Le héros du Tour de France 2019 ne voulait pas connaître une nouvelle déception en représentant la France.
4e des JO en 2016 en loupant le podium – voire le titre olympique – en raison d’une chute dans la dernière descente en tentant de rejoindre le duo qui s’est disputé la victoire (la même année, il a pris la médaille d’argent du Championnat d’Europe sur route à Plumelec derrière Peter Sagan, sa seule médaille avec la France)…
Passé de peu à côté en 2017 à Bergen à cause d’une raclure italienne (Gianni Moscon) mise hors course[1] trop tardivement après avoir condamné l’échappée du Français dans les derniers kilomètres…
En panne de jambes dans la dernière ascension à Innsbruck en 2018 alors que Pinot s’était dépouillé pour lui (il était le plus fort, seulement l’équipe n’avait pas choisi le bon leader, Bardet avait tout de même fini en argent)…
Terrassé par le climat désastreux du Yorkshire en 2019… et très fatigué par son Tour de France incroyable.

En 2020, il avait la ferme intention de ne pas laisser filer sa chance en Suisse. Il a donc programmé sa saison en prévoyant d’utiliser le Tour de France afin de s’y préparer. Mais voilà, en 2020, on peut prévoir tout ce qu’on veut, on n’est jamais sûr de ne pas se heurter à un obstacle microscopique. Ces ChM prévus fin septembre, soit aux dates ordinaires, ont dû être annulés le 12 août. Aigle – où se trouve le siège de l’UCI – et Martiny, les villes situées dans les cantons de Vaud et du Valais qui devaient organiser cette édition, ne pouvaient plus accueillir l’événement en raison de l’interdiction des rassemblements de plus de 1000 personnes jusqu’au 30 septembre minimum. L’UCI souhaitant absolument organiser des Mondiaux au parcours aussi sélectif que ceux initialement prévus, il lui a fallu trouver un plan B. Alors qu’un circuit très difficile avec arrivée à la Planche des Belles Filles semblait tenir la corde face à plusieurs candidatures italiennes. Le 2 septembre, le choix s’est porté sur Imola, en Italie. Et là, surprise, on ne parlait plus de Championnats du monde pour purs grimpeurs… mais pour puncheurs. En effet, point de long col, seulement une répétition de côtes avec des portions très pentues, ceci au cœur d’un circuit de 28,8km passant… par le circuit d’Imola, bien connu en sports automobiles. L’arrivée y était jugée une dizaine de kilomètres après le sommet de la montée principale. Cette ascension, courte (environ 3km dont une partie facile) avec des passages entre 10 et 14%, correspondait parfaitement aux qualités d’Alaphilippe. Il n’aurait pu rêver mieux que ce profil de fin d’étape très similaire à celui de Milan-San Remo avec son célèbre Poggio (il y compte une victoire et des podiums), ou encore d’étapes du Tour comme celle à Epernay (victoire et prise du maillot jaune) et celle à Saint-Etienne en 2019 (3e en reprenant le maillot jaune), sans oublier celle à Nice cette année (victoire au sprint devant Marc Hirschi et Adam Yates). Dans ce genre de côtes, il est très difficile à suivre. Les rares qui y parviennent doivent ensuite aller très vite au sprint pour espérer le battre en petit comité. On peut penser également au Mur de Huy sur la Flèche Wallonne (2 fois 2e, 2 fois vainqueur), à la différence que l’arrivée y est jugée au sommet, pas après une descente et du plat.

Je résume donc la situation pour le sélectionneur, Thomas Voeckler, présent sur le Tour de France en tant que consultant pour France Télévisions (sur la moto en tête de course) : après avoir bossé sur le circuit initial en y faisant un tas de repérages, travaillé sur la composition de son groupe, bien tout préparé, il se retrouvait avec des Championnats du monde déplacés environ 3 semaines avant leur tenue et ne pouvait lui-même se rendre sur le circuit en amont pour les reconnaissances qui s’imposent en principe avant d’effectuer sa sélection. Bien sûr, les coureurs non plus ne savaient pas réellement à quoi s’attendre. Il a donc dû y envoyer des hommes de confiance pour bien évaluer la situation. Dans l’idéal, il serait parti à la bataille avec ses meilleurs chevaliers. Seulement, tout le long du Tour, globalement décevant voire catastrophique pour les Français, il a dû subir les défections de Bardet (commotion cérébrale), de Pinot (tombé à Nice, il a erré pendant 3 semaines avec un dos récalcitrant), de Barguil (en forme insuffisante), de Gaudu (lui aussi tombé à Nice, il a abandonné après la 2nde journée de repos) et d’autres (Pierre Rolland aurait pu en être, je crois que Benoît Consnefroy a décliné pour se consacrer aux classiques). Il lui a donc fallu monter un commando pour s’attaquer à cette course de 258,2km avec plus de 5000m de dénivelé positif, soit autant que l’étape la plus escarpée du Tour de France 2020 (la 18e entre Méribel et La Roche-sur-Foron)… qui se déroulait sur 175km. Réparti sur 83km de plus, ce dénivelé positif passe beaucoup mieux.

