Les 3 prochaines semaines apporteront les réponses à de nombreuses questions.

Accès très limité aux ascensions, aucun contact entre le public et les coureurs avant et après les étapes, épreuve lancée au moment de la rentrée (normalement, le grand départ correspond à celui des premiers départs en vacances, cette année, il s’agit du week-end des retours de vacances), obligation d’être masqué si on vient au bord de la route… La ferveur populaire sera-t-elle malgré tout au rendez-vous ?

Sportivement, pourra-t-on assister à une belle course ? On se le demande compte tenu de toutes les particularités de cette saison relancée à peine un mois avant le départ du Tour qui, lui, sera suivi par le Giro puis par la Vuelta, le tout avec un tas de classiques casées dans un calendrier très serré mais sans championnats du monde, annulés par la Suisse. Ça joue donc sur la forme des coureurs, la préparation des équipes, leur composition. D’où une incertitude quasi-absolue même si le nom de quelques favoris se dégage.

Le Tour pourra-t-il se terminer ? Qui survivre verra. Avec 30 membres autorisés dans la bulle de chaque équipe, les 30 bulles se juxtaposant et se mélangeant au sein du peloton, on peut craindre des cas de Covid-19. Or le gouvernement a refusé de modifier le protocole sanitaire très strict voulant qu’à partir de 2 cas détectés dans une équipe, celle-ci serait entièrement éjectée, même si les cas ne concernent aucun coureur mais seulement des employés rarement ou pas du tout en contact direct avec eux (par exemple des mécanos). Imaginez que Thibaut Pinot soit solide leader avec 4’ d’avance à 2 jours de l’arrivée et qu’un mécano plus le chauffeur du bus soient diagnostiqués positifs… J’espère que tout le monde portera bien son masque pour éviter que le Tour tourne à la mascarade, car si la Groupama-FDJ se fait sortir du Tour pour cette raison à cause de cette décision de je ne sais quel ministre, je vous jure, je lance une nouvelle révolution française pour renverser le Gouvernement !

Un Français finira-t-il par porter ce foutu maillot jaune sur le podium à Paris ?

Les deux premières étapes, deux boucles ayant Nice pour départ et arrivée, ont planté le décor d’un Tour s’annonçant très dur.

Etape 1

  • Etape 1 : à Nice, ça glisse… (Francky Vincent cover).

De Nice (moyen pays) à Nice, 156km.
Hors-délais : John Degenkolb (LTS)

Fin juin, on aurait certainement eu droit à un grand soleil et de fortes chaleurs. Fin août, on a eu de la grisaille et des risques d’averses. On craignait la pluie dans les descentes dangereuses de cette boucle passant dans l’arrière-pays niçois, ville de départ et d’arrivée. On avait raison. Et pas seulement dans les descentes. Tout le monde s’attendait à la pluie, aux routes glissantes, les pneus étaient choisis et gonflés en conséquence, pourtant ça n’a pas empêché un nombre incroyable de chutes. Partout. Dans tous les sens. Toute cette eau sur une route sale car pas lavée faute de pluie pendant des semaines, c’est une catastrophe : les hydrocarbures (huile, essence, gomme) qui se répandent sur la route avec le passage des voitures ressortent du bitume, ça fait une couche aussi glissante que du verglas (on parle ainsi de verglas d’été). Impossible de contrôler son vélo. A fortiori sur les bandes blanches.

On commençait par 2 boucles du circuit utilisé pour La Course by Le Tour avant d’en emprunter une plus longue.

Sans surprise, on a assisté à une attaque dès le départ réel. Malgré des côtes de 3e catégorie (la même franchie 2 fois), il s’agissait d’une étape classée pour sprinteurs. Un trio a obtenu un bon de sortie. Cyril Gautier (BVC), Michael Schär (CCC), Fabien Grellier (TDE) n’ont vraiment pas eu besoin de forcer pour obtenir l’avance syndicale – 2 à 3 minutes – laissée par les équipes de sprinteurs aux échappés dans ce type d’étapes.

Les premières gouttes sont tombées après moins d’un quart d’heure de course. Tout le monde prenait donc un minimum de risques dans les descentes. C’est lors du premier retour sur la Promenade des Anglais à la fin de la première boucle, donc à un moment absolument pas dangereux en temps normal, que s’est produite la première chute. Elle a concerné un nombre assez important de coureurs, dont Sam Bennett (DQS) ou encore Jasper de Buyst (LTS) même si, a priori, personne n’avait réellement morflé. Néanmoins certains sont allés à la voiture médicale, notamment Ben Hermans (ISN) et Domenico Pozzovivo (NTT) semble-t-il touché au poignet.

