La surprise principale restera la victoire 3-1 de l’OL contre Manchester City. Bien préparé physiquement grâce à une reprise le 8 juin (contre le 22 pour le PSG), Lyon a utilisé les mêmes recettes que pour faire 0-0 en finale de CdL contre le PSG et pour résister à Turin en 8e de finale retour (défaite 2-1 mais qualification grâce à la victoire 1-0 à l’aller 5 mois auparavant) : solidarité, discipline, engagement. Ils y ont ajouté une belle dose d’opportunisme et de réussite pour reprendre l’avantage sur un but que beaucoup d’arbitres auraient refusé, éviter l’égalisation grâce à un raté hallucinant de Sterling et porter le coup de grâce juste après en tirant profit d’une erreur d’Ederson, gardien passé à côté de sa rencontre à l’image de Guardiola. Ce dernier a fait une Laurent Blanc : il n’avait jamais utilisé ou même travaillé la défense à 3 cette saison, il a décidé de le faire en quart de finale de LdC. Pourquoi s’adapter au jeu de l’OL quand tu es Manchester City, que ton effectif est pléthorique et bourré de qualités ? Coutumier de ces genre d’inventions tactiques farfelues, il a mis des joueurs fantastiques sur le banc, des joueurs fantastiques sur le terrain mais dans des rôles inhabituels où ils étaient perdus, en particulier De Bruyne, et a attendu une heure pour enfin changer quelque chose. Lors d’un match de 90 minutes, on ne peut se permettre d’attendre une heure pour essayer de mettre à profit sa supériorité sans se mettre en grand danger. Le PSG aussi a failli le payer.



Atalanta-PSG… Quel "drôle" de match… Il s’agissait du premier du Final 8 de cette Ligue des Champions si particulière : dates très inhabituelles, format inédit, stades vides, quarts et demi-finales disputés en un match et non en aller-retour, effectifs amputés de joueurs importants, clubs pas tous logés à la même enseigne concernant la préparation (les Français ont été privés de fin de championnat, les Allemands ont terminé le leur fin juin, les Italiens, Espagnols et Anglais ont dû enchaîner tout le mois de juillet à un rythme effréné). C’est à la fois très bizarre et très excitant.

De façon plus ou moins surprenante, on a assisté à une première rencontre absolument lunaire dans son déroulement et sa conclusion. Le jour où il fêtait très officiellement ses 50 ans, le PSG a frôlé une élimination aussi humiliante que honteuse, il s’en est tiré avec une 2nde qualification pour le dernier carré de la Ligue des Champions… 25 ans après la première (il s’agira de sa 6e demi-finale européenne en comptant la C2 et la C3). Le miracle de Lisbonne. Au Stade de la Luz, la lumière est venue de… Choupo-Moting. Non, en réalité, elle est venue d’Mbappé, c’est juste plus fou en mettant Choupo en avant.

Ce match improbable peut être analysé de 3 manières différentes. En s’intéressant uniquement…
Choupo_rit__Bergame_tombe.jpg -Au résultat. Là c’est pouet-pouet, on sort les confettis et la langue de belle-mère, les feux d’artifice, on fait la fête, on chante «on est en demie, on est en demie, on est, on est, on est en demie», on trolle les Sardines sur les réseaux sociaux parce qu’elles ont cru encore pouvoir se satisfaire d’une élimination du PSG… mais on se voile la face et on se ment.
-Au scénario. Là, on comprend un peu plus de choses, notamment les dynamiques et les grossières erreurs de Thomas Tuchel, car cette rencontre se divise en réalité en 3 parties, à savoir avant l’entrée d’Mbappé (Neymar au milieu du néant), de l’entrée d’Mbappé à la 89e minutes (avec une enchaînement de sentiments, de l’espoir, de la frustration, des regrets, la fascination devant la poisse surnaturelle de ce club, l’envie d’accrocher Tuchel sur l’antenne de la Tour Eiffel un jour d’orage ou de lui organiser un stage de parachutisme en très haute altitude sans oxygène ni… parachute, la résignation, l’impression de déjà-vu, la honte de voir entrer successivement Draxler, Paredes, Rico et Choupo-Moting, 4 joueurs qui n’ont absolument pas le niveau du PSG, etc.), et, 3e temps, après la 89e minute, le miracle (avec surtout du soulagement, de l’euphorie…).
-Au contenu. Là, c’est plus que flippant, c’est limite scandaleux. Non, pas seulement "limite". C’est cool, on a de très grandes chances de se qualifier pour la finale de la Ligue des Champions. Seulement, cette saison, à quel moment aura-t-on pris du plaisir en regardant jouer le PSG ? Contre Dortmund au retour dans des circonstances particulières parce que les joueurs ont fait parler l’orgueil, pas en raison de la qualité du jeu. C’est à peu près tout. Allez, je vous accorde PSG-Real, même si en face les mecs marchaient. Les autres fois, on a pris du plaisir en regardant Mbappé et Neymar jouer, pas en regardant jouer le PSG. Parce que le jeu du PSG, collectivement, c’est le néant. Tuchel n’a RIEN mis en place de cohérent. Ou plutôt il a laissé la nature reprendre ses droits depuis janvier 2019 faute d’être capable de garder le contrôle. Il ne se passe rien. Tactiquement, c’est un cirque insensé, la désorganisation permanence, les joueurs ne sont pas utilisés à leur poste, Icardi se voir attribuer un rôle d’attaquant de côté, presque d’ailier, il se fait tailler de partout alors que le pauvre s’escrime à faire ce qu’un entraîneur manifestement alcoolisé – j’aimerais qu’il s’agisse de l’explication de ces choix et consignes hallucinants – est incapable de l’utiliser correctement. Tuchel a refait comme à Dortmund, il s’en est encore sorti en bon usurpateur. Son mérite se limite à avoir pu récupérer Mbappé grâce au travail du service médical, pour le coup incroyablement performant… et à avoir eu une chatte plus gigantesque que l’Australie. A 2’ près, c’était la prolongation, le PSG aurait certainement pu se qualifier… après 30’ de jeu supplémentaires épuisantes et de grandes chances de perdre au moins un autre joueur sur blessure musculaire en raison de la fatigue accumulée… ceci pour n’avoir pas compris la nécessité de titulariser Mbappé pour détruire l’Atalanta en première période afin de gérer par la suite. Je vais détailler tout ça, analyse tactiquement la rencontre après avoir passé un long moment à la décortiquer.



Je tiens à commencer par une petite remarque : il n’y a eu aucun problème d’arbitrage lors de ce premier quart de finale – ni d’ailleurs lors du 2e, celui opposant l’Atlético de Madrid au RB Leipzig, même si certains vous dirons qu’il aurait dû y avoir péno pour les Espagnols en première période, perso je ne le donne pas, et on l’a vite oublié, R.A.S lors du 8-2, la seule polémique concerne le 2e but de l’OL – arbitré par l’Anglais M. Taylor qui avait déjà officié cette saison lors de PSG-Real (3-0) et lors de PSG-Dortmund (2-0). Il a donc arbitré le PSG lors de 2 matchs consécutifs à élimination directe… à 5 mois d’écart. Du jamais vu. Concernant sa prestation de mercredi soir, on pourrait juste lui reprocher un peu de laxisme concernant des fautes d’antijeu bergamasques car les Italiens accrochaient beaucoup les bras ou les maillots pour interrompre des actions. Il aurait pu sortir encore plus de cartons jaunes (ils ont été sanctionnés de 29 fautes, un total très élevé en LdC). Rien de scandaleux, pas d’appel à l’AVAr interminable pour prendre une décision insensée… Tout l’inverse des 4 derniers matchs comptant pour les huitièmes de finale joué quelques jours auparavant où on a assisté à plusieurs reprises à la fête du slip. Bref.



Analyser le résultat, je m’en cogne, ça n’a juste aucun sens. Souvenez-vous seulement que pendant 89 minutes, le résultat était défavorable au PSG. Pour une équipe habituée à prendre les devants très tôt en marquant rapidement, ne pas avoir ouvert le score après 25’ est un mauvais signe. Se retrouver mené à la 26e minute et jusqu’à la 90e, a fortiori en ayant pu constater le niveau très moyen de l’Atalanta, une équipe aux faiblesses criantes qu’un demi-PSG simplement cohérent à défaut d’être génial aurait dû éclater sans ménagement, ça aurait dû rendre fou tout supporter au point de ne pas se laisser aveugler par les 3 minutes suivantes. Si vous déjeunez dans un restaurant, allez-vous faire des compliments au chef et le recommander à vos amis juste parce que vous avez adoré les 2 petits gâteaux servis avec le café à l’issue d’un repas absolument indigeste faits de plats moches, malodorants et insipides ? Non. Beaucoup semblent confondre finir le repas sur une bonne note et avoir bien mangé.

Sur les 60 premières minutes, le PSG méritait clairement de se faire sortir. Sur les 80 premières, l’Atalanta méritait encore de passer, faute pour le PSG d’en avoir fait assez pour renverser la vapeur. Sur les 10 dernières minutes (à partir de la 80e), le PSG a montré qu’il était largement supérieur. Sur les 3’ suivantes, il s’est qualifié.

Ces 2 buts ont sauvé l’honneur, les meubles et les apparences. Gagner ne signifie pas qu’on a mérité de gagner, qu’on a pris du plaisir, qu’on a été meilleur que son adversaire, que l’entraîneur a fait les bons choix. Gagner signifie juste qu’à la fin du match, on a marqué au moins un but de plus que l’adversaire. Acceptez un peu de reconnaître que oui, le PSG a gagné et s’est qualifié, ce qui est l’essentiel, mais qu’il l’a fait en passant encore à côté de son sujet, qu’il n’a rien proposé collectivement, la stratégie offensive se limitant à une consigne : «donnez la balle à Neymar», puis à «laissez Neymar et Mbappé faire leurs trucs de génies ensemble». Celui qui ne vise que la victoire doit assumer quand il ne propose rien. Prendre les gens pour des idiots tout en se racontant des mensonges à soi-même, ça n’avance à rien. Tuchel tente de se donner une légitimité en s’attribuant des responsabilités dans la victoire, les joueurs n’ont aucun recul – particulièrement à chaud à la sortie du terrain – sur leurs performances collectives et de toute façon ne font pratiquement jamais preuve d’esprit critique en public… avant de devenir consultants (dès lors, ils se lâchent). D’autant qu’ils ne souhaitent pas dévaloriser leurs succès.

