Prenez les derniers épisodes d’Avengers, en particulier Endgame. En réalité, vous mettez une tonne de super-héros et de personnages en tous genres récupérés dans des tonnes de bandes dessinées différentes et vous faites un énorme combat final improbable. Il ne se passe rien, tout ne repose que sur les effets spéciaux pour afin une bataille spectaculaire qui fait tout le film.

Sur le Tour de France, c’est un peu pareil. On va juste cherchez les super-héros dans des univers plus étendus. Outre Hulk (Peter Sagan), en difficultés cette année, on a vu briller un Miguel Angel Lopez (AST), surnommé Superman, Primoz Roglic (TJV) ressemble à Robocop, Richard Carapaz (INS) est redevenu une sorte de Tortue Ninja après avoir joué les lièvres en se trompant de film, on pourrait aussi citer Caleb Ewan (LTS), alias Atomic Mouse et quelques gars couverts de bandages – la Momie – suite à des chutes, Alexis Vuillermoz (ALM) est Pikachu, etc. A la fin, vous en envoyez une tripotée sur un énorme champ de bataille et vous ramassez les morts. Pour une fois, le parcours faisait plus la course que les coureurs.

Etape 17

  • Etape 17 : Laisse parler les jambes… (à chanter sur l’air de «Laisse parler les gens» de Jocelyne Labylle, Cheela, Jacob Desvarieux et Passi, tube de l’été 2003.)

De Grenoble à Méribel - Col de la Loze, 170km.
Non-partants : Egan Bernal (INS), mal à l’épaule/cramé, Stefan Küng (GFC), préparation en vue du clm des championnats du monde.
Abandon : Mikel Nieve (MTS).
Hors délais : Jens Debusschere (BVC), sacrifié pour sauver Bryan Coquard.

88km de plat relatif avec un sprint intermédiaire au kilomètre 45… Puis l’horreur. Le Col de la Madeleine (H.C.) n’est pas du gâteau, mais alors le Col de la Loze, inédit en course (en réalité, il a été pratiqué une fois, lors du Tour de l’Avenir 2019), est quelque chose de totalement dingue. A côté, l’Enfer est un club de vacances. En plus des pentes absurdes, il faut ajouter l’altitude.

Lâcher des forces sur le plat n’avait d’intérêt pour personne, y compris pour les équipes de leaders. En principe, le Tour devait se jouer aujourd’hui, tout comme le maillot à pois (jusqu’à 60pts à prendre dont 40 à l’arrivée alors que les 12 premiers du classement comptaient seulement 36 à 22pts après la 16e étape). Le maillot vert aussi pouvait changer d’épaules… Si Sam Bennett (DQT) ne parvenait pas à rentrer dans les délais[1].

Bien sûr, ça a tout de suite attaqué – sur un terrain en montée – avec dans le coup des Pierre Rolland (BVC), Nans Peters (ALM)… Du classique. Thomas De Gendt (LTS), Krists Neilands (ISN) et Pierre-Luc Périchon (COF) ont rapidement pris quelques mètres d’avance, ils ont été rejoints par un gros groupe où figuraient Peter Sagan (BOH) et Matteo Trentin (CCC) bien sûr marqués par Sam Bennett. Ça ne donnait encore rien. Dylan Van Baarle (INS) est ressorti un temps, sans grande réussite. Thomas De Gendt se montrait particulièrement actif. On voyait aussi Benoît Cosnefroy (ALM), toujours titulaire du maillot à pois malgré un total de points figé depuis la 9e étape. Revoir Cees Bol (SUN), sprinteur, partir seul, était un peu ridicule. Niccolo Bonifazio (TDE) a voulu le rejoindre en solitaire alors que Trentin et S. Bennett profitaient du souci technique subi par Sagan pour accélérer en tête de peloton…