Grellier a bien su anticiper pour passer en tête au premier passage de la Côte de Rimiez qui comptait pour le classement du meilleur grimpeur. Il a donc pris les 2 premiers points. Gautier, qui espérait décrocher le maillot à pois pour la première de son équipe B&B-Vital Concept sur le Tour de France, en a pris un.

Quelques minutes plus tard, victimes de la chaussée patinoire et d’un rétrécissement de la route, on a assisté à une nouvelle chute impliquant Pavel Sivakov (INS), sévèrement touché, Benoit Cosnefroy et Pierre Latour (ALM), Omar Freile (AST), Fabio Aru (UAD) ou encore Christophe Laporte et un partenaire de Cofidis.

Sans doute par crainte des accidents sous des trombes d’eau, les Jumbo-Visma ont alors décidé d’accélérer dans l’ascension pour se placer en tête du peloton. Evidemment, la marge du trio de tête a fondu, d’autant que les échappés ne prenaient pas de risque dans cette descente très technique rendue encore plus dangereuse par l’eau, les plaques et grilles d’égouts, parfois des bandes blanches. D’ailleurs, sans grande surprise, on a rapidement assisté à une chute vers la 10e position du peloton. 2 coureurs sont tombés sans gravité à l’entrée d’un virage Nairo Quintana (ARK) et Lukas Pöstlberger (BOH). Julian Alaphilippe (DQT) y a aussi eu droit un peu plus tard, le principal problème étant le retard au dépannage. Ça a duré un siècle. Impossible de retirer sa roue avant, il a dû changer de vélo. Cette descente se transformait en torrent, il était très difficile d’y garder l’équilibre. Après de multiples frayeurs, il a dû effectuer une poursuite individuelle pendant pas mal de kilomètres. Il a eu de la chance que le peloton se calme de nouveau une fois sur le plat. Tous les coureurs distancés en ont profité pour rentrer. On a aussi remarqué beaucoup de problèmes mécaniques et de changements de vélo. Alaphilippe a d’ailleurs dû effectuer une nouvelle chasse après avoir récupéré le sien. Il a bien galéré. Ça aurait pu être pire, il aurait pu lui arriver les mêmes problèmes que Sivakov, encore tombé un peu plus tard, cette fois sur le côté gauche en compagnie de Nikias Arndt (SUN).

Nouveau carton quelques minutes plus tard sur la Promenade des Anglais. Andrey Amador (INS) est allé au tas avec de nouveau un nombre assez important de coureurs, dont Ilnur Zakarin (CCC), Richie Porte (TFS), Mikel Nieve (MTS) – il a eu du mal à se relever – et beaucoup d’autres, soit tombés, soit retardés. Philippe Gilbert (LTS), Imanol Evriti (MOV) ou encore Kevin Ledanois (ARK) figureraient parmi les victimes de cette chute collective. C’est assez difficile à dire car pendant avec cette profusion de chutes, on ne sait pas forcément qui est tombé, et encore moins quand (certains ont chuté dans les descentes loin des caméras). D’autant qu’un autre carnage s’est produit quelques secondes plus tard à un peu plus loin avec cette fois Caleb Ewan (LTS), Robert Gesink (TLJ), encore Andrey Amador (INS), peut-être Marc Soler (MOV), Matej Mohoric (TBM), de nouveau Amador, voire Ledanois s’il n’était pas tombé juste avant. Cette fois, ils étaient au moins une dizaine dont certains partis dans les barrières.

Pendant toutes ces péripéties, Schär remportait le sprint intermédiaire en ayant attaqué ses co-échappés. Peter Sagan (BOH) a réglé le peloton sans avoir besoin de trop s’employer.

Ça devenait n’importe quoi, il y en avait partout, on ne savait pas qui était tombé quand, qui était retardé dans quel groupe.

Devant, on était sur le point de se faire reprendre, c’est pourquoi Gautier a relancé l’allure. Grellier, malgré l’ambition de s’emparer du maillot à pois, a renoncé. A Gautier d’en profiter. Malheureusement il s’est fait surprendre par l’attaque de Schärr et n’a jamais pu le rattraper. Passé 2e, le Français a pris un point, ça lui en a fait 2 comme pour chacun des 3 échappés du jour. Dans ce cas, il me semblait que ça se jouait en faveur du dernier passé en tête lors de l’ascension la mieux classée (en l’occurrence il s’agissait de deux fois la même). En l’occurrence, en faveur de Schär. En réalité, il le classement général doit être le critère subsidiaire entre les ex-aequo en points et en difficulté des sommets franchis en tête. Grellier a fini 55e, Schär 145e (Gautier 25e mais il est 3e car il n’est passé en tête d’aucune des difficultés). Grellier a pris le maillot.