Toute comparaison avec l’équipe de France championne du monde 2018 (ou même 1998) est dénuée de pertinence : les Bleus avaient un vrai style, une identité, des valeurs, un entraîneur qui tirait le meilleur de chacun, qui savait utiliser les talents et capacités de ses joueurs pour les mettre au service du collectif, quitte à ce que certains se sacrifient pour le groupe, ils assumaient parfaitement de ne pas chercher à avoir 60% de possession en se faisant 800 passes dont 750 inutiles par match pour au contraire miser sur la vitesse, l’efficacité, les qualités de leur milieu, la solidarité. Il y avait des marqueurs clairs dans leur jeu. Si le PSG remporte cette Ligue des Champions, ce que je souhaite évidemment, d’autant plus compte tenu de mon amour fou pour voleurs d’enfants donneurs de leçons du Bayern, qu’en retiendra-t-on ? Les circonstances particulières, notamment du retour contre Dortmund et cette fin de match improbable, le brio du duo magique, et bien sûr la ligne au palmarès. On retiendra aussi les résultats de l’OL et du Bayern, pas la grandeur du PSG. Cette équipe n’aura fait rêver personne, n’aura donné de plaisir à personne, à moins de réussir une finale épique contre un adversaire honni qui a ébloui tout le monde depuis novembre (encore faudrait-il pouvoir créer un jeu collectif en une semaine^^). En outre on n’aura rien pu partager, tout n’aura été vécu qu’à travers l’écran. On gardera le flacon (un flacon avec des anses très larges)… Pourvu qu’on ait l’ivresse… Au moins un peu. Même si le Bayern s’incline en finale, tout le monde se souviendra de cette équipe, de ce qu’elle a produit, des massacres perpétrés contre Chelsea, le Barça et peut-être l’OL. Surtout ses supporters.

Stop ! N’essayez pas de me dire «oui mais on doit mener rapidement sur l’occasion de Neymar et ça aurait tout changé au contenu, on aurait gagné largement» ou autre inepties de ce style. Ne cherchez pas à réécrire l’histoire. Le véritable scénario du match est tout autre. En l’analysant, on le comprend aisément : ce quart aurait dû être un match référence sans les délires stratégiques de Tuchel.



Avant le match, je craignais de voir… exactement ce que j’ai vu. Le scénario de la rencontre était celui d’un fiasco en plusieurs actes. Le premier, de 60 minutes, a montré à que Tuchel fait tout à l’envers. Le 2e, de 29 minutes, l’a confirmé de façon éclatante. Le 3e, de moins de 3 minutes, a provoqué une amnésie rétrograde collective chez nombre de téléspectateurs.

Rappelons tout de même les bases, histoire de poser le décor. Il y a eu du changement par rapport à l’effectif dont disposait le PSG au tour précédent contre Dortmund : Cavani a refusé de prolonger de 2 mois, Meunier a avoué avoir signé à Dortmund avant même le 8e de finale aller et Leonardo a – logiquement – refusé de payer son nouveau club pour obtenir un prêt estival, Kouassi et Aouchiche ont signé leur premier contrat professionnel respectivement au Bayern et à l’ASSE car leur direction et leur entraîneur n’ont pas fait le nécessaire pour les retenir, Kurzawa a prolongé de 4 ans à la stupeur générale… avant de se blesser et de parti à l'infirmerie plusieurs semaines (déjà un franc succès^^), Verratti s’est blessé au mollet à l’entraînement après avoir disputé les 120 minutes de la finale de Coupe de la Ligue (sa meilleure prestation avec le PSG depuis des années… la fermeture des bars et des boîtes en raison du coronavirus lui avait fait du bien^^) et aura manqué les matchs importants de LdC comme il en a l’habitude. Face à l’Atalanta, Di Maria s’ajoutait à la longue liste des absents suite au carton jaune particulièrement grotesque reçu face à Dortmund. Bernat, après avoir manqué presque toute la préparation en raison de divers soucis physiques, a disputé ses premières minutes en amical contre Sochaux à quelques jours du quart de finale. 60 minutes – contre une L2 – jouées en 5 mois avant de débuter un quart de finale de LdC…

Pour "compenser" les départs, Bakker et Choupo-Moting – qui avait été retiré de la liste UEFA pour faire de la place à Bulka, le 3e gardien qui n’était pas sur la précédente car le club manquait de places pour les joueurs étrangers, or il fallait absolument ajouter un gardien, Innocent étant blessé – ont été ajoutés à l’effectif. Le Camerounais devait partir libre au 30 juin sans être prolongé de 2 mois, il a été rappelé afin de compléter le groupe (car il était éligible pour la LdC, contrairement aux nouvelles recrues).

Pour ne rien arranger, l’horreur s’est produite en finale de la Coupe de France quand Perrin a découpé Mbappé. Cette blessure à la cheville semblait rédhibitoire au moins pour le match contre l’Atalanta. On imaginait difficilement le voir se remettre à temps. Pourtant, après avoir reçu des soins H24 pendant 2 semaines, il a pu participer normalement aux derniers entraînements. Il était donc clairement apte à jouer. Seulement Tuchel a refusé de le titulariser.

Commençons à raconter le match.

La compo de Tuchel ? Presque les bons joueurs compte tenu des circonstances, pas la bonne organisation, pas les bons principes de jeu. Ça donnait : NavasKehrer, Thiago Silva ©, Kimpembe, Bernat – Herrera, Marquinhos, Gueye – Icardi, Neymar, Sarabia. Neymar jouait dans l’axe en faisant office de 10. Pas réellement derrière 2 attaquants car Icardi et Sarabia avaient pour consignes de se placer sur les côtés. Le Brésilien restait dans l’axe quand les 3 joueurs offensifs s’alignaient (lors que le PSG n’avait pas le ballon).

L’Atalanta déplorait deux absences majeures, celle d’Ilicic, son attaquant slovène très prolifique cette saison, en particulier en LdC (il a très mal vécu la crise sanitaire, sa santé mentale en a pris un coup), et celle son gardien titulaire, blessé au genou en toute fin de championnat (absence de plusieurs mois).

1er acte : une heure sans (sans Mbappé, sans jeu, sans efficacité, sans rien).

Pendant les 2 premières minutes, le PSG a plutôt bien joué, il a essayé de faire circuler le ballon, de relancer proprement, il montrait du calme et de la maîtrise sans toutefois parvenir à entrer dans les 30 derniers mètres adverses. A l’issue de ces 2 minutes, Navas a pour la première fois décidé de balancer devant sa pourtant être pressé… rendant ainsi gratuitement la gonfle à l’Atalanta. La première relance longue d’une série.

Dans la foulée, désorganisés au milieu, incapables de gagner les duels ou d’être les premiers sur le ballon, les Parisiens ont concédé la première occasion franche de la rencontre : Thiago Silva sort de sa défense centrale pour monter sur Duvan Zapata, seulement Marquinhos ne vient pas le couvrir en prenant sa place dans l’axe, laissant ainsi un énorme trou béant dans lequel s’engouffre Papu Gomez. Celui-ci se présente face à Navas et frappe du gauche avant l’arrivée de Kimpembe. Heureusement, son tir au sol en plein sur le gardien est assez facilement bloqué, néanmoins on est passé tout près de la douche froide 138 secondes après le coup d’envoi.

Quelques instants plus tard, après une tentative avortée de relance propre, Navas essaie de nouveau d’allonger avec une passe longue encore tendue mais cette fois précise. Il trouve Neymar près des bancs de touche, lequel joue avec Icardi dans le rond central, l’Argentin se bat bien pour tenter la remise. Neymar hérite alors du ballon sur la ligne médiane avec l’aide d’un adversaire, il arrive lancé et part seul au but plein axe. Chose incroyable, hormis un défenseur un peu décroché mais sur le côté, les autres sont alignés au centre du terrain… Donc tu joues à 3 derrière avec 3 centraux d’une lenteur affolante, et tu montes quasiment à 10 dans le camp adverse. Suicidaire… même si en l’absence d’Mbappé au coup d’envoi, le risque se trouvait divisé par 10 ou 20. Bergame aurait dû être puni, seulement, stupeur, Neymar tire à côté. Le gardien, Marco Sportiello, a décidé de rester debout le plus longtemps possible au lieu de se jeter en offrant des solutions à l’attaquant. Le Brésilien, qui attendait le dernier moment, celui du plongeon, histoire sans doute de tenter de piquer le ballon au-dessus de lui, a dû se résoudre au dernier moment à utiliser le plat du pied. L’angle était bien fermé, il a totalement raté son geste. Incroyable.

A la 3e minute, chaque équipe avait déjà concédé une énorme occasion en raison d’un très mauvais placement défensif, les 2 leaders offensifs avaient chacun mangé la feuille.

Ensuite, le PSG a subi. Il est peu sorti de son camp, ne relançait quasiment jamais au sol en cherchant à construire, a donc multiplié ces relances longues et dégagements à l’arrache généralement synonymes de pertes de balle, même s’il en profitait parfois pour remonter le bloc et presser (sans toutefois récupérer de ballon exploitable). Je n’avais pas vu un truc aussi caricatural et contre-nature au PSG depuis des temps immémoriaux. L’Atalanta ne faisait pas beaucoup plus, c’était à peine moins médiocre, mais clairement plus collectif, mieux organisé, avec des principes de jeu plus clairs.

A la 11e minute, nouvelle occasion. Ballon récupéré par le gardien grâce à une passe parisienne… dans le vide, ça remonte tranquillement au sol, souvent en une touche ou en contrôle-passe, en avançant avec le ballon quand aucun Parisien ne s’y oppose, et en 30 secondes le ballon arrive sur la tête d’Hateboer à l’angle de la surface sur la droite grâce à une magnifique ouverture en diagonale de Gomez. Sur cette action on voit Herrera qui recule trop et réagit une demi-seconde trop tard face à Gomez, puis Bernat, un peu embarqué par le déplacement vers l’axe de Pasalic (pris par personne car tactiquement, les Parisiens n’étaient pas du tout au point, j’y reviendrai), qui s’endort en laissant le latéral droit venir placer sa tête piquée… Sans une grosse parade de Navas, l’Atalanta menait au score à la 11e minute. Les Parisiens sont restés sous pression, subissant une série de centres et de corners, Navas devant encore réaliser une grosse parade sur sa ligne pour repousser une tête en arrière (12e)… même si en réalité son auteur était HJ de 5 centimètres. Autre frayeur, une tête non cadrée sur CF (14e).

A la 15e, alléluia ! Le PSG construit une action, encore à partir d’une relance longue mais principalement grâce à la qualité individuelle de Neymar. Problème, à la fin, il décale Icardi à droite. Icardi pour centrer – avec opposition, car il n’est pas du genre à savoir déborder ou dribbler – au lieu d’un Icardi dans la surface à la réception du centre. Mais pourquoi ?

2 minutes plus tard, nouveauté, une tentative de contre-attaque suite à une récupération au milieu, combinaison côté gauche, Neymar lance Sarabia, lequel n’obtient rien. Je mentionne cette action car elle s’est reproduite très rapidement. Dans les 2 cas, le même constat, une fois l’attaquant parisien lancé en profondeur sur la gauche, personne ne suivant hormis Icardi, unique cible potentielle au milieu de 4 à 6 défenseurs, ceci au terme d’un long sprint en partant du côté droit pour aller vers l’axe. L’action de la 19e était magnifique, 3 passes pour remonter tout le terrain en lançant Neymar, toujours en profondeur sur la gauche, mais une fois arrivé dans la surface en position très excentrée, il s’est loupé. En pratique, chassé par 3 défenseurs, il ne pouvait pas crocheter pour se mettre sur son pied droit, Icardi arrivait de très loin et n’avait pas encore pu passer devant le défenseur au point de penalty, Neymar devait donc frapper du gauche à angle relativement fermé, il a loupé son geste en bout de course, tir mou loin de la cible ou centre dans le vide. Typiquement le genre de situations où avec un Mbappé sur le terrain, ça finit au fond.