Ça relançait de partout avec toujours les mêmes… De Gendt tenait vraiment à prendre l’échappée, il se donnait sans compter ! Difficile pour Valentin Madouas (GFC) d’aller le chercher sans aide. Il en a reçu de Nicolas Edet (COF), puis… le peloton est rentré. Le Belge roulait tellement fort que personne ne parvenait à s’éloigner suffisamment loin du peloton pour venir s’associer avec lui. Beaucoup essayaient en solitaire puis en groupe, seulement ce rythme infernal ne suffisait pas à provoquer la cassure nécessaire à la formation de l’échappée. Un groupe assez conséquent (une vingtaine d’hommes) s’est formé à la pédale pour enfin rejoindre De Gendt. On y trouvait notamment Lennard Kämna (BOH), Richard Carapaz (INS) et Julian Alaphilippe (DQT), déjà très en vue la veille.

Movistar, B&B Hôtels-Vital Concept et Education First n’étant pas représentés à l’avant, le peloton n’abdiquait pas. C’est revenu assez proche pour provoquer une multiplication des contre-attaques. Un premier peloton se formait devant le peloton maillot jaune en profitant d’une longue montée non répertoriée. Certains tentaient de s’en extraire à l’image de Gorka Izagirre (AST). Alaphilipe a relancé plusieurs fois, Kämna et Carapaz étaient toujours là avec Izagirre et Dan Martin (ISN). Il fallait avoir de sacrées jambes pour suivre. Daniel Martinez (EF1), Valentin Madouas, et Marc Soler se sont intercalés, ils ont craqué ou lâché l’affaire tour à tour, même quand Van Baarle a rejoint le jeune Français. Malgré sa trentaine de seconde d’avance, le quintette n’en avait pas fini. Si Pierre Rolland, Alexis Vuillermoz (ALM) et d’autres ne se sentaient pas encore prêts à dire stop, les Jumbo-Visma entendaient calmer le jeu en contrôlant la tête de peloton. Daryl Impey (MTS) s’en foutait, il s’est lancé. Seul. Très optimiste le garçon !

Comprenant qu’insister ne servait à rien car la difficulté du Col de la Loze empêcherait sans doute les échappés de se jouer la victoire, tous les garçons très actifs absents de la tête de l’échappée se sont résignés. De Gendt a même décroché pour aller chercher Caleb Ewan lâché depuis un moment dans les voitures. Impey ne pouvait revenir, il ne s’engageait pas à fond puis s’est complètement relevé.

La petite accélération d’Alaphilippe pour remporter le sprint intermédiaire lui rapportait plus qu’elle ne lui coûtait. Avec seulement 5 hommes à l’avant il restait de gros points à distribuer. Trentin a tenté de surprendre en démarrant très tôt, mais pour la énième fois, un scénario immuable s’est reproduit : Bennett gagne, Morkov s’intercale devant Sagan. Trentin est passé juste derrière Sagan. L’Irlandais a donc augmenté son avance de 2 unités par rapport au Slovaque et de 3 par rapport à l’Italien. Encore une bonne affaire dans une étape pas faire pour lui.

Le peloton se comportait comme dans l’étape du Grand Colombier, en limitant l’avance laissée aux échappés de façon à rendre certaine la victoire d’un homme fort, un leader placé au général. Au mieux 6’ pas beaucoup plus. Il s’agissait de l’écart au pied du Col de la Madeleine (H.C., 17,1km à 8,4%... 2300m d’altitude au sommet). Lors du dernier passage du Tour sur ce col (en 2018), Alaphilippe était passé en tête.

Sam Bennett a décroché dès le pied où, surprise, la Bahrain-McLaren a osé se placer en tête du peloton pour tout de suite mettre la pression. Une très mauvaise nouvelle pour… tout le monde, y compris, peut-être, pour la Jumbo-Visma, dont les équipiers risquaient de se faire user de façon prématurée. En agissant ainsi, Mikel Landa (TBM) allait probablement nous faire manquer le train jaune qui bloque la course dans les ascensions. Pour gagner, il faut risquer de perdre, Landa semblait enclin à prendre ce risque (compte tenu de la suite des événements, cette lecture des faits mériterait un examen approfondi). Cette accélération précipitait également le grand nettoyage à l’arrière. On ne faisait vraiment pas semblant ! Nairo Quintana (ARK) a craqué très tôt. Il y en avait partout ! Il fallait être fort et très motivé pour s’accrocher !