Pour des raisons évidentes, l’UCI a réduit ces ChM aux minimum, à savoir les catégories élites (contre-la-montre et course en ligne hommes et femmes). Les juniors et espoirs devraient faire leur retour l’an prochain. Notons que chez les femmes, les Pays-Bas ont décroché 4 des 6 médailles dont les deux titres pour Anna van der Breggen, au-dessus du lot. Elle a devancé Annemiek van Vleuten (P.B.) et Elisa Longo Borghini (ITA) d’1’20, un groupe de 4 finissant ensuite à plus de 2’. Audrey Cordon-Ragot, la première Française, n’a fini que 13e à 3’08 (dans le même groupe que la 9e).

En contre-la-montre, Rémi Cavagna visait un top 5 voire même un podium sur un parcours plat de 31,7km. Il s’agissait d’un aller-retour avec vent défavorable à l’aller et favorable au retour. On a assisté à des surprises comme la contre-performance de Tom Dumoulin (P.B.), 10e à 1’14 du vainqueur, mais surtout l’écart entre Filippo Ganna (ITA) et son dauphin. Le poursuiteur italien a collé 26" à Wout Van Aert (BEL), ce qui est assez considérable sur cette distance. Stefan Küng (SUI) a pris le bronze à 29" devant Geraint Thomas (G.B.), qui retrouve un bon niveau, et Rohan Dennis (AUS), double tenant du titre, à respectivement 37" et 39" de l’Italien. Cavagna a pris la 7e place à 48", presque dans le temps de Kasper Asgreen, son coéquipier chez Deceuninck-Quick Step. L’autre Français, Benjamin Thomas, s’est classé 22e à 2’14.

Sur les 9 premiers, 4 seulement ont disputé le Tour de France, Küng l’ayant abandonné pour préparer ces ChM. En revanche, sur la course en ligne, on observe que seuls 4 des 22 premiers – dont un seul dans le coup pour le podium – ne sortaient pas du Tour. Comme quoi l’endurance acquise sur le Tour (ou la Vuelta en année normale) fait figure d’atout presque indispensable pour se montrer ambitieux aux ChM. Il me semble que 2 des 8 Italiens engagés l’ont disputé, les autres se préparant pour le Giro. Résultat, un seul dans le top 10… Damiano Caruso, le 10e du Tour (avec Vincenzo Nibali, Diego Ulissi, Fausto Masnada ou Alberto Bettiol, ils présentaient un potentiel non négligeable).

Outre Julian Alaphilippe, leader naturel, Voeckler a choisi :
-Nans Peters, sauveteur d’AG2R-La Mondiale en remportant une étape dans les Pyrénées,
-Kenny Elissonde, souvent dernier lieutenant de Richie Porte (TFS) présent au sein du groupe maillot jaune dans les ascensions,
-Julien Bernard, son coéquipier chez Trek-Segafredo (avec qui il doit faire le Giro), le seul Français sélectionné qui ne disputait pas la Grande Boucle une semaine avant ces championnats,
-Valentin Madouas, grand espoir de Groupama-FDJ sur les classiques, on l’a vu brillé en montagnes,
-Rudy Molard, plus expérimenté que son jeune équipier chez Groupama-FDJ, bon grimpeur et puncheur,
-Quentin Pacher, révélation du Tour, où il a fait briller la formation B&B Hôtels-Vital Concept en se montrant très entreprenant, notamment en montagne.
-Guillaume Martin, leader de Cofidis et meilleur Français au général (11e) sur le Tour après sa 3e place au Criterium du Dauphiné, un des coureurs qui montent.

Hormis Alaphilippe, aucun de ces coureurs ne peut se targuer d’un palmarès impressionnant et d’un statut de favori sur ce genre d’épreuves. La hiérarchie se dessinait aisément. Parmi les équipes de 8 (le classement UCI des nations détermine leur nombre d’engagés), certains se trouvaient dans la même situation, à l’image du Danemark où Jakob Fuglsang s’imposait comme une évidence en tant que leader. Tom Dumoulin méritait ce statut pour les Pays-Bas compte tenu de la qualité très moyenne de la sélection. Le profil des Allemands choisis ne laissait aucun doute, Maximillian Schachmann s’érigeait en n°1. Pour d’autres, rien ne tombait sous le sens. Ou du moins, on pouvait imaginer une concurrence interne. Prenez par exemple l’Espagne : Alejandro Valverde (titré en 2018), Mikel Landa, Enric Mas… Entouré de Marc Soler, Luis Leon Sanchez, Pello Bilbao, Jésus Herrada et David de La Cruz. Ça vous fait beaucoup de monde pour travailler, mais aussi pour jouer sa carte personnelle. Même chose pour la Colombie avec une ribambelle de grimpeurs dont aucun ne semble survoler ses partenaires (le parcours prévu en Suisse leur correspondait beaucoup mieux). Les 8 ont pioché à un moment où l’autre (Rigoberto Uran en dernier).