Sans faire grand-chose en réalité, l’Atalanta a cadré une tête – très facile à arrêter – sur un CF côté gauche en reproduisant une combinaison déjà vue (21e). Le PSG s’est quant à lui remis à faire des passes, à essayer de construire. Devenu moins mauvais, il ne créait toujours rien de dangereux, finissant souvent ses actions en reculant de 60 mètres pour de nouveau subir de nouveau le pressing, essayer de ressortir de derrière, de remonter le terrain et de centrer… Pendant quelques minutes, les Parisiens ont enfin su s’installer dans le camp italien, mettre en difficultés cette équipe, notamment avec un délice de Neymar passé entre les portes du saloon (24e).

Bien sûr, quand le PSG ressemblait enfin à quelque chose, il s’est fait cueillir : magnifique demi-volée enroulée du gauche de Pasalic en première intention, lucarne, 1-0 pour l’Atalanta, la douche froide (26e). Je détaillerai l’action plus loin avec des captures d’écran pour déterminer des causes de l’accident.

Neymar a très vite répondu avec un raid solitaire débuté par un petit pont arrêté côté gauche pour se conclure dans l’axe d’une frappe puissante des 20 mètres… juste à côté (28e). Neymar contre le reste du monde. Il s’est alors de plus en plus souvent retrouvé dans des situations de prise à 2, 3 ou même à 4.

Après ce coup d’éclat individuel, retour à l’ordinaire : maîtrise du ballon par les Italiens qui construisaient tranquillement entre les lignes ou sur les côtés, pressing efficace soit pour empêcher les Parisiens à ressortir le ballon de leur camp, soit pour les obliger à le leur rendre en allongeant/balançant loin devant… Soudain, nouvelle action parisienne rappelant fortement celles déjà évoquées, notamment celle de la 19e minute : relance de volée d’Herrera – du gauche – aux 16m50 pour chercher Neymar en appui, le ballon revient à Sarabia à 70m du but sur son côté gauche, il s’en empare, accélère, donne à Neymar dans l’axe qui le décale de nouveau… mais, faute de soutient, c’est du 2 contre 6 dans la surface, Neymar est marqué, Icardi trop loin au 2nd poteau, alors Sarabia cherche Gueye en retrait à une trentaine de mètres de la cage. Interception facile (34e). Avouez que se montrer incapable d’exploiter ces situations malgré les joueurs dont dispose Tuchel est très frustrant, même si en l’occurrence, en se battant, le Sénégalais a obtenu un bon CF pour droitier tiré et cadré par Neymar (capté en 2 temps par le gardien sans difficulté). Il s’agit du premier tir cadré du PSG.

Nouvel exemple à la 37e, cette fois en lançant Icardi à droite (Gueye pour la relance de volée en première intention vers Icardi, très décroché, remise vers l’axe pour Neymar qui le décale à son tour sur le côté en répondant à son appel en profondeur), il pousse son ballon pour tenter d’éliminer et se fait découper, carton jaune pour Djimsiti, CF sur le côté, on ne pouvait raisonnablement espérer mieux. (Le CF a failli être dangereux, Sarabia a récupéré le ballon au second poteau puis a mal ajusté son centre, offrant le ballon au gardien.)

L’Atalante ne voulait pas se faire submerger façon Atlantide[1], elle n’hésitait donc pas à dégager loin devant pour remonter son bloc et venir presser dans le camp parisien plutôt que de subir ce pressing dans le sien. C’est une tactique de rugby… qui fonctionne. Même si Neymar a contré un dégagement du gardien.

Le PSG n’a rien produit de nouveau offensivement avant la 41e minute et une de ces actions si… perturbantes. Gueye et Herrera sont à la récupération et à la relance à environ 30m de leur ligne de but, l’Espagnol cherche Neymar sur la gauche mais toujours dans son camp. Le n°10 réussit à lancer Sarabia en profondeur sur cette aile. Les images sont folles : Icardi est le seul à pouvoir suivre l’action – forcément, les milieux et Neymar étaient tous à son origine, ils ne pouvaient pas être partout à la fois ! – alors que 8 joueurs de champ italiens de replient ! Malgré tout, Sarabia peut centrer au 1er poteau et Icardi vient couper… sans parvenir à devancer le défenseur (même s’il avait pu toucher le ballon, il n’avait aucune chance de marquer). Très bel effort néanmoins dans cette situation extrêmement caricaturale de l’inanité de la tactique proposée par Tuchel. La caricature du jeu du PSG contre l'Atalanta.

Sincèrement, quand vous voyez ces espaces, ne vous dites-vous pas qu’en faisant débuter Mbappé, il y aurait eu 5 buts d’écart à la mi-temps ? Il est vrai également que même sans Mbappé, le PSG n’aurait jamais dû être mené à l’issue de la première période tant la défense de Bergame offrait de possibilités. Je pense notamment à la passe en retrait lunaire d’Hateboer intercepté par Neymar qui trainait en position d’avant-centre (42e). Même s’il a poussé un peu trop fort son ballon, ce qui l’a plus excentré que prévu, Neymar avait un bel espace entre le gardien et le premier poteau pour marquer du gauche. Il s’est complètement manqué, son corps penchant beaucoup trop en arrière au moment de son tir. Gros gâchis.

A la 44e, rareté, un centre – bien sûr raté – de Kehrer, bien décalé suite à un CF joué rapidement. Dans la foulée, un CF côté gauche obtenu et tiré par Neymar vers la tête de Marquinhos… devancé in extremis par la défense. Très pauvre, tout ça, non ? De surcroît le rythme de plus en plus haché par les fautes d’antijeu (jaune pour Freuler à la 45e+1) n’aidait pas à enrichir le "spectacle".

1-0 à la mi-temps pour une Atalanta de qualité très moyenne, presque ridicule défensivement, mais moins ridicule qu’un PSG en train de se saborder tout seul comme un grand avec sa désorganisation tactique, son plan de jeu inefficace dû à une utilisation de ses joueurs à contremploi. Pour la partie offensive, l’ambition du PSG se résumait à uniquement attendre un exploit individuel de Neymar (d’où seulement 4 tirs dont un cadré contre 5 dont 4 cadrés, aucun corner obtenu par le PSG). Il était urgent de faire entrer Mbappé, ce qui allait certainement se produire à la mi-temps, pensait-on. Mais non. A la reprise, toujours pas de Kyky. Il est parti s’échauffer 2 ou 3 minutes après le coup d’envoi.

Si on a assisté à un début de seconde période plutôt équilibré entre une Atalanta toujours dans le pressing et le jeu entre les lignes et un PSG montrant des intentions plus collectives avec plus d’appels sur les côtés, des milieux et un Bernat enfin impliqués offensivement (même s’il n’avait clairement pas les ressources physiques pour faire des appels tranchants et réussir à conclure ses actions). Le tout agrémenté des brillantes accélérations de Neymar. L’arbitre laissait beaucoup jouer malgré pas mal d’engagement et des tacles assez durs, il a dû se mettre à siffler et à sanctionner quand les Italiens ont recommencé à multiplier les fautes d’antijeu : cartons pour De Roon pour tirage de maillot, puis pour Zapata, auteur d’une charge gratuite doublée d’un geste d’humeur… Bernat a aussi eu droit au sien, mais pour un tacle tardif, puis Herrera pour un coup en intervenant sur Gomez par derrière… 4 cartons entre la 50 et la 57e.

Pendant ce premier quart d’heure, celui sans Mbappé, il ne se sera pas passé grand-chose de réellement notable, hormis cette avalanche de cartons et ces intentions de jeu un peu plus partagées. Quelques CPA qui n’auront pas réellement créé de danger, tout comme les rares frappes lointaines et centres tentés… Un rythme vraiment lent en dehors de quelques accélérations sporadiques… C’était assez nul et très loin de ce qu’on attend d’un quart de finale de LdC. L’Atalanta aura réussi à se créer les meilleures situations, dont une suite à un CF, le ballon a navigué dans la surface de tête en tête pour arriver à Djimsiti, incapable de cadrer sa volée à l’angle de la surface de but où il n’était gêné par aucun Parisien… mais par Hateboer (58e). Je me dois tout de même de signaler la tentative de frappe lointaine – du gauche – de Kehrer, contrée. En 2020, on peut s’attendre à tout ! A ce moment, le PSG poussait enfin un peu plus, toujours sous l’impulsion de Neymar, et Bernat a effectué son premier centre de la rencontre. A la 59e minute tout de même ! Icardi l’a repris de la tête… en déséquilibre, donc il n’a rien pu en faire.

Acte 2 : un seul être qui vous manquait entre, et tout est repeuplé.

C’est alors que s’est produit un triple changement (l’entracte avant l’acte 2^^) : Palomino et Malinovskyi – très bon après la reprise de la Série A – ont suppléé Djimsiti et Gomez – probablement blessé par le coup d’Herrera – alors qu’Mbappé a remplacé Sarabia poste pour poste. Icardi, volontaire mais vraiment pas à l’aise et en manque évident de confiance, est resté sur le terrain, toujours avec le même rôle. Difficilement compréhensible dans une situation où le PSG accusait un but de retard. On pouvait imaginer passer à 4 offensifs afin de corriger ce qui ne fonctionnait pas du tout tactiquement.

Le match a changé de façon quasi-instantanée. D’une part, la sortie de Papu Gomez privait l’Atalanta de son guide, du créateur de son jeu, de sa clé de voute. D’autre part, Mbappé a un effet messianique. Au sens effet Messi. Il est tellement craint que sa seule présence suffit à affaiblir ses adversaires tout en dopant psychologiquement ses partenaires. Tout supporter du PSG se souvient d’avoir subi ce phénomène en 2013 au Nou Camp lorsque Messi, pourtant pas réellement remis de blessure et toujours sur une jambe, a enfilé ses chaussettes sur le banc. Le PSG s’était alors fait dessus, d’où une élimination dramatique (2-2 au Parc, 1-1 à Barcelone en ayant mené 1-0). Grosse différence, cette fois, le monstre entré en jeu n’était visiblement pas handicapé, il était en pleine forme et affamé. Il l’a prouvé sans attendre en passant 2 adversaires en revue à une vitesse folle pour centrer. Peu importait la faible qualité du centre, le message était passé : ma cheville est guérie, je ne suis pas à Lisbonne pour faire du tourisme, après le coronavirus, Bergame va connaitre un autre fléau traumatisant, le Kykyvirus.