A l’avant, Kämna a payé ses efforts couronnés de succès de la veille. Il a craqué le premier. Le peloton ne pointait déjà plus qu’à 3’45 à 13km du sommet… Alaphilippe tentait encore de forcer l’allure. Les échappés étaient condamnés, seul la période de sursis restait à déterminer. Sony Colbrelli (TBM) donnait tout avant de se garer. Néanmoins, l’écart stagnait. Wout Poels (TMB), habitué à travailler en montagne pour la Sky, l’a fait pour la première fois avec sa nouvelle équipe. Il a pu se refaire une santé après son début de Tour très difficile suite à une chute. Ça accélérait fort logiquement même si ce n’était pas encore infernal. Des garçons comme Cosnefroy faisaient l’élastique en fin de groupe. Forcément, quand on tire sur un élastique, il finit par se casser. Le maillot à pois ne s’est pas rendu sans combattre. L’abandon de Mikel Nieve a été annoncé au même moment par Radio Tour. En 19 participations à des grands tours, il n’avait jamais abandonné et toujours terminé dans le top 25 (une fois 8e à la Vuelta, 14 fois entre 10e et 18e).

Outre Guillaume Martin (COF), Kenny Elissonde (TFS), Warren Barguil (ARK) et Valentin Madouas, aucun Français ne figurait au sein du peloton maillot jaune. Bien réduit, l’écart se stabilisait à 2’. Malheureusement, cette initiative au long cours des Bahrain-McLaren semblait n’avoir aucun effet sur les Jumbo-Visma. On en trouvait encore 6 dans leurs roues… Au lieu de les fatiguer, les hommes de Landa ont fait le travail de ceux de Primoz Roglic… Ces derniers n’auraient pas rendu la Madeleine plus digeste pour le reste du peloton.

Carapaz et Alaphilippe, crédités respectivement de 12 et 10pts au classement des grimpeurs avant l’étape, en avaient 20 à prendre au sommet. Le Français forçait le train pour passer en tête, Carapaz l’a sauté sur la ligne… Il restait des points à prendre pour le peloton. Tadej Pogacar (UAD) n’était qu’à 2 unités de la tête du classement. Il s’est replacé pour mettre une petite accélération et s’en adjuger 8, devenant ainsi porteur virtuel du maillot à pois. Madouas est passé 6e.

Le peloton encore fort de 27 coureurs a basculé 1’25 après le quatuor… devenu un trio. Dan Martin ne parvenait pas à suivre dans la descente. En revanche Alaphilippe se faisait plaisir. Parti tout seul sans réellement attaquer, il a laissé Izagirre puis Carapaz revenir. L’absence de prise de risque au sein du peloton permettait à la fois des retours de l’arrière (dont Cosnefroy) et l’accroissement de la marge des hommes de tête. Quand Matej Mohoric (TBM) prenait un peu trop de risques au goût de Landa, on lui demandait de se calmer.

Environ 2’40 en bas de la descente… Insuffisant, bien sûr. D’autant que le peloton a commencé à reprendre quelques secondes dans la vallée. On approchait du très gros morceau de cette édition. Cette nouveauté effrayante susceptible de redistribuer les cartes.

En réalité le Col de la Loze (21,5km à 7,8% de moyenne mais avec notamment les 5 derniers kilomètres absolument épouvantables, sommet à plus de 2300m) est une voie cyclable de 12km entre Méribel et Courchevel, pas un col routier. Cette bande de bitume, assez étroite, rend plutôt bien. Il s’agissait auparavant d’une sorte de chemin forestier/de montagne en terre battue. Pour accéder à cette nouveauté si redoutable, l’approche se faisait sur des routes déjà pentues avec un mauvais rendement. La première partie de l’ascension, il s’agit de la montée vers Méribel qu’empruntent les véhicules en temps normal.

