondes, 2 attaques (un uchi-mata puis un yoko-tomoe-nage), 2 fois waza-ari. 2-1 pour le Japon. Chaîne avait remporté ses 3 premiers combats mais la marche était trop haute cette fois.

Dans la catégorie suivante, les -70kg, le nom en rouge n’était pas encore inscrit sur le dos du français. Il le sera prochainement. Championne du monde cette semaine, Gahié affrontait Chizuru Arai, titrée l’an dernier… contre elle. La Français a commencé à torturer son adversaire à la garde mais cette dernière prenait malgré tout l’initiative des attaques. Après avoir commencé à lancer ses actions, la Française a envoyé un gros contre regardé à la vidéo… Rien. Officiellement du moins. J’aimerais qu’on m’explique. Certes, le coude de la Nipponne a touché le tapis en premier, mais en étant grand ouvert et non en-dessous d’elle en protection, ceci avant de rouler sur le ventre. Prenez une combattante de n’importe quel autre pays dans n’importe quelles autres circonstances, cette sorte de ura-nage était valorisée waza-ari. On ne parviendra pas à me convaincre du contraire. Les combattants japonais ont bénéficié d’un arbitrage très favorable pendant cette semaine. En menant à 1’35 de la fin et sans pénalité au compteur, Gahié aurait eu une grosse chance de gagner en gérant. Pas sûr qu’elle aurait gagné, néanmoins elle aurait pu limiter sa prise de risques comme cette action pas assez contrôlée ayant causé sa perte au terme d’une incroyable passe d’armes au sol. Arai a voulu travailler au ne-waza, la nouvelle championne du monde a pu se retourner pour se mettre sur elle et peut-être même chercher l’immobilisation, mais la Nipponne a pu encore renverser la situation et faire lâcher son pied pour valiser l’immobilisation dans un 3e temps. On est passé très près de l’égalisation à 2-2, le score est monté à 3-1 pour le Japon. Si les carottes n’étaient pas cuites, elles ne croquaient déjà plus vraiment sous la dent…

Plus le moindre doit à l’erreur. Clerget, battu 3 fois sur 3 dont 2 en se faisant voler par les arbitres, se devait de battre Sanshiro Murao, grand espoir de 19 ans. C’était tendu, ça n’attaquait pas avant les tentatives de yoko-tomoe-nage du Français, lequel a bien défendu sur un gros uchi-mata. A peu près la seule attaque du Nippon en 4’30. Comment Clerget a-t-il pu être pénalisé pour non-combativité alors qu’il venait de lancer un mouvement ? Il a même eu droit à un autre shido pour sortie de tapis – une erreur bête – à 10 secondes de la prolongation. Arbitrage lamentable. On a encore vu de l’action avant un sauvetage miraculeux de Clerget au bout d’1’30 de temps additionnel. Un saignement a interrompu le combat pendant un bon moment. De quoi récupérer. Le Français a envoyé du pâté dès la reprise, tentant de suivre au sol. Une défense irrégulière de Murao a provoqué la 2e sanction à son encontre. Clerget multipliait les yoko-tomoe-nage pour avoir l’avantage, il a aussi réalisé un super contre après 3’30 de prolongation, les arbitres n’ont pas vu de marque. Ce combat était fou, le Japonais a remis une grosse attaque, contraignant Clerget a défendre héroïquement avant d’enchaîner un nouveau yoko-tomoe-nage suivi en clé de bras. Ce duel semblait ne pas vouloir trouver d’issue. Elle aurait dû en connaître une au sol sur un fantastique travail au sol du Français. Pourquoi l’immobilisation n’a-t-elle jamais été déclenchée ? Le contrôle en triangle était parfait. Le Nippon a même tapé – une seule fois – la jambe de Clerget avec la main juste avant le «matte» de l’arbitre, totalement INCAPABLE d’annoncer l’immobilisation. Pourtant, il y avait la totale, un mélange de séquestration et d’étouffement, Murao ne pouvait absolument pas bouger. La vidéo a été demandée… et, miracle, la table a tranché en faveur de Clerget, lui accordant le Ippon. Elle a habituellement pour principe de toujours la lui mettre bien profondément, n’hésitant pas à réinventer les règles du judo comme l’an dernier aux ChM (quand il aurait dû être titré sans un scandale en demi-finale). Quelle victoire après 9’54 acharnés ! L’intensité et la dramaturgie de ce combat ont atteint un niveau absurde. De mon point de vue, Clerget est un héros.

3-2 pour le Japon… Chez les Nippons, on ne respirait plus la sérénité.

Le duel entre Shori Hamada et Madeleine Malonga pour la victoire ou l’égalisation à 3-3 revêtait un caractère particulièrement savoureux. Un duel entre les 2 dernières championnes du monde des -78kg… et revanche de la finale individuelle. Beaucoup plus grande, Malonga dominait physiquement. Hamada s’est effondrée, shido. Malheureusement la Japonaise a ensuite pris le dessus au sol en réussissant un gros travail au ne-waza pour immobiliser la Française, clairement usée par la compétition individuelle et les 2 autres combats de sa journée.

4-2 pour le Japon, c’est mieux que 4-1 l’an dernier, et avec Teddy Riner, ça aurait pu faire 3-3… Il n’y a pas du tout de honte à avoir, bien au contraire, ça donne beaucoup d’espoir, même si aux JO l’arbitrage risque encore d’être aussi pitoyable que lors de cette finale. Si Romane Dicko (+78kg) fait – enfin – son retour à son meilleur niveau après une longue absence pour blessure, si Teddy Riner est au taquet, compte tenu de la progression de Sarah-Léonie Cysique, de force de Marie-Eve Gahié, du format de la compétition olympique (les Japonais auront une très grosse pression et ne pourront pas faire tourner, ils seront aussi entamés physiquement que les autres), il y aura un véritable coup à jouer pour la gagne. Surtout que psychologiquement, les locaux n’ont pas montré une solidité folle, bien au contraire. On a assisté à pas mal de craquages, ils ont perdu beaucoup de finale, nettement plus de combats que lors des ChM 2018 loin de chez eux…

Pour info, la Russie (contre l’Azerbaïdjan) et le Brésil (contre la Mongolie) ont remporté les petites finales pour compléter le podium.

J’ai fait un condensé en une heure du parcours de l’équipe de France avec toutes les marques, tous les moments forts, ceci afin de rendre compte au mieux du scénario de chaque rencontre (collective) et de chaque duel (individuel).