Les joueurs de Gian Piero Gasperini ont reculé de 30 mètres d’un coup, ils ne venaient plus chercher les Parisiens, préférant se consacrer à limiter les espaces offerts à Mbappé, car le monde entier le sait : que laisse de l’espace à Mbappé pour accélérer se condamne inexorablement à morfler. En réagissant ainsi, ils ont permis à la ligne défensive emmenée par Kimpembe de remonter au niveau de la médiane et de récupérer le ballon de nombreuses fois quand ils balançaient sur Zapata, seul devant. Par conséquent, le PSG s’est mis à squatter dans le camp italien. La vie change à partir du moment où il n’est plus nécessaire de remonter tout le terrain pour attaquer, où les milieux se promènent à moins de 30m du but adverse au lieu de patrouiller dans la brume à 25m du leur, et où les latéraux – essentiellement Bernat – reçoivent le feu vert pour participer aux offensives.

En outre, disposer d’un Mbappé dans son équipe vous offre un confort certain. Par exemple, si vous avez besoin de dégager, vous pouvez balancer le ballon devant sans regarder, vous avez de grandes chances qu’Mbappé soit dans la zone au moment de sa retombée, soit pour le récupérer, soit pour mettre la pression sur la défense qui, elle, vous le rendra immédiatement. De même, si vous le cherchez en première intention et que votre passe manque un peu de précision ou de dosage, il a de bonnes chances de s’emparer malgré tout du ballon. Surtout, vous retrouvez des forces et de l’espoir car vous le savez, il peut faire basculer la rencontre à tout moment. Sans oublier la libération ressentie par Neymar, sur qui les défenseurs ne pouvaient plus se concentrer exclusivement et qui retrouvait enfin son "partner in crime". Leur relation sur le terrain est incroyable depuis le premier jour. La puissance de leur duo dépasse allègrement la somme de la valeur de chacun. Toutefois, le Brésilien a disparu de la circulation pendant un lapse de temps assez important. Peut-être avait-il besoin de se cacher le temps de recharger des batteries épuisées par tous les efforts fournis lors de ces 60 minutes de Neymar contre 11. Garder Mbappé pour la fin de match signifiait aussi risquer de le mettre sur le terrain avec des partenaires cramés et incapables de le suivre. Je le redoutais.

Néanmoins, après l’entrée d’Mbappé, tout allait 3 fois plus vite, la circulation était meilleure, les actions se terminaient par un geste offensif, par exemple un centre, ce qui était rarement le cas auparavant. En cas de perte du ballon, pas d’affolement, si jamais l’Atalanta parvenait à sortir de son camp elle subissait le pressing de Parisiens désormais en mesure de défendre en avançant. Il lui fallait alors dégager pour éloigner le danger. Bergame a presque vécu un nouveau confinement. Dans sa moitié de terrain cette fois.

Toloi, nouveau capitaine, a reçu le 5e carton de son équipe pour avoir tenté de calmer Mbappé en le retenant grossièrement (67e). Il restait encore pas mal de temps, néanmoins, dans cette configuration où les Italiens menaient au score, tentaient de garer le bus devant leur cage et faisaient de leur mieux pour casser le rythme ou encore gratter des secondes, on pouvait craindre que l’entrée d’Mbappé ne s’avère trop tardive. Même en grande souffrance, une défense peut tenir une demi-heure si tout le monde s’implique à fond, reste très concentré, et si le gardien est dans un grand jour.

Une nouvelle série de changements s’est produite lors d’un arrêt de jeu de presque 3 minutes (69e à 72e) : Muriel pour Pasalic, Paredes et Draxler – utilisé ZERO minute lors des finales de coupes et fantomatique lors des matchs de prépa, y compris conte Sochaux – aux places de Gueye et d’Herrera. Blessé à la cuisse, Navas a fait venir le doc et les soigneurs, Rico se préparait, pourtant le Costaricain a refusé de sortir, il voulait rester sur le terrain. Sans doute ne pensait-il pas qu’il allait forcer son entraîneur à griller sa dernière fenêtre de changements quelques instants plus tard s’il lui était impossible de continuer. Gros manque de sérieux dans la prise de décision !

A mon grand étonnement, Paredes a commencé par une très bonne passe en profondeur de l’extérieur du droit pour lancer Mbappé côté gauche. Il s’est présenté face au gardien en position très excentrée et a choisi la frappe au premier poteau plutôt que le centre (Neymar et Icardi offraient chacun une solution viable), espérant surprendre Sportiello. Seulement le pied de celui-ci trainait pour couvrir une partie de cet espace. Première parade décisive (73e). Le précédent – et seul autre – tir cadré parisien datait du CF enroulé de Neymar à la 35e.

Sans aucune surprise, Paredes a reçu à son tour un carton pour une semelle stupide juste devant l’arbitre (74e). En retard, comme toujours. Pourtant il était dans un fauteuil face à une équipe dont le pressing se limitait désormais à s’approcher du porteur de balle, plus réellement à l’attaquer, et dont les limites de plus en plus évidentes facilitaient grandement le travail des milieux du PSG. Les fautes de ce genre permettaient à l’Atalanta de gagner du temps, de casser le rythme, mais aussi de garder le ballon pour s’approcher de nouveau de la surface parisienne – ce qui s’est produit – de façon à tester un Navas blessé.

Neymar a eu la bonne idée de réapparaitre à un quart d’heure de la fin, notamment avec un joli raid solitaire mal conclu. Dommage de faire une passe au gardien après avoir éliminé ou baladé plusieurs adversaires (77e). On l’a plusieurs fois senti très frustré pour diverses raisons (manque d’efficacité, l’arbitre qui ne sifflait pas, etc.). En face, hormis une action bien construite en se jouant assez facilement du milieu parisien pour décaler côté droit et manquer de peu Muriel au 2nd poteau (78e), il n’y a plus eu grand-chose à se mettre sous la dents.

A la 79e minute, mon moral en a pris un coup. Navas n’en pouvait plus, il a dû sortir, et comme Tuchel n’aurait pas pu effectuer d’autre changement avant la prolongation, il en a profité pour faire entrer Choupo-Moting à la place d’Icardi (toujours poste pour poste, à droite, d’où un côté droit allemand Kehrer-Draxler-Choupo, de quoi faire frissonner d’effroi… les supporters parisiens). A 10 minutes de la fin d’un quart de finale de LdC contre une équipe d’un niveau très moyen privée de son capitaine et de son gardien titulaire, votre équipe est menée au score et l’entraîneur a vidé le banc en incorporant Draxler, Paredes, Rico et Choupo dans son onze. Oui, on parle du PSG pourtant… Aucun de ces joueurs n’a rien à y faire. Et pourtant… L’homme du mois d’août a surpris le monde. Mais pas tout de suite.

Plus que 10 minutes plus le temps additionnel, plus moyen de trainer, il fallait tout essayer. Neymar accélère et sert Mbappé, contrôle un peu long mais frappe cadrée du gauche. Trop molle, pas de souci pour le gardien (80e). Paredes est dans son camp sans adversaire à moins de 10 mètres, ouverture en profondeur, Mbappé n’a que Palomino sur le dos car Neymar en a embarqué un autre, il part plus vite que lui, néanmoins le défenseur revient se jeter pour contrer son tir toujours depuis la gauche de la surface (80e). Le ballon circule devant la surface au lieu d’envoyer le corner dans le paquet, Thiago Silva tente une frappe de loin trop croisée (81e). 3 tirs en 2 minutes, le PSG était enfin passé à la vitesse supérieure.

Voyant son équipe proche de l’explosion, Gasperini a procédé à ses derniers changements (82e) : Castagne (latéral droit international belge) et Da Riva (jeune milieu de 19 ans sans expérience) substitués à Gosens (latéral gauche au profil très offensif) et Zapata (l’avant-centre). Pour blinder plus que ça, il fallait faire entrer Panzer et Leclerc…

En voyant les temps défiler à coups de fautes tactiques ou bêtes et méchantes (jaune pour Palomino qui a voulu se faire Neymar, 85e), de passes vers l’arrière ou mal ajustées qui ne faisaient rien avancer, de tentatives de dribbles peu pertinentes et inefficaces, de très mauvais souvenir remontaient. Le PSG allait-il encore me faire détester de l’aimer ? Allait-il encore me trahir en perdant un match imperdable ? Qui plus est le jour de ses 50 ans ? Tant qu’il reste du temps au chrono, il reste de l’espoir. A fortiori après une incompréhension entre un défenseur et son gardien sur un centre au sol de Choupo (85e). Corner cadeau, tête de Choupo… largement au-dessus (86e). Draxler a visé le 2e étage de la tribune située derrière la cage italienne (87e). Sur le banc et dans la tribune où se trouvaient les remplaçants/remplacés du PSG, tout le monde tirait la tronche. On ne faisait même plus semblant d’y croire, comme si se faire éliminer de cette façon était une fatalité. L’Atalanta gérait bien son avantage pour faire tourner le chrono sans trop s’exposer au danger… jusqu’à la crampe de Freuler (88e). Oui, ça gagne du temps, ça casse le rythme, seulement si ça vous fait finir à 10 car la douleur à la cuisse est réelle, vous vous en passeriez bien. Revenu sur le terrain pour jouer les plots fautes de pouvoir courir, il a assisté impuissant à l’égalisation.

Acte 3 : la chatte à Tho-Tho.

Le ballon passe de la gauche vers la droite, Choupo le reçoit dos au jeu le long de la touche, revient en arrière pour s’éloigner de son défenseur vire vers l’axe, toujours poursuivi par Toloi, qu’il peine à semer, alors il utilise son pied gauche pour chercher Neymar derrière la défense au 2nd poteau. La passe est réussie, le Brésilien est couvert, pas de HJ, dans sa position ce ballon est difficile à exploiter en le contrôlant ou en frappant, il parvient à enchaîner un amorti de la cuisse droite pour s’emmener le ballon et une espèce de centre à l’arrache topé du plat du pied gauche détourné par un défenseur. Idéalement placé devant la cage, Marquinhos le reprend, propulse la gonfle sur Caldara qui ne peut l’empêcher de finir dans le filet (90e).

Ce but accordé après vérification de l’AVAr (ni main, ni HJ) a fait très mal à l’Atalanta, dès lors condamnée à se faire éliminer. L’accouchement aura été difficile, néanmoins il était évident que ce but aurait un petit frère… voire un jumeau. Le PSG allait soit marquer un 2nd but dans l’euphorie, soit y parvenir au cours de la prolongation car après ces 5 changements et ces crampes, le visage de l’Atalanta privait cette équipe de tout espoir de reverser la tendance. La première option évitait de devoir se farcir une prolongation très coûteuse en énergie, dangereuse pour des muscles pas assez préparées à ça… et qui aurait obligé Mbappé à jouer 30 minutes de plus pour un total supérieur à 60. Tuchel aurait eu l’air malin ! Il avait refusé de le titulariser pour ne l’utiliser qu’une trentaine de minutes au lieu de 45 à 60 en le faisant débuter. Au chrono, il restait 4’15 à partir de la reprise du jeu. Paredes en a perdu en commettant une nouvelle faute inutile.

