Etape 15

  • Etape 15 : un air de déjà-vu.

De Lyon au Col du Grand Colombier, 174,5km.
Abandon : Sergio Higuita (EF1), victime d’une vague.

Madame le Préfet de l’Ain a décidé de fermer l’accès aux 2 derniers cols. Une décision assez incompréhensible – même si le département est passé en zone rouge Covid-19 – qui annonçait une fin d’étape étrange. Mais dans quelle configuration ? Le parcours était très plat pendant une centaine de kilomètres avant d’atteindre les grosses difficultés du jour toutes concentrées en fin d’étape. Beaucoup pensaient les leaders décidés à se disputer cette victoire de prestige. Malgré tout, qui ne tente rien n’a rien, il fallait essayer de prendre l’échappée et espérer qu’elle puisse prendre assez de marge.

Jérôme Cousin (TDE) et Pierre Rolland (BVC) ont tenté leur chance dès le départ réel, ça bougeait beaucoup en tête de peloton, Rudy Molard (GFC) s’est glissé dans un coup, on a aussi vu Benoït Cosnefroy (ALM) essayer de se porter à l’avant pour défendre son maillot à pois. Car ce maillot était un des gros enjeux de la journée. L’arrivée de Peter Sagan (BOH) à l’avant impliquait celle de Sam Bennett (QST), pas décidé à le laisser lui reprendre des points au sprint intermédiaire.

Plus la lutte pour former l’échappée allait durer et fatiguer tout le monde, moins l’échappée aurait de chance d’aller au bout. Tout le monde le savait. Julian Alaphilippe (DQT) est ressorti seul, il regardait derrière lui en attendant du renfort. On voyait souvent les mêmes. Ça accélérait dans tous les sens, il fallait insister encore et encore pour avoir une chance de se trouver à l’avant au moment où les équipes de leaders dirait stop, allez-y, on en a marre. C’est pourquoi Alaphilippe restait systématiquement à l’affut dans les premières positions. Forcément, on voyait aussi des moments de temporisation en tête d’un peloton coupé en deux par ce rythme infernal.

Parmi les candidats à l’échappée, on voyait de tout, des grimpeurs enclins à réaliser un coup à la Daniel Martinez au Puy Mary comme des sprinteurs. Un de ces grimpeurs, Sergio Higuita s’est ramassé de façon très violente, il regardait derrière lui, n’a pas vu Bob Jungels (DQT) qui s’écartait – de façon dangereuse, cette vague n’avait pas lieu d’être, ça ressemblait à un gars qui vient de passer son relais dans une américaine (ou madison) et remonte à l’extérieur de la poste – de la tête du peloton. Le champion de Colombie s’est fait faucher la roue avant par la roue arrière du Luxembourgeois, il n’a rien pu faire. Huiguita est retombé un peu plus tard sur un rond-point. Trop en galère et faute d’accalmie au sein du peloton, il a fini par abandonner. Premier Colombien victime de cette tournée…

Après cette incident, ça s’est brièvement calmé pour rapidement de repartir de plus belle. Sagan a relancé en personne, suivi par Bennett. Marquage au cuissard. En agissant ainsi, le Slovaque obligeait l’Irlandais à fournir de gros efforts susceptibles d’être payés dans les ascensions. Or on le sait, le principe risque pour Bennett est le hors-délai en montagne, même si en pratique on voit de moins en moins de coureurs éliminés de la sorte grâce à l’allongement des délais ces dernières années.

En tête de peloton, on semblait de moins en moins y croire. On sentait moins de cœur mis à l’ouvrage pour se faire la malle. Pierre Rolland, qui disait rêver de s’imposer au Grand Colombier sans croire en la réussite d’une échappée, a réessayé en partant seul. Il avait besoin d’aide. Beaucoup ont de nouveau montré leur intention de prendre le large, dont des Israël Start-up Nation. On voyait encore régulièrement Sagan, toujours avec Bennett sur le porte-bagage. Greg Van Avermaet (CCC), jusqu’ici assez discret dans ce Tour, sortait enfin de sa boîte.