Pour l’Australie et la Slovénie, on pouvait imaginer une stratégie à 2 leaders. Restait à les faire cohabiter et s’entendre. Quand vous avez Richie Porte (grimpeur/rouleur) et Michael Matthews (sprinteur/puncheur), vous disposez de deux cartes très différentes avec des forces opposées… sans savoir si elles correspondront à celles nécessaires pour briller sur ce parcours. Quand vous avez Tadej Pogacar et Primoz Roglic, respectivement vainqueur et 2e du Tour de France une semaine auparavant, qui ont ensuite dû digérer l’un son succès, l’autre son échec, d’où leur choix de faire l’impasse sur le contre-la-montre, votre seule certitude concerne leurs 6 équipiers : ils ne manqueront pas de motivation et ne tenteront pas de tirer la couverture à eux. En revanche, l’état de forme (physique et psychologique) de vos deux stars reste un mystère jusqu’à être testée en conditions réelles. Trouver la bonne stratégie pour utiliser au mieux ces deux cartouches insérées dans votre fusil n’a rien d’aisé, il ne faut ni les tirer trop tôt, ni les tirer trop tard, ni vouloir les tirer en même temps, ni se rendre compte après avoir appuyé sur la gâchette qu’il s’agissait d’une cartouche à blanc. Or, comme on va le voir, peut-être pour une question de gestion des ego ou des statuts, la Slovénie s’est totalement loupée.

Pour la Belgique, pas de problème, en réalité personne ne pouvait nier la supériorité de Wout Van Aert, même si avec des Greg Van Avermaet, Tim Wellens ou Tiesj Benoot plus des garçons comme Jasper Stuyven et Oliver Naesen (2e du Milan-San Remo en 2019, double vainqueur de la Bretagne Classic à Plouay), on ne trouvait pas mieux armé sur ce championnat du monde.

2 autres favoris se dégageaient dans des équipes à 6 : Marc Hirschi, révélation et super-combatif du Tour, et Michal Kwiatkowski, ancien vainqueur de Milan-San Remo qui a gagné l’étape du Tour avec le plus de dénivelé. A la limite, on aurait pu ajouter des noms comme Richard Carapaz (Equateur), Rui Costa (Portugal) à une certaine époque, pas au meilleur de leur forme et membres d’équipes en sous-nombre, voire Alexey Lutsenko (Kazakhstan), écarté car positif Covid-19… Certains pensaient à Michael Woods (Canada).

Tout ceci nous faisait un très beau plateau avec un certain nombre d’équipes fortes, voire très fortes sur le papier. Néanmoins, rappelons-le, aux Championnats du monde, les oreillettes sont interdites. Il s’agit donc de cyclisme à l’ancienne. Les coureurs doivent prendre en compte les consignes données dans le car avant la course tout en s’adaptant en fonction des sensations et du déroulement des événements, communiquer entre eux, le capitaine de route – Molard – relaie les consignes, le leader interagit avec ses équipiers, certains sont là pour le protéger, d’autres pour contrôler la course ou pour aller chercher le ravitaillement. Pour la plupart habitués à communiquer via les oreillettes, à être dirigés en temps réel, les sélectionnés doivent aussi adopter un rôle et des partenaires différents car toute l’année, ils évoluent dans différentes formations professionnelles. D’ailleurs le refus de Dries Devenyns de figurer parmi les 8 Belges au départ s’explique par son refus de devoir rouler sur Alaphilippe, son ami dans la vie et leader chez Deceuninck-Quick Step. Difficile de gagner sans créer un amalgame, une cohésion, sans s’assurer que chacun accepte de se sacrifier au lieu de jouer sa carte perso. Ça se joue en amont, en choisissant les profils et les hommes, en attribuant les missions. Comme dans les sports collectifs, les noms couchés sur le papier ne font pas automatiquement une équipe performante, la somme des individualités ne correspond pas nécessairement à la valeur totale de l’équipe. Voeckler a été parfait, en quelques jours, il a créé un bien meilleur collectif que Thomas Tuchel au PSG en plus de 2 ans…

Comme d’habitude, une échappée s’est formée en début de course (donné assez tôt en prévision d’une bataille de plus de 6h30). Elle était composée principalement de coureurs de petits pays ainsi que d’un Allemand et un Norvégien. Les Bleus n’ont pas bougé, ils sont restés bien au chaud au sein du peloton sans se monter pendant près de 180 bornes, laissant les Danois et les Suisses – a priori aussi les Slovènes – rouler pour contrôler l’échappée et l’annihiler progressivement après lui avoir laissé environ 7’ de marge. Etait-ce réellement le job des Suisses, présents seulement à 6 ? A mon sens, non. Erreur stratégique.

L’échappée se délitait progressivement, ses membres les moins forts se faisaient lâcher et rattraper un à un quand, à 71km de l’arrivée, dans la Cima Gallisterna (côte de la Gallisterna), principale difficulté du parcours, l’équipe de France a réellement lancé les hostilités en déléguant Pacher et Peters pour mettre un très sérieux coup de vis à la tête du peloton. En agissant ainsi, ils ont rattrapé les échappés, usé les équipiers adverses et commencé à faire le ménage (tout en replaçant Alaphilippe). L’intention de Voeckler se limitait à durcir la course et à éviter que tout le monde puisse économiser son énergie jusqu’au dernier tour (ensuite, il ne restait plus que 2 tours de circuit donc 4 ascensions). Ça a fonctionné comme prévu, on a d’abord vu quelques hommes forts comme Pogacar se placer juste derrière le duo Français (renforcé ensuite par d’autres, on a vu jusqu’à 5 maillots bleus en tête), puis l’intégralité de l’équipe de Belgique. Le peloton s’étirait, notamment dans la descente et lors du passage sur le circuit. Il s’agissait seulement de la première étape du plan car ce coup de force, en plus de d’obliger tout le monde à enfin pousser les machines à fond, a incité les Belges à prendre la suite une fois les Bleus rentrés – volontairement – dans le rang (au passage sur la ligne à 2 tours de l’arrivée). Bien sûr, faire 70km à bloc en tête de peloton n’entrait pas dans les projets des Bleus, venus pour gagner, pas pour se condamner bêtement. Les hommes de Van Aert ont donc fait le travail espéré par les Français en grillant beaucoup de cartouches pendant de nombreux kilomètres quand les Bleus n’en ont tiré que 2. Très bien joué !