Cet événement a mis un terme à l’échappée à près de 60km de l’arrivée.

A l’arrière du peloton, certains souffraient. Giacomo Nizzolo (NTT), manifestement victime de problèmes intestinaux depuis le début de l’étape, s’est de nouveau fait lâcher. On n’attendait pas une première étape aussi terrible avec autant de dégâts. C’était si dingue que Tony Martin (TJV) est monté en tête du peloton pour demander à tout le monde de se calmer avant la descente afin d’éviter un désastre. Entre les chutes et les autres problèmes, on avait déjà perdu un paquet de sprinteurs.

Le peloton s’est installé sur toute la largeur de la route pour neutraliser la course. Tout le monde semblait d’accord… sauf les Astana, décidés à faire la descente en tête en mettant la pression, même de façon relativement mesurée. Tout le monde se trouvait donc en file indienne, mais beaucoup au ralenti. Les Astana ont voulu jouer, peut-être pour chercher à provoquer la faute d’un adversaire au général… et l’ont payé, car Miguel Angel Lopez, en 3e position, a glissé de l’arrière. Il a perdu les pédales – au sens propre – et, au terme d’un numéro d’équilibriste, a fini dans un muret et un panneau. Perdre les pédales et tomber dans le panneau. Ce mec est un génie. Son vélo a pris cher, lui moins, car il a eu beaucoup de chance et a pu utiliser son casque pour se protéger. Il est reparti avec le vélo d’un équipier à qui il a fallu attendre sa voiture très longtemps pour un dépannage. Les autres équipes, Primoz Roglic (TJV) en tête, ont pris un malin plaisir à se porter à hauteur des Astana encore présents à l’avant histoire de leur rappeler que quand on joue avec le feu, on se brûle.

De nouveau au ralenti, le peloton a laissé rentrer à peu près tout le monde. Le scenario du sprint massif devenait plus que probable. Ce ralentissement général ne garantissait pas pour autant la sécurité de tout le monde. Certains mettaient pied à terre dans les virages. Bonne nouvelle, la pluie a cessé, la route n’ayant toutefois pas eu le temps de sécher. George Bennett (TJV), récent 2e du Tour de Lombardie, est alors tombé à petite vitesse – mais en tapant fort – lors d’un contact avec un Michelton-Scott qui s’en est mieux sorti que lui en parvenant à faire un tout-droit pour s’arrêter dans l’herbe derrière une voiture garée là. Sans doute d’autres sont-ils aussi tombés de façon plus discrète.

A moins de 25km de l’arrivée, ça ne roulait pas du tout. Je n’ai jamais vu ça lors d’une étape « normale ». Les trains des équipes de sprinteurs ont fini par se mettre en place, peut-être vexés d’être nargués par des TER en circulation au ralenti sur la voie de chemin de fer que longeait la route. Auparavant, Benoit Cosnefroy, tombé en cours d’étape, a tenté sa chance en attaquant à une vingtaine de bornes de la ligne. Ça n’a pas duré très longtemps.

Le jury des commissaires a alors annoncé sa décision de prendre les temps sous la banderole des 3 derniers kilomètres et non sur la ligne d’arrivée, ceci afin d’éviter trop de bagarre en fin d’étape où seules les équipes de sprinteurs – finalement tous présents – iraient se battre pour maintenir leur position. Les leaders n’avaient ainsi pas besoin de s’y mêler pour rester placée. On espérait ainsi réduire les risques d’assister à un énième accident au terme d’une étape déjà bien assez riche en crashs, glissades et gadins. Gros échec stratégique des commissaires (qui répondaient à la demande des coureurs) : quand les mecs se relèvent parce qu’ils n’ont plus aucun intérêt à jouer des coudes devant, ça fait des vagues, ce qui est encore plus dangereux que de se battre pour maintenir sa position au contact du peloton de tête.

En effet, c’est juste sous la banderole des 3km qu’a eu lieu une énorme chute… Un qui chute et tout le monde s’empile dessus, tout le monde a le réflexe de freiner et glisse sur cette patinoire. Une mésaventure subie par Thibaut Pinot (GFC), incapable de rester debout à cause d’une ligne de blanche traitresse. Il s’est bien déchiré sur le côté droit, a pris un coup au genou mais aussi dans le dos où il a été percuté par un adversaire. De quoi lui plomber le moral – en plus des douleurs un peu partout – au terme de plus de 150 bornes extrêmement usantes psychologiquement (rouler en se sentant en permanence en danger, en ayant peur de tomber, en devant être concentré comme jamais à chaque instant, ça épuise). C’est bien simple, un seul membre de son équipe n’est pas tombé au cours de l’étape, le plus atteint – au sacrum – étant David Gaudu. D’autres équipes ont subi le même genre de souci avec une grande partie de leurs membres au sol. On a déploré des blessures assez graves laissant présager des abandons à l’issue de la journée (voyez l’étape suivante).

