Etape 10

  • Etape 10 : leçon de solfège.

De l’Ile d’Oléron/le Château d’Oléron à l’Ile de Ré/Saint-Martin-de-Ré, 168,5km.
Non-partant : Domenico Pozzovivo (NTT).
Abandons : Samuel Bewley (MTS).

Cette étape toute plate dont 70% sur la côte n’avait, a priori, aucun intérêt, à moins que le vent ne souffle suffisamment fort pour concrétiser des risques de bordures. Or la météo se montrait très clémente : beau temps et très peu de vent. Les principaux risques devenaient la quantité d’aménagements urbains qui jalonnaient la route et la nervosité des coureurs conscients des risques. Un sprint massif sur l’île de était inévitable. .

Le départ réel a été donné à l’entrée du pont d’Oléron par François Lemarchand, ancien coureur et habituel directeur de Paris-Nice. Un duo de gros rouleurs suisses est de suite passé à l’offensive. Michael Schär (CCC) et Stefan Küng (GFC) avaient envie de prendre la CLÉ des champs. Aucune réaction du peloton. La journée s’annonçait d’une tristesse absolue… Seule la bataille pour le maillot vert allait probablement être la seule capable d’animer un minimum cette étape.

On traversait beaucoup de villes, ce qui explique la présence d’un public très nombreux, digne d’un mois de juillet. Bien sûr, il ne se passait rien, même si le TEMPO allait CRESCENDO. Thomas De Gendt (LTS) et les Deceuninck-Quick Step faisaient plus que contrôler, ils n’ont pas laissé le duo s’octroyer une marge de 2’, elle plafonnait même sous la minute pendant de très nombreux kilomètres. La raison ? Le vent a forci, les leaders ont donc tous voulu se faire replacer, provoquant une accélération naturelle du peloton. L’échappée allait se faire rattraper immanquablement.

Et BOUM ! Première cassure dans une portion totalement exposée. Ça n’a pas complètement cassé. Les Deceuninck-Quick Step, absents sur la route de Lavaur lors de la première étape à bordure, ont allumé la mèche à une centaine de bornes de l’arrivée. Ils faisaient très mal (et ont vite avalé les échappés). Si de petits groupes se faisaient lâcher, une grosse chute dans le dernier quart du peloton a envoyé beaucoup de monde au SOL. 2 Mitchelton-Scott sont partis faire une grosse cabriole dans l’herbe (Sam Bewley n’a pu repartir, contrairement à Esteban Chaves), mais c’est sur la route qu’ont eu lieu les plus gros dégâts. Nicolas Roche (SUN) a pris très cher (clavicule touchée). Parmi les victimes, j’ai noté Alessandro De Marchi (CCC), Mathieu Ladagnous (GFC), Neilson Powless (EF1), Robert Gestink (TJV), touché au tibia, Tom Skuijns (TFS) très atteint (tenue en lambeaux et des plaies de partout… il a déjà fait la désagréable expérience de perdre son maillot de champion de Lettonie, sa fédération ayant eu la bonne idée d’organiser son championnat ce week-end quand ses 2 meilleurs représentants étaient sur le Tour… ce n’est pas sa semaine), Cyril Gautier (BVC), Casper Pedersen (SUN), a priori Fabien Grellier (TDE)… Il m’en manque sans doute. Le premier à avoir chuté est Powless, il a fait la boule, tous les gars à sa gauche ont fait les quilles où ont dû s’empaler dans le tas.

Quel B&B Hôtels-Vital Concept a fait une cascade en roulant loin dans le champ à gauche en haut de l’image ? Je ne parviens pas à l’identifier…

La véritable cassure résultait de cette chute qui n’a éliminé ni sprinteur, ni élément classé au général, mais uniquement des équipiers. Ça envoyait très très fort, Julian Alaphilippe (DQT) menait comme un fou. D’autres équipes ont tourné… Mais en l’absence de résultat, le peloton s’est calmé, car Jumbo-Visma a su faire le nécessaire pour réduire le RYTHME. Regroupement général.

