Etape 6

  • Etape 6 : c’est le jeu – navrant – ma pauvre Lusette !

Du Teil au Mont Aigoual, 191km.

Il faisait beau, plutôt chaud, avec un peu de vent (normal dans la région), pas mal de coureurs ont dû se croire en vacances (comme beaucoup de spectateurs, assez nombreux par endroits).

Les chances pour des échappés de se disputer la victoire sur ce parcours étant réelles, beaucoup de coureurs ont donc retrouvé leur combativité oubliée dans le bus mercredi. Les attaques ont donc fusé dès le départ réel avec en particulier Nicolas Roche (SUN) rejoint par Greg Van Avermaet (CCC). Un quatuor s’est formé avec Jésus Herrada (COF) et Rémi Cavagna (DQT), puis d’autres encore ont fait l’effort pour les rejoindre, Neilson Powless (EF1) dans un premier temps, Edvald Boasson Hagen (NTT) par la suite, Alexey Lutsenko (AST) et Daniel Oss (BOH) pour finir. Ce groupe ne parvenait pas à prendre le large, sa composition ne convenait pas, Van Avermaet n’avait que 3 grosses minutes de retard (3’17) au général et trop de candidats sérieux à la victoire d’étape s’y trouvaient.

Malgré la qualité des rouleurs présents dans cette échappée, sa marge plafonnait à 15 secondes, elle risquait de ne pouvait survivre en l’état. Les formations n’ayant personne à l’avant – Total Direct Energie, AG2R-La Mondiale, etc. – relançaient sans cesse pour recoller. La bagarre ! Une contre-attaque s’est formée avec notamment Nans Peters (ALM), Thomas De Gendt (LTS), déjà présent offensif au départ réel… Ou peut-être s’agissait-il simplement de la tête du peloton fracturée par toutes ces offensives. Soudain, en partie en raison d’un terre-plein central qui a divisé le peloton en deux pendant quelques dizaines de mètres et désorganisé le peloton, le chasse a pris fin. Il restait 176km. L’écart a immédiatement augmenté pour atteindre la minute, puis plus. Fin de la bagarre. Pour la journée. On ne s’en rendait pas encore compte.

Les Mitchelton-Scott ont laissé un temps de latence avant de se placer en tête de peloton pour protéger le maillot jaune. Leur intérêt était qu’un échappé l’emporte, avec moins de 3’ d’avance s’il s’agissait de Van Avermaet, ceci de façon à ne pas risquer de perdre le maillot à cause des bonifications. En revenant trop tôt et trop proche, les bonifications seraient dévolues ou a minima accessibles aux autres membres du top 16 (classés en 16 secondes), ce qui aurait condamné Adam Yates (MTS) a changer de couleur. Ils ont fini par s’y mettre quand l’écart dépassait déjà les 3’30, ils ont continué à laisser filmer.

Le grand calme régnait au sein du peloton, les MTS devant, Ineos Grenadiers en 2e rideau, Jumbo-Visma en 3e… Le maillot jaune ne faisait même pas l’effort de rester devant dans les roues de ses équipiers.

Aidés par le vent dans le dos, les hommes de tête ont parcouru près de 52km lors de la première heure de course. Le rythme est resté très soutenu, l’étape allait se finir très tôt.

Avec 6’30 maximum d’avance, les échappés pouvaient réellement y croire. Toutefois, les Mitchelton-Scott ont réagi pour ne pas avoir le regret de payer un laisser-faire abusif. Ils ont réduit l’écart d’une minute pour le stabiliser de nouveau (autour de 5’30).

Boasson Hagen a fait le sprint, il a facilement devancé Oss, Van Avermaet ayant rapidement abdiqué. Pourquoi Roger Kluge (LTS) est-il sorti du peloton à environ 65km de l’arrivée, avant ce sprint intermédiaire ? Il a vraiment attaqué. Seul. En chasse-patate. Mais mon garçon, ne pouvais-tu pas faire ça hier ? Il est passé 9e au sprint intermédiaire. Youpi. Ridicule ! Sam Bennett (DQT) a donc pris la 10e place en réglant le sprint, toujours avec Morkov intercalé. Son avance au classement par points a ainsi été portée à 12 unités. Peter Sagan (BOH) n’a fait le sprint qu’à moitié, on le verra très certainement attaquer en montagne pour aller gagner des sprints intermédiaires inaccessibles à l’Irlandais.

