Etape 16

  • Etape 16 : et à la fin, Lennard dit « vici[1] ».

De La-Tour-du-Pain à Villard-de-Lans, 164km.
Abandon : David Gaudu (GFC).
Hors-délais : Jérôme Cousin (TDE).

La journée a débuté par une bonne nouvelle : aucun cas positif au coronavirus au sein de la bulle course. Même Christian Prudhomme a été testé négatif, d’où son retour au poste de directeur de course après une semaine d’isolement.

On partait donc pour les 6 dernières étapes de cette édition après une journée de repos très appréciée. Tout le monde en avait cruellement besoin. Malheureusement, pour une grande partie des membres du peloton, ce mardi s’est transformé en étape de remise en jambes. Même si compte tenu des chaleurs folles pour un mois de septembre (jusqu’à 36°C... dans les Alpes de surcroît), tout doit être relativisé.

Le profil particulier de cette étape avec une côte non répertoriée dès le départ – il fallait s’être échauffé sur home-trainer avant le début de la course, sous peine de vite se retrouver en galère – puis un terrain propice pour se faire la guerre avant le sprint intermédiaire si important pour Peter Sagan (BOH) dans sa quête de maillot vert. Le premier col de 2e catégorie de la journée pouvait ensuite permettre de créer la grande échappée du jour si jamais elle ne parvenait pas à se former plus tôt. La suite, des descentes, des portions de vallée et un final particulier avec la Montée de Saint-Nizier-du-Moucherotte (1ère C.) suivi de 20km de faux-plat descendant et d’une dernière montée de 3e catégorie jusqu’à l’arrivée. Autrement dit, il s’agissait plus d’une étape pour baroudeurs/grimpeurs/puncheurs que d’une étape pour leaders. En effet, imaginez qu’un Tadej Pogacar (UAD) parvienne à lâcher tout le monde dans la dernière véritable ascension, comment résisterait-il seul au retour du groupe qu’il aurait lâché ? La dernière étape avec ce type de tracé ? Je dirais celle des Rousses remportée par Lilian Calmejane en 2017.

Cette étape intéressait aussi les hommes en quête de pois et les lieutenants de leaders passés par la fenêtre ou plus en mesure de jouer le général, voire ces leaders déchus en personne.

Libéré de son rôle d’équipier d’Egan Bernal, Dylan Van Baarle (INS) a imposé de suite la première accélération. On voyait beaucoup de candidats à l’échappée, un énorme groupe s’est formé devant le peloton. On y trouvait notamment Nans Peters (ALM), le régional de l’étape, mais aussi Peter Sagan, marqué par Sam Bennett (DQT), qui allait avoir bien du mal à le suivre. Premier à prendre quelques longueurs d’avance, Quentin Pacher (BVC) ne pouvait tenir seul. Il observait derrière lui un mouvement incessant en tête de peloton. Ça revenait par grappes. On trouvait sans surprise des garçons comme Greg Van Avermaet (CCC) et Julian Alaphilippe (DQT), dont le profil correspond parfaitement à une étape comme celle-ci.

A l’arrière, le pauvre David Gaudu trainait sa peine sur un terrain pour lui… s’il était en bon état. Mise en route très difficile, comme à Nice lors de la 2e étape où il avait pu se refaire progressivement après sa chute de la veille. Il devait attendre impatiemment la formation de l’échappée pour que le peloton se calme. Ça n’a pas tardé. Un très gros groupe – suivi d’un plus petit en chasse et d’un duo formé de Benoît Cosnefroy (ALM) et Anthony Turgis (TDE)… sortis à contretemps – a obtenu l’autorisation du peloton. Sagan a loupé le coup et a fait rouler ses hommes restants (il avait ses 4 meilleurs grimpeurs à l’avant), contrairement par exemple aux Ineos Grenadiers, présents en nombre.