Tout était très calme pendant un moment, on roulait de nouveau PIANO puis on a remis ça à environ 65km de l’arrivée ! Grosse chute en tapant un terreplein à la sortie d’un rond-point à Rochefort. Ça s’est passé en première partie de peloton. Davide Formolo (UAD) en est ressorti en sale état, Nils Politt (ISN), Edvald Boasson Hagen (NTT) et Damiano Caruso (TBM) sont tombés, Tadj Pogacar (UAD) en est ressorti rappé, Bryan Coquard (BVC) et plusieurs équipiers (dont une nouvelle fois Cyril Gautier et Maxime Chevalier m’a-t-il semblé) y ont eu droit, Guillaume Martin (COF) aussi. Deux coureurs qui s’aCROCHENT et ça finit en carnage. Martin a mis quelques minutes à rentrer, attendu par 3 équipiers, Coquard a eu plus de mal car il est reparti le dernier.

Du ravitaillement juste avant le sprint intermédiaire… N’importe quoi ! Andrey Amador (INS) n’a même pas réussi à attraper le bidon tendu par un membre de son équipe, il l’a fait tomber en plein milieu du peloton, ça aurait pu être dangereux. Bryan Coquard a eu l’idée un peu saugrenue d’anticiper en attaquant en pistard de très loin… sans insister (il avait très mal après être tombé en plein sur le boîtier de son oreillette, il pensait ne pas disputer le sprint final, il en avait plein le DOs). Michael Morkov (DQT) a alors lancé Sam Bennett qui n’a pas tout donné, laissant Matteo Trentin (CCC) et Peter Sagan (BOH) le devancer.

Warren Barguil et Kévin Ledanois (ARK) sont tombés à 31km de l’arrivée, provoquant un gros ralentissement (sur certaines vidéos on voit un Jumbo-Visma tombé avec lui). Une bonne partie du peloton était arrêtée, heureusement ça ne roulait pas trop vite, ce n’était pas encore la guerre. Petit BÉMOL toutefois car les deux Français ont toutefois dû s’employer pour rentrer à l’arrière du peloton, car on n’a pas tardé à durcir la course avec un train d’enfer imposé par Deceuninck-Quick Step et Sunweb. D’autant qu’on annonçait désormais un vent assez puissant pour favoriser des bordures à la sortie de La Rochelle.

Les 22 derniers kilomètres allaient sans doute être un cauchemar pour beaucoup. Différentes équipes ont mené, dont Ineos Grenadier. Ça frottait beaucoup, les vagues se multipliaient, tout comme les changements de direction et les aménagements urbains (certains ronds-points dans le final ont été aménagés pour permettre aux coureurs de rouler dessus au lieu de les contourner). A 19km de la fin, un vent latéral soufflait dans les drapeaux, on a donc ouvert l’éventail en essayant de créer une cassure. Ce qui allait forcément se produire. Mais dans quelle MESURE ? Certains n’avaient pas la nécessité de se battre pour s’accrocher faute d’objectif au général ou sur cette étape. Sans un vent plus puissant, impossible de causer de réels dégâts. La bordure n’a éliminé que ceux d’accord pour se faire distancer. En d’autres termes, le coup de bordure a échoué, on en est resté là. Imaginez comment ça aurait pu tourner si Eole avait fait des siennes… Avec des SI me direz-vous…

Une nouvelle chute s’est produite au sein du peloton sur un terre-plein, mettant à terre Jonas Koch (CCC). Elle a provoqué une nouvelle cassure. Julian Alaphilippe a quant à lui été retardé par une roue cassée (par un autre coureur) et n’allait donc pouvoir épauler son sprinteur lors du sprint. Difficile de rouler quand ta roue n’est plus RONDE. Le peloton avait bien maigri avant s’entrer sur le pont de l’Île de Ré. Retardé par cet accident, Miguel Angel Lopez (AST) tentait de retrouver sa place dans le peloton, ce qu’il a pu faire. Stefan Küng a profité d’une accalmie pour essayer de prendre de nouveau la fuite, imité ensuite par Anthony Turgis (TDE). Impossible de sortir réellement. Rétrogradés en milieu de peloton à cause d’un rond-point mal négocié, les Jumbo-Visma ont eu la chance qu’aucune formation n’accélère à ce moment pour leur faire payer cette erreur. Sonny Colbrelli (TBM) ayant été éliminé par un souci mécanique, on perdait un sprinteur… le seul. Les autres restaient tous à l’avant. Movistar roulait en tête pour donner le LA. Ça a duré un long moment. Etonnant, surtout pour ne pas essayer de faire de dégâts. Jumbo-Visma a pris la suite dans les 9 derniers kilomètres, Wout Van Aert allait pouvoir jouer sa chance.