Dayer Quintana (ARK) s’est mangé une belle glissade en ville, même pas sur un séparateur, mais à côté. Il a roulé sur un bidon tombé au milieu du peloton. Pendant ce temps, Kluge se relevait.

La première difficulté, classée en 3e catégorie, le Cap de Coste (2,1km à 7,3%), n’a pas fait l’objet d’une bataille particulière, Roche y est passé en tête. Cette montée a provoqué le début de l’écrémage à l’arrière du peloton… car les Jumbo-Visma ont décidé de se pointer en tête à côté des Mitchelton-Scott. Quand ils ont basculé au sommet, la marge de l’échappée ne dépassait plus que péniblement les 4 minutes. Enric Mas (MOV) est tombé dans la descente en chassant de la roue avant.

Avec désormais les Ineos Grenadiers en tête du peloton, la situation des échappés se dégradait. Leur avance fondait. On a commencé à perdre beaucoup de monde, notamment Benoît Cosnefroy (ALM), le maillot à pois. Cette ascension, le Col des Mourèzes (3e C.), est plus longue mais beaucoup plus roulant que la précédente. Elle marquait surtout le début de la fin d’étape. Dans ces 30 derniers kilomètres, on ne faisait presque que monter.

Roche a encore pris les points au sommet sans se les voir contester, mais avec à peine 2’40 d’avance avant la principale difficulté du jour, le Col de la Lusette (1ère C.), l’affaire était entendue, les échappés ne pouvaient plus gagner. En principe. Seulement, le peloton avait décidé de jouer à un, deux, trois… soleil ! Le premier qui se fait gauler en train de bouger a perdu. Et oui, c’est le jeu ma pauvre Lusette ! Un jeu à la c*n absolument navrant car il y avait de quoi faire. En effet, cette ascension inédite sur le Tour de France est très difficile, il s’agit d’une route dégradée, donc qui ne rend pas, étroite, aux pentes très irrégulières, un beau terrain de jeu pour les montagnards. Elle n’a servi qu’à disloquer l’échappée.

Les meilleurs grimpeurs dans des pentes fortes puis Cavagna sur une partie moins difficile ont rapidement placé une accélération fatale à Oss et Boasson Hagen. L’attaque de Powless a ensuite coûté cher à Cavagna et Herrada. Van Avermaet n’a pas réagi de suite, il est ressorti pour aller rejoindre l’Américain, l’Irlandais et le Kazakh. L’Espagnol a essayé de s’accrocher pour recoller progressivement (il y est parvenu). Les 5 derniers éclaireurs faisaient jeu égal avec le peloton en ce début d’ascension, ils ne perdaient plus de temps et reprenaient même quelques secondes (une vingtaine) car Dylan Van Baarle (INS) menait seul la charge de l’assemblée des leaders. Egan Bernal (INS) ne devait pas se sentir très bien pour faire rouler moins vite que l’échappée.

Fabio Aru (UAD), déjà à 3’37 au général, s’est alors lancé seul dans une contre-attaque solitaire, peut-être pour préparer une offensive de Tadej Pogacar, son jeune leader. Il a pu prendre le large assez aisément (40 à 50"). Lui se montrait capable de reprendre du temps au groupe de tête de nouveau débarrassé d’Herrada. Powless en a remis une belle, seul Lutsenko a pu répondre, il l’a relayé en voyant Van Avermaet derrière eux toujours à portée de fusil (rejoint ensuite par Herrada). Lutsenko, trop fort, a fait craquer son dernier compagnon d’aventure. Powless avait présagé de ses forces, en manque de lucidité le jour de son anniversaire (il voulait sans doute se faire plaisir). Il a rétrogradé sans complètement exploser.

Dans le peloton, tout le monde se laissait endormir par le faux-train d’Ineos qui permettait à beaucoup de coureurs de rester au contact dans cette ascension où pas mal de spectateurs avaient fait l’effort de monter (la plupart en vélo). Gaudu (GFC) a été lâché en raison d’une crevaison roue arrière. Sa voiture était 11e dans la file, il a dû attendre un siècle. Higuita (EF1), le champion de Colombie, s’est en revanche fait éliminer à la pédale… avant de revenir en profitant de la lenteur – relative – du peloton.

Quelle tristesse de voir le peloton escamoter ce col ! La seule bagarre se trouvait à l’avant, où Herrada gérait son effort en espérant encore rattraper Lutsenko. Au sommet, où en plus des points pour le classement des grimpeurs étaient distribuées des bonifications en temps (8, 5 et 2 secondes), Lutsenko, Herrada et Van Avermaet ont pris ce qu’il y avait à prendre. Une très bonne nouvelle pour Adam Yates, à peu près certain de conserver son maillot jaune.