Je pourrais vous en citer un tas, je c’est beaucoup trop compliqué. Il se dit qu’une centaine de coureurs seraient tombés dès cette première étape !

Malgré ces derniers kilomètres compliqués… comme tous les précédents, il fallait un vainqueur.

L’enjeu de ce sprint étant double (victoire d’étape et maillot jaune), il s’annonçait acharné. Au terme d’une longue ligne droite plate (sans être très large), il s’annonçait massif et pour hommes forts en raison du vent de face. On n’a pas vu une préparation de sprint très nette avec une équipe imprimant son train, j’ai trouvé ça assez désorganisé, si bien qu’une surprise ne pouvait surprendre personne. Très bien placé, Bryan Coquard (BVC) a été tassé et n’a pas eu d’ouverture. D’abord enfermé, Aleksander Kristoff (UAD) – loin d’être favori malgré son pédigrée – s’en est le mieux sorti, il a attendu le dernier moment pour profiter de l’aspiration et a pu sauter Cees Bol (SUN), tout comme Mads Pedersen (TFS), le champion du monde en titre. Sam Bennett a fini 4e, Peter Sagan 5e. Coquard est le premier Français (8e).

Degenkolb a terminé l’étape à près de 18 minutes, donc bien après les délais. Tombé avec Ewan, dont il était le poisson-pilote, il a tout donné pour le ramener dans le peloton mais n’a ensuite pas pu suivre. Il a donc pris cher. Hors-délais dès la première étape, ça ne doit pas arriver souvent !

Bilan après l’étape : maillot jaune et maillot vert pour Kristoff, maillot à pois pour Grellier, maillot blanc pour Pedersen, prix de la combativité pour Schär.

Le résumé.

Les 11 derniers kilomètres par la suite.

Nice voulait organiser les JO d’hiver. Les épreuves de patinage devaient avoir lieu à Nice (qui a aussi organisé des Championnats du monde de patinage artistique). On pourrait le faire en pleine rue ? Parce que les rues niçoises sont très glissantes ! En cette fin de vacances d’été, c’était Holiday on ice !

Certains leaders craignaient sans doute la 2e étape, surtout ceux victimes de chutes ou qui ont perdu des équipiers, notamment chez Inéos Grenadiers après la galère de Pavel Sivakov tombé 2 fois (coude et hanche côté droit, puis le côté gauche), chez Bahrain-McLaren (l’équipe de Mikel Landa) où on a eu de mauvaises nouvelles pour Rafael Valls et Wout Poels, victimes de fractures, ou encore chez Groupama-FDJ. Même chez Jumbo-Visma, dont certains membres ont du mal ces derniers temps à tenir sur leur vélo.

Dans ces conditions, la seconde étape en boucle autour de Nice allait-elle donner lieu à une première bataille entre concurrents en lice pour le classement général ? Montagneuse sans être une étape de montagne, la fin ressemblant surtout à une étape pour puncheurs, elle ne pouvait à l’évidence avoir pour conséquence que d’éliminer ceux dans un mauvais jour. Suite au chute, beaucoup craignaient ce mauvais jour.

  • La Course by Le Tour.

En attendant le retour d’un Tour de France féminin dans 2 ans si tout se passe bien, ASO organisé son épreuve féminine avant une étape masculine. L’an dernier, c’était sur le parcours du contre-la-montre de Pau. Il est en effet plus pratique de l’organiser sur un circuit. Ce départ à Nice comptant aussi un circuit, elle a été choisie pour y faire courir les femmes (on aurait pu imaginer qu’elle soit annulée à cause de la crise sanitaire, mais non).

Elle a donc eu lieu le matin. Et, surprise, alors qu’on attendait une énième victoire d’une Néerlandaise, pour ne pas dire une victoire d’Annemiek Van Vleuten, on a vu un succès de la Britannique Lizzie Deigan (Trek-Segafredo). Elle a vaincu Marianne Vos (CCC-Liv) au sprint. Un sprint très accroché. Elles étaient 6 à la flamme rouge puis 5, la 6e est revenue pour attaquer, Vos a répondu en lançant le sprint en puissance, elle semblait avoir course gagnée. Deigan est revenue à l’aspiration pour la griller sur la ligne. Van Vleuten n’a pris que la 5e place.

