Etape 3

  • Etape 3 : bien ou mal inspiré, bien ou mal aspiré.

De Nice à Sisteron, 198km.
Abandon : Anthony Pérez (COF).

S’il s’agissait d’une étape pour sprinteurs, son parcours orienté vers le nord-ouest et balayé par le vent, n’était pas des plus plats. La première partie se résumait à une successions de montées et de descentes avec 4 ascensions répertoriées pour le prix du meilleur grimpeur : d’abord 3 de 3e catégorie puis une de 4e, soit un total de 7 points maximum à prendre, ce qui est énorme lorsque le porteur du maillot à pois doit son maillot à quelques places d’avance… au classement général, le 2e étant exactement à égalité avec lui sur tous les autres critères.

Anthony Pérez (COF) a logiquement attaqué dès le départ pour tenter d’aller décrocher ces points. Benoît Cosnefroy (ALM), qui tenait à défendre son maillot, a fait du marquage et l’a donc suivi dans l’échappée lancée par Jérôme Cousin (TDE) – vainqueur à Sisteron sur Paris-Nice – et par son équipier Oliver Naesen (ALM). Le peloton est resté très calme, étalé sur toute la largeur de la route. Le scénario de l’étape se dessinait donc de façon très classique : échappée au départ d’un petit groupe ne représentant aucun danger au général (mieux classé, Naesen comptait déjà 18’ de retard sur le maillot jaune), le peloton contrôle pour limiter l’écart et revient pour disputer un sprint massif. On y a droit tous les ans, c’est ennuyeux, néanmoins mais il faut bien en passer par là. Avec 4 coureurs quelconques à l’avant, la tentation d’éteindre la télé pour ne la rallumer qu’en fin d’étape aurait pu prospérer. Avec les deux leaders du classement des grimpeurs et l’équipier de l’un d’eux, ça promettait une jolie bagarre dans les 4 difficultés.

Je n’ai pas compris le choix d’AG2R-La Mondiale de faire se relever Naesen. Compte tenu de l’allure modérée du peloton logiquement emmenée par Deceninick-Quck Step, l’équipe de Julian Alaphilippe (15e journée en jaune après les 14 de l’an dernier), il pouvait rester devant assez longtemps sans s’user et aider Cosnefroy à défendre son maillot. Il y avait moyen de bien jouer le coup tactiquement – de différentes façons – en évitant de fournir des efforts inutiles.  Par exemple, en passant en tête aux 2 premiers "grimpeurs", dont une fois devant le Belge, c’était plié pour la journée. A deux, l’avantage est important, en un contre un, le plus fort l’emporte systématiquement.

3’ de marge, puis moins… Même plus 2’… quand il s’est mis à tomber des seaux dans le Col du Pilon (3e C.), près de Grasse. Ça a duré quelques minutes.

Cousin savait ce qui l’attendait, les deux autres allaient attaquer et sprinter pour les points, alors en attendant, il roulait en tête sans se poser de question. Pérez a lancé le sprint, Cosnefroy a tenté trop tard de déboîter pour le doubler, il n’y est pas parvenu. Avec 20 points contre 19, le coureur de Cofidis, très déterminé à prendre le maillot après sa grosse déception de l’avoir manqué la veille, s’en emparait virtuellement. On enchaînait avec le Col de la Faye (3e C.). Cette fois, Cosnefroy s’est placé en tête pour surveiller le démarrage de Pérez, il regardait derrière, c’était de la vitesse sur piste dans un col. Cousin s’est écarté… puis a pris la tête. Cette fois ils sont partis de loin mais Pérez était bien plus puissant. 22 points à 20. Et en cas d’égalité, il resterait devant pour avoir passé en tête plus de difficultés de 3e catégorie. Autrement dit, Pérez était certain de prendre le maillot à pois hormis dans une hypothèse improbable : Cosnefroy devrait passer en tête au Col des Lègues (3e C. et au Col de l’Orme (4e C.) sans que Pérez ne prenne de point lors du premier. Il avait donc besoin de la complicité de Cousin. Ça n’allait pas se produire. Tactiquement, AG2R a commis une erreur en faisant se relever Naesen, ça revenait à abandonner le maillot à pois (peut-être était-ce un sacrifice volontaire).

Cosnefroy a abandonné tout espoir de prendre le maillot, il était usé par tous les efforts fournis samedi et dimanche, Pérez n’avait plus aucun intérêt à rouler, d’où… la décision de se relever en laissant Cousin continuer seul à 127km de l’arrivée. Une belle galère qui au moins lui assurait d’être élu combatif du jour. Le coup de l’échappée qui part à 4 mais voit 3 de ses membres se relever si loin de l’arrivée, on n’a pas dû le voir souvent ! On est passé de Trois Hommes et un Cousin un film bien différent au scénario peu emballant.

Cousin a pris les 2 points au Col des Lègues. Derrière, Cosnefroy a attaqué avec Nans Peters pour aller chercher l’autre point. Ils ont poursuivi leur effort dans la descente pour tenter d’aller chercher le point de la dernière difficulté. Avec 3’ à rattraper et une avance très réduite par rapport au peloton, cette initiative n’avait aucun sens, d’autant que ce point n’aurait permis que de revenir à égalité au classement du maillot à pois, pas d’en reprendre la tête. AG2R-La Mondiale a couru n’importe comment lors de cette étape, pour conserver le maillot il fallait vraiment laisser Naesen devant pour aider Costenfroy. Le duo a bien sûr dû se relever. La direction sportive de cette équipe pas réputée pour être nulle tactiquement – Movistar aurait pu faire ce genre de trucs – a enchaîné les mauvaises inspirations… Même si elle en a été récompensée à la façon d’un Thomas Tuchel contre l’Atalanta. C’était en effet oublier que pour s’emparer d’un maillot à l’arrivée d’une étape, il faut franchir la ligne d’arrivée.