Emmanuel Macron a choisi cette fin d’étape pour venir sur la route du Tour comme il le fait chaque année. Il a pris place dans la voiture de tête avec François Lemarchand et non avec Christian Prudhomme, certes de retour à son poste après sa semaine d’isolement et un test Covid négatif, mais relégué pour le moment dans la 2e voiture. Autre invité sur la route du Tour, de gros nuages noirs. On pouvait s’attendre à de l’orage (il a épargné la course en dehors de quelques gouttes anecdotiques).

Aux panneaux indiquant le pied, 2’ d’écart. On trouvait toujours 5 Bahrain-McLaren en tête de groupe devant les 6 Jumbo-Visma. Le trio avançait de nouveau plus vite que le peloton… en train de se faire endormir. Décidé à se faire un peu plaisir avant d’être avalé par le peloton, Alaphilippe prenait même quelques mètres d’avance sans réellement le vouloir. Il ne s’agissait pas d’une attaque. A priori, le vote pour élire le combatif du jour a dû avoir lieu lors des minutes suivantes, on n’imaginait pas qu’un des 3 rescapés de l’échappée résiste seul de façon héroïque pendant des siècles ou qu’un illuminé attaque très tôt pour effectuer un grand numéro dans cette ascension impressionnante.

Mohoric garé, Poels s’est remis à la barre. Tout le monde restait dans le contrôle. 26 dans le groupe, tous les Français à l’arrière… On s’ennuyait ferme. Après Poels, Pello Bilbao (TBM)… On a changé de rythme. Barguil et Omar Fraile (AST) puis Robert Gesink (TJV) ont lâché prise. Carlos Verona (MOV) à son tour, Hugh Carty (EF1)… La maigre marge du trio fondait à vue d’œil. Carapaz a alors tenté de contrer, il forçait en réalisant un gros relais comme celle qui lui a coûté la victoire 24h auparavant. Alaphilippe a craqué, pas Izagirre, sans doute là pour récupérer Miguel Angel Lopez (AST) un peu plus tard.

Madouas, Elissonde et G. Martin commençait à tendre l’élastique. Celui du dernier rescapé de Groupama-FDJ a lâché. Repris, Alaphilippe ne cherchait pas réellement à s’accrocher, il allait finir tranquillement. Toujours seul à mener, Carapaz se dirigeait vers… une nouvelle ascension du podium pour y récupérer un 2nd trophée consécutif de combatif du jour. Il s’est fait griller par Alaphilippe, qui méritait tout autant ce prix au moment du vote, comme expliqué précédemment. Avec une élection plus tardive, on aurait eu un autre lauréat, car comme nous l’allons voir, Carapaz a fait preuve d’une combativité admirable pendant encore un long moment.

Ce travail de Bilbao aura fait exploser George Bennett (TJV)… puis Kenny Elissonde et… Guillaume Martin (à environ 9km du sommet). Arf. A l’avant, on ne trouvait plus que Carapaz, Izagirre ayant dû se résoudre à se relever, sans doute pour ravitailler Lopez avant de disparaître sans demander son reste. Lors de la traversée de Méribel, il restait 15 hommes au sein de ce groupe. Puis 14 car Wout Van Aert (TJV) est passé par la fenêtre. Finalement, Barhain-McLaren et en particulier Bilbao n’auront pas fait tout ça pour rien. Seulement, le Basque avait une autonomie limitée. Quand Damiano Caruso (13e du général avant l’étape) a dû prendre la suite, il restait toujours Tom Dumoulin et Sepp Kuss pour assister Roglic.