A l’avant, on trouvait en réalité un premier peloton avec plusieurs formations très bien représentées et du très lourd. Mais personne de classé au général. On y trouvait bien assez d’équipiers pour faire le travail et ne plus être revus de la journée. A 40 secondes d’avance, ça semblait plié, même si en tête du peloton, on essayait encore de sortir dans la côte. C’était maintenant ou jamais. D’autant que Jumbo-Visma se mettait en tête pour calmer le jeu. Pierre Rolland (BVC) s’est lancé avec un équipier, puis quand Guillaume Martin (COF), trop proche au général, a essayé d’y aller, Wout Van Aert (TJV) a tout fait pour remettre de l’ordre. Primoz Roglic (TJV) se trouvait très loin derrière, ça continuait donc à relancer.

Peters a accéléré pour prendre le point de la première côte, malheureusement ce coup était en sursis à cause de l’agitation en tête de peloton. La jonction s’est produite assez rapidement. Dommage car la composition du premier peloton avait de la gueule, on y trouvait notamment Thibaut Pinot, Sébastien Reichenbach, Rudy Molard et Stefan Küng (GFC), Richard Carapaz, Dylan Van Baarle, Andrey Amador et Jonathan Castroviejo (INS), Lennard Kämna, Maximillian Schachmann et Lukas Pöstlberger (BOH), Alexey Lutsenko et Omar Fraile (AST), Hirschi et plusieurs équipiers (SUN), Greg Van Avermaet et Alessandro De Marchi (CCC), Nans Peters et Benoît Cosnefroy (ALM), Nicolas Edet et Jésus Herrada (COF), Marc Soler et Carlos Verona (MOV), Neilson Powless et Alberto Bettiol (EF1), ou encore Michael Valgren (NTT), Julian Alaphilippe (DQT, Esteban Chaves (MTS), Quentin Pacher (BVC)… J’en oublie.

Forcément, ça a relancé, Nicolas Roche (SUN) et Richard Carapaz ont relancé un coup, ça allait encore beaucoup bouger, Sagan y est allé, suivi par Sam Bennett. Sans succès. C’est reparti dans tous les sens, on a retrouvé un gros groupe dont la compo me plaisait nettement moins malgré la présence d’Alaphilippe, de Pacher et de Barguil (ARK). Sa composition, outre les 3 hommes précités : Anacona (ARK), encore Carapaz et Amador (INS), Daniel Oss et Kämna (BOH), Verona et Erviti (MOV), Roche (SUN), Reichenbach (GFC), Bettiol (EF1), Trentin (CCC) et Juul Jensen (MTS). Ni les deux Bora-Hansgrohe, ni Roche, ne roulaient.

Passé à côté, Cosnefroy se devait de réagir. Jonathan Castroviejo et Tony Martin (TJV) lui ont sauté dans la roue sans relayer pour le décourager, Bob Jungels (DQT) l’a aidé. En réalité, ils relayaient en tête de peloton. Les Mitchelton-Scott et les AG2R-La Mondiale n’avaient personne devant. Esteban Chaves est donc ressorti, tout comme Marc Hirschi (SUN) et Peters, Herrada aussi. Ils donnaient tout, ça ne suffisait pas à lâcher le peloton. En laissant Trentin à l’avant, Sagan et Bennett lui offraient 20 points…