C’est à cet instant que Radio Tour a annoncé… l’abandon d’Anthony Pérez ! Il était en grande forme, s’est virtuellement emparé du maillot… mais a dû quitter la course dans une ambulance sans passer par la case arrivée. Il n’a donc pas empoché 20 000 francs (oui, je jouais au Monopoly en francs, pas en euros, et un maillot à pois à l’arrivée de la 3e étape ne doit pas rapporter beaucoup d’argent). Il est tombé et a dû être évacué à l’hôpital avec de sales blessures (on a d’abord parlé d’une fracture de la clavicule puis d’une fracture ouverte de la 11e côte avec un pneumothorax plus de multiples contusions, finalement il aurait 2 côtes fracturées, un pneumothorax, des blessures au genou, au dos et des bleus partout). On n’a rien vu et dans un premier temps rien su des conditions de cet abandon. L’accident s’est produit en revenant dans la file des voitures après une crevaison, il a été victime d’une collision en descente, percutant la voiture de son équipe qui a pilé devant lui car les précédentes avaient fait de même dans le virage précédent. A cette vitesse – elle est accrue avec l’aspiration des voitures – un accident ne pardonne pas, il est impossible de s’arrêter net et très compliqué d’éviter un obstacle imprévisible. Il ne pouvait rien anticiper et s’est fait avoir. Ça aurait pu être pire car taper sa voiture l’a envoyé se fracasser dans la falaise au lieu de le faire finir dans le ravin. S’il existait un trophée du plus gros poissard du Tour, il serait candidat.

Déjà assuré du prix du combatif du jour, Cousin n’avait bien sûr aucune chance d’obtenir plus, si ce n’est éventuellement quelques primes pour la cagnotte de son équipe. Il a obtenu celles des 2 derniers cols – ça paie les masques (^^) – et pouvait encore espérer celle du sprint intermédiaire, engrangée sans souci. Il lui restait 38km à parcourir et à peine une minute d’avance. En tête du peloton, ils sont assez nombreux à avoir sprinté. Peter Sagan (BOH) – qui disputait seulement sa 5e étape du Tour de France sans maillot distinctif sur… 133 départs ! – a réglé l’affaire devant Niccolo Bonifazio (TDE), Giacomo Nizzolo (NTT) et Alexander Kristoff (UAD), porteur du maillot vert. Cet écart de 3 places a eu son importance à l’issue de l’étape.

Après s’être longtemps battu, Cousin a abdiqué à 16km de l’arrivée. Avec le vent de face, il s’épuisait pour vraiment rien.

Une chute s’est produite à la sortie d’un rond-point en arrivant aux 6 derniers kilomètres, on a vu Cosnefroy faire une sorte de soleil en appuyant trop sur les freins (il a bloqué la roue avant) à cause d’un ralentissement devant lui. Certains ont roulé sur le terreplein central pour éviter de percuter des coureurs tombés ou arrêtés devant eux. Wout Van Aert (TJV) a eu la chance d’éviter la chute, il a toutefois cassé sa roue alors qu’il aurait pu se mêler à la bataille pour la victoire (ce n’était semble-t-il pas son intention). Cet incident s’est produit dans la seconde moitié du peloton, d’où de faibles risques de voir un leader se faire piéger, d’autant que depuis déjà un moment leurs équipes travaillaient pour les placer et éviter les risques. Les équipes de sprinteurs n’ont réellement eu le droit de faire leur travail en tête qu’après la banderole des 3 derniers kilomètres.

On voyait un peloton très nerveux, avec beaucoup de vagues, sans équipe capable de réellement organiser le sprint. Les UAD ont bien essayé avant de se rendre compte de l’absence de Kristoff, très mal placé. D’autres ont donc pris la suite. Sunweb a lancé les hostilités, mais avec le vent de face, il fallait attendre le dernier moment. Sam Bennett (DQT) a cru gagner, il est parti de trop loin. Caleb Ewan (LTS), passé dans un trou de souris sur la droite de la route entre Sagan et les barrières, est venu le doubler dans son style caractéristique. Il a parfaitement su se faufiler, utiliser l’aspiration et même éviter de se faire percuter par Bennett qui s’est dangereusement déporté vers lui. Il a slalomé entre les adversaires comme s’il s’agissait de plots alors qu’il s’agissait d’obstacles lancés entre 60 et 70km/h ! Impressionnant ! Il s’agit de sa 4e victoire sur le Tour en… 2 participations.

Hormis peut-être Coquard dans un très grand jour, ce qu’a fait l’Australien ne peut être réussi par personne d’autre. Son tout petit gabarit et sa position très basse sur le vélo l’aident à profiter de l’aspiration, il a donc été très bien inspiré de mal se place derrière tout un rideau d’adversaire qui lui ont permis de gagner de la vitesse pour se propulser dans le trou de souris sur la droite de la route, puis il a pris la roue et l’aspiration de Bennett. Il est si explosif qu’il peut se permettre de n’allumer la mèche qu’au dernier moment.

Le Français Hugo Hofstetter (ISN) a pris une belle 4e place derrière Nizzolo, Bryan Coquard (BVC) finissant 9e.

Kristoff ne s’est même pas mêlé au sprint, ce qui a permis à Sagan de s’emparer de son maillot vert chéri (79pts à 77).

Le résumé.

Les 10 derniers kilomètres (vidéo à venir dans quelques jours).

Sprint samedi, montagne dimanche, sprint lundi, montagne mardi. Ce Tour ressemble à une campagne en faveur de l’alternance.