Carapaz ne lâchait rien, il grattait même quelques secondes. 26 au début de la partie inédite de l’étape, puis un peu plus selon le GPS. Caruso ne poussait pas les machines à fond, de peur d’exploser ou faute de pouvoir aller plus vite. 43" à 5km de l’arrivée. Il est né et a grandi en haute altitude, les conditions lui convenaient donc parfaitement. La distance jusqu’à l’arrivée se réduisait, personne n’osait attaquer, Carapaz résistait toujours… Il arrivait dans les rampes les plus meurtrières. Changement de situation en tête de groupe, David de La Cruz (UAD) a pris la main, faisant immédiatement le ménage. Adieu Caruso, Dumoulin… et Landa ! Comment analyser le travail de son équipe ? Etait-ce du bluff pour masquer sa faiblesse et éviter qu’il n’explose trop tôt en subissant un train encore plus soutenu imposé par la Jumbo-Visma ? Etait-ce un coup de poker à double tranchant ? Se croyait-il réellement très fort avant de se heurter à la réalité ? S’agissait-il d’une stratégie décidée par son équipe avant l’étape en espérant que ses sensations soient bonnes au moment fatidique ? Quelle qu’en soit l’explication, on peut parler de four.

Rigoberto Uran (EF1), 3e, a sauté à son tour. Adam Yates (MTS) s’arrachait. On trouvait désormais Pogacar à la barre pour creuser l’écart avec les hommes en difficultés. Une situation idéale pour Miguel Angel Lopez, dont l’attaque a fait du mal, hormis à Pogacar, Roglic et… Kuss. Du mois ces 3 hommes parvenaient encore à suivre. En raison de ces accélérations, Carapaz allait se faire manger. Lopez ne pouvant ou voulant trop insister en roulant seul pour ce groupe de cadors, Kuss a dû prendre les rennes et faire son travail d’équipier du maillot jaune. Une bonne nouvelle pour Richie Porte (TFS), revenu seul au contact grâce à cette accalmie. Lopez_attaque_dans_le_Col_de_la_Loze.jpg Ça devenait insoutenable pour Carapaz, dont la vitesse était désormais celle d’une tortue. Il a été repris à 3km du sommet. Kuss roulait toujours vite quand soudain, énorme erreur tactique, Roglic l’a laissé prendre le large. Il a lui-même fait la cassure en ralentissant comme pour tenter d’offrir la victoire d’étape à son équipier. A quoi pensait-il ? Croyait-il réellement que personne n’irait chercher l’Américain ? Espérait-il obliger Pogacar à travailler pour rattraper Kuss et pouvoir ensuite contrer son jeune compatriote mais néanmoins concurrent ?

Sentant le bon coup, Lopez a contré pour rejoindre Kuss et le relayer. Derrière, tout le monde hésitait, Roglic ne voulait pas rouler sur son équipier, il devait surtout surveiller Pogacar, lequel semblait à la limite au point de laissé Porte mener l’allure. Puis Roglic s’est remis à la barre, sans doute objectif pour faire craquer Pogacar qui venait de dévoiler une faiblesse et de jouer la victoire d’étape (entre Lopez et Kuss, il n’y a pas photo en un contre un). Un peu perdu, Kuss s’est relevé plutôt que de rester dans les roues de Lopez. Il attendait son patron, pas encore capable de décramponner Pogacar, très agacé par l’attitude de quelques énergumènes "énervés"[2] au milieu d’une foule assez dense dans toutes les parties difficiles.

Voyant son jeune compatriote dans le dur, Roglic en a remis une couche, réussissant enfin à se détacher seul pour tenter de rattraper Lopez. Cette fois, il n’y avait plus de public ou très peu, c’était juste de l’homme à homme pour la victoire d’étape et pour le classement général. On voyait chacun des 6 premiers se battre seul sur cette route qui ondule sur la montagne. Pogacar se servait du point de mire pour se rapprocher petit à petit de Roglic. Il a bien cru faire la jonction à plusieurs reprises en profitant des parties moins difficiles, mais le maillot jaune, dont l’effort paraissait plus constant, reprenait le large quand la pente redevenait abrupte. On retrouvait des supporters – pas tous intelligents – dans sections infernales entrecoupées de replats. Très à l’aise en altitude, Lopez avait course gagnée. Pogacar espérait encore rattraper Roglic, il lui en aura manqué très peu pour le rejoindre. Roglic parvenait systématiquement à en remettre une petite couche pour l’en empêcher. Roglic_lache_enfin_Pogacar_dans_le_col_de_la_Loze.jpg