Geoffroy Soupe (TDE) en a remis une louche, rejoint par Jack Bauer (MTS), puis par Edvald Boasson Hagen (NTT). Cette fois le peloton entendait vraiment stopper les machines. Pas de chance, Krists Neilands (ISN) s’est lancé seul à contretemps pour combler un retard supérieur à 1’30, encourageant d’autres volontaires à relancer. Mauvais timing ! Pourquoi ne pas avoir réagi plus tôt ? Sunweb, Mitchelton-Scott et AG2R restaient actifs, en particulier Peters, sur ses terres, qui avait coché cette étape à laquelle assistaient Martin Fourcade et surtout son ami d’enfance, Emilien Jacquelin (a priori ils étaient dans les voitures avec l’échappée). On voyait aussi des Groupama-FDJ, Deceuninck-Quick Step ou encore Cofidis et bien sûr Rolland. Tous voulaient tenter de sauver leur journée. Ils pouvaient garder espoir car l’entente à l’avant n’était pas excellente et le retard décroissait. Etrangement, malgré la présence de Carapaz et Amador dans l’échappée, les Ineos Grenadiers se montraient enclins à bouger… ou à bloquer, selon les situations. Ainsi, Castroviejo a sauté dans la roue d’Hirschi, parti comme une balle, de façon à l’empêcher de fuir. On percevait toujours des grappes de coureurs prendre quelques mètres d’avance. Le trio s’est fait rattraper par le duo, puis par ces grappes. Ça n’arrêtait pas ! La Jumbo-Visma se faisait mal à essayer de contrôler… pour rien. Elle n’avait qu’une douzaine d’hommes à réellement surveiller, aucun ne se montrait. La formation du maillot jaune a finalement pris la tête pour de bon. Il lui fallait rouler à suffisamment vive allure car en adoptant un train plus lent, elle se serait assurée de subir encore et encore ces contre-attaques.

Ça sentait vraiment le sapin pour les ambitions des candidats à l’échappée restés à quai. Un peu fou, Rolland a alors pris l’initiative de s’engager seul dans une contre-offensive en chasse-patate. Seul à 1’ de la tête de course, il espérait limiter la casse avant de revenir dans le col. Coup de chance, la Sunweb voulait jouer une autre carte que Roche : Casper Pedersen et Tiesj Benoot ont rejoint le Français, décuplant ses chances de rentrer. Leurs équipiers ne roulaient donc plus à l’avant. Un autre petit groupe s’est intercalé entre ce trio et un peloton désormais bien contrôlé par Jumbo-Visma. Cette bataille entre le départ et la véritable accalmie aura été beaucoup trop longue pour, Gaudu, à bout. En bien meilleure condition avant cette journée de repos, il imaginait sans doute finir le Tour en meilleure forme, pas se faire cueillir dès le début de l’étape sans jamais parvenir à s’en remettre.

Oss a tenté de faire le sprint à Trentin. Sans succès. Trentin est revenu à seulement 15 points de Sagan au classement du maillot vert. (Compte tenu de la dimension de l’échappée, aucun point ne restait à distribuer pour le peloton.)

Le trio peinait à rentrer, il stationnait à environ une minute de la tête. Quant au groupe formé par Mikel Nieve (MTS), Romain Sicard (TDE), Pavel Sivakov (INS), Simon Geschke (CCC) et Neilson Powless, il pointait encore une petite minute plus loin. La longue partie d’ascension avant le début officiel du Col de Porte (2e C., 7,4km à 6,8%) – en tout, ça montait sur 20 bornes – et la soif des hommes de tête – par une grosse chaleur, on passe plus de temps à se ravitailler – ont contribué au retour du trio. L’échappée a même donné l’impression d’attendre ces 3 hommes, sans doute pour récupérer des équipiers motivés susceptibles d’apporter une contribution à l’effort collectif. Pedersen avait déjà fourni beaucoup d’efforts et ne semblait déjà plus très frais, il peinait à faire la jonction et n’allait pas pouvoir s’accrocher dans les forts pourcentages. Le quintette paraissait incapable de revenir, sauf bien sûr si on le laissait faire, ce qui n’était réellement dans l’intérêt de personne hormis Juul Jansen, Bettiol et Trentin.

Décidé à aller prendre les points, Rolland est ressorti seul à plus d’1km du sommet, ne provoquant la réaction que de Roche… sans bataille au sommet (après discussion). Le Français est revenu à 5 unités de Cosnefroy au classement du maillot à pois. Pendant ce temps, les poursuivants se rapprochaient du gros de la troupe (à une quarantaine de secondes), leur sort restait en suspens. Basculer 20 secondes avant leurs compagnons de route permettait au duo une descente sans pression, donc moins énergivore. Ils ont bien sûr laissé rentrer.