Le résumé.

La fin de course.

Etape 02

  • Etape 2 : Alaf est grand !

De Nice (haut pays) à Nice, 186km.
Non-partants : Philippe Gilbert (LTS), fracture de la rotule, et Rafael Valls (TBM), fracture du fémur.

Encore une boucle avec départ et arrivée à Nice… mais bien différente de la première. Cette fois, il ne s’agissait pas d’une étape pour sprinteurs. Dès la 2e journée, on avait droit à 4000m de dénivelé positif. Cette seconde journée dans l’arrière-pays niçois emmenait le peloton sur les routes du Col de la Colmiane (1ère C.), du Col de Turini (1e C.), du Col d’Eze (2e C.) puis du Col des Quatre Chemins, non répertorié mais lieu du premier point bonus (les 3 premiers prennent 8, 5 et 2 secondes de bonifications au général) de cette édition. (En réalité, sur la fin, on empruntait 2 fois une même portion de route.

Bonne nouvelle pour tous les coureurs… le retour du beau temps ! Pas de pluie ! Alléluia ! Il a même fait chaud pendant une partie de la journée. La météo avait tout de même réservé un petit cadeau : un vent violent.

Lotto-Soudal a perdu 2 hommes dès la première journée, ce qui, de mémoire d’être humain, n’était arrivé à aucune équipe (Gilbert a fini l’étape avec une fracture de la rotule… pour la 2e fois de sa carrière après s’être déjà pété une rotule dans la descente du Portet d’Aspet en 2018). On craignait des abandons pendant l’étape, par exemple de Pavel Sivakov, en sale état, Wout Poels (TMB), reparti malgré une côte fracturée, histoire de se tester avant de penser à aller au bout. Ces accidentés n’allaient clairement être d’aucune aide dans la montagne pour leur leader en cas de bagarre. Dans cette catégorie on trouvait aussi David Gaudu (GFC). Il a d’ailleurs été décroché dès les premières minutes. La position assise lui faisait mal. Ça sentait très mauvais, tout le monde s’imaginait déjà que Pinot devrait se débrouiller pendant tout le Tour sans son meilleur lieutenant, celui avec qui il a réussi des numéros magiques l’an passé.

Le départ réel a été retardé par les soucis mécaniques de Tejay Van Garderen (EF1) pendant le défilé. Certains coureurs à l’image de Benoit Cosnefroy (ALM), Lilian Calmejane (TDE) ou encore Matteo Trentin (CCC) et Anthony Pérez (COF) n’attendaient que ça pour attaquer.

Au sein du petit groupe qui tentait de s’échapper, on trouvait Peter Sagan (BOH), 3e au classement du maillot vert derrière Aleksander Kristoff (UAD) et Mads Pedersen (TFS)… mais porteur par défaut de son habituel maillot vert (le jaune et le blanc sont prioritaires). Or compte tenu du parcours, le sprint intermédiaire se situait après seulement 16km. Les équipiers du maillot jaune (et leader du classement par points) ne voulaient pas laisser faire. Pourtant ils ont lâché l’affaire car compte tenu du rythme tenu par Sagan et son adjoint Lukas Pöstlberger, Kasper Asgreen (DQT), Michael Gogl (NTT), Tom Skujns (TFS), sans oublier Cosnefroy, Pérez et Trentin, il était impossible de revenir avant le sprint intermédiaire. On y a vu un joli duel entre Sagan et Trentin… remporté par l’Italien qui a semblé chambrer le Slovaque après avoir franchi la ligne. Etonnant. Juste après, il a dû s’arrêter pour changer sa roue arrière et a laissé le groupe continuer à 7. Sam Bennett (DQT) a réglé le peloton devant Kristoff.

Le peloton s’est calmé, ce sur quoi comptait certainement Gaudu. Le jeune grimpeur a pu réintégrer le peloton, il se sera servi des 20 premiers kilomètres pour une remise en route et pour aller faire un tour à la voiture médicale. Certains comme David De la Cruz (UAD) ont aussi affiché à l’arrière du peloton les séquelles de l’étape de la veille.

Le Col de la Colmiane (1ère C.) n’a pas donné lieu à une rude bataille, tout le monde est monté à un train assez tranquille, le peloton restait à plus ou moins 2’ du groupe de tête, les sprinteurs et autres coureurs condamnés au gruppetto (dont des blessés) ont décroché assez tardivement. Cosnefroy a allumé la première mèche en attaquant depuis la dernière position du groupe de 7. Il avait environ 1km à faire seul pour passer en tête. Tranchant et efficace. Sans réaction dans un premier temps, ses poursuivants ont relancé à retardement. Pérez, Gogl et Asgreen ont franchi le sommet dans cet ordre derrière l’ancien champion du monde espoirs. Les autres ont lâché l’affaire en fin d’ascension pour revenir dans la descente.