On attendait un miracle. On n’a pas été déçu : la défense italienne ne peut se dégager suite à une contre-attaque menée par Neymar (avortée par un geste trop compliqué de Draxler), Kehrer hérite du ballon à 25m dans l’axe, il sert Neymar à sa gauche un peu à l’extérieur de la surface, ce dernier lance Mbappé devant lui, centre du plat du pied, Choupo se jette à 5m de la cage vide – car le gardien a dû se placer pour anticiper le tir comme celui repoussé auparavant dans une situation assez ressemblante – et marque du plat du pied. Le timing de l’appel d’Mbappé, celui de la passe de Neymar, la précision de la passe comme du déplacement pour n’avoir qu’à ajuster ce centre, TOUT est parfait dans la création de ce but. Dommage qu’Icardi n’ait pu bénéficier de ce duo pendant une heure au lieu de devoir s’escrimer à droite dans une équipe qui ne jouait pas au football.

Au chrono, 92’03, soit 2’29 après l’égalisation, et un peu de temps à tenir (on en a logiquement rajouté). Assez pour que les Italiens polytraumatisés entrent 2 fois dans la surface et pour que Thiago Silva ressente à son tour des crampes. Tout le monde a retenu son souffle quand en dégageant très loin devant, un défenseur de Bergame a lancé Muriel seul au but. Thiago Silva a plongé – littéralement – pour tenter d’intercepter le ballon de la tête avant qu’il ne lui arrive – car avec ses crampes il ne pouvait plus courir. Marquinhos puis Kehrer sont parvenus à revenir à temps pour le gêner. L’ancien concurrent de Gameiro à Séville a alors eu la bonne idée de s’emmêler les crayons, perdant ainsi la gonfle (97e).

J’ai vécu le coup de sifflet final comme un soulagement.




Nous en arrivons au contenu, comprenez par-là, la manière, à ce qui s’est passé pendant la rencontre, les choix tactiques, le coaching, les prestations des joueurs… autrement dit à la forêt cachée par l’arbre qu’est la victoire.

Tactiquement, on a assisté à un non-sens permanent. La première période avait des allures de très long sketch pas drôle du tout. La même dans un Parc des Princes plein, on aurait entendu une énorme bronca à la mi-temps.

On nous annonçait un "4-4-2 losange", autrement dit un 4-1-2-1-2.   Ce n'était pas la réalité. Il s'agissait plus d'un 4-3-3. On retrouvait les 3 attaquants sur la même ligne quand l’équipe n’avait pas la maîtrise du ballon, à savoir Sarabia à gauche, Neymar dans l’axe – visé dans par la plupart des relances longues et dégagements (^^) - et Icardi à droite, parce que c’est bien connu, Icardi a tout pour être ailier droit, à savoir la vitesse, la caisse, le capacité à éliminer en 1 contre 1… Je vous jure, si je n’étais pas supporter du PSG et ulcéré de voir comment Tuchel gâche nos joueurs, je serais mort de rire devant de telles incongruités tactiques. Mettre Icardi à droite, j’aurais pu l’imaginer sur la compo virtuelle avant un match de coupe sur France 3 régions, car le technicien qui place les joueurs sur l’infographie ne le connait pas forcément, surtout s’il est seulement fan de rugby, il peut se tromper… Mais que Tuchel le fasse réellement pour un quart de finale de LdC (ce qu’il n’avait JAMAIS fait de la saison, même en match de préparation), ça me dépasse. Qui peut oser s’étonner de la prestation glauque de la recrue à plus de 50 millions d’euros ? Ce trio s’est souvent situé à 30 ou 35m de sa propre ligne de but quand l’Atalanta campait dans la moitié de terrain parisienne. Tuchel a dû prendre Icardi pour Cavani, arrière latéral refoulé… Il doit être le seul à croire que l’Argentin et l’Uruguayen ont le même profil.

Si tu fais jouer Icardi, c’est parce qu’il est ce qui se fait de mieux pour la mettre au fond. Là, j’avais l’impression de voir un acteur de films pour adultes habitué à… la mettre au fond dans des scènes où des avions de chasse le régalent. Or depuis un moment, on ne le fait plus venir sur le plateau de tournage que pour des orgies entre dames où il est condamné à s’exiler en arrière-plan en essayant d’attirer à lui une actrice de temps en temps… Il prend autant de vents que de demandes. Et dire qu’il vient de signer un contrat d’exclusivité de 5 ans avec le studio… Si vraiment l’idée est de "jouer" de cette façon, il s’agit d’une erreur de casting colossale. Je détaillerai ensuite la stratégie offensive, elle était délirante.

Derrière cette ligne d’attaque pas vraiment d’attaque, autre mystère, le milieu à 3 avec 3 joueurs qui ne savaient pas quoi faire. Ils étaient la plupart du temps mis hors-jeu dans l’animation offensive et ont subi le manque évident de clarté de l’animation défensive. Comprenez par là qu’ils se répartissaient mal les rôles et les zones, pendant un moment on avait Herrera axe gauche et Gueye à droite (histoire de ne pas pouvoir profiter de la qualité de centre du Basque, pourtant un des seuls de l’équipe à savoir centrer du droit), puis un retour à la raison avec l’inverse. Quant à Marquinhos, on l’a vu à gauche, à droite, au milieu, décroché en défense central, mais aussi parfois aux fraises, aux pâquerettes, en retard, perdu dans la pampa… Il est le Parisien à avoir le plus couru (10,81km), mais courir où ?… Parfois, on a eu l’occasion de tous les retrouver ensemble à moins de 5 mètres d’écart sur le même côté… J’ai eu beau regarder leur placement encore et encore en revisionnant le match, je n’ai toujours pas compris.

  • L’animation défensive – à savoir déterminer qui devait prendre qui, couvrir quelle zone – a posé de gros soucis.

Quand vous jouez dans ce qui se veut être un 4-3-1-2 qui en réalité est prévu pour ressembler à un 4-3-3 sans ballon mais avec des attaquants sur les côtés, le 3-4-2-1 de Gian Piero Gasperini se transforme en casse-tête car PERSONNE n’a d’adversaire direct évident à marquer. Ils sont tous entre les lignes, naviguent de zone en zone, et dès qu’un défenseur sort de la sienne, un attaquant peut s’engouffrer derrière. Je me suis lancé dans un schéma pour illustrer le placement de base. En pratique, ça évolue, ça s'adapte, les joueurs ne sont pas fixes.

Les carrés blancs sont les Parisiens, les ronds bleus les joueurs de l’Atalanta. Atalanta-PSG, l'animation défensive compliquée Qui doit prendre les joueurs de côtés ? Les latéraux ou les attaquants qui devraient alors reculer de 50 mètres (donc ne plus être devant pour faire le job d’attaquants) ? Les latéraux ne peuvent pas sortir trop loin sinon un milieu peut en profiter. Idem si un central suit Zapata (l’attaquant axial) qui décroche. Quid du n°6, en l’occurrence Marquinhos, pris entre plusieurs feux, et des "relayeurs" excentrés condamnés à n’être que des milieux défensifs car il n’y a rien à relayer ? Doivent-ils aider leurs latéraux, rester sur les meneurs de jeu adverses ou essayer d’empêcher l’apport supplémentaire des 2 autres milieux ? Sans parler de la propension des défenseurs centraux de Gasperini à venir se greffer au milieu ou même en attaque comme on va le voir sur leur but. On a donc logiquement vu se multiplier les situations où le joueur défensif parisien se retrouvait le c*l entre deux chaises, ne sachant pas réellement sur qui porter son attention. Il fallait alors changer au dernier moment, d’où un retard permanent et des fautes (l’Atalanta a ainsi obtenu plusieurs CF exploitables sur les côtés). Dès qu’un Parisien se faisait éliminer en un contre un ou en manquant une intervention, c’était la panique et/ou la désorganisation totale derrière.

Illustration avec le but encaissé à la 26e : CF joué vite au milieu, quelques passes entre les lignes, Zapata décroche, la ligne de milieux est déjà éliminée, Freuler (milieu défensif) vient jouer un une-deux – involontaire car le contrôle raté dos au but du Colombien devient une remise – avec lui à 22 mètres du but, Thiago Silva monte sur le Suisse, ce qui crée un espace, Kimpembe est alors obligé de se décaler vers l’axe pour attaquer le Colombien… qui loupe le ballon sur la passe de son partenaire, permettant l’intervention du Titi. Seulement, pas de chance, son dégagement est contré – toujours très involontairement – par Zapata, ce qui envoie le ballon à Pasalic, laissé totalement seul à l’entrée de la surface sur la droite (la gauche si on se met du point de vue parisien). Pasalic en profite. Quand on remonte l’action en observant les déplacements défensifs, on remarque qu’au début, Pasalic est vraiment côté droit, entre Bernat et Sarabia. Par la suite Sarabia se désintéresse de l’action, Bernat revient beaucoup trop à l’intérieur en lâchant le Croate pour suivre Toloi, un des défenseurs centraux, auteur de la passe initiale pour Zapata puis monté dans la surface en passant dans le dos de Marquinhos, totalement perdu (à son crédit, il vient essayer de compenser derrière Kimpembe), et devant Herrera, déjà parti dans l’autre sens en voyant que Kimpembe allait dégager (alors qu’il aurait dû remarquer que Bernat se retrouvait à 1 contre 2 et avait lâché Pasalic, même si en pratique il aurait eu beaucoup de mal à revenir à temps pour le gêner). Outre la réussite assez énorme de Zapata sur l’action – il en a 3 fois de suite en 3 secondes, j’ai rarement vu ça, il rate ses 2 gestes techniques et est passeur décisif parce que le ballon lui rebondit dessus ! – on ne peut expliquer ce but que par une défaillance collective, pas individuelle, car trop de joueurs étaient perdus dans cette désorganisation tactique. J’ai souvent été critique de Bernat, très mauvais défenseur, seulement là, il est victime du système. L'ouverture du score de l'Atalanta

  • L’animation offensive était beaucoup plus claire, mais totalement insensée.

Les 2 éléments marquants du jeu du PSG lors de cette première période ont été les relances longues (très inhabituelles) et les contre-attaques en ressortant rapidement le ballon pour chercher la profondeur sur les côtés (du très classique). Ces intentions se sont heurtées à la réalité.

=: Les relances longues.
J’entends par là des passes longues tentées volontairement pour sortir le ballon de derrière tout en éliminant une ligne et en visant un destinataire défini. A ne pas confondre avec les dégagements au pied qui ne visent personne en particulier mais principalement à éloigner le ballon, donc le danger. Si la relance est le début de la construction, le dégagement correspond au renoncement à la construction pour des raisons de sécurité (de peur de prendre le risque de perdre le ballon en zone dangereuse ou car il s’agit d’un geste défensif impérieux). On a aussi vu des gestes intermédiaires qualifiables d’interventions défensives avec relance intégrée car tout en repoussant le danger on effectue une passe totalement maîtrisée pour débuter la contre-attaque. Dans certains cas, elles entrent dans la catégorie des relances longues. Enfin, il y a le jeu long plus classique (ouvertures en profondeur et transversales) dont le PSG était coutumier – surtout Thiago Silva – à une époque, en particulier quand le style était la possession pour la possession (le 4-3-3 de Laurent Blanc imposé ensuite à Emery par Motta et Verratti), car le jeu stagnait, il n’y avait rien d’autre à faire pour éliminer les lignes adverses. Je n’en ai quasiment pas vu contre l’Atalanta, contrairement aux autres types de jeu long.