Pogacar, obligé de changer de vélo peu avant de ressortir du circuit, a dû se faire un rallye en solitaire dans les voitures pour revenir à l’arrière du peloton, puis pour se replacer… et très étrangement, attaquer en solitaire dans la Cima Gallisterna à 42km de l’arrivée. Un suicide. Les Belges, qui avaient laissé Luke Rowe prendre la direction des opérations pendant 2 ou 3 kilomètres en imprimant un train très soutenu (celui de la Sky/Ineos), n’entendaient pas le laisser faire. Il fallait être très fort pour sortir dans cette montée. Lancé par Luka Mezgec, Pogacar a creusé progressivement l’écart dans la pente très raide. Plutôt que de céder à un réflexe idiot, celui qui les aurait fait répondre à cette offensive en lui roulant dessus comme des bourrins, ils l’ont laissé s’épuiser seul s’exténuer pour conserver quelques secondes d’avance sur le peloton. Il allait ainsi s’éliminer tout seul, retirant une énorme épine du pied de tous les autres candidats à la victoire, car personne ne souhaitait se retrouver à la lutte avec Pogacar dans la dernière ascension ! Bien sûr, ça roulait très vite dans la pente la plus raide, ce qui nettoyait bien le peloton. On perdait beaucoup d’équipiers, on fatiguait les garçons comme Matthews, très dangereux – voire injouables – au sprint s’ils passaient la dernière côte dans le groupe de tête, et la Belgique, nation favorite, utilisait prématurément les hommes dont Van Aert allait avoir besoin dans le final.

Que voulait faire Pogacar ? Le jeu de Roglic en attaquant pour faire travailler les adversaires de son aîné ? Jouer sa carte ? Une seule évidence s’impose, il était TRES fort. On le voyait déjà à l’avant lors de l’accélération des Français, on l’a vu revenir très facilement suite à son changement de vélo et quelques kilomètres plus tard faire un numéro en solo en sortant dans le kilomètre le plus difficile du parcours (plus difficile que le Mur de Huy où se termine la Flèche Wallonne). Il a tenu longtemps seul devant un peloton encore relativement garni dont Alaphilippe n’hésitait pas à occuper les dernières positions. On y distinguait encore 3 autres Français (Molard, Martin et Madouas, qui s’accrochait difficilement dans l’ascension). En conservant son énergie pour tenter le même coup lors du dernier tour, il pouvait gagner… Tactiquement, c’était ridicule. Malgré les équipiers récupérés par différentes nations (dont Elissonde) après l’ascension qui ont permis à l’Espagne de rouler avec les Belges en deux colonnes parallèles, Pogacar creusait l’écart, celui-ci plafonnant à 25" pendant un bail. Madouas et Elissonde n’allaient probablement pas pouvoir aller au bout au sein du premier groupe, ils faisaient donc leur travail d’équipiers en remontant leurs partenaires aux avant-postes avant le pied de (la côte de ou Via) Mazzolano, dont le 1er kilomètre est à 10% de moyenne (13% au maximum).

L’accélération de Landa en tête de peloton dans ces portions particulièrement drues aura servi à… Dumoulin, dont l’attaque, ou plutôt contre-attaque, plutôt franche, servait indirectement la cause de tout le monde hormis de… Van Aert, son coéquipier chez Jumbo-Visma. En effet, en allant seul rattraper Pogacar, il obligeait Van Avermaet à rouler en tête de peloton bien plus tôt que prévu. L’Oranje manquait de jus, l’écart demeurait très réduit.

Il était temps pour Guillaume Martin de lancer la 2e phase de l’opération arc en ciel bleu. Son job, rouler sur tout le monde afin d’empêcher toute nouvelle échappée jusqu’à la Cima Gallisterna. Il a donc ramené le peloton sur le duo Pogacar-Dumoulin. Deux cadors à rayer de la liste des vainqueurs potentiels. Alaphilippe restait en milieu de groupe pour éviter tout coup de pédale superflu. Au moment de la jonction, contre de Caruso, suivi par Carapaz et Van Aert. Réaction de Martin, je ramène le peloton ! Résultat, un instant d’observation, nouvelle tentative de Carapaz. En se retournant, mauvaise nouvelle, Martin lui collait au train.

Pensant sans doute avoir fait le plus dur en verrouillant la course dans l’ascension, Martin s’est un peu relâché au sommet, où Nibali l’a surpris en posant une mine à son tour, Landa et Uran sautant da sa roue, tout comme Van Aert, attentif et opportuniste. Conséquence, retour de Martin à la barre pour annihiler cette offensive ! Vous aurez remarqué que Van Aert, dont les équipiers se sont tués à la tâche auparavant, commençait à comprendre la nécessité de compter sur lui-même et non plus sur ses partenaires. Il multipliait donc les – petits – efforts pour accompagner les coups quand Alaphilippe restait au calme, presque invisible. Pas en mesure de provoquer instantanément la jonction, Martin, désormais assisté par Molard, mettait tout de même le reste de peloton en file indienne, une situation permettant à Alaphilippe de se replacer progressivement. Uran insistait en tête, ça ne servait à rien.