Sans surprise, on a assisté à un regroupement des 4 premiers peu après avoir basculé. Notons qu’Asgreen et Gogl ont envoyé du lourd dans cet exercice, Cosnefroy ne semble en revanche pas être à l’aise. Il avait du mal à suivre. Un peu plus tard, on a retrouvé notre groupe de 7.

Déjà prête à assumer son rôle attendu d’équipe la plus forte du Tour, la Jumbo-Visma assurait la descente en tête de peloton. Outre le général, les Néerlandais visaient sans doute la victoire d’étape avec le monstrueux Wout Van Aert, un de ses armes de destruction massive.

On enchaînait avec le Col de Turini (1ère C.) : presque 15 bornes à 7,4% de moyenne avec une descente dangereuse de surcroît ! Si les leaders en avaient eu l’intention, il y aurait eu de quoi faire. Daniel Martinez (EF1), récent vainqueur du Dauphiné, a connu un incident (chute ?) au pied (tout comme le maillot jaune, victime d’un souci mécanique), il a pu retrouver sa place avec l’aide de son équipe. Les UAE de Tadej Pogacar ont alors décidé de prendre la direction du peloton. La sélection s’est de nouveau opérée très progressivement. Kristoff et Pedersen ont fini par lâcher. On n’a toutefois pas assisté au grand ménage prévisible dans ces ascensions.

En tête de la course, Gogl se montrait chaud-bouillant, il avait envie que ça bouge et a durci le rythme à plusieurs reprises. Cosnefroy – a priori rôti – et Sagan en ont fait les frais. La marge de l’échappée augmentait. Décroché par Sagan, qui montait pépère, le jeune Français n’a pas lâché, il s’est repris pour rattraper le Slovaque, le déposer, et réduire son retard par rapport aux 5 hommes de tête. Il semble avoir trouvé un second souffle en pensant au maillot à pois. Un temps largué à près d’une minute, il a recollé à 2,5km de la ligne où étaient distribués les points qu’il visait.

Toujours à l’avant du peloton sans durcir la course, les UAE ont vu les Jumbo-Visma reprendre la main à moins de 5km du sommet. Très sincèrement, on s’ennuyait autant que sur une étape de plat traditionnelle de début de Tour. Les Bataves, ensuite accompagnés brièvement par les Bahrain-McLaren, ont réellement accéléré et réduit l’écart de façon assez nette. De près de 4’ au maximum, on est passé à seulement 2’ en haut. Le vainqueur de l’étape se trouvait certainement à cet échelon de la course, il allait certainement se passer quelque chose d’intéressant un peu plus tard, mais en attendant, il fallait se contenter de la bataille pour les pois.

Dans le dernier kilomètre, les 6 hommes se regardaient. C’était de la piste. Qui allait passer en tête au sommet ? Gogl a fini par attaquer, suivi par Pérez et Cosnefroy. L’Autrichien a payé son effort, il espérait sans doute faire renoncer ses adversaires. Echec. Les Français n’ont pas lâché, Pérez l’a emporté devant le AG2R. Egalité parfaite entre eux avec 18 points. Il leur restait le Col d’Eze (2e C.) pour se départager. A condition de le franchir avant le peloton. Auparavant, il leur fallait effectuer une longue descente.

Calme plat dans la descente. Les échappés ne prenaient aucun risque, le peloton à peine plus sous l’impulsion des Jumbo-Visma, bien décidés à faire gagner Van Aert. L’écart a donc continué à fondre inexorablement. Pogacar a subi une chute ou une crevaison au cours de cette descente, on l’a vu arrêté avec un équipier qui lui a donné sa roue avant pour repartir sans perde trop de temps (devoir attendre sa voiture lui aurait coûté plusieurs minutes).

A l’avant, dans la seconde partie de la descente, très technique, les qualités de trompe-la-mort de certains ont sauté aux yeux, tout comme leur absence chez d’autres… Cosnefroy suivait péniblement Gogl et Pérez, lâchés par le trio austro-dano-letton. Le peloton s’étalait quant à lui sur plusieurs centaines de mètres. Sans surprise, tout est rentré dans l’ordre en bas de la descente. Le sextette semblait bien se réorganiser pour préserver environ 1’30 d’avance dans la vallée. Seulement, il y soufflait un vent violent défavorable à l’échappée. Raison pour laquelle certains ont commencé à sauter des relais, en particulier Asgreen. Le peloton roulait désormais beaucoup trop vite. L’échappée a été rattrapée avant même le pied du Col d’Eze (difficulté classique de Paris-Nice mais empruntée seulement pour la 2nde fois par le Tour, la première datant de 1953). Il restait environ 40km à parcourir.