Je n’ai aucun souvenir d’un PSG commençant une rencontre en jouant long 10 fois (dont 3 dégagements) en moins de 9 minutes pour ressortir le ballon de ses 30 derniers mètres. D’habitude, on n’atteint pas forcément ce total au coup de sifflet final ! Les Parisiens ont même pour fâcheuse manie de souvent prendre trop de risques en voulant absolument relancer au sol quitte à tenter le Diable dans leurs 25 mètres quand la situation impose de dégager. L’absence de Verratti n’explique pas tout.

En première période, on a vu :
-13 relances longues sans pression (12 de Navas, une de Kimpembe), pour 8 ballons rendus directement (touché ou non par son destinataire) contre 5 récupérés ;
-5 relances longues en ayant un adversaire en approche ou à proximité immédiate (2 de Kimpembe, 1 de Navas, un d’Herrera et de Thiago Silva, ces 2 derniers cas sont des interventions défensives avec relance intégrée), pour 4 ballons arrivés et 1 seul perdu ;
-5 longs dégagements vers l’avant en espérant qu’un coéquipier puisse être à la retombée (2 de Kimpembe, les autres par Herrera, Bernat et Kehrer), 4 ballons rendus, 1 récupéré ;
-2 dégagements en touche sans se poser de question (Kimpembe, Thiago Silva) dans des situations où d’ordinaire on voit régulièrement la défense parisienne prendre des risques.

En seconde période, le jeu long a presque disparu côté PSG (l’Atalanta en a au contraire fait énormément, surtout pour relâcher la pression). Tout compris (sans se limiter à la relance, aussi dans la construction), on n’en a vu que 7 fois dont seulement 3 après l’entrée d’Mbappé (un dégagement d’Herrera, une ouverture de Paredes libre de tout marquage et une transversale ratée du même homme, cette fois pressé). Navas n’a plus effectué qu’une de ces relances (sous pression) au tout début.

Si c’était une tactique voulue, elle défiait toute logique, l’équipe ne comprenant aucun joueur de type Lukaku, Giroud, Crouch ou autre pivot puissant et dominant capable de dévier de la tête ou de jouer en remises en s’imposant très régulièrement dans les airs. En réalité, bien sûr que c’était voulu… mais surtout par les Italiens. Pourquoi le PSG aurait-il prévu de jouer de cette façon ? Pour éliminer le pressing des attaquants et milieux adverses ? En pratique, ces derniers avançaient, ils venaient se placer pour gêner la relance courte… tout en laissant Navas totalement libre et tranquille afin de l’inciter à relancer long (Zapata et Pasalic allaient sur Thiago Silva et Kimpembe, Gomez restait sur Marquinhos). Tout le monde le sait, depuis des années, au PSG, on ne dégage qu’en dernier recours et on relance court au pied de façon presque systématique. Gasperini a prévu quelque chose pour obliger les Parisiens à faire autrement (après les 9 premières minutes, ça s’est raréfié avec 4 occurrences en un quart d’heure, ce qui correspond à la période au cours de laquelle le PSG essayait de jouer au ballon). Le Costaricien n’avait pas d’autre solution que d’allonger, alors il l’a fait encore et encore, certainement beaucoup plus que prévu (d’ailleurs sa blessure à la cuisse est très probablement liée à cette répétition d’un geste de frappe qu’il effectue rarement en temps normal). Il essayait de jouer long tendu, limite au sol, pour trouver Neymar dans les pieds. Lorsqu’il s’agissait de balancer en hauteur, c’était cadeau pour l’Atalanta la plupart du temps. Les probabilités de succès augmentaient grandement en cherchant une poitrine ou plus bas, et surtout en ne visant pas trop loin. Il a donc fallu s’adapter. C’est ainsi que la quasi-totalité des fois où les Parisiens (Neymar ou Icardi) ont récupéré le ballon en allongeant, ils se trouvaient dans une bande de 10 mètres devant la ligne médiane… dans leur camp. Soit un gain de terrain très limité, il restait beaucoup de chemin à effectuer pour arriver en zone dangereuse et les adversaires avaient le temps de se replier.

(En outre, dans les situations où un Parisiens était trouvé au milieu – forcément dos au but – sans avoir de solution immédiate pour lâcher le ballon en 1 ou 2 touches, il se retrouvait pris en tenailles par plusieurs adversaires et le perdait ou au mieux provoquait une faute, ceci permettant à l’Atalanta de se replacer, donc d’annihiler tout l’avantage recherché en sautant cette ligne.)

Ce qui nous conduit au second point. Car si on récupère le ballon au milieu en ayant éliminé quelques adversaires placés en position très avancée, que fait-on ensuite ?

=: La recherche de la profondeur sur les côtés.
Les Parisiens ont aisément pu percer la défense bergamasque les trop rares fois où ils ont vite joué vers l’avant, à savoir en 2 ou 3 passes en une touche ou avec une remise suite à des ballons récupérés dans leur camp (voire dans leur surface). Seulement, comme le bloc défensif était très reculé et l’équipe coupée en 2, notamment dans les situations décrites précédemment, il s’agissait de raids solitaires ou de contre-attaques à 2 pour… 4 à 8 adversaires (hormis sur l’occasion de Neymar à la 3e minute où la défense avait des allures de mer Rouge devant Moïse). Au mieux, ça pouvait se terminer par l’obtention d’un CPA, sinon il s’agissait d’une perte de balle.

L’illustration parfaite est l’action déjà évoquée et illustrée dans le récit de la rencontre avec des captures d’écran. Je la propose de nouveau ici. La caricature du jeu du PSG contre l'Atalanta.

J’imagine qu’en allongeant en première période, l’intention était d’éliminer un maximum d’adversaires en une passe avec éventuellement un relais ou une remise pour enchaîner très vite en profondeur. Cette stratégie a fonctionné à plusieurs reprises. Seulement, sans Mbappé, ça pouvait très difficilement s’avérer efficace. Car si réellement l’intention était d’aspirer le bloc adverse pour créer des espaces dans son dos et sauter une ligne ou deux, ça voulait aussi dire sauter le milieu parisien pour directement toucher les 3 offensifs isolés devant. Donc ne compter sur aucun soutien de la part de Gueye et d’Herrera (a fortiori de Marquinhos, Bernat et Kehrer). Marquinhos l’a même expliqué après le match, les consignes données étaient de trouver très rapidement les attaquants dès la récupération du ballon car «l’Atalanta effectue un bon pressing et joue le 1 contre 1 en défense» et que les milieux parisiens ont reculé volontairement pour libérer la zone – sous-entendu en attirant à eux les Italiens – afin qu’il ne reste que les défenseurs derrière.

Bien sûr, ça ne pouvait pas fonctionner. On se heurtait au problème évident des caractéristiques des joueurs offensifs.

Si les 2 cibles, Icardi et Neymar, ont plutôt fait un bon travail à la réception du jeu long, ceci dans les limites de leurs capacités physiques (ils se faisaient tout de même bien bouger et n’ont pu s’emparer du ballon que dans environ 40% des cas), les ennuis survenaient ensuite. En effet, dans la mesure où ces actions comprenaient toujours une remise ou une passe en profondeur effectuée depuis le camp parisien, au moins un des 3 se situait dans cette zone au début de l’action et devait effectuer un sprint de plus de 50 mètres pour venir proposer une solution dans la surface. Voire les 2 en plus de celui lancé en profondeur qui, forcément, devait aussi se farcir un gros sprint… Or si au sein du trio, Neymar et Sarabia sont rapides et capables de déborder, d’éliminer, de centrer et bien sûr de frapper au but si l’angle le permet, Icardi n’est pas fait pour ces c*nneries ! Il a besoin d’une équipe qui l’alimente, qui centre, qui squatte dans la surface. Qui centre au PSG ? Pas les latéraux (je le rappel, Bernat et Kehrer ont tenté un centre chacun dans le match), pas Neymar s’il est dans l’axe, pas les milieux contraints de rester en position très reculée, pas… Icardi, qui ne pourrait de toute façon pas être à la réception de ses propres centres. Il ne reste qu’Mbappé, et bien sûr Di Maria QUAND IL JOUE A GAUCHE (donc pas quand il est suspendu^^).

  • Un entraîneur peut se tromper, même si Tuchel s’est trompé dans des proportions absurdes. L’important est de savoir effectuer des ajustements et des changements en cours de match à la fois efficaces, pertinents et aux moments adéquats (en l’occurrence, sans attendre si tardivement).

On l’a compris, pour mettre en place cette organisation ridicule, Tuchel a manifestement pris Icardi pour Cavani et Sarabia pour Mbappé. Du moins je ne vois pas d’autre explication. Ceci expliquerait pourquoi il a sorti Sarabia pour le remplacer poste pour poste par Mbappé. Il l’a donc fait à un moment où le PSG était mené au score et totalement englué dans ce néant imposé par les choix de l’entraîneur allemand.

L’erreur n°1 était identifiée avant la rencontre : ne pas avoir fait débuter Mbappé. En cas de retour de blessure musculaire, on aurait pu craindre une rechute, ce qui aurait justifié de ne pas le faire débuter. Pour une entorse, le risque de rechute n’est a priori pas lié à la fatigue. Du moins, depuis plus de 20 ans que je suis assidument tout un tas de sports, je n’ai jamais entendu d’une rechute d’entorse en raison de la fatigue, elle peut survenir s’il y a une fragilité (donc si elle n’est que partiellement soignée ou si le joueur a déjà forcé plusieurs fois dessus suite à de précédentes blessures mal soignées), en cas de nouveau coup ou mauvais appui (en basket c’est souvent en marchant sur le pied d’un autre joueur, en tennis avec un appui qui se bloque en glissant, etc.). Mbappé pouvait clairement commencer ce match. Ne me parlez pas de manque de rythme, il était de très loin le plus en forme du groupe avant de se blesser et n’a manqué que 2 semaines au cours desquelles il a conservé une activité physique, notamment en piscine, et a sans doute effectué des exercices pour entretenir le cardio. Ce ne sont pas 2 semaines passées en restant allongé toute la journée ou 4 mois avec une jambe immobilisée dont les muscles auraient fondu !

Vouloir garder son joueur le plus important – oui, même Neymar est plus remplaçable qu’Mbappé, qui n’a pas d’équivalent DANS LE MONDE – pour la dernière demi-heure avec en sous-entendu qu’on n’aura peut-être même pas besoin de l’utiliser, c’est le pire des messages à envoyer. En agissant ainsi, vous montrez à tout le monde un complexe de supériorité. Vous indiquez penser pouvoir battre cet adversaire sans votre homme clé et ne le faire entrer que pour préparer la demi-finale. Ça motive les adversaires, qui de surcroît sont rassurés par l’absence de l’attaquant le plus craint sur cette planète après Messi, ça met dans la tête de vos propres joueurs que ça va être facile. Je le rappelle, il s’agit d’un quart de finale de LdC sur UN SEUL MATCH, donc sans droit à l’erreur et avec une possible prolongation. On ne peut le prendre comme l’aller d’une double confrontation avec au pire un 2nd match pour se refaire en cas de souci. Ni comme le retour après avoir pris l’avantage à l’aller. Là, Tuchel a décidé de se priver d’Mbappé pendant 60 minutes sur 90 en étant manifestement persuadé de ne pas en jouer 120, donc de se qualifier avant une éventuelle prolongation. Si ça se passait mal, avant le changement prévu, il restait seulement 30 minutes pour s’en sortir.