La présence des 5 poursuivants à une quarantaine de secondes s’avérait très gênante car elle interdisait aux voitures des équipes représentées à l’avant de se positionner derrière l’échappée. La direction de course les bloquait plus bas, dans le sillage du quintette, et ne les laissait remonter qu’une à une sur demande des coureurs. Ces derniers ne pouvaient obtenir d’assistance technique ou de ravitaillement qu’après avoir patienté des plombes. Obligé de changer de vélo à cause d’un problème de dérailleur, Alaphilippe a dû se farcir seul un petit contre-la-montre individuel, heureusement pas trop long, avant le pied de la Côte de Revel (2e C., 6km à 8% de moyenne).

Les 5 hommes en chasse depuis très longtemps ont pu combler le trou d’une trentaine de secondes dans les premiers kilomètres – les plus difficiles – de cette ascension. Alaphilippe a profité de leur arrivée pour récupérer son vélo d’origine tout en se faisant ramener. Ça restait très calme, on laissait rouler les équipiers incapables de suivre dans l’ultime ascension, en particulier Oss.

Sans surprise, Rolland a recommencé en plaçant une petite attaque à 1,8km du sommet pour assurer les 5 points lui permettant de revenir en tête du classement des grimpeurs à égalité avec Cosnefroy. Bien vu, car il s’évitait ainsi un effort violent et empêchait tout adversaire potentiel – je pense notamment à Geschke et Powless, placés au classement – de lui contester les points. Bien sûr, il ne cherchait pas à s’isoler durablement. Geschke est passé 2e, Pacher voulait protéger Rolland, Carapaz a sprinté pour le doubler.

Oss roulait pour le groupe depuis un long moment, on attendait la Montée de Saint-Nizier-du-Moucherotte (11,1km à 6,5% de moyenne) pour s’expliquer, même si les deux Bora-Hansgrohe ont semble-t-il tenté de fausser compagnie aux autres dans la vallée. Sans insister.

Il fallait que ça bouge ? Normalement, dans ces situations de course, on en voit toujours tenter de fracasser l’échappée sur le plat pour piéger les meilleurs grimpeurs. Un seul homme a osé tenter de remettre en cause la hiérarchie, histoire d’essayant que la loi du plus fort ne soit pas forcément la meilleure. (Malheureusement sans succès, nous l’allons montrer tout à l’heure.) L’attaque de Pacher avant le début de l’ascension dans une partie déjà en montée ne manquait pas de sens. Elle s’avérait très intelligente dans une logique d’équipe. Rolland pouvait se contenter de suivre et avec un peu de chance, il pourrait le récupérer plus tard. Le barbu roux de B&B Hôtels-Vital Concept a rapidement obtenu une trentaine de secondes d’avance, ça obligeait les autres équipiers membres du groupe à se sacrifier eux aussi tout en faisant bosser les garçons n’ayant personne pour les aider. On avait tendance à se regarder, beaucoup filochaient en sautant des relais.

Notons, même si personne ne s’intéressait au peloton, peinard à 13’, qu’Egan Bernal (INS) a lâché prise très tôt. La réaction en tête du groupe de chasse est venue d’un de ses lieutenants libérés par sa défaillance. Amador a durci la course en attaquant, suivi par Carapaz. Ça envoyait fort. Le ménage naturel s’opérait, les non-grimpeurs et les plus fatigués sautaient. Si Pacher se donnait toujours à fond, sa marge proche d’une minute au maximum se réduisait fort logiquement. Avait-il intérêt à se cramer au lieu d’en garder un peu pour tenter d’accrocher les roues ? On pouvait s’interroger en direct, a posteriori on comprend que ça n’aurait rien changé.

Une fois Amador garé, Carapaz se devait d’attaquer. Le groupe de contre a explosé. Seuls Alaphilippe, Kämna, Barguil, Reichenbach, Sivakov, Geschke, Benoot et Roche s’accrochaient. Que Rolland ne puisse suivre était une très mauvaise surprise, il semblait avoir de super jambes. Là aussi, avec du recul, pas de regret, même décrocher le point nécessaire pour prendre le maillot à pois était hors de portée, il payait sans doute toutes les dépenses d’énergie concédées lors de ses différentes attaques et lors de son rallye avec les Sunweb pour rattraper le coup.