Au bas de l’ascension, Gogl a tenté d’insister, Skujins aussi, Asgreen préparait manifestement une attaque de Julian Alaphilippe (DQT), il a alors roulé en tête de peloton. Désormais, le vent soufflait dans le dos. Les ex-échappés ont tous fini par lâcher. A l’arrière ont perdait aussi pas mal de monde, y compris Tiesj Benoot, le leader de Sunweb.

Un homme est parti seul, l’Américain Neilson Powless (EF1). On offensive a fait long feu. Deceunick-Quick Step affirmait ses ambitions en durcissant le rythme (gros travail de Dries Devenyns), toutefois il restait encore pas mal de monde au sein du peloton. Lennard Kämna (BOH) s’en est fait décrocher en chutant seul après avoir touché une roue. Il était pourtant bien placé.

Ça restait très calme. Trop sans doute. Jumbo-Visma a donc un peu accéléré à 2km du sommet. Enfin. Grosse déception, il ne s’est rien passé jusqu’au sommet où Nicolas Roche (SUN) a pris la première place en loucedé. Pas la moindre bagarre pour les points… Le maillot à pois allait donc se jouer à la place.

La Jumbo-Visma continuait à mener dans la descente, très roulante et où il fallait faire pas mal d’efforts. Il ne se passait absolument rien. Pourtant Daniel Martinez a trouvé le moyen de glisser sur une ligne blanche à l’entrée d’un virage avec terre-plein central, il est tombé, s’est fait mal et a dû changer de vélo. A 30km de l’arrivée et sans coéquipier, pas sûr qu’il puisse rattraper le peloton, la course étant réellement lancée (on annonçait 1’15 de retard par rapport à la tête du peloton). Alejandro Valverde (MOV) a ensuite subi une crevaison roue arrière, il semble avoir dû attendre sa voiture bloquée derrière Martinez, enfin aidé par un équipier. Ce souci du vétéran espagnol a – provisoirement – sauvé le Colombien en l’aidant à rattraper la file des voitures puis le peloton.

Un premier passage sur la ligne a permis à tous les candidats à la victoire de constater qu’un fort vent de face y soufflait. Ils savaient donc à quoi s’en tenir. Tout le monde contentait encore de se placer en attendant le Col des Quatre Chemins. Bob Jungels a mis un gros coup d’accélérateur avec Julian Alaphilippe dans la roue. De quoi étirer le peloton et faire le ménage en attendant mieux. Martinez, lui, s’est fait distancer, payant les efforts fournis suite à sa chute. Jungels n’a pas tenu très longtemps, Alaphilippe a donc dû attaquer assez loin du sommet. Marc Hirschi (SUN), tombé samedi aux 3km (il était juste à côté de Pinot), s’y attendait et a sauté dans sa roue, qu’il n’a pas pu accrocher. Il est néanmoins parvenu à rejoindre le Français en amortissant un peu l’accélération. A deux, ce coup avait une chance d’aller au bout, même si Sepp Kuss (TJV) menait le peloton, bien décidé à faire un sort à ce duo. Il a dû être un peu calmé en apprenant la chute bête de Tom Dumoulin, distrait, qui a accroché Michal Kwiatkowski (INS) lorsque ce dernier a fait un petit écart. Peut-être aussi calmé car Van Aert se faisait lâcher (tout comme George Bennett). Continuer à accélérer n’aurait servi à rien et se serait même avéré particulièrement contre-productif pour Jumbo-Visma.

Le duo de tête peinait encore à creuser l’écart, le Suisse se montrait réticent à rouler avec Alaphilippe, il ne lui avait passé qu’un relais. Sans une bonne entente et compte tenu de cette fin d’étape dans le vent, l’affaire semblait compromise. En les voyant à portée de fusil, Adam Yates (MTS) a tiré une cartouche pour les rejoindre. Il y est parvenu sans difficulté et a relayé. D’autres ont essayé, notamment Marc Soler (MOV), alors que les Ineos Grenadiers menaient désormais le peloton. Suite au renoncement des Jumbo-Visma, le groupe des favoris s’est désorganisé, on se regardait un peu trop. Pierre Latour (ALM) voulait se lancer, il avait oublié de resserrer ses chaussures. Pétard mouillé.