Paradoxalement, en montrant qu’il se voyait plus beau qu’il ne l’est réellement, il a donné de l’espoir et des munitions à l’Atalanta : pourquoi vouloir s’adapter aux points forts de l’adversaire au lieu de s’appuyer sur ses propres forces qui correspondait parfaitement aux faiblesses de ses adversaires ? Cette façon de procéder révèle un trouble psychologique méritant une étude clinique. Guardiola et Simeone ont commis exactement la même erreur contre l’OL et Leipzig, ça leur a coûté la qualification. Tuchel, lui, a eu plus de chance. Car il a eu beaucoup de chance. Même avec Mbappé sur les 30 dernières minutes, ça a bien failli se finir en cauchemar. Faire débuter Mbappé face à une équipe qu’il terrorise en l’entourant de coéquipiers frais et en confiance utilisés dans leur meilleur rôle ou le faire entrer pour finir le match avec des partenaires fatigués face à une équipe qui mène au score et est prête à tout pour conserver le résultat (multiplier les ruses pour casser le rythme et gagner du temps, garer le bus, etc.), ça n’a rien à voir.

J’en étais convaincu et je ne cessais de le répéter, il fallait entamer cette rencontre en appliquant une tactique militaire allemande bien connue, le Blitzkrieg (guerre éclair). En gros, appliqué au football, ça signifie déployer d’entrée toutes ses forces pour détruire complètement l’adversaire très rapidement et pouvoir gérer ensuite. Le Bayern l’a fait contre le Barça, quitte à s’exposer à des contres. On a vu le résultat. Un carnage. Avec le duo Ky-Ney dès le début, comment l’Atalanta aurait-elle pu résister longtemps ? Ses défenseurs centraux ressemblent à des tracteurs de 1955 restés depuis 15 ans au fond d’une vieille grande au toit percé. Jamais ils n’auraient pu arrêter des requins tigres affamés avec un filet à papillons ! L’Atalanta aurait explosé comme du pop-corn, aurait atteint la mi-temps menée de 2 ou 3 buts et peut-être même réduite à 10 suite à un tirage de maillot grossier ou un plaquage sur Mbappé lancé au but. Kyky serait alors sorti à la mi-temps, au plus tard à la 55e, se serait assis dans les tribunes avec un de ces grands gobelets en cartons rempli du popcorn ramassé sur le terrain. Il se serait régalé devant le spectacle macabre de Neymar, Icardi, Sarabia puis Choupo et Kalimuendo transformant en lambeaux les restes de l’invité surprise de ces quarts de finale.

La différence avec ou sans Mbappé est folle. Sans lui, on a dû voir 6, peut-être 7 tirs en 60 minutes, le gardien remplaçant – un gardien remplaçant, il faut le tester en l’allumant encore et encore, en mettant des ballons dans la surface pour voir s’il sort, pour tenter de lui faire commettre des erreurs ! – n’a pas eu une véritable parade à effectuer avant la 73e. A vrai dire, il était le spectateur le mieux placé au monde pour assister à la qualification de son équipe. Sportiello a vraiment dû y croire. Avec Mbappé, c’est 9 ou 10 tirs dont 5 cadrés en une grosse demi-heure. Il a tout de même fallu attendre la 80e pour vraiment que tout le monde s’y mette. 7 tirs en 12 minutes TAC… Ces stats reflètent l’état d’esprit et la volonté offensive des Parisiens. Quand ils n’attaquaient pas réellement ou très mal et ne tentaient rien, les tirs se faisaient rares. Quand ils ont vraiment décidé d’aller au charbon, de mettre la pression, quand ils ont cherché à provoquer le sort après avoir longtemps attendu qu’il s’acharne sur eux, les tirs se sont multipliés.

Faire preuve d’un très imprudent excès de prudence en débutant avec Mbappé sur le banc, je peux le concevoir à défaut de le cautionner, notamment parce que je craignais le scénario du match allongé de 30 minutes. La finale de la Coupe de la Ligue a déjà fait pas mal de dégâts physiquement, on aurait remis ça avec des blessures de joueurs déjà fragilisés. Crampes, petites lésions musculaires qui s’aggravent… On a bien failli ne pas échapper à ça parce que Tuchel a réagi comme prévu au lieu de s’adapter. Tu es mené à la mi-temps dans un match couperet où ton équipe est catastrophique, tu as Mbappé prêt sur le banc, tu avais prévu une entrée à l’heure de jeu, tant pis, tu t’adaptes, tu le fais s’échauffer à la mi-temps, il entre dès la reprise, il y a urgence. Si jamais la situation évolue rapidement et le permet, il finira la rencontre en roue libre, en s’économisant, ce n’est pas bien grave. Mais si tu réagis trop tard et que tu ne peux qu’arracher une prolongation très dangereuse physiquement ou pire, que ton équipe se fait sortir (un gardien en feu, de la maladresse devant le but, de la malchance, un mauvais coup de sifflet), tout le monde t’en voudra jusqu’à la fin des temps, toi le premier. On n’est pas passé bien loin du désastre. J’aurais moi-même aiguisé le couperet de la guillotine. Avec une demi-finale contre Leipzig sans Werner, il est impensable de ne pas jouer la finale dimanche. Je crains donc que Tuchel ne reste. Je rêve toujours de voir Mauricio Pochettino le remplacer au plus vite. Lui, il sait construire une équipe et faire surperformer ses joueurs, les faire progresser, il a de véritables idées tactiques, et même si on ne gagne pas forcément tous les matchs, au moins, on ne s’ennuie pas, on voit du football.

Pendant ses 6 premiers mois au PSG, Tuchel était encensé. Sa marque de fabrique, la capacité à tout changer tactiquement à la mi-temps quand il comprenait s’être trompé dans ses plans initiaux, a fini dans le placard des vieux souvenirs exposés au Musée du Parc des Princes pour les 50 ans – est-il seulement ouvert en ce moment ? – avec l’espèce de pull sans manches porté par Anelka lors de sa présentation à son retour en 2000, le contrat d’Hakan Yakin, les crampons de Momo Sissoko (toujours couverts du sang et des morceaux de tibias de ses victimes) ou encore la "rivalité" avec le Matra Racing. Si je n’avais pas commencé avec Mbappé, j’aurais aligné les mêmes joueurs que lui hormis Kehrer (je préfère Dagba, à peine meilleur offensivement mais surtout beaucoup plus fiable défensivement, on sait par avance qu’il ne tentera rien de suicidaire et ne s’endormira pas au volant), ce qui est presque un détail. Il a choisi Herrera et Gueye pour leur activité, leur capacité à courir beaucoup plus qu’un Paredes. Il l’a expliqué lui-même. Mais alors pourquoi leur donner ces consignes ? Devant, avec Neymar à gauche, Sarabia à droite et Icardi dans l’axe, on aurait beaucoup gagné en cohérence : 4-3-3 classique, tout le monde connaît son job, Neymar conserve pas mal de liberté. Les rôles donnés à Sarabia et Icardi dans son 4-1-2-1-2 les rendaient presque inopérants, cette mascarade ayant semble-t-il pour unique but de maximiser l’utilisation des qualités de Neymar. Oui, c’est certain, Neymar a brillé… en tant que soliste. Car cette configuration faisait inexorablement de lui un soliste. Il n’avait pratiquement personne à décaler, personne avec qui combiner, il pouvait tout juste lancer un Sarabia au casse-pipe sur le côté gauche. Tuchel a annihilé la notion d’équipe pour tirer 92% de Neymar au lieu de 85%, il a sacrifié tous les autres. On a vu maximum 30% de ce dont sont capables Icardi et Sarabia, 20% d’Herrera. Ky-Ney__le_Gotrunks_du_football.jpg (Avec Mbappé et un Cavani en forme plus des latéraux de grande qualité, si le club en possédait, on aurait vu 120% de Neymar et d’Mbappé – son association avec Mbappé décuple ses pouvoir, il y a «fuuuuuuuuuuuu-sion» comme Goten et Trunks… Ky-Ney, c’est Gotrunks en version football – et 100% de Cavani. Seulement les joueurs ne sont pas interchangeables s’ils n’ont pas les mêmes qualités.

Après quelques minutes, on savait ce qui ne fonctionnait pas, puis à partir de la 27e, on savait qu’en plus, il allait désormais falloir courir après le score. L’ancien Tuchel aurait tout modifié au bout de 10, 27 ou au pire 45 minutes pour revenir aux bases (le 4-3-3 avec Icardi dans l’axe, ou même le 4-2-2-2 avec Mbappé, voire un 4-2-3-1 qui ressemble beaucoup à ce 4-2-2-2, demander à ses milieux d’aller chercher les Italiens au lieu de les laisser venir mais aussi de monter au soutien sur les contre-attaques, etc.). Il n’a rien changé. Allez, si, je vous l’accorde, une dizaine de minute après l’entrée d’Mbappé, l’idée lui est venue de changer les deux n°8 usés par 60 minutes de courses dans le vide. Alors il a remplacé Gueye par Paredes, libéré du pressing par l’effet Kyky, et a ressorti le fantôme de Draxler du fameux placard à souvenirs. Mais pardi, c’est vrai, on avait un autre champion du monde sur le banc ! Ou plutôt son ombre. La fermeture des lieux de fête pendant des mois semble avoir fait du bien à Verratti, en revanche on n’a toujours pas retrouvé Draxler. La rumeur dit qu’il était confiné dans une boîte de nuit… Bref. L’entrée de Rico ne relève pas d’un choix, en revanche, Choupo à la place d’Icardi, il fallait y penser. Mettez-vous dans la tête de Tuchel : il ne me restera plus de changement après la sortie contrainte de Navas, je suis en passe de subir une élimination grotesque 100% par ma faute, je dois faire entrer un attaquant tout de suite. Sur le banc j’ai Choupo et des jeunes que, par principe, je n’utilise qu’en cas d’hécatombe doublée d’une épidémie… Il ne me reste donc que Choupo. Je tente le coup. A la place de qui ? D’un défenseur inutile style Kehrer ? Non voyons. Allez, ce sera Icardi, à qui j’ai retourné le cerveau et détruit la confiance en soi en le faisant trimer 79 minutes sur la droite. Donc on va rester en 4-3-3, Choupo remplace Icardi poste pour poste.

Mais quel génie !!!