Le peloton a basculé à 3’20 de l’homme de tête. Lutsenko lui a pris environ 40 secondes sur ce col. N’importe quoi ! J’en suis convaincu, si Jumbo-Visma avait vissé au pied, Bernal aurait coincé.

Dans d’autres circonstances, la crevaison de Pogacar aurait pu avoir de graves conséquences pour le jeune Slovène, mais là, non. Aucune. D’autant qu’il a, semble-t-il, rapidement pu être dépanné par Aru, rentré dans le rang. A quelques kilomètres de l’arrivée, Mikel Nieva (MTS) a remplacé les Ineos Grenadiers en tête du groupe des leaders.

Lutsenko s’est donc imposé tranquillement après avoir pu savourer les 500 derniers mètres devant un public à peu près nul… comme le scénario de cette étape en bois. 2e, Herrada n’a pu offrir à Cofidis une victoire attendue depuis 12 ans. Powless et Van Avermaet ont terminé ensemble, le Belge a fait le nécessaire pour le lâcher dans les 50 derniers mètres.

Les Ineos ont repris la direction des opérations, Warren Barguil (ARK) a placé une petite attaque après la flamme rouge, Julian Alaphilippe (DQT) l’a imité encore plus près de l’arrvée, il a réussi à prendre quelques mètres d’avance pour tenter de gratter quelques secondes au classement général. Il en a obtenu une. La 5e place ne lui rapporte bien sûr aucune bonification. Rien n'a changé de notable dans les classements.

On peut résumer cette étape en 2 mots : Lutsenko, vide. Mais... Lutsenko-vide... 19 ?

Pourquoi cet immobilisme ? Il y a plusieurs raison à cela.
-La véritable difficulté, le Col de la Lusette, se trouvait trop loin de l’arrivée (13km). La suite n’était pas assez difficile.
-Compte tenu de la particularité de la saison, reprise seulement début août après des mois d’abstinence forcée, beaucoup se trouvent dans l’incertitude concernant leur forme sur 3 semaines, ils ne savent pas réellement où ils en sont et préfèrent s’économiser aussi longtemps que possible.
-La plupart des favoris et nombre de leurs équipiers ont subi des chutes avant le Tour, notamment au Dauphiné, et lors du premier week-end. Ils sont donc très contents de pouvoir escamoter ces étapes, ce qui leur laisse le temps de récupérer. C’est idéal pour Groupama-FDJ par exemple, pas forcément mauvais pour Jumbo-Visma (Roglic a abandonné au Dauphiné, Bennett, Kuss et Dumoulin sont tombés ces derniers jours), idem pour Ineos Grenadiers qui a subi le même genre de soucis. Certaines formations risquent de se mordre les doigts de n’avoir rien tenté. Si vous ne tester pas vos adversaires, vous avez toutes les chances de manquer le jour où ils sont vulnérables alors que quand vous serez vous-même dans le dur, ils risquent de ne pas vous louper…
-Si Alaphilippe n’avait perdu son maillot jaune, on aurait probablement assisté à une escarmouche des Mitchelton-Scott pour tenter de le lui subtiliser. Seulement, comme aucun de ceux réellement en mesure de prendre le maillot à Yates ne souhaitait s’en emparer pour ne pas avoir à l’assumer par la suite (c’est trop tôt pour les grosses équipes qui visent réellement la victoire, c’est trop dangereux pour ceux qui veulent juste s’accrocher le plus longtemps possible aux cadors afin de terminer dans le top 10 ou le top 5), tout le monde s’est planqué.

(Au fait… Le combatif du jour est Nicolas Roche.)

Le résumé.

J’ai hésité à mettre la vidéo des derniers kilomètres de l’étape. Après concertation avec moi-même, j’en ai conclu que ce n’est pas nécessaire.

Demain, attention, grosse journée… Non, je déconne bien sûr, il y a quelques difficultés au début, des risques de vent par la suite donc de bordure, mais plutôt que de former une grosse échappée au début capable d’aller au bout ou alors de mettre en route à fond de façon à éliminer un maximum des sprinteurs qui passent mal quand ça grimpe pour les empêcher d’être dans le peloton lors du sprint final, on devrait encore assister à une purge au scénario hyper classique. Préparez les oreillers pour une nouvelle sieste !