Alaphilippe visait la bonification de 8 secondes, elle lui a été contestée par Yates, ça s’est joué à la photo au bénéfice du Britannique. Le trio s’est ensuite lancé à fond dans la descente, le Suisse paraissait moins à l’aise que les deux autres, il s’accrochait néanmoins plutôt bien. Leur avance sur le groupe mené par les Ineos atteignait une vingtaine de secondes. Le Français ne cessait de relancer, il passait les plus gros relais. Insuffisamment efficaces, les Ineos ont été relayés par un Astana. Assis sur le cadre, les 3 hommes de têtes prenaient tous les risques. Une fois sur la Promenade des Anglais, ils n’avaient pas assez de marge – a fortiori avec le vent de face – pour trop jouer. Pourtant, ils ont ralenti au risque de se faire avaler par le peloton. Yates a craqué, il a accepté de prendre la tête, ce qui le condamnait. Alaphilippe a resserré ses chaussures à 500m de l’arrivée, il surveillait Hirschi, le peloton n’était pas loin, ils avaient le feu aux fesses… Pourtant, aucun ne lançait son sprint… Ils ont attendu les 200 derniers mètres pour se lancer… Alaphilippe a gagné malgré le retour du Suisse sur la fin (le jeune champion du monde et d’Europe espoirs – en 2018 – a manqué d’expérience en laissant trop d’espace derrière le Français, il aurait certainement gagné en ne lâchant pas sa roue).

Alaphilippe ne s’en était pas caché depuis le début de la saison, il espérait prendre le maillot jaune à l’issue de cette étape. On appelle ça s’accrocher une énorme pancarte et annoncer la couleur. Malgré ses 2 chutes de la veille (il est aussi tombé aux 3km après la première chute dans une descente avec de longs rallyes à l’arrière pour recoller au peloton), il est parvenu à décrocher en homme fort sa première victoire depuis… son succès sur le clm du Tour 2020[1]. De quoi faire sortir les larmes. Il a pu dédier ce triomphe – victoire plus maillot jaune – à son père décédé il y a quelques semaines. Il a bien sauvé une étape morne avec cette attaque et cette fin de course impressionnante. Hirschi a bien résisté, Yates a bien aidé, le plus fort et le plus malin ont gagné. Greg Van Avermaet (CCC) a pris la 4e place à 2 secondes seulement.

Bonne nouvelle pour Alaphilippe mais aussi pour les autres Français, en particulier ceux pour qui on avait des craintes suite aux chutes de la veille, ils ont tous pu rentrer au bercail sans dommage. Y compris Gaudu, qu’on imaginait abandonner rapidement. Il a fini à environ 18’ avec Dan Martin (ISN), Tejay Van Garderen (EF1), Sagan et bien d’autres, onze minutes avant le gruppetto de Poels, Sivakov et de nombreux sprinteurs. 3 des 6 derniers Lotto-Soudal (Frison, De Buyst et Ewan) ont pris les 3 dernières places de l’étape.

Au général, Alaphilippe est en tête 4 secondes devant Yates, 7 devant Hirschi. Jusqu’au 35e, tout le monde pointe à 17" (Pinot, Elissonde, Roland, Bardet Latour et G. Martin dont dans le lot). Warren Barguil (ARK) ne joue manifestement pas le général, il a lâché pour finir à 4’25 (je sens venir une attaque mardi… soit pour jouer le coup pour lui, soit pour préparer l’offensive de Nairo Quintana). C’est plus problématique pour Martinez, finalement arrivé à 3’38. Zakarin a fait pire (dans le groupe de Barguil. Kämna a mangé plus de 10 minutes.

Le maillot vert appartient toujours à Kristoff (qui, désormais, va le porter), Cosnefroy s’est paré de pois au détriment de Pérez grâce à un meilleur classement général (98e à 18’ contre 105e… dans le même temps, Pérez a même essayé d'attaquer à la fin pour prendre une seconde d'avance, elle aurait suffi à faire la différence). Hirschi n’a pas tout perdu, il est maillot blanc. Le combatif du jour est fort logiquement Cosnefroy, tombé mais à l’attaque samedi, encore à l’attaque dimanche en se battant pour revenir après avoir été décroché.

Le résumé.

Les 19 derniers kilomètres.

Le Tour va désormais quitter Nice et se diriger vers les Alpes. Lundi, c’est sprint, mardi, montagne. Il en faut pour tout le monde.

Note

[1] Cette année, il a pris la 2e place de Milan-San Remo et la 3e du Championnat de France.