Je l’avoue, je suis assez fasciné par ce "coaching". Il s’agit d’un des plus grands tours de magie créés au XXIe siècle. Il s’est mis lui-même dans la m*rde jusqu’au cou, à un moment il est obligé de tenter le tout pour le tout, pour s’en sortir il ne peut faire appel qu’à des enfants ou à François Pignon… et François Pignon lui sauve la mise. Je soupçonne Francis Veber d'avoir écrit ce scénario. Rendez-vous compte qu’un entraîneur normal, dans cette situation, aurait probablement sorti son n°6 pour mettre un 4e attaquant, se privant ainsi de l’égalisation de Marquinhos. Bon, au PSG, le n°6 du jour étant Marquinhos, dont le poids n’est pas celui d’un quidam, Tuchel ne pouvait le sortir, au pire il serait passé à 3 derrière en dégageant un des autres milieux… seulement les 2 venaient d’être remplacés. Ou alors un latéral. Comme Tuchel n’est pas au courant que Marquinhos peut jouer latéral droit, il n’avait aucune option hormis sortir sa victime, Icardi.

Choupo n’est pas n’importe qui, Tuchel l’a fait venir pour bouffer le temps de jeu dont auraient dû bénéficier les Titis, il l’a très peu utilisé lors de la 2nde saison, ne l’avait pas conservé sur la liste UEFA, il ne devait pas prolonger pour les finales de coupes et le Final 8, une série de concours de circonstances a fait qu’il est revenu puis s’est retrouvé en situation de remplaçant susceptible de jouer. On peut difficilement le qualifier d’homme de confiance de l’entraîneur… Néanmoins, Choupo a marqué lors de la préparation, il l’a encore fait contre Sochaux. Il a un secret bien gardé : il est très fort l’été. Je ne sais pas si "fort" est le mot juste, néanmoins, cher lecteur, souviens-toi l’été dernier, il avait marqué à Metz et 2 fois contre Toulouse dont un numéro absolument hallucinant. Ses 3 seuls buts de la saison contre des équipes de Ligue 1.

S’il existe un dictionnaire dans lequel génie est synonyme de chance, alors oui, Tuchel a réussi un coup de génie. Un coup de génie intersidéral…

  • Evaluons désormais les performances parisiennes.

Je vais commencer par la performance collective, celle qui mesure le mieux l’effort fourni et permet d’en savoir un peu plus sur la forme de l’équipe. Il s’agir de la distance parcourue (stat fournie par l’UEFA). Vous allez voir, ça fait mal à la tête. En quarts de finale, dans les rencontres évoquées au tout début, titulaires et remplaçant compris, les joueurs du Barça ont couru – ou plutôt marché – un total de 98,3km. C’est GROTESQUE. City, avec 67% de possession, est à 105,7km (640 passes à 255… défaite 1-3). Le Bayern, 107,6km (pour seulement 461 passes, moins que le Barça, et 51% de possession… à la fin ça fait 8-2 avec 26 tirs – dont 13 cadrés – à 7… vous comprenez que les stats de la possession et du nombre de passes ne servent à rien). L’Atalanta 108,2km, une somme pas très importante au final pour une équipe réputée très coureuse (sans doute à cause du rythme très haché). Lyon, 114,8km (après 113,4 à Turin), preuve de l’intérêt de reprendre tôt pour effectuer une véritable préparation foncière. L’Atlético et Leipzig sont au-dessus du lot, respectivement 115,9 et 115,6km.

Et le PSG dans tout ça ? 104,9km. En ayant été mené au score 64 minutes. On ne peut même pas parler de gestion d’efforts due à la gestion du résultat. Le choix délibéré de n’effectuer aucune préparation physique de pré-saison me fait peur, tant à très court terme qu’à moyen terme. Le staff semble avoir tout misé sur la fraîcheur en vue de Final 8 sans penser à la saison. Il ne faudrait pas trainer ce choix comme un boulet pendant des mois. D’autant qu’on l’a vu, en finale de CdF contre l’ASSE, un PSG à 11 contre 10 pendant plus d’une heure donnait l’impression d’être à 10 contre 11, puis il s’est fait dominer physiquement par l’OL en finale de CdL, et contre l’Atalanta, c’est pareil, les Italiens étaient supérieurs, ils ont à peine moins couru en 2nde période (ils en étaient à 54,27km à la mi-temps contre 52,13 pour le PSG) mais ont encore eu plus d’activité en 2nde période malgré leur décision de beaucoup reculer à l’entrée d’Mbappé. La fraîcheur physique supposée des Parisiens et la fatiguée prêtée aux Bergamasques en fin de rencontre relèvent plus du mythe que de la réalité. En revanche, on peut s’en inquiéter, Leipzig a bien profité du mois de juillet pour se régénéré après avoir fini son championnat cramé. Habitués à multiplier les courses, les joueurs du RB ont un niveau physique bien supérieur actuellement à celui du PSG, dont le record en LdC cette saison n’est que de 108,3km (contre Dortmund au retour). En règle générale, le PSG n'a pas un gros volume de courses[2].

Individuellement désormais.

Navas : très présent en début de rencontre, il a sauvé la maison 2 ou 3 fois. Il a touché énormément de fois le ballon… au pied. Manifestement, Gasperini voulait profiter de sa qualité très moyenne au pied. N’étant pas du tout pressé, il a pu trouver plusieurs fois Neymar ou Icardi, a aussi rendu des ballons. Il se blesse probablement à cause de ces trop nombreuses passes longues auxquelle n’est pas habituée sa cuisse.

Kimpembe : malheureux sur le but encaissé où il intervient pourtant bien, il a fait un match de patron avec un engagement impressionnant, une très bonne lecture du jeu, une grande qualité à la relance. Totalement dans la lignée de sa démonstration face à Dortmund.

Thiago Silva : cette fois on ne peut pas lui mettre sur le dos la responsabilité d’avoir tiré toute son équipe en arrière. C’était la consigne de l’entraîneur. Il a globalement réussi sa prestation.

Kehrer : pendant le replay, j’ai constaté que ma première impression était la bonne. Il ne sert à rien. Offensivement, le néant. Défensivement, il restait très loin de Gosens, habituellement très actif sur son aile, mais ça jouait très peu de son côté.

Bernat : invisible pendant une heure et pas aidé par cette désorganisation défensive à l’image du but encaissé, une des actions où il a suivi un joueur parce que personne ne le prenait. Après l’entrée d’Mbappé, quand le bloc a pu remonter, il a essayé de se montrer devant. Je m’attendais à bien pire d’un joueur n’ayant pas joué un véritable match depuis 5 mois.

Marquinhos : très compliqué de se placer correctement, de se débrouiller dos au jeu… mais je ne lui reproche rien, il s’est démené, a couru partout en se sacrifiant pour l’équipe. Il égalise, ça récompense ses efforts.

Gueye : pas à la fête dans un rôle uniquement défensif où il subissait aussi la désorganisation et les consignes de l’entraîneur. Ça ne donne pas un bon match, plutôt un mauvais.

Herrera : totalement gâché par Tuchel alors qu'il a montré beaucoup de qualités et une forme très intéressante depuis la reprise.

Neymar : fabuleux en soliste magnifique pendant 90 minutes moins sa phase de récupération d’un bon quart d’heure après l’entrée d’Mbappé… même si totalement inefficace faute de finir ses actions. Pas facile de jouer à 1 contre 11, d'éliminer tout le monde et d'être encore lucide pour conclure. Décisif sur les 2 buts en version collective.

Sarabia : sacrifié sur l’autel de la lubie tuchelienne. Je l’ai senti se perdre progressivement. C’était dans la tête. Tu fais des sprints de fou sur ton aile pour te retrouver systématiquement sans solution à l’arrivée, on te demande en plus de défendre. Et quand la fête commence, on te fait sortir de la salle pour laisser la place au gars qui apporte le champagne. Pouvait-il ne pas être nul ? Très difficilement. (J’ajoute qu’avec un autre statut aux yeux des arbitres, il aurait obtenu 2 ou 3 CPA intéressants.)

Icardi : remarquable. Dans ce rôle totalement à contremploi, on l’a vu se battre, décrocher encore et encore pour respecter les consignes, se taper des courses vouées à l’échec parce que c’est ce que lui demandait son entraîneur. Un autre sacrifié. Vivement qu’il marque… mais pour ça, il aura besoin d’être servi.

Les remplaçants : Mbappé a tout changé comme – trop – attendu. Paredes a encore commis des fautes inutiles qui auraient pu coûter cher, notamment en temps quand l’Atalanta cherchait à en gagner, mais il a aussi réussi 2 passes en profondeur, profitant du très gros relâchement de la pression italienne au milieu due à l’entrée du Kyky. Draxler a fait une entrée à la Draxler. Aussi brillant que le soleil en pleine nuit. Rico n’a rien eu à faire. Choupo a eu le mérite d’essayer, ça a fonctionné.



En reproduisant un plan de jeu aussi bidon contre Leipzig, équipe capable de multiplier les efforts, le PSG provoquerait à sa propre perte. Heureusement, Mbappé sera titulaire et Di Maria revient de suspension. Je ne suis pas du tout fan de Di Maria, seulement actuellement il offre ce que personne d’autre n’offre : une qualité de centre. Raison pour laquelle j’opterais pour un 4-2-3-1 avec Di Maria à gauche, Mbappé à droite et Neymar en 10 derrière Icardi. Le PSG doit jouer sur ses forces ! Contre l’Atalanta, la stratégie était d’avoir une équipe coupée en 2. On n’attendra pas plus d’apport des latéraux face aux Allemands, il faut donc compter sur les 3 autres offensifs pour servir Icardi… à condition qu’il joue. Ce sera avec Rico, en qui ne n’ai aucune confiance, la défense n’aura certainement pas évolué, Marquinhos sera toujours là. Qui Tuchel mettra-t-il à côté de lui ? Je laisserais Herrera, seul à pouvoir courir ET faire quelque chose du ballon sans se faire totalement bouffer par le pressing adverse, à moins que Gueye ne soit à 100%, ce qui ne semble pas le cas, sa cuisse ayant subi les conséquences de ces joutes mal préparées.

Avant de penser à affronter le Bayern en finale – même en 2020, l’année où plus rien n’étonne personne, je n’imagine pas une seconde l’OL capable de réussir un nouvel exploit contre une équipe avertie et menée par un entraîneur pas totalement perché – il faut sortir Leipzig. Le PSG serait bien inspiré de la jouer version Blitzkrieg histoire de pouvoir ensuite préserver des forces pour terminer sa coupe d’Allemagne dès dimanche.

Pour une fois que le club a eu de la chance au tirage – Dortmund, Atalanta, Leipzig, il y a 2 ou 3 ans ça ressemblait à un parcours pour atteindre la finale de l’Europa League – et ne se fait pas plomber par l’arbitrage, ce serait terrible de se rater ! Je n’ose même pas l’envisager. On trouvera ensuite le temps de se souvenir de comment le PSG a pu avancer jusqu’à ce stade de la compétition en faisant 2 vrais bons matchs, 3 catastrophiques, 3 à peine corrects (et un amical)…

Notes

[1] Ces mythes ne sont pas liés, les mots se ressemblent, alors ne nous privons pas.

[2] Déjà 104,9km à Dortmund et à Galatasaray, 105 lors de l'amical contre Galatasaray, 105,5 à Madrid, 105,9 contre Bruges au Parc 104,5 en Belgique, 104,3 lors de la réception du Real, qui lui n'avait pas atteint les 101km.