Il restait à peine 20 bornes, tout est rentré dans l’ordre dans la section de plat avant le pied de la Cima Gallisterna, ceci grâce au travail de sape de Martin et Molard. Profitant d’un nouveau moment d’observation, Masnada, Jan Polanc (SLO), Van Avermaet et Carapaz sont sortis. L’occasion pour Alaphilippe d’enfin de montrer en prenant la roue de Bilbao. La présence du vice-leader belge empêchait Van Aert de se mêler à la bataille. D’autres ne s’en privaient pas, à l’image d’Esteban Chaves (COL). En raison de l’évolution de la situation, Van Aert s’est senti obligé de rouler lui-même en tête du groupe de chasse. Trop de coureurs sortis en contre se trouvaient à l’avant. En effet, à 15km de l’arrivée, une véritable cassure séparait le peloton en deux parties. Alaphilippe et Martin figuraient dans la bonne. Sur le point de s’enterrer, les Belges se voyaient contraints de mettre Benoot à la planche pour ramener le 2nd groupe avec Van Aert. Personne d’autre ne voulait rouler ! Devant, on se regardait aussi, d’où la contre-attaque de Martin. Il fallait faire travailler les autres équipes. Après avoir opéré la jonction, Benoot a poursuivi sur sa lancée pour rattraper le Français au pied de la Cima Gallisterna. Rattrapé, Martin restait en 2e position afin de continuer à contrôler en attendant l’arrivée d’Alaphilippe aux avant-postes, remonté par Molard. Il fallait être très bien placé à ce moment de la course. Le moment le plus décisif.

Objectif d’Alaphilippe, partir seul ou a minima éliminer les plus rapides au sprint. D’autres espéraient faire de même. Pour les meilleurs sprinteurs, il s’agissait de basculer au sein du groupe de tête. Les Belges continuaient donc très logiquement à emmener à fond jusqu’à la section extrême. Voyant Simon Geschke (ALL) tenter d’accélérer pour préparer une attaque de Schachmann, Van Avermaet s’est dressé sur ses pédales et de durcir encore le rythme. En danseuse juste devant Molard, il en faisait souffrir ou même sauter plus d’un. Hirschi apparaissait désormais en position idéale. Roglic et Van Aert pointaient leur nez. L’attaque du Suisse, pas très franche et particulièrement téléphonée, n’a surpris personne. Van Aert, Nibali et Alaphilippe suivaient Roglic également. Schachmann, Kwiatkowski et Fuglsang complétaient ce groupe. Le futur champion du monde s’y trouvait immanquablement, des coureurs comme Matthews ne parvenaient pas à suivre. Hirschi insistait, il imprimait son rythme pour tenter de faire craquer ses adversaires au train.

Sentant qu’Hirschi commençait à s’épuiser et constatant peut-être que plusieurs des éliminés se rapprochaient au point de revenir dans le jeu, Kwiatkowski a relancé sur la droite avec dans sa roue… Alaphilippe. Ce dernier n’en demandait pas tant ! Fatale à Schachmann et Nibali, cette accélération lui fournissait la rampe de lancement rêvée pour initier la 3e étape de l’opération arc en ciel bleu, celle correspondant à la mise en orbite. Dans ce genre de lancement, on n’a pas le droit à l’erreur, soit ça fonctionne, soit ça explose en vol. Parti seul à environ 12km de l’arrivée (et non 17 comme annoncé de façon erronée par la réalisation télé dont le GPS déconnait sérieusement), Alaphilippe ne disposait que de quelques hectomètres d’ascension (très peu de route réellement difficile, la fin de la pente sélective précède la fin de la côte) pour creuser l’écart.

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En aucun cas il ne pouvait s’assurer une marge suffisante pour rallier l’arrivée en solitaire grâce à cette attaque tardive. De toute façon, une fois la même allumée, la stratégie se résumait simplement : tout donner et éventuellement faire le bilan au sommet (en cas d’échec, il lui restait comme plan B de rester dans les roues pour récupérer en guettant une dernière opportunité assez improbable ou jouer une médaille au sprint). Rien de plus simple sur le papier. En pratique, il s’agissait d’un véritable combat à la fois contre ses adversaires et contre soi-même. Du chacun pour soi au bénéfice du plus fort à la fois dans les jambes et dans la tête. L’aspect psychologique s’avère prépondérant dans cette situation. Le creusement de l’écart donne des ailes à celui qui le réalise et plombe ceux qui le subissent, d’autant que sur ces pentes, ils ont l’impression de ne pas avancer. C’est aussi le moment où tous les efforts se paient, y compris ceux qui semblaient a priori les plus anecdotiques. Fuglsang et Kwiatkowski se détachaient quelques mètres devant le trio Van Aert-Roglic-Hirschi, un trio d’hommes en vue sur le Tour… où ils ont lâché beaucoup de forces. Roglic ne devait pas être des plus frais, Van Aert venait lui de multiplier les efforts et Hirschi de griller ses cartouches en appuyant une sorte de très long relais en tête façon Carapaz vers Villard-de-Lans.