Ce sprint avec vent de face s’annonçait assez ouvert. Caleb Ewan (LTS) ayant remporté son étape à Sisteron dans les mêmes conditions, il n’était pas interdit de miser sur lui. Sunweb, seule équipe ayant réussi à réciter sa PARTITION en mettant en place un véritable train lors d’un sprint depuis le début du Tour, était présente sur la droite de la route. Sagan a failli tomber ou faire tomber du monde à moins de 3km de l’arrivée. Se servant bien du train de Sunweb – le meilleur du peloton cette année avec tout de même un gros problème de timing, avec le vent de face dans le final le train s’est arrêté avant la gare d’arrivée – et suivi du travail d’un Bora-Hansgrohe (Oss) mais surtout très bien emmené par Morkov, son poisson-pilote, Sam Bennett a seulement eu à conclure. Parfaitement lancé assez proche de la ligne, il a pu résister au retour d’Ewan, battu de quelques centimètres. Sagan a fini 3e à environ un vélo. Elia Viviani (COF) a pris la 4e place, Mads Pedersen (TFS) la 5e, André Greipel (ISN) la 6e, Bryan Coquard la 7e et Cees Bol (SUN) seulement la 8e.

Il s’agit de la première victoire de Bennett sur le Tour de France (il avait déjà gagné sur le Giro et la Vuelta). L’ancien de Bora-Hansgrohe a dominé ce sprint très propre et fait coup double en reprenant le maillot vert à Sagan, leader de son ancienne formation. Ça nous promet de l’animation lors des prochaines étapes. Ce classement par points généralement largement dominé par le Slovaque nous offre plus de suspense que d’habitude. Du moins pour le moment. Rappelons qu’on arrive à peine à la MI-course, il reste 10 étapes en ligne dont 2 clairement dévolues aux sprinteurs.

Les autres classements n’ont connu aucune modification. Seul autre enjeu du jour, le prix de la combativité. Küng a fait la différence avec les attaques sur le 1er et le dernier pont pour décrocher le dossard rouge. L’étape se résume pour lui à du pont et du pont… S’agirait-il du premier Groupama-FDJ monté sur le podium cette année ? En parlant de podium, on a pu apprécier la nouvelle coupe de cheveux DEGUEULASSE de Bernal… Il a fait ça lui-même car cette année il n’y a bien sûr pas de coiffeur à disposition des coureurs. Rassurez-vous, il est conscient du résultat. Sur une échelle de 0 à 10, il mérite une NOTE de -5. On peut parler d’authentique désastre capillaire.

Cette première étape en Charente-Maritime depuis un paquet d’années laissera de mauvais souvenir à beaucoup de coureurs. Ses conséquences sur leur intégrité physique ne seront connues que lors des prochaines journées. On n’a pas tout vu. Nairo Quintana (ARK) est tombé lors d’une des deux premières chutes, Guillaume Martin s’est lourdement ramassé sur le dos (même si en-dessous c’était de l’herbe), Tadej Pogacar a vu le sol de très près… Sans parler des équipiers blessés. Pogacar avait déjà perdu Aru, Formolo a pris cher, De La Cruz est aussi en mauvais état… Ajoutez-y les chutes de membres de Jumbo-Visma, d’Arkea-Samsic ou encore Bahrain-McLaren, vous comprenez que ce voyage d’île en île pourrait avoir fait plus de dégâts que ceux causés dans les manifs par les anti-FA.

Le résumé.

La fin de l’étape… (La vidéo arrivera plus tard.)

Demain, les sprinteurs auront probablement leur dernière chances de se faire la guerre avant les Champs-Elysées. Bennett fera-t-il coup double ? La Sunweb règlera-t-elle les soucis qui l’empêche de mettre la balle au fond ? Ewan se faufilera-t-il entre les coureurs pour franchir la ligne en tête ? Van Aert triplera-t-il la mise avant de redevenir équipier en montagne ? Sagan remportera-t-il enfin sa première victoire depuis le Tour 2019 ? Il en gagne une presque tous les ans… Il serait temps qu’il se bouge.