Une nouvelle accélération a réduit le groupe à 4 unités : Kämna, Alaphilippe, Carapaz et Reichenbach. Alaphilippe s’accrochait difficilement. Il restait à 4,5km d’ascension au moment où Pacher s’est fait rattraper.

Surprise, à l’avant du peloton où rien ne se passait. Guillaume Martin pensant y déceler l’opportunité, on l’a vu sortir dans la roue de Nicolas Edet pour assouvir son ambition de retour dans le top 10 du général. A priori, Jumbo-Visma laisserait faire car il ne représentait aucun danger pour le maillot jaune. Cette tentative des Cofidis avait le mérite d’exister. Qui ne tente rien n’a rien, il fallait profiter de ce rythme relativement lent du peloton. La formation néerlandaise ne l’entendait pas ainsi, elle a accéléré. Les Français ont donc été repris au bout de quelques kilomètres après avoir eu une trentaine de secondes d’avance.

En tête de la course, Pacher peinait à tenir les roues des 4 autres, bien décidés à éliminer définitivement leurs concurrents. Il faisait l’élastique. Désormais, seules les jambes parlaient. L’écart par rapport au groupe Barguil se creusait. Dès le retour de Pacher, Carapaz a contré. Alaphilippe est allé le chercher de suite quitte à se mettre dans le groupe, Kämna et Reichenbach ont préféré amortir. Carapaz ne relâchait pas son effort, contrairement, sans doute, aux espoirs d’Alaphilippe (sa réaction immédiate ressemblait à du bluff). De retour, l’Allemand roulait avant une nouvelle attaque de l’Equatorien. Cette fois, il l’a suivi, contrairement à Reichenbach qui, comme d’habitude, restait dans son propre rythme pour recoller au train. Seulement l’Equatorien ne relâchait jamais, il continuait à fond. On aurait dit un lièvre dans une course de fond ou de demi-fond en athlétisme… avec un but bien différent : faire craquer son dernier compagnon d’échappée. Seulement, ça ne fonctionnait pas, Kämna restait dans sa roue. Sentant Carapaz en train de s’épuiser et de légèrement faiblir, le Bora-Hansgrohe lui a infligé un contre à 300m du sommet. Pas seulement pour prendre les points. Il était fort, Carapaz aussi… avant de se mettre dans le rouge pour tenter de le larguer. Ce forcing avait eu une seule conséquence, éliminer définitivement tous les membres de l’échappée – dont lui – hors Kämna.

En un contre un à distance, Kämna avait toutes les chances de l’emporter. Seul un regroupement entre les poursuivants pouvait changer la donne. Or Carapaz avait éliminé tout adversaire susceptible de devenir un allié de circonstances. Pacher et Alaphilippe ont même reculé jusqu’au groupe Sivakov/Benoot/Barguil. Pas besoin de se cramer pour une place d’honneur. Déjà à plus de 30" Kämna finissait le travail en mettant à profit ses qualités de rouleur (on parle là d’un ancien champion du monde et d’Europe de contre-la-montre en catégorie juniors en 2014, médaillé de bronze puis d’argent aux ChM espoirs en 2015 et 2016). Sa marge

Même très difficile sur son premier kilomètre, la Côte 2000 (3e C.) à Villard-de-Lans, devenait une formalité avec 1’15 de marge. En principe, Caparaz est plus rapide au sprint et meilleur puncheur que Kämna. S’il avait fait en sorte de rester avec lui jusqu’à cette dernière ascension, il avait toutes les chances de l’emporter alors qu’en réussissant à lui prendre 10 ou 15 secondes dans les derniers hectomètres de la Montée de Saint-Nizier-du-Moucherotte, Kämna l’aurait probablement rattrapé avant l’arrivée… Chez Ineos Grenadiers, on doit réapprendre à courir. Depuis le décès soudain et tragique de Nicolas Portal, cette formation a atteint le niveau technique de la Movistar.