En comblant seul l’écart entre lui et le duo intercalé, Van Aert faisait un énorme cadeau à Alaphilippe. Si une alliance du Danois et du Polonais pour rouler ensemble sur le Français faisait sens (au pire ils assuraient une médaille et pouvaient encore espérer gagner), la présence du Belge, largement meilleur sprinteur qu’eux, avait de quoi les calmer. Alaphilippe, quant à lui, ne se calmait pas du tout. Bien au contraire. Sur les routes sinueuses à défaut d’être plates, il profitait de la ferveur du public et de l’absence de point de mire pour se sortir les tripes et creuser un écart de nature à démotiver ses poursuivants. Car oui, encore plus que dans l’ascension, l’aspect psychologique revêtait un caractère ultra-déterminant dans ces 10 ultimes kilomètres.

Au moment de la jonction des 5 chasseurs, seules 7 ou 8 secondes les séparaient de leur proie, alors en vue. Mais qui allait rouler pour se faire battre par Van Aert ? Dans la descente, relativement roulante en raison d’un revêtement neuf sans pour autant être facile car très tournante, Alaphilippe conservait l’avantage en raison de ses qualités de descendeur et de ses aptitudes dans l’effort solitaire.

Récapitulons la situation : échappé avec quelques secondes seulement de marge, Alaphilippe devait rallier l’arrivée en solitaire au terme d’une dizaine de kilomètres faits de descente, de parties en faux-plat montant et bien sûr, d’un tour du circuit automobile caractérisé par une route très large non-abritée, donc très défavorable à un homme seul… ceci en étant chassé par Kwiatkowski, Roglic, Hirschi, Fuglsang et l’épouvantail Van Aert, un quintette structurellement condamné à s’enterrer. Sauf défaillance ou chute du Français, il allait l’emporter.

En effet, malgré leurs capacités au sprint, Hirschi et Kwiatkowski se savaient battus à 99% par le Belge en cas d’arrivée avec lui. Fuglsang n’en parlons pas, il n’est pas invité. Quant à Roglic, cuit et déjà content d’être là, il ne pouvait rouler plus vite qu’Alaphilippe, même en passant des relais courts (à un moment il a parlé à son partenaire chez Jumbo-Visma, probablement pour lui exprimer son regret d’être incapable de l’aider autant que le Belge l’a aidé sur le Tour). En pratique, tous avaient intérêt à ce que ça rentre, personne n’avait intérêt à aider Van Aert à rentrer (hormis Roglic, pas remis de son échec sur la Grande Boucle). En outre, la proximité avec l’arrivée empêchait quiconque d’espérer ressortir en solitaire – ou a minima éliminer Van Aert – en cas de jonction. Ces paramètres rendaient l’entente impossible. Au mieux, ils rouleraient ensemble sans se mettre à fond, de façon à en garder en vue du sprint. La solution consistant à tenter de s’extraire du quintette pour revenir en solitaire sur Alaphilippe s’avérait impossible, ceci pour deux raisons évidentes : toute action allait engendrer une réaction des autres membres du groupe, et revenir seul sur Alaphilippe impliquait d’être plus fort que lui… Or si quelqu’un était plus fort que lui, il l’aurait accompagné dans la Cima Gallisterna au lieu de se faire lâcher. A vrai dire, je pense qu’en réagissant juste après les passages très pentus, Van Aert avait la capacité d’effectuer la jonction. Ensuite, aussi, mais uniquement à condition de se dépouiller au point de se priver de toute chance de victoire.

On l’a vite compris, une alliance de circonstance s’imposait pour changer la donne, elle ne pouvait se produire, ce qui figeait les positions. A moins d’un incident de course touchant Alaphilippe ou Van Aert, le Français allait gagner et le groupe de 5 se battre pour les médailles avec Van Aert en immense favori. En pratique, la plupart du temps une entente de façade existait entre les poursuivants, seulement ils en gardaient tous un peu pour ne pas arriver cramés sous la flamme rouge. A d’autres, ça filochait trop, on se regardait, donc on ralentissait. Généralement, ça se passait quand l’écart se réduisait. Alaphilippe bénéficiait d’un énorme avantage, celui de ne pas du tout réfléchir, donc de pouvoir tout donner sans se poser de question (même s’il essayait de savoir de quelle avance il disposait). Les chasseurs, eux, gambergeaient, n’y croyaient pas autant, n’avaient pas la victoire en point de mire. La plupart du temps, ils n’avaient même pas Alaphilippe en point de mire. De surcroît, à chaque fois que Van Aert appuyait un relais, il dissuadait les autres de se mettre à la planche en affichant sa supériorité. Jusqu’à environ 4km de la ligne l’écart GPS variait entre 9 et 13", puis au moment où il atteignait les 15", une attaque du Belge a définitivement mis fin au suspense… malgré une réduction de la marge du Français. On arrivait sur le circuit automobile, il restait 3 bornes, le groupe le voyait désormais beaucoup mieux, seulement on ne s’y entendait plus du tout, Van Aert était trop fort, chacune de ses accélérations provoquait un ralentissement, les autres le marquaient, seul Kwiatkowski acceptait encore de le rouler en tête. Puis Hirschi l’a fait… en regardant derrière lui. Il restait un peu moins de 2km, ces 5 hommes jouaient clairement la 2e place, ils faisaient de la roue libre et ne pouvaient plus rattraper l’homme de tête. D’autant qu’Alaphilippe continuait à fond. Il a pu savourer dans les derniers hectomètres.