Dès son 1er Tour de France, Miguel Angel Lopez remporte son 1er succès sur un col des Alpes qui deviendra rapidement mythique. Il est 14e Colombien à s’imposer sur le Tour. Il a devancé Roglic de 15" (2e) et Pogacar de 30" (3e). S’y ajoutent les bonifications de respectivement 10, 6 et 2 secondes. Kuss termine 4e à près d’une minute, Porte 5e à 1’01, Mas (MOV) 6e à 1’12, Landa et Yates 7e et 8e à 1’20, Uran 9e à 1’59, Dumoulin 10e à 2’13, Carapaz 11e à 2’41, Valverde (MOV) 12e à 2’48, Caruso 13e à 3’30, Martin 14e et premier Français à 3’59, suivi de Madouas et Elissonde à 4’09 et 6’12… La liste continue avec des hommes arrivant presque tous un par un jusqu’à l’arrivée du 45e, hormis un trio (Van Aert, De La Cruz, Barguil 18 à 20e à 7’15) et un quatuor (Pinot, Reichenbach, Vuillermoz, Chérel 33e à 36e à 21’28). Ensuite on trouve le premier véritable gruppetto à… 25’17.

Les délais environnaient les 37’ environ… En gérant bien et en profitant de la partie descente/vallée, les sprinteurs ont bouclé l’affaire en 30 à 33’ de plus que Lopez, seulement ça s’annonçait très difficile pour Bryan Coquard lâché très tôt, aidé par ses équipiers Kévin Réza et Jens Debusschere. Ce dernier s’est sacrifié. Il a attendu "le Coq" – dont le mal au genou subi lors de l’étape des îles a provoqué de la compensation – dans la Madeleine pour le remotiver et l’aider puis pour l’emmener en se mettant à plat-ventre dans la vallée afin de limiter la casse, sachant que ça lui coûterait son ticket pour Paris. Ensuite, il a laissé Coquard seul, ce dernier se battant pour finir dans les délais et éviter de rendre ce sacrifice inutile en arrivant trop tard. Il a fini à 35’45.

Au classement général, Roglic est plus que jamais leader, il devant Pogacar de 52" et Lopez d’1’26. Ça va désormais se battre pour la 4e place entre Porte, Yates, Uran, et Landa, voire Mas. Les 4 premiers nommés se tiennent en quelques secondes à respectivement 3’05, 3’14, 3’24 et 3’27 du leader. Mas reste à portée à 4’18, sa 8e place est aussi la 2e du classement du meilleur jeune, ce qui lui vaudra de porter le maillot blanc tant que Pogacar cumulera le blanc et celui à pois (grâce à sa récolte à la Madeleine il a pris la tête du classement (66pts contre 63 à Roglic).

Dumoulin, 9e du général, est à 9’13, Valverde occupe la 10e place (à 9’31) convoitée par G. Martin (11e à 10’35), Caruso, 12e à 12’30, fait figure de dernier membre d’un club très fermé, celui des coureurs ayant fait, volontairement ou non, le général lors de cette édition. Rendez-vous compte que Carapaz, auteur d’un retour non-négligeable grâce à ses échappées, est 13e à 20’, et que le 17e est à 55’… C’est absurde !

Le résumé.

La fin de l’étape… (Pour le coup, ça pourrait être « sympa » à regarder, contrairement à d’autres arrivées d’étapes. Tout vient à point à qui sait attendre.)

La victoire d’un Colombien dans la seule étape de ce Tour montée à plus de 2000m d’altitude ne surprendra personne. Il reste une étape de montagne, son profil exclut la victoire d’un leader, elle se jouera entre échappées, et hormis défaillances, je n’imagine pas le classement général être bouleversé. Mais sur un peigne (irrégulier) comme celui proposé, personne n’est à l’abri d’avaler la trompette.

Notes

[1] En cas de repêchage prévu par le règlement en fonction de la taille du gruppetto auquel il appartient, un coureur perd l’ensemble de ses points dans les différents classements.

[2] Aussi appelés abrutis finis ou débiles profonds souhaitant passer à la télé.