Rolland semblait être dans tous les coups ! Il est ressorti dans un groupe de 5 qui a grossi avant de se détacher. On y trouvait Kévin Ledanois (ARK), Simon Geschke et Matteao Trentin (CCC), Jésus Herrada (COF), Marco Marcato (UAD), Michael Gogl (NTT), Niccolo Bonifazio (TDE), et bien sûr Pierre Rolland. On roulait déjà depuis une grosse trentaine de kilomètres.

Ça manquait de Groupama-FDJ, de Deceuninck-Quick Step, d’AG2R-La Mondiale et de Mitchelton Scott. Jungels et Nans Peters (ALM) sont ressortis avant qu’il ne soit trop tard. Peters n’a pu tenir seul en chasse-patate, Jungels insistait, mais la tête du peloton réagissait, notamment avec la Mitchelton-Scott, qui roulait faute d’avoir mis un homme devant. Ce rythme a suffi à rattraper Bob Jungels. En revanche, l’échappée conservait ses 30 secondes d’avance, et même un peu plus. D’autres équipes ont relancé, notamment les Groupama-FDJ. Alaphilippe et Cosnefroy figuraient toujours parmi les candidats à l’échappée. On voyait Wout Van Aert (TJV) venir perturber la chasse en se mettant dans la roue de l’homme qui menait le peloton. Esteban Chaves (MTS) voulait vraiment être à l’avant, d’où ces multiples relances. En voyant la Jumbo-Visma s’approcher des premières places du peloton, certains comme Alaphilippe comprenaient que c’était maintenant ou jamais car l’équipe du maillot jaune souhaitait mettre fin à la récréation. Cyril Gautier (BVC) jouait parfaitement son rôle d’équipier pour casser les nouvelles accélérations.

Cette fois, c’était bel et bien parti, seuls Rolland et Herrada semblaient avoir le profil d’un vainqueur d’étape, mais il manquait du monde pour avoir une chance d’aller au bout. Ça promettait de nouvelles attaques de grimpeurs dès le début des difficultés du jour. En tête de peloton, le barrage de Jumbo-Visma a enfin calmé le jeu.

Hugo Hofstetter (ISN) et Richard Carapaz (INS) sont tombés en plein milieu de la route. C’était pourtant calme. A priori, David Gaudu (GFC) aussi aurait chuté, mais dans l’herbe.

Trentin pensait remporter facilement le sprint intermédiaire, Bonifazio lui a contesté la victoire, il a gagné tout de même et en a profité pour bien se rapprocher de Sagan au classement du maillot vert. Le peloton se jouait la 9e place. Pour la énième fois on a vu le maillot vert dominer et son poisson-pilote (Morkov) s’intercaler devant Sagan pour lui reprendre 2 points suite à l’échec de la tentative de la Bora-Hansgrohe pour piéger Bennet.

La bonne entente au sein de l’échappée ne suffisait pas à prendre beaucoup d’avance, la Jumbo-Visma contrôlait. Ou plutôt Tony Martin contrôlait.

A 75km de l’arrivée débutait la Montée de la Selle de Fromentel (1ère C., 11,1km à 8,1%). Avec à peine plus de 4’30 d’avance, les échappés ne nourrissaient sans doute aucun espoir de l’emporter. Attendu par 2 équipiers, Bryan Coquard (BVC) s’est fait lâcher très tôt. Le gruppetto allait rapidement se former. Beaucoup de coureurs se laissaient décrocher. Pourtant le train du peloton restait très mesuré, si bien qu’en se sacrifiant tout seul pour maintenir l’avance de l’échappée, Trentin lui résistait bien. Il ne perdait quasiment pas de temps. Geschke et Rolland visaient sans doute les points du classement du meilleur grimpeur après en avoir déjà pris lors de l’étape arrivée au Puy Mary.