Van Aert a lancé son sprint en tête en ne laissant aucune chance à personne de le priver d’une 2e médaille d’argent après celui du clm (Alaphilippe devant Van Aert, ordre inverse par rapport à Milan-San Remo début août, il s’agissait alors d’un duel au sprint avec quelques mètres de marge par rapport au peloton). podium_Alaf_devant_Van_Aert_et_Hirschi.jpg Hirschi s’est invité sur le podium en prenant la médaille de bronze, comme Küng 2 jours auparavant, devançant de peu Kwiatkowski. Fuglsang (5e) et Roglic (6e) n’ont pu se mêler au sprint. Mathews a réglé le groupe suivant pour la 7e place (devant Valverde). Martin (13e), Molard (19e dans un autre groupe), Madouas (34e) et Elissonde (37e) ont fini (on ne compte que 88 classés, le dernier à plus de 32’, soit plus de 7h10 de vélo !).

Je vous propose le résumé de France TV. Plus bas, vous retrouverez les 70 dernier kilomètres de la course, le podium et les interviews/réactions.

Notons que 5 des 6 premiers ont non seulement disputé le Tour de France 2020 mais y ont remporté une étape (deux pour Van Aert). Seul Fuglsang fait exception, il prépare le Giro (leader d’Astana).

En tant que passionné de vélo, même sans être supporter français, on ne peut qu’apprécier cette victoire d’Alaphilippe – hormis bien sûr si on est belge. Dans ce cas, crise de seum assurée ! – car le vélo façon Alaphilippe, c’est le vélo que tout le monde aime : offensif, plein de panache, il donne tout, provoque des émotions, fait vivre les siennes, il se bat. Parfois ça marche, parfois il se loupe, mais au moins, il rate en essayant, donc sans le regret de ne pas avoir osé. Il doit aussi sa popularité à sa vulnérabilité. Il n’est pas infaillible. Ses échecs permettent d’apprécier encore plus ses victoires. Et des victoires, Dieu sait qu’il y en a ! Car dans un bon jour, sur les terrains qui correspondent à ses qualités, il est drôlement difficile à battre !

Tout le monde savait ce qu’Allaphilippe s’apprêtait à faire dans la Cima Gallisterna, pourtant personne n’a pu l’en empêcher ou au moins le suivre. C’est la marque des grands champions. Il y est parvenu grâce au travail de ses partenaires qui ont créé la situation escomptée. C’est la marque des grandes équipes. La France s’est en effet comportée en grande équipe lors de ce championnat. A la place d’Alaphilippe, j’enverrais un maillot arc en ciel à chacun des membres de l’équipe avec dédicace personnalisée (un message de remerciement directement écrit sur le maillot).

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Thomas Voeckler est le Hannibal Smith du cyclisme. Son plan tactique s’est déroulé sans accroc. Lancer la course lors de l’antépénultième tour de circuit et faire en sorte qu’elle soit durcie pour fatiguer tout le monde (en poussant d’autres équipes à travailler), puis tout verrouiller dans le dernier tour jusqu’au pied de la Cima Gallisterna où Alaphilippe, aussi discret et protégé que possible depuis le début, allait tout donner. Le coup de pédale généreux de Pogacar s’est avéré précieux, il a bien aidé. Il ne figurait pas dans le plan car malgré sa grandiose lecture de la course, cette stratégie foireuse du vainqueur du Tour n’entrait pas dans le domaine du prévisible. Disons qu’il s’agit de la dose de réussite récoltée par ceux qui savent la provoquer en travaillant bien. Le plan de préparation mis en place par les cousins Alaphilippe (Julian et Franck, son entraîneur) mérite aussi des applaudissements. Ça valait le coup de faire un Tour en demi-teinte pour ne pas en sortir trop fatigué.

Rendez-vous compte que depuis 23 ans, année du titre de Laurent Brochard – je commençais à le cyclisme à l’époque… une toute autre époque, quand tout le monde fermait les yeux sur la réalité du monde du cyclisme, quelques mois avant la prise de conscience provoquée par l'affaire Festina – les équipes de France de cyclisme sur route ont décroché en tout 10 titres. Aucun en élite hommes. Rappelons qu’en 1997, la France avait ramené de San-Sebastian 3 maillots arc-en-ciel avec Laurent Brochard mais aussi Laurent Jalabert et Jeannie Longo-Ciprelli en clm, plus une médaille de bronze pour Catherine Marsal sur la course en ligne.

Lors des 22 éditions suivantes, si ça s’est très bien passé en espoirs (catégorie U23, elle n’existe que pour les hommes), c’est presque le désert en élite avec seulement 3 médailles sur 66 sur la course en ligne et une sur 66 (et même 69 en comptant 2020)… Chez les femmes, le bilan est sensiblement identique en nombre de médailles, néanmoins on compte 2 titres.