Bora-Hansgrohe a beaucoup fait le spectacle sur différents terrains (notamment pour le maillot vert), a souvent été présente dans le final des étapes, il lui manquait la récompense tant attendue. Vainqueur dans les Alpes il y a un mois jour pour jour lors du Criterium du Dauphiné (il s’agissait de sa première victoire chez les professionnels), 2e au Puy Mary où il avait mal joué le coup stratégiquement, Kämna était un des deux plus fort et certainement le plus patient (il a appris de son erreur au Puy Mary), raison de son triomphe. Il ajoute ainsi son nom à la liste des jeunes qui brillent sur ce Tour (Pogacar, Van Aert, Hirschi, etc.). Fort en montagne, fort au chrono, il a sans doute un potentiel pour jouer le général dans les courses à étape à condition, bien sûr, de s’y consacrer.

Reichenbach a fini 3e, Sivakov 4e en ayant pris de l’avance sur Geschke 5e et Barguil 6e. Pacher et Alaphilippe ont franchi la ligne 9e et 10e.

Notons que les 4 – et même 5 des 6 premiers – ont pu être présents à l’avant parce que leurs leaders en début de Tour ont explosé en vol, respectivement Buchmann, Bernal et Pinot (plus Quintana).

Et le peloton dans tout ça ? On l’aurait presque oublié ! Malgré le train de la Jumbo-Visma, les Team Emirates ont tenté le coup dans le premier kilomètre de la Côte des 2000, David de La Cruz emmenant Pogacar. Cette accélération a fait mal, mais pas à tout le monde, pas à Roglic capable de suivre sans aucun souci. Il fallait survivre sur le premier kilomètre, ensuite ça montait moins dru. Finalement, hormis Nairo Quintana (ARK), condamné dans tous les cas dans ces étapes alpestres faute de condition physique suffisante, tout le monde est passé. Van Aert a ensuite fait le train pour éviter une contre-attaque. Pogacar en a malgré tout remis une petite sur la fin. Une accélération seulement symbolique. Le contre de Miguel Angel Lopez (AST) à 250m a surpris tout le monde. Il a créé une "gigantesque" cassure… presque comblée par Pogacar. Le Colombien a repris une seconde. Ils ont terminé 17’ après le vainqueur.

Le point sur le podium : victoire de Kämna, Roglic toujours en jaune sans véritable changement au général (une seconde gagnée par Lopez et disparition des Colombiens Bernal et Quintana qui étaient encore présents dans le top 15), Pogacar en blanc, Bennet en vert. On a failli un changement de maillot à pois, Cosnefroy le conserve en étant à égalité avec Rolland, c’est un magicien, il n’a marqué aucun point depuis la 9e étape, le classement est totalement dingue, hyper serré. Demain en revanche, il n’y aura pas de miracle, c’est impossible. Dernière récompense, le prix de combatif du jour donné à… Carapaz. Je ne comprends pas vraiment, il ne me semble pas avoir fait grand-chose avant l’ascension où tout s’est joué, auparavant ses équipiers faisaient le travail à sa place. Alors bien sûr, si par combativité on entend attaquer en bourrin dans une seule ascension, OK. Je soupçonne que son élection soit due au moment où les électeurs ont dû rendre leur bulletin, sans doute pile au moment où il bourrinait…

Le résumé.

La fin de l’étape… (La vidéo sera mise en ligne dès que possible.)

Echappée à 22, le plus fort gagne, il ne se passe rien dans le peloton. J’ai trouvé ça nul. Grosse déception. Demain, pour une fois, le tracé fera la course, il ne peut en être autrement avec une arrivée aussi terrifiante que le Col de la Loze.

Note

[1] C'est du latin, ça se traduit par "J’ai vaincu".