Dans les 5 derniers kilomètres, très difficiles, le peloton a commencé son rapproché. Trentin s’est écarté, Geschka a immédiatement contré. Rolland et Herrada n’ont pas laissé faire. Surtout Rolland. Le Français a fait l’effort pour recoller, l’Espagnol préférant amortir pour revenir progressivement. Les autres savaient qu’ils n’avaient aucune chance de suivre, ils ont continué à leur rythme. Seul Gogl tentait de rejoindre le trio de tête. Jumbo-Visma durcissait déjà la course (de nouveau Tony Martin), ça sentait très mauvais pour les échappés… et pour une grande partie du peloton, ou plutôt de ses ex-membres. Ça nettoyait sec.

Les 3 hommes avaient des stratégies différentes : Geschke voulait imposer des accélérations/relances, Rolland les suivait, Herrada restait très régulier dans son effort, refusant de répondre à ces à-coups, quitte à accélérer dans les replats.

Le durcissement de la course s’est poursuivi avec le relais de Robert Gestink (TJV) en tête de peloton. L’écart GPS restait légèrement supérieur à 4’. Gogl, entêté à rentrer sur le trio, zigzaguait sur la route étroite pour déduire la pente (ou en avoir l’impression). On était sur du 14,5% de moyenne sur ce kilomètre, et le dernier était encore plus dur, avec des passages à 22% ! L’Autrichien a réussi à recoller en se mettant clairement dans le rouge.

Ça devenait compliqué pour tout le monde ! Le peloton se transformait en groupe maillot jaune en perdant de plus en plus d’équipiers, notamment chez Ineos Grenadiers. Les Loto-Jumbo ne roulaient plus, le travail était effectué par Jan Polanc (UAD) avec Tadej Pogacar, son leader, dans la roue. Il a ensuite laissé les équipiers du maillot jaune faire le travail le temps de récupérer pour quelques instants Marco Marcato, lâché par le peloton, qui s’arrachait pour basculer juste devant le groupe.

Rolland a attaqué pour aller prendre les points au sommet, il ne s’attendait pas à voir Herrada les lui contester et le doubler. La tête du peloton ne pointait plus qu’à 3’18 suite à cette accélération d’UAE Team Emirates. Se sachant moins fort en montée, Gogl a attaqué dans la descente pour tenter de prendre un peu d’avance jusqu’au pied du Col de la Biche (1ère C., 6,9km à 8,9%). On passait directement d’une descente à une ascension sans passage dans une vallée.

En allant à fond, Gogl a pris 36" de marge au pied officiel du col. Le groupe maillot jaune, fort de 35 à 40 coureurs avant de se regarnir, y est passé 3’15 après l’Autrichien. Le trio n’y croyait manifestement plus, ça roulait tranquillement, on se regardait au lieu de faire l’effort pour aller chercher le fuyard et donc les gros points au sommet. On sentait que la Jumbo-Visma non plus n’était pas au taquet, elle ne voulait pas éliminer ses propres hommes avant le début du Col du Grand Colombier, situé après une longue descente et une bonne dose de vallée.

Rolland a fini par se bouger, son accélération au train a fait sauter Geschke, Herrada essayait de s’accrocher en conservant sa stratégie d’amortissement. Rolland, un temps largué à une minute de Gogl, se rapprochait à grande vitesse, son étape s’arrêtait presque au sommet, il voulait y prendre les 10 points, sachant qu’ensuite, ce serait cuit. En plus des points, il avait toutes les chances de remporter le prix du combatif du jour. La jonction s’est faite à 2km du sommet.

Wout Van Aert (TJV) assurait le travail (Gesink l’a relayé, on gérait l’énergie), il a fait craquer Thibaut Pinot (GFC) qui jusqu’ici semblait avoir retrouvé une bonne condition, puis Esteban Chaves. Il devait rester une vingtaine d’hommes à 2km du haut. Le duo de tête possédait à peine 2’15 de marge. Herrada restait à une vingtaine de secondes, Rolland ne voulait pas laisser rentrer, il a donc accéléré pour faire le trou et passer seul en tête.

Rolland a pris les 10 points, Gogl est passé 2e, Herrada a basculé 3e à 17 secondes, Geschke encore un peu plus tard, le peloton à 2’. Ça n’allait pas super vite, Gaudu a même pu revenir, comme d’autres. Notons que pendant toute la montée, Guillaume Martin (COF) se situait dans les dernières positions.

Rolland a attendu Gogl et Herrada, perdant une grosse trentaine de secondes au passage. L’Espagnol n’a même pas essayé de suivre dans la descente faite à fond par Gogl. Ça valait bien la peine de l’attendre… Rolland essayait de résister, malheureusement il est difficile de faire jeu égal avec un Autrichien en descente. A fortiori une technique sur une route en état médiocre. Le Français avait une dizaine de secondes à boucher dans la vallée. Il lui a fallu faire l’effort, même si à la fin Gogl a attendu.

Le peloton n’ayant pas tout donné dans la descente, l’écart atteignait de nouveau les 2’. Seul Herrada restait intercalé (avant de se relever). Une bonne nouvelle pour G. Martin. A bloc sur le plat, Rolland et Gogl ont encore gratté quelques secondes… éphémèrement.

Le Grand Colombier (17,4km à 7,1% de moyenne) n’offre pas des pentes régulières, attaquer assez tôt y est indispensable pour créer des écarts importants. Interdit d’accès au col, le public s’amassait au pied à Culoz. A la pancarte indiquant le début de l’ascension, 1’40 d’écart. Aucun espoir. Primoz Roglic disposait encore de 5 équipiers, ils emmenaient déjà un tempo très rapide. G. Martin y a connu un incident mécanique (dérailleur cassé)… La poisse. Il a perdu du temps pour réparer et repartir, heureusement attendu par Herrada. Gesink venait de se garer pour laisser Van Aert mener le train. Difficile de rattraper 25 à 30 secondes dans ces conditions. Les Cofidis l’ont presque fait mais en perdant pas mal de jus. D’ailleurs Martin a eu toutes les peines du monde à concrétiser ce retour, les derniers mètres étaient un calvaire. Il fallait espérer que le train reste régulier pour récupérer plus ou moins.

Rolland a terminé seul en lâchant Gogl. Si un grimpeur loin au général mais encore présent dans le groupe de tête avait eu beaucoup de jus, il devait attaquer à ce moment pour tenter de remporter l’étape. Oui, il fallait beaucoup de jus, car ça roulait très vite. Trop vite. Aucun de ces grimpeurs pas placés au général ne tenait le rythme, ils se faisaient tous lâcher. On perdait aussi la plupart des équipiers hors Ineos Grenadiers, Jumbo-Visma et Bahrain-McLaren. Les autres équipes étaient au mieux représentées par 2 hommes.

Vint alors le moment terrible pour deux autres petits Colombiens. Nairo Quintana (ARK), se ressentant des séquelles de ses 3 chutes, a coincé à son tour, tout comme Egan Bernal (INS) quelques instants plus tard. Il restait plus de 13km d’ascension. Rolland s’est fait rattraper et avaler au même moment. Bernal tentait de survivre, attendu par ses hommes (Kwiatkowski et Castroviejo). Van Aert continuait l’opération asphyxie. G. Martin et Kenny Elissonde (TFS) étaient les derniers Français à parmi la petite vingtaine d’hommes encore présents à l’avant (aux dernières places avec Sébastien Reichenbach, l’ultime Groupama-FDJ). Rolland parvenait à suivre Quintana et les Ineos, perdus dans la pampa. Revenu pour aider Quintana, Barguil lui a permis de lâcher le groupe Ineos pour mieux limiter la casse.

Elissonde, Martin et Reichenbach ont fini par craquer, Martin s’accrochait au mental, il devait éviter de se mettre dans le rouge pour ne pas couler à pic et faisait l’élastique. Il restait 10km d’ascension, Van Aert continuait à mener sans même avoir porté l’estocade. George Bennett (TJV) en a remis une couche une fois Van Aert garé. C’en était trop pour G. Martin. Il accusait de nouveau le coup, tentait toujours de ne pas totalement perdre de contact. Cette fois, impossible de revenir au train, il était accompagné de Daniel Martinez (EF1), dans le même état physique que lui. L’éclat était sévère.

Ça roulait toujours au train… La sélection par l’arrière. Absolument personne ne pouvait attaquer, tout le monde était condamné à suivre en serrant les fesses… ou à subir un KO. Adam Yates (MTS) a pourtant essayé à 7km du sommet. 7e du général, potentiellement de retour dans le top 5, il n’avait rien à perdre, mais une place sur le podium à gagner. Cette accélération a obligé Tom Dumoulin (TJV) à rouler car Bennett n’en était pas capable. Ils n’étaient plus que 11 en chasse : Tom Dumoulin avec Sepp Kuss et Primoz Roglic (TJV), Mikel Landa et Pello Bilbao (TMB), Tadej Pogacar (UAD), Rigoberto Uran (EF1), Enric Mas et Alejandro Valverde (MOV), Miguel Angel Lopez (AST) et Richie Porte (TFS). L’offensive de Yates a fait long feu.

Parmi ces hommes, certains semblaient en sursis. A moins de 5km du sommet, après avoir parlé dans sa radio, Tom Dumoulin s’est mis en danseuse pour relancer. Le groupe de 12 était en file indienne. Il allait tout donner avant de laisser les leaders s’expliquer. Ou pas. Je craignais de plus en plus le néant et une victoire de Roglic au sprint. L’absence totale de spectateurs n’aidait pas à faire vivre cette fin de course. A moins de 2km du sommet, toujours rien. Hormis les bonifications en temps au sommet, il ne restait que des points – ils ne semblaient intéresser personne au sein de ce groupe – et une victoire d’étape à décrocher. Tout le monde semblait déjà bien content de rester dans les roues et se réservait pour le sprint.

Finalement, Roglic a attaqué à 600m (174km pour rien^^), suivi par Pogacar. Kuss est remonté pour se placer en tête et emmener le sprint. Les autres sont revenus. Le contre tenté par Richie Porte à 300m était bien vu, il a toutefois emmené Roglic, Pogacar et Lopez dans sa roue. Les autres coinçaient tous et lâchait quelques secondes. L’Australien n’a pu résister aux Slovènes. Pogacar et Roglic disputaient la victoire au sprint, et, demi-surprise, Pogacar l’a emporté. Sa 2e victoire sur ce Tour et le 3e doublé slovène… Et 4 secondes reprises grâce aux bonifications. Le maillot jaune retiendra de cette défaite qu’il n’aurait pas dû attaquer. Youpi.

Les 9 premiers du jour en 18" (hors bonifs), la plupart des autres très loin… Ceux qui ont défailli ont pris cher. Pauvres Colombiens, subir un naufrage en montagne… On ne voit pas ça tous les jours ! Le résultat est un classement général hallucinant : les 10 premiers en 5 grosses minutes, les 14 premiers en environ 9’, le 15e à… plus de 32’.

J’en reviens au classement de l’étape : Pogacar et Roglic dans le même temps, Porte à 5 secondes, ces 3 hommes prenant respectivement 10, 6 et 4 secondes de bonifications, puis Mas, Kuss, Landa et Yates à 15", Uran à 18". Les suivants ne sont que des équipiers, Valverde et Bilbao à 24", Dumoulin à 34", ensuite on tombe sur Caruso à 1’54 puis G. Martin 14e de l’étape à 3’25… Quintana a lâché 3’50, Bernal dans un groupe à 7’20 avec Gaudu, Rolland ou encore Martinez. Le tenant du titre a donc dit adieu au classement général. Il tentera de remporter une étape… S’il récupère physiquement et moralement de ce crash. Il a glissé du podium jusqu’à la 13e place à 8’25. Quintana s’en sort moins mal, 9e à 5’08.

Malgré ce scenario d’une platitude déprimante, voir lénifiante faute d’attaque, les écarts se sont creusés. Je ne demande même pas les grandes manœuvres, juste un peu de panache, que les mecs qui veulent gagner le Tour, qui sont les plus forts, le montrent. Mais voilà, ils ont peur de s’exposer à trouver plus fort qu’eux. Je pense bien sûr à Roglic. Il joue tellement petit bras… Vous me direz qu’il a bien raison car il va sans doute remporter le Tour sans jamais avoir réellement cherché à attaquer, et pire, en ayant toujours refusé de mettre à profit sa supériorité pour infliger un éclat à ses concurrents. Hormis en Slovénie, hormis grâce au résultat brut, Roglic n’aura marqué personne. Il ne crée aucune émotion positive, seulement de la lassitude. Avec son équipe surpuissante qui bloque complètement toute velléité offensive de potentiels concurrents, il fait surtout ressurgir des souvenirs nauséabonds des grandes heures de l’US Postal – sous ses différents noms – et de la Sky. Je me passerais bien de cet air de déjà-vu…

Pogacar laisse une bien meilleure impression, il n’est pas en permanence dans la gestion. La victoire de ce gamin, actuellement 2e à 40 secondes, serait une juste récompense pour son audace – hormis aujourd’hui – et une juste punition pour Roglic, dont l’équipe, de nouveau très – trop – forte après avoir donné par moment des signes de faiblesse depuis 2 semaines.

Uran, 3e du général (à 1’34) dans la discrétion la plus absolue, Lopez 4e (à 1’45), Yates 5e (à 2’03), Porte 6 (à 2’13), Landa 7e (à 2’26), Mas 8e (à 3’15), c’est du moyen-courrier. Un Pinot sans sa chute du premier jour les dominait certainement. La poisse des Français – prenez encore le cas Martin, déjà dans le dur toute la journée, en plus il se mange un bris de dérailleur au pied du Grand Colombier ! – n’aide pas à apprécier cette édition du mois exceptionnelle organisée au mois de septembre dans des conditions météo digne d’un mois de juillet. Il fait très chaud… mais on n’a pas de show.

Bien sûr, les maillots distinctifs n’ont pas changé de titulaires, même si celui à pois de Cosnefroy ne tient qu’à un fil à cause des points distribués au sommet à la fin de l’étape. Il l’a conservé pour 2pts devant Pogacar et 2 devant Roglic (je crois). Les 5 premiers du classement se tiennent en 5 points, Rolland est à 10, Herrada à 11, les 9 premiers sont en 12 points. Rolland, combatif du jour, essaiera sans doute encore de l’obtenir.

Finissons par le truc dingue de l’étape : Jungels, qui avait fait tomber Higuita en début d’étape, a été renversé par une ambulance du Tour (c’était dans la vallée entre les 2 derniers cols). A croire qu’elle était conduite par Higuita !

Le résumé.

La fin de l’étape… sera mise en ligne si jamais je trouve le temps et le courage de la mettre. On ne peut pas dire qu’elle a beaucoup d’intérêt.

Il reste du suspense dans ce Tour. Du moins concernant 2 des 4 maillots… Voire les 4. Car lundi en plus d’être jour de repos, lundi est jour de tests Covid. Les biologistes peuvent encore chambouler le classement de l’épreuve. Comme depuis toujours me direz-vous…