Elite H
1999 : Jean-Cyril Robin BR
2005 : Anthony Geslin BR
2015 : Jérôme Coppel BR clm
2018 : Bardet AR

Elite F
2000 : Jeannie Longo-Ciprelli AR clm
2001 : Jeannie Longo-Ciprelli BR et OR clm
2014 : Pauline Ferrand-Prévot OR

Espoirs H
1998 : Frédéric Finot AR clm
2006 : Romain Feillu AR + Jérôme Coppel BR clm
2007 : Jérôme Coppel BR clm
2009 : Romain Sicard OR
2011 : Arnaud Démare OR + Adrien Petit AR
2012 : Bryan Coquard AR
2013 : Yoann Paillot AR clm
2015 : Kévin Ledanois OR + Anthony Turgis BR 2017 : Benoît Cosnefroy OR + Corentin Ermenault BR clm

__Junior H (jusqu’en 2004 puis depuis 2010)
1999 : Christophe Kern BR
2001 : Mathieu Perget BR
2002 : Arnaud Gérard OR
2011 : Pierre-Henri Lecuisinier OR
2015 : Clément Bétouigt-Suire AR

__Junior F (jusqu’en 2004 puis depuis 2010)
1999 : Juliette Vandekerckhove AR clm
2000 : Juliette Vandekerckhove OR clm
2013 : Séverine Eraud OR clm F
2016 : Juliette Labous BR clm F
2017 : Marine Le Net AR

J’étais super content pour la jeune PFP, 22 ans (il s’agit de l’année où elle a décroché le maillot arc-en-ciel à la fois sur route, en cyclocross et en VTT), seulement elle avait gagné au sprint – un sprint incroyable à la Caleb Ewan – dans un gros groupe revenu sur l’échappée lors du dernier kilomètre. Ledanois et Cosnefroy ont gagné en s’échappant, c’était une émotion moins instantanée, avec plus de dramaturgie, un suspense plus long et prenant qui ressemblait beaucoup à ce qu’Alaphilippe a réalisé (Cosnefroy était revenu sur Lennard Kämna à 7km de l’arrivée puis, après avoir résisté au retour du peloton, l’avait battu au sprint… avec 2 secondes de marge sur la meute, alors que Ledanois et Turgis étaient sortis à 4km de l’arrivée dans une côte pavée glissante, c’était la guerre, Ledanois s’était esseulé, ses poursuivants et le peloton étaient tout proche mais Ledanois avait résisté seul).

Dans tous les cas, il s’agissait d’émotions fortes comme seul le sport nous en offre. Pour Brochard, un coureur que j’appréciais particulièrement, je ne me rendais pas compte de la portée de la chose, il s’agissait d’une super course remportée par un Français[2]. Avec les années, en regardant le Tour, d’autres courses à étapes, des classiques et bien sûr les Mondiaux tous les ans, je connais la valeur de l’exploit, j’ai accumulé de la frustration, du dépit, si bien qu’à partir de l’attaque d’Alaphilippe, j’étais proche du maximum de ma capacité d’ébullition passionnelle passion. En feu comme la Californie. En fusion comme le magna au centre de la Terre. Dieu que ça fait du bien ! A fortiori en 2020, année où normalement nous devions avoir notre dose d’adrénaline sportive grâce aux JO mais où elle nous vient de sports inattendus. Fabio Quartararo a remporté une 3e victoire en MotoGP… les 3 premières victoires françaises dans la catégorie, Pierre Gasly a décroché il y a quelques semaine un succès en F1 attendu par la France depuis 24 ans, nous avions 2 clubs dans le dernier carré de la C1 pour la première fois de l’Histoire du football et un en finale de cette Ligue des Champions 16 ans après Monaco (même en étant fan du PSG, il faut le reconnaître, l’émotion générée la victoire d’Alaphilippe surpasse largement celle de la qualification du PSG pour la finale).

Si vous aimez les émotions, je vous propose de revivre celles évoquées ci-dessus.

La victoire de Brochard en 1997.

Le titre de Pauline Ferrand-Prévot en 2014.

Le titre espoirs de Ledanois en 2015.

Celui de Cosnefroy en 2017. <div class="external-media" style="margin: 1em auto; text-align: center;"> <iframe frameborder="0" width="560" height="315" src="//www.dailymotion.com/embed/video/x61mord?logo=0&info=0" allowfullscreen></iframe> </div> (Ou en version course intégrale en meilleure qualité mais commentaires anglais.)

Et bien sûr la course de dimanche. Elle est en 2 parties avec la partie principale, plus podium et réactions dans la 2nde vidéo.

Désormais, Alaphilippe va pouvoir courir les classiques avec son maillot arc-en-ciel, puis il reviendra au printemps pour courir une 2nde fois ces classiques en portant ce maillot, on l’attendra ensuite sur le Tour pour chasser les étapes et préparer les JO… Pour les fans de cyclisme, la saison bat son plein, ces 6 ou 7 prochaines semaines s’annoncent folles !

Notes

[1] Il a été disqualifié pour s’être éhontément fait remonter par sa voiture pour réintégrer le peloton après une chute. Je crois même qu’il se tenait à la portière ou au bidon tendu par le mécano… Sans tricher, il n’aurait jamais pu revenir et être présent dans le final. Il était le seul à avoir pu suivre Alaphilippe dans la dernière ascension et n’a ensuite fait que du marquage pour pourrir l’échappée du Français, repris à 2km de l’arrivée.

[2] A posteriori, savoir qu'il était chargé est déplaisant, toutefois il faut le remettre dans le contexte de l'époque où se doper lourdement était la règle et rouler à l'eau clair faisait de vous une anomalie, voire un paria. Dès lors, on se doit de relativiser et de le considérer comme un champion du monde d'une autre époque. Tout le monde se battait en suivant les mêmes règles qui, heureusement, on changé. Désormais, j'en suis convaincu, la norme n'est